La MAIF parie sur « le goût des autres » pour améliorer ses performances

« Le pari de la MAIF est qu’in fine les actions servent la performance »

Devenue « société à mission » en juillet, la MAIF a tenu son premier comité de mission mercredi 4 novembre sous la présidence de Nicole Notat. Choix hautement symbolique que celui de la coautrice du rapport Senard, à l’origine de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises).

Avec ce texte du 22 mai 2019, les entreprises ont obtenu les moyens d’engager publiquement les actionnaires sur leurs choix sociaux et environnementaux. « Au-delà de la MAIF, on constate énormément de contentieux d’entreprise prises en défaut sur ces sujets jusqu’à l’autre bout du monde. Il y a désormais un écosystème très attentif aux pratiques de l’entreprise. Il ne peut plus y avoir de frontière étanche entre l’intérêt économique et celui des parties prenantes Les facteurs RSE [responsabilité sociétale des entreprises] deviennent ainsi consubstantiels à la performance de l’entreprise », explique Nicole Notat.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Raison d’être et mission d’entreprise : des mots qui engagent

La loi Pacte prévoit que la « raison d’être » de l’entreprise soit inscrite dans les statuts et votée en assemblée générale par les actionnaires. Ce qui fut fait pour la MAIF en ces termes : « une attention sincère portée à l’autre et au monde ». On imagine mal une entreprise affirmer le contraire. Une simple définition de belles intentions ne suffit pas pour autant à transformer une entreprise et encore moins à contraindre des actionnaires de respecter des engagements sociétaux qui pourraient contrarier à court terme des intérêts économiques, quand bien même la raison d’être leur serait opposable lors de l’assemblée générale annuelle.

Entreprise responsable

C’est pourquoi un comité de mission est prévu par la loi Pacte pour contrôler la mise en œuvre de la « raison d’être » à tous les échelons de l’entreprise, afin qu’elle ne se résume pas à de la pure rhétorique, autrement dit au greenwashing qui discrédita la RSE.

D’ici la fin de l’année, la MAIF doit avoir traduit ses objectifs très théoriques de « société solidaire » et d’« épanouissement de ses acteurs » dans une feuille de route beaucoup plus concrète qui sera validée par le comité de mission en janvier 2021. « Le rôle du comité est triple, indique le directeur général de la MAIF, Pascal Demurger, cadrer la feuille de route annuelle avec des objectifs précis et chiffrés, vérifier les résultats et élaborer un rapport de mission qui sera publié, puis servir d’aiguillon pour aller plus loin dans les engagements de chacun des métiers ».

Il vous reste 47.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Plus d’un million d’« extras » « paient le prix fort de la crise sanitaire »

Tribune. C’est peut-être une crise sans retour que vivent aujourd’hui près de 1,2 million de salariés. Ils ont été abandonnés sans solution depuis mars 2020 dans le cadre de la crise de la Covid-19 alors qu’une écrasante majorité d’entre eux ne pouvait prétendre à aucun droit au chômage. Ce sont eux que l’on désigne habituellement comme étant des « extras », guides conférenciers, maîtres d’hôtel, chefs cuisiniers, livreurs, personnels en charge du catering, hôtesses, chauffeurs, agents d’entretien et de sécurité…

Ces salariés sont généralement embauchés pour l’exécution d’une tâche précise, temporaire par nature, que ce soit dans les festivals, les tournées d’artistes ou les évènements et salons. Cette crise rappelle en effet à chacun que tout le monde ne vit pas en France avec un CDI : nombreux sont celles et ceux qui vivent avec un CDD – que ce soit inhérent à l’activité qu’ils ont choisie, ou que ce soit de manière subie. Parmi ces bénéficiaires de CDD, celles et ceux qui sont en CDDU, les « contrats à durée déterminée d’usage », paient le prix fort de la crise sanitaire.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Pourquoi aide-t-on tout le monde et pas nous ? » : le désarroi des extras de la restauration événementielle

Les extras travaillent en effet à la mission au même titre que les intermittents du spectacle qui bénéficient d’un régime d’assurance-chômage adapté. Mais, contrairement à ces derniers, ils émargent au régime général. Ne disposant pas de filet de protection ni de mesures spécifiques pour les accompagner face à la crise du Covid-19, ils ont été frappés de plein fouet par la mise en berne de l’économie entraînée par le confinement et les mesures de protection sanitaire.

Aucune solution depuis mars 2020

Ils ont vu dans leur écrasante majorité toute activité professionnelle cesser, alors même que devait commencer la saison des festivals et s’ouvrir la période de l’année au cours de laquelle ils accomplissent l’essentiel de leurs contrats. Ils n’ont pour la plupart pas cumulé assez d’heures travaillées pour prétendre au chômage.

La crise du Covid-19 a de fait détruit 715 000 emplois au premier semestre. La direction des études et des statistiques du ministère du travail (Dares) vient d’estimer à quelque 65 000 le nombre de ruptures de contrats de travail annoncées par les entreprises depuis le début du mois de mars. C’est le triple par rapport à 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « On est les oubliés » : les « permittents » de la restauration dans l’événementiel réclament des aides

Alors que le gouvernement a mis en place des dispositifs de soutien aux catégories de salariés qu’il a bien voulu identifier, cette crise laisse les extras dans l’ombre, un nombre écrasant d’entre eux restant sans aucune solution depuis mars 2020. Selon la Fédération nationale des guides interprètes, qui représente les guides conférenciers, 40 % d’entre eux n’ont pas accès aux aides.

Il vous reste 55.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Le plan de relance a-t-il trop la tête dans le futur ? »

Bruno Le Maire, ministre de l’économie, à l’Assemblée nationale, le 3 novembre.

Chronique. Le plan de relance français est-il déjà obsolète avant d’avoir servi ? En tout cas, sa forme et son application sont sérieusement remises en cause par le deuxième confinement qui est en train de replonger dans le rouge tous les indicateurs économiques, ragaillardis à la faveur de l’été. Il voyait pourtant loin cet ambitieux dispositif, baptisé « France Relance », le regard volontairement tourné vers 2030. C’est bien justement ce qu’on lui reproche aujourd’hui : avoir la tête dans le futur. Avant de penser à la décennie prochaine, il serait opportun de réaliser que la survie de notre économie se joue dans les mois à venir.

Il est vrai que le plan de 100 milliards d’euros, le plus coûteux jamais engagé en France, un tiers du budget général de l’Etat, n’est pas vraiment un plan de relance, mais de modernisation. Il entend rénover les maisons et immeubles de France pour réduire leur consommation énergétique, investir dans la filière à hydrogène, améliorer la compétitivité des entreprises par des réductions d’impôt, doper l’apprentissage…

Trou d’air

Tout cela va dans la bonne direction, mais pas forcément à la bonne vitesse pour répondre à l’urgence du moment. Dans une note publiée vendredi 6 novembre par l’Institut Montaigne, l’économiste Eric Chaney calcule que, sur les 100 milliards d’euros, seulement 25 milliards seront dépensés en 2021. Les dispositifs les plus immédiats et certains seront la baisse des impôts de production de 10 milliards dès 2021, l’aide aux fonds propres des PME (3 milliards d’euros) et la mesure d’activité partielle de longue durée d’un coût de 7,6 milliards.

Cela sera-t-il suffisant pour absorber le trou d’air dans lequel nous entrons ? Et notamment, faudra-t-il se résoudre à faire ce que le gouvernement ne voulait pas : de la relance par la consommation ? Face à tous les politiques, à gauche mais aussi à droite, qui plaident pour une aide massive à effet immédiat, comme le fait l’Allemagne en baissant sa TVA de trois points, l’exécutif répond que le problème ne vient pas de la demande, puisque dès que l’on donne de l’argent directement aux Français, ils l’enfouissent sous leur matelas en prévision des jours meilleurs. Et puis, il le dit moins, mais ces mesures coûtent très cher et ont un effet immédiat sur le budget, à la différence des garanties bancaires et autres plans sur cinq ans. Enfin, il a déjà dépensé plus de 60 milliards d’euros pour soutenir l’activité et les salariés au printemps, notamment avec le chômage partiel.

Il vous reste 23.76% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Covid-19 : le gouvernement peine à faire respecter le télétravail

Elisabeth Borne a décidé d’élever la voix à l’égard des patrons. Durant la semaine écoulée, la ministre du travail a multiplié les échanges avec des dirigeants d’entreprise pour les sensibiliser à l’une des nouvelles consignes gouvernementales liées au reconfinement : le rétablissement provisoire de l’activité à distance (ou télétravail) pour tous les salariés qui sont en mesure d’accomplir leurs tâches ainsi. Alors que des employeurs tardent à se conformer à cette injonction, Mme Borne entend, d’abord, privilégier la pédagogie. Mais elle n’exclut pas de sortir la trique si des réfractaires subsistent. « Nous serons fermes », assure-t-on dans son entourage.

Vendredi 6 novembre, la ministre du travail a monté une opération de communication sur le sujet en se rendant au siège de BNP Paribas, à Paris, puis dans les locaux d’Engie et de Total dans le quartier de la Défense. Le fait d’avoir inscrit le groupe pétrogazier dans la liste des sociétés visitées ne doit rien au hasard : celui-ci avait diffusé à son personnel une note recommandant de se rendre au bureau deux jours par semaine pour certaines missions, ce que la CFDT avait dénoncé. A l’occasion de son déplacement de vendredi, Mme Borne a réaffirmé la règle instaurée depuis la fin octobre : l’activité à distance est portée à « 100 % » de l’emploi du temps, pour tous les postes « télétravaillables ». Dans son esprit, il s’agit d’une « obligation » à respecter scrupuleusement, car elle contribue à limiter la propagation du SARS-CoV-2 en réduisant les interactions sociales et les déplacements entre le domicile et le lieu de travail.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Avec le reconfinement, cent nuances de télétravail

Les jours précédents, la ministre s’était entretenue, au téléphone ou par visioconférence, avec les directeurs des ressources humaines (DRH) de plusieurs grandes entreprises – dont le nom n’a pas été divulgué – et avec des responsables de grandes fédérations d’employeurs (bâtiment, professions du conseil, de l’ingénierie, du numérique, etc.). Des discussions devenues indispensables, certains protagonistes exprimant publiquement leur incompréhension devant la nouvelle doctrine de l’Etat. « C’est une véritable cacophonie », a ainsi déclaré aux Echos Philippe Darmayan, le président de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie – l’une des organisations les plus puissantes du monde patronal. « Nous avions compris que le télétravail devait être utilisé au maximum, puis la ministre du travail a expliqué qu’il était obligatoire. Nous réclamons une ligne claire ! »

Il vous reste 48.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« On ne va pas se raconter d’histoire éternellement… Je vais faire faillite »

Manifestation de commerçants indépendants, le 4 novembre à Bayonne.

Il est des Français pour qui le reconfinement ne fut pas qu’une mauvaise nouvelle. Pour 2 millions de travailleurs indépendants, privés de toute aide depuis l’été – selon l’estimation des organisations qui les représentent –, ce fut aussi un soulagement. Lors de son discours du 28 octobre, Emmanuel Macron a en effet annoncé un « plan spécial » à destination de cette catégorie très hétérogène, qui englobe commerçants, artisans, professions libérales, et dont le nombre (hors agriculture) a augmenté de 33 % entre 2008 et 2017, principalement grâce au succès du statut d’auto et microentrepreneur.

Lire aussi Rentrée scolaire, fermeture des rayons non essentiels en grande surface : le point sur le reconfinement en France

Ce plan consiste principalement en une réactivation du fonds de solidarité, avec des aides jusqu’à 10 000 euros selon les cas, et des reports ou exonérations de cotisations sociales. « Ça ne sauvera pas mon entreprise mais je l’attends avec impatience », a réagi Claude (le prénom a été changé), 48 ans, consultant en management, avant de raconter le maelström dans lequel il est pris, comme beaucoup d’autres, depuis huit mois.

En société unipersonnelle depuis dix ans, il conseille les entreprises qui ont des projets de transformation. « On est une variable d’ajustement : nous sommes les premiers à dégager en temps de crise », explique-t-il. En mars, la société pour laquelle il travaillait lui a demandé de libérer son bureau en une semaine. Il a alors eu droit au fonds de solidarité dans sa forme initiale pendant quatre mois : 4 x 1 500 euros versés sur le compte de sa société. « Ça tombe dans la trésorerie, pas dans ma poche ! Pour me verser du salaire là-dessus, j’ai payé des cotisations sociales », souligne-t-il.

« On est une variable d’ajustement : nous sommes les premiers à dégager en temps de crise », Claude, consultant en management

Pour lui, comme pour beaucoup de petits entrepreneurs prestataires de services, sans salariés, l’aide du fonds de solidarité s’est arrêtée à l’été. Rien en juillet, août, septembre et octobre alors que son activité n’est jamais repartie. « L’économie est K.-O. Mes clients potentiels ne font plus de projets, ils comptent leurs sous, constate-t-il. Moi j’ai brûlé ma trésorerie. On ne va pas se raconter d’histoire éternellement… Je vais faire faillite. » Des années de travail pour bâtir un réseau et une réputation, détruites en quelques mois. Ce reconfinement lui rouvre l’accès à 1 500 euros d’aide mensuelle. Sans rétroactivité sur l’été. « J’espère que ça le sera pour octobre », s’inquiète-t-il. Si, cette fois, les formulaires sont à jour.

Il vous reste 58.71% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La Société générale prévoit de supprimer 640 postes en France

La Société générale n’en finit pas de se restructurer. La banque, qui a perdu en Bourse près des deux tiers de sa valeur depuis le mois de février, est devenue une proie dans le paysage bancaire européen. Cherchant à nouveau à réduire ses coûts et à rassurer ses actionnaires, elle a annoncé, lundi 9 novembre, dans un communiqué « la suppression nette d’environ 640 postes en France, sans départs contraints ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : la Société générale essuie une lourde perte

Cette baisse d’effectifs concerne plusieurs métiers à Paris et en province : certaines activités de marché, la conformité (contrôle du respect de la réglementation au sein du groupe), les risques, les ressources humaines ou la communication.

« La direction a justifié le besoin d’économies en mettant en avant la nécessité de protéger l’indépendance de Société générale à travers sa valorisation boursière et de faire face aux conséquences des crises sanitaires et économiques », pointe un tract du syndicat SNB-CFE-CGC de la banque, qui s’alarme d’« un énième plan social ».

Alternance d’annonces

Il y a un peu plus de dix-huit mois, en avril 2019, le groupe bancaire avait, en effet, engagé la suppression de 1 600 postes, dont 750 en France. Pour le délégué national de la CGT, Philippe Fournil, qui avait fait les comptes, il s’agissait alors du « douzième plan social en dix ans ».

Depuis plusieurs années, la Société générale alterne les annonces de réduction d’effectifs et de plans d’économies. En août, elle a dévoilé un nouveau programme de baisse de coûts de 450 millions d’euros d’ici à 2022-2023, pour diminuer le profil de risque de certaines activités de marché (produits structurés, crédit et actions), à l’occasion de la publication de ses mauvais comptes du deuxième trimestre 2020 (une perte nette de 1,26 milliard d’euros). « La banque, comme l’énergie ou l’automobile, est une industrie dont l’environnement est en plein bouleversement, avec des taux bas pour dix ans ou pour l’éternité, et l’émergence de technologies numériques, avait alors justifié Frédéric Oudéa, le directeur général du groupe. Ces ajustements industriels vont continuer. »

Et de fait, quelques semaines plus tard, en septembre, la Société générale a révélé qu’elle mettait à l’étude la fusion de sa banque de détail avec celle de sa filiale Crédit du Nord, qui se traduira par un nombre important de fermetures d’agences bancaires, avec l’objectif de redresser sa compétitivité.

