Economiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales, Axelle Arquié anime l’Observatoire des emplois menacés et émergents, qui s’efforce d’anticiper l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le travail. Selon elle, il faut se préparer aux scénarios les plus sombres si on veut éviter qu’ils ne se réalisent.
Faut-il prendre au sérieux les propos de Mustafa Suleyman, patron de Microsoft AI, qui prédit que « la plupart, sinon toutes des tâches » accomplies dans les bureaux pourraient être remplacées par l’IA dans les dix-huit mois à venir ?
Il faut prendre avec des pincettes les discours des constructeurs de modèles d’IA. Ils sont biaisés, car ils ont tout intérêt à vanter les prouesses disruptives de leurs technologies.
A l’inverse, j’ai le sentiment que les responsables politiques et les économistes ne prennent pas la mesure de ce qui pourrait se passer sur le marché du travail. Ils n’abordent la question que sous l’angle des gains productivité, et minimisent les effets potentiels sur l’emploi. Ce que l’on vit est pourtant peut-être un phénomène comparable à la révolution industrielle. Evidemment, il est impossible d’avoir des certitudes sur son ampleur. Mais une catastrophe sociale, susceptible d’entraîner des répercussions politiques majeures, fait partie des scénarios possibles. Je trouve étonnant d’écarter ce risque d’un revers de main.
De nombreux économistes décrivent l’IA comme une bonne nouvelle économique. Elle va certes détruire des emplois, mais aussi stimuler l’innovation ; d’autres emplois que l’on n’imagine même pas aujourd’hui vont émerger… C’est notamment le discours du Prix Nobel 2025, Philippe Aghion. Ont-ils tort ?
Ils ont raison de dire que de nouveaux métiers vont émerger. La question est de savoir s’il y en aura assez pour remplacer ceux qui sont détruits.
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La ministre de l’intérieur britannique, Shabana Mahmood, à Londres, le 3 mars 2026. TOBY MELVILLE/REUTERS
Le gouvernement britannique a annoncé, mardi 3 mars, qu’il allait cesser d’accorder des visas étudiants aux Afghans, Camerounais, Birmans et Soudanais, et des visas de travailleur qualifié aux Afghans, en raison d’« abus » de personnes qui entrent au Royaume-Uni avec ces visas et demandent ensuite l’asile.
« Notre système de visas ne doit pas faire l’objet d’abus. C’est pourquoi je prends la décision sans précédent de refuser les visas aux ressortissants qui cherchent à exploiter notre générosité », a déclaré la ministre de l’intérieur britannique, Shabana Mahmood, citée dans un communiqué du Home Office. Cette décision entrera en vigueur le 26 mars, précise le ministère.
Cette annonce intervient alors que le gouvernement travailliste de Keir Starmer a promis de réduire l’immigration légale et illégale au Royaume-Uni, dans un contexte de montée dans les sondages d’intentions de vote du parti anti-immigration Reform UK. Les demandes d’asile ont atteint un niveau record en 2024 (108 138 demandes), avant de légèrement reculer en 2025 (100 625). Londres justifie sa décision par le fait que les demandes d’asile de personnes entrées par des voies légales « ont plus que triplé depuis 2021 ». Les demandes effectuées par des étudiants en provenance d’Afghanistan, du Cameroun, de Birmanie et du Soudan ont bondi de 470 % entre 2021 et 2025, selon le Home Office.
« Une action drastique est nécessaire » alors que le soutien financier aux demandeurs d’asile, dont 16 000 personnes venues des quatre pays visés, coûte « plus de 4 milliards de livres » par an au contribuable britannique, fait valoir le ministère. Entre septembre 2024 et septembre 2025, 2 900 visas d’étude ont été accordés à des ressortissants des quatre pays ciblés, ainsi que 90 visas de travailleur qualifié à des Afghans, pour 1 210 demandes d’asile déposées par des titulaires de tels visas.
Le gouvernement précise que, depuis 2021, le Royaume-Uni a accueilli plus de 37 000 Afghans dans le cadre de dispositifs mis en place après le retour des autorités talibanes au pouvoir en 2021, et que 190 000 visas au total ont été accordés pour des raisons « humanitaires » en 2025.
Un durcissement progressif de la politique migratoire
En novembre, le gouvernement travailliste a annoncé une réforme d’ampleur de la politique d’asile, visant à décourager les arrivées de migrants traversant la Manche sur de petites embarcations.
La réforme, dont d’autres dispositions devront faire l’objet d’un vote au Parlement, prévoit notamment que les réfugiés devront attendre vingt ans avant de pouvoir bénéficier d’un permis de résidence permanente.
Depuis lundi, le statut de réfugié n’est accordé que pour une durée de trente mois renouvelable, au lieu de cinq ans précédemment, pour tous les nouveaux demandeurs. Le gouvernement s’est par ailleurs engagé à ouvrir davantage de voies d’accès légales pour les demandeurs d’asile, sans préciser à ce stade de dispositif.
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Ce n’est pas la première fois que le pays utilise l’arme des visas dans sa stratégie de durcissement de sa politique migratoire. En novembre 2025, il a menacé de ne plus accorder de visas aux ressortissants d’Angola, de Namibie et de République démocratique du Congo, afin de pousser leurs gouvernements à accepter les expulsions par le Royaume-Uni de migrants illégaux originaires de ces pays.
« Quatre mois plus tard, une coopération a été mise en place avec ces trois pays. Des vols décollent et des migrants illégaux, ainsi que des criminels étrangers, sont renvoyés » dans leur pays, se félicite le Home Office.
Des drapeaux américains au pied du Washington Monument, le 17 novembre 2025. TOM WILLIAMS/CQ-ROLL CALL/SIPA
En matière de libéralisme et de capitalisme, les Etats-Unis sont la référence dans le monde entier, mais ils le sont aussi en matière de protectionnisme. Au moment où les Européens s’interrogent sur la mise en place de règles de préférence communautaire dans les commandes publiques ou l’attribution d’aides publiques, les regards se tournent inévitablement de l’autre côté de l’Atlantique.
Voté par le Congrès américain en 1933, alors que la Grande Dépression faisait rage, le Buy American Act (« la loi pour acheter américain ») régit les contrats conclus par l’Etat fédéral. Le texte a été ratifié par Herbert Hoover, le président républicain, le dernier jour de sa présidence, avant d’être appliqué par son successeur démocrate Franklin Delano Roosevelt. Il a été codifié plus précisément sous Dwight Eisenhower. Barack Obama, Donald Trump et Joe Biden l’ont tous trois renforcé lors de leurs présidences successives. Au pays du libéralisme, le protectionnisme est la valeur la mieux partagée entre démocrates et républicains.
Le principe d’origine duBuy American Act est relativement simple. Le gouvernement fédéral doit accorder la priorité dans ses achats à des produits fabriqués aux Etats-Unis, le but étant de préserver l’emploi local, d’éviter les délocalisations d’industries et de réduire la dépendance aux importations dans certains secteurs stratégiques.
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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors du Sommet européen de l’industrie, à Anvers (Belgique), le 11 février 2026. NICOLAS TUCAT/AFP
Après en avoir repoussé la présentation à plusieurs reprises, la Commission européenne a, enfin, mercredi 4 mars, dévoilé le contenu du projet de loi sur l’accélération industrielle (IAA, pour Industrial Accelerator Act). Alors que l’Union européenne (UE) est en plein décrochage économique par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, alors que Washington comme Pékin n’hésitent plus à instrumentaliser ses dépendances, ce texte doit lui donner les moyens de commencer à reprendre l’initiative. Avec l’objectif de voir l’industrie remonter à 20 % du produit intérieur brut de l’UE d’ici à 2035 (contre 14 % aujourd’hui), un niveau comparable à celui du début des années 1990. « Sans base industrielle forte, pas de modèle social européen, pas de transition climatique, pas d’autonomie stratégique », résume Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission.
Mais parce qu’il introduit de la préférence européenne dans l’attribution des marchés publics comme dans le déploiement des aides sous toutes les formes des Etats membres et qu’il renforce le contrôle des investissements étrangers, l’IAA a déclenché une bataille intense à Bruxelles. Sous pression du monde économique et de pays tiers, comme les Etats-Unis, le Japon, le Canada ou le Royaume-Uni, qui défendent leurs intérêts, elle a eu lieu aussi bien au sein de la Commission qu’entre les Etats membres. Ces débats vont se poursuivre, dès lors que les Vingt-Sept et le Parlement européen doivent désormais trouver un compromis.
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Une manifestation devant les Papeteries de Condat, au Lardin-Saint-Lazare (Dordogne), le 4 février 2026. STÉPHANE KLEIN/« SUD OUEST »/MAXPPP
A l’entrée des Papeteries de Condat, au Lardin-Saint-Lazare (Dordogne), l’agent de sécurité est toujours à son poste, mais il n’a plus souvent l’occasion d’en relever les barrières de sécurité. Les dernières bobines de papier glassine, qui servaient à fabriquer les étiquettes adhésives, ont quitté l’usine le 27 février, quelques heures avant que le tribunal de commerce de Bordeaux n’acte la reprise du site, pour 1 million d’euros, par la Société de participation de la Braye (SPB). Le groupe basé à Evreux a une activité qui s’apparente à celle d’un courtier en immobilier industriel.
Deux entreprises étaient en lice pour reprendre les Papeteries de Condat, mises en vente le 13 octobre 2025 par Lecta, un groupe papetier européen, dont le siège est à Barcelone, en Espagne : SPB, donc, et le groupe international Finesta. Cette holding tchèque, spécialisée dans le développement d’activités industrielles et énergétiques, avait été approchée par Condat Papers, la société coopérative d’intérêt collectif lancée par la CGT trois jours après l’annonce de Lecta. Elle envisageait de maintenir la production de papier glassine sur le site et de reprendre les 200 salariés qui y travaillaient. Et évoquait même la possibilité de relancer la ligne 4, sur laquelle était fabriqué le papier couché jusqu’à sa fermeture en décembre 2023.
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Le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, lors d’une conférence sur le travail et les retraites, au ministère du travail, à Paris, le 4 novembre 2025. THIBAUD MORITZ/AFP
La France est en retard, mais le gouvernement avance enfin sur la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale. Deux jours avant la Journée internationale des droits des femmes, dimanche 8 mars, pour laquelle la CGT a appelé à manifester, le ministère du travail a envoyé une première version du projet de loi aux partenaires sociaux et aux parlementaires. Le texte fera encore l’objet d’une dernière réunion de concertation avec les organisations patronales et celles de salariés le 19 mars.
Afin de lutter contre les inégalités de rémunération entre les femmes et les hommes, une directive européenne pour la transparence salariale a été adoptée en mai 2023. Les pays de l’Union européenne (UE) ont jusqu’au 7 juin pour la transposer. Il est d’ores et déjà acquis que la France ne pourra pas tenir les délais. Compte tenu de la pause liée aux élections municipales de mars et d’un calendrier parlementaire particulièrement embouteillé, aucune date n’a encore été communiquée pour le début de l’examen du projet de loi au Parlement. « On essaie de trouver un créneau pour être au plus proche des échéances de transposition de la directive », rapporte l’entourage du ministre du travail et des solidarités, Jean-Pierre Farandou.
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UN cabinet de recrutement Workforce Solutions, à Plano (Texas), le 30 octobre 2025. TONY GUTIERREZ/AP
Donald Trump a beau focaliser toute son attention sur la guerre contre l’Iran, l’économie américaine ne cesse de le rattraper par la manche. Le Bureau des statistiques du travail (Bureau of Labor Statistics, BLS) a publié, vendredi 6 mars, de très mauvais chiffres de l’emploi pour le mois de février : 92 000 « jobs » ont été détruits par rapport à janvier, quand les analystes tablaient sur 50 000, et le taux de chômage a légèrement progressé, pour atteindre 4,4 %. La nouvelle est inquiétante pour l’administration américaine, alors que l’inflation, aujourd’hui de 2,4 %, pourrait remonter dans les semaines à venir, avec l’augmentation du baril de pétrole liée au conflit.
Ce plongeon de l’emploi en février suit un net rebond en janvier, qui avait été salué par la Maison Blanche comme une reprise annoncée du marché du travail, après une année 2025 plus que morose. Le président et son entourage ne se sont pas précipités vendredi pour commenter ce contrecoup. D’autant plus que les données des deux mois précédents sont revues nettement à la baisse. De 48 000 créations d’emplois en décembre, on passe désormais à 17 000 destructions de postes (soit une correction de 65 000 postes). L’excellent mois de janvier est revu plus modestement à la baisse, passant de 130 000 à 126 000 créations d’emplois (– 4 000).
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