Le casse-tête des ouvertures de commerces le dimanche en situation d’urgence

Tous les commerces pourront-ils ouvrir le dimanche dès le 29 novembre ? C’est, semble-t-il, le souhait du ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, qