« Créer une prime de déménagement pour redonner de l’élan à l’emploi des jeunes »

Tribune. Mardi 14 juillet, le Président de la République a esquissé son plan d’aide à l’emploi des jeunes. Si on ne connaît que les contours de la politique, deux points sont d’ores et déjà actés : le plan sera massif – on parle d’au moins de deux milliards d’euros – et visera essentiellement à faire baisser le coût du travail et à améliorer la formation des jeunes.
Le gouvernement a raison d’aider les jeunes de la génération coronavirus. Le fait est bien connu des économistes du travail, les jeunes appartenant à des cohortes touchées par des crises économiques souffrent d’un stigmate qui les suit tout au long de leur carrière professionnelle : ils sont moins payés, accumulent moins de patrimoine et ont globalement une trajectoire plus chaotique sur le marché du travail.
Pourtant, si la question du coût du travail et de la formation sont importantes, réduire la question du chômage à ces dernières conduit à passer à côté d’une caractéristique essentielle du marché du travail, sa dimension spatiale. Les évolutions du marché du travail dans les pays développés depuis les années 1990 fournissent un éclairage intéressant sur les possibilités offertes par le télétravail dans le monde post corona.
Difficulté d’accès des villes pour les jeunes
Avec l’arrivée d’internet, nombre d’observateurs ont annoncé la fin des avantages comparatifs des grandes villes et l’avènement d’une société où les distances n’importeraient plus. Mais c’est le phénomène inverse qui s’est produit. Au cours des trois dernières décennies, les créations d’emploi ont principalement eu lieu dans les grandes villes. La France ne fait pas exception : depuis 2007, les trois quarts des créations d’emploi se concentrent dans 15 aires urbaines.
Or, en plus d’être créatrices d’emplois, les grandes villes permettent à ceux qui les fréquentent de bénéficier d’un gain de productivité qui les suit toute leur vie, comme l’ont montré les études économiques. En Espagne par exemple, les travailleurs qui sont passés par les grandes villes bénéficient d’une meilleure trajectoire professionnelle (« Learning by Working in Big Cities », Jorge De La Roca et Diego Puga, Review of Economic Studies n° 84, 2017).
Pourtant, l’accès aux grandes villes est de plus en plus difficile pour les jeunes actifs, principalement à cause d’un marché du logement tendu qui obère toute possibilité de mobilité. Dans ces conditions, si diminuer le coût du travail et améliorer leur formation permettra aux jeunes des villes dynamiques de s’insérer plus facilement sur le marché du travail, cela ne bénéficiera que faiblement aux jeunes des territoires les moins dynamiques.
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