« Ce nouveau plan de suppression de plus de 640 postes va contribuer au plan d’économies de 450 millions d’euros annoncé en août, mais il est aussi la conséquence de la future fusion des réseaux de la Société générale et du groupe Crédit du Nord, car il va y avoir de nombreux doublons », analyse Frédéric Guyonnet, le président national du SNB-CFE-CGC. Il se désole que « les salariés soient la variable d’ajustement, en réaction aux mauvais résultats de la banque au premier semestre 2020 ».

Il vous reste 30.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

L’impact économique du second confinement est trois fois moindre que celui du premier

Si, d’un point de vue sanitaire, « il est trop tôt pour juger de l’effet du reconfinement », a estimé dimanche Olivier Véran sur France Inter, Franceinfo et dans Le Monde, côté économique, les premiers chiffres montrent que son impact est nettement moins violent. En novembre, l’activité devrait reculer de 12 %, selon l’enquête de conjoncture menée par la Banque de France et publiée lundi 9 novembre, tandis qu’elle avait plongé de 31 % en avril.

Cette enquête, menée auprès de 8 500 chefs d’entreprise, a démarré le 28 octobre, soit deux jours avant l’entrée en vigueur du deuxième confinement. L’essentiel des réponses étant parvenu après le 30 octobre, elle constitue « la première mesure de l’appréciation par les chefs d’entreprise de l’effet du confinement », souligne l’institution.

Le maintien de l’activité des services publics et des établissements scolaires joue un rôle significatif, pour un quart environ de l’écart entre les deux confinements. Le reste provient « de l’adaptation des entreprises » aux protocoles sanitaires et au télétravail, comme l’explique le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

Aucun impact sur le bâtiment et la construction

Les chiffres en attestent : alors que l’activité dans l’industrie était tombée à 51 % de son niveau « normal » en avril, elle est en novembre de 89 %. Ce nouveau confinement n’a, notamment, aucun impact sur le bâtiment et la construction, contrairement à ce qu’il s’était passé au printemps, lorsque la plupart des chantiers avaient été arrêtés durant des semaines.

La situation est plus contrastée dans les services : si ceux alloués aux entreprises continuent de fonctionner normalement ou presque – quoique en télétravail –, la restauration, l’hébergement, les services à la personne et, dans une moindre mesure, le commerce connaissent peu ou prou le même recul d’activité qu’en avril. Le secteur de la restauration devrait ainsi tourner à 9 % de la normale en novembre, l’hébergement à 17 %.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le PIB européen ne retrouvera son niveau d’avant-Covid qu’à la fin de 2022

Mais, dans l’ensemble, souligne le gouverneur, « il y a moins d’opposition entre l’économique et le sanitaire : les entreprises ont appris à diminuer les effets économiques du confinement tout en protégeant les salariés ».

Ce nouveau confinement n’entraînera pas de dégradation d’ampleur de la récession prévue cette année, selon le gouverneur. « Alors que nous estimions la récession à 8,7 % du PIB avant la seconde vague, nous estimons aujourd’hui qu’elle sera entre 9 % et 10 % », dit-il.

Il vous reste 51.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Face aux crises multiples, « nos décideurs sont dans une véritable machine à laver »

Tribune. Les crises qu’affrontent aujourd’hui la société et les autorités publiques semblent être de natures si variées qu’il devient difficile d’identifier des invariants entre toutes ces situations.

Celles-ci ont pourtant tout d’abord en commun d’obliger à revoir la manière de piloter l’organisation, lorsqu’il devient difficile de répondre aux questions simples comme « que se passe-t-il ? » ou « Que dois-je faire ? ».

Car il ne faut pas confondre crise et urgence. Il existe en effet des procédures d’urgence qui permettent de mener des actions construites pour répondre sans délai à un évènement prévisible (attentat, incendie, accident). Ces procédures sont souvent confondues avec la gestion de crise, alors qu’il est pourtant impossible de répondre complètement à une situation de crise avec des procédures.

La complexité d’une crise provient en effet d’un savant dosage entre une pression du temps qui donne un sentiment d’urgence à agir, des enjeux souvent forts ou perçus comme tels, et une information parcellaire au moment où agir devient nécessaire. L’action – chercher des informations, mettre en œuvre des mesures, communiquer – doit se réaliser dans l’incertitude sur les futurs possibles.

Un fonctionnement collectif

L’ajustement devient donc perpétuel entre une action en cours et destinée à produire un effet plus ou moins rapidement et plus ou moins longtemps, et la nécessité de continuer à donner du sens aux décisions en anticipant des scénarios et des actions possibles.

Or, nul être humain n’est capable, seul, de faire face à une situation d’un tel niveau de complexité : la prise en compte de ces temps si différents dans un environnement sous pression surexpose le décideur à différents biais cognitifs et perceptifs, biais très connus des spécialistes. Un pilotage en situation de crise impose donc une méthode de travail et un fonctionnement collectif.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : « Aucune leçon n’a été tirée de la gestion de la crise entre mars et mai »

Contrairement aux idées reçues, le décideur n’a pas à être le « pilote » d’une équipe de crise. Conscient des enjeux, de sa responsabilité, mais aussi de ses propres limites, il doit à la fois favoriser un fonctionnement collectif, formaliser sa vision et ses attentes, et enfin arbitrer entre les actions qui lui sont proposées. Le fonctionnement collectif doit permettre au décideur d’assumer ses décisions.

Un décideur « serein » mobilise une équipe, qui doit disposer des caractéristiques suivantes.

Tout d’abord, elle doit offrir une variété de regards et d’analyses. Rien n’est plus dangereux que la gestion de crise par l’expertise. Elle ampute généralement la réflexion d’un pan entier de compréhension de ce qui se passe ou pourrait se passer. Elle occulte les interactions qui peuvent exister entre les domaines impactés par la situation.

Il vous reste 62.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La compagnie maritime CMA CGM jugée pour « homicide involontaire » après le suicide d’un commandant

Un navire de la compagnie maritime CMA CGM, à Singapour, le 11 octobre.

« Je n’ai plus d’avenir et cela m’est insupportable… alors je fais ce qu’ils espèrent tant… disparaître. » Juste après avoir rédigé ces derniers mots, Philippe Deruy, commandant de navire à la CMA CGM, se pend avec un câble électrique dans la cave de son appartement à Nice, le 14 février 2011. Le lendemain, un tract syndical reproduit le message testamentaire adressé à « ses rares soutiens de la CMA », un réquisitoire contre le troisième armement mondial « qui traite les gens comme du bétail », écrit-il.

Un texte plein de rage dans lequel Philippe Deruy, 47 ans, dénonce alors le sort qui lui a été réservé après la collision d’un navire qu’il commandait : un débarquement à Suez, une « placardisation » dans un poste à terre, selon lui des sanctions qui ne disent pas leur nom. Menacé un temps de licenciement pour une faute qu’il n’avait pas commise, privé d’une procédure disciplinaire qui lui aurait permis de se défendre et d’une rencontre avec Jacques Saadé, le PDG décrit comme « Dieu le père »… Ce sont quarante-neuf jours d’une descente aux enfers qui ont laminé cet homme robuste, « dur avec les autres, dur avec lui-même ».

Devant le tribunal correctionnel de Marseille qui juge, lundi 9 novembre, la société CMA CGM pour « homicide involontaire », va résonner l’écho de la vague d’émotion qui s’était levée sur toutes les mers du globe, à l’annonce de son suicide. Depuis les navires de la CMA CGM, les messages avaient afflué au siège de la compagnie, à Marseille. Pavillon français en berne sur le Puccini. « Tristesse et rage » à bord du Rossini. « Gifle glacée » pour l’équipage de la Traviata… La colère avait parlé aussi pour dénoncer « ce système qui broie les gens ».

Ni blessé ni pollution

Le Havre, 23 décembre 2010. Le navire la Pérouse, le dernier et plus grand bâtiment de la flotte de la CMA CGM que Philippe Deruy était allé sortir des chantiers navals en Corée, appareille pour Hambourg. Après avoir vérifié que tout est clair, le commandant descend dans sa cabine préparer l’arrivée dans le port de l’Elbe. A la barre, un jeune lieutenant n’anticipe pas la manœuvre pour dépasser un petit caboteur, le Thèbe. La collision ne fait ni blessé ni pollution. Juste 30 tonnes d’acier à remplacer sur le la Pérouse. Coût pour la compagnie : 720 000 euros.

Très vite, l’enquête interne, celle du bureau Enquête Accident Mer, exonère Philippe Deruy de toute responsabilité. Le jeune lieutenant, lui, reconnaît sa faute et, dans ce monde impitoyable qu’est la mer, sait qu’il n’a plus d’avenir dans la compagnie. Sur un papier, il griffonne une demande de rupture conventionnelle de son contrat de travail.

Il vous reste 67.48% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Les fermetures de petits commerces risquent de ruiner en partie l’ambition de renforcer la cohésion des territoires »

Une femme passe devant un magasin fermé, à Paris, le 6 novembre.

Chronique. Hélène Wasselin a eu une belle idée pour dénoncer la fermeture des petits commerces jugés « non essentiels » par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 : photographier dans son salon de coiffure Esquisse de soi de Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais), torse nu et de dos, ses collègues victimes comme elle de ce couperet administratif, puis les poster sur les réseaux sociaux avec ces mots : « La Covid nous met à terre ! L’Etat nous met à poil ! » Cette indépendante est aussi conseillère municipale (PS). Il arrive parfois que la boutique et la politique fassent cause commune.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « J’ai brûlé ma trésorerie. On ne va pas se raconter d’histoire… Je vais faire faillite »

Cette décision, « c’est un crève-cœur pour moi », a confessé le premier ministre, Jean Castex. On veut bien croire l’ancien maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Et les milliers d’élus, toutes couleurs politiques confondues, qui s’inquiètent de voir leur cœur de ville s’arrêter définitivement de battre. De Béziers à Aurillac et de Chalon-sur-Saône à Argenton-sur-Creuse, ils ont manifesté et pris des arrêtés municipaux – aussi symboliques qu’illégaux – pour autoriser l’ouverture de tous les magasins. Et certains ont trouvé un bouc émissaire facile, Amazon, accusé de prospérer sur la misère de la boutique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’hypothèse d’un confinement plus long, ou plus strict, est prise au sérieux dans les ministères

Pas de doute, le géant du commerce en ligne a tiré un énorme profit de la crise sanitaire, amplifiant les craintes d’un petit commerce en retard de numérisation et celles des grandes surfaces. Sa capitalisation boursière a gonflé de 500 milliards d’euros depuis le début de la pandémie pour atteindre 1 400 milliards. Il a déjà avalé 20 % des parts du marché français des ventes en ligne, et l’e-commerce ne redescendra pas à son niveau d’avant-Covid. Le groupe de Jeff Bezos continue de tisser sa toile, avec le soutien d’élus bénissant les centaines d’emplois créés dans ses « usines à colis » de 50 000 m2 sur plusieurs étages, ses centres de tri et ses points de livraison, qui écoulent aussi quantité de produits made in France.

« L’humanité de notre cité »

Y a-t-il de quoi réveiller la guerre des « petits » contre les « gros », vigoureuse dans les années 1950-1970 ? Ou relancer le mouvement des « gilets jaunes », comme s’en inquiète un ministre ? « L’insurrection, nous ne la prônerons pas », rassure le président de la Confédération des commerçants de France, Francis Palombi, après le défilé de 500 d’entre eux à Bayonne. Pas de nouveau Pierre Poujade dénonçant des « trusts apatrides » ni de Gérard Nicoud, ces leaders populistes qui ont fédéré la colère des indépendants contre le fisc, la Sécu et les hypers. La grande distribution, elle-même en crise, s’est jointe aux attaques contre les purs acteurs d’e-commerce et tente de ranimer des boutiques… qu’elle a contribué à asphyxier.

Il vous reste 54.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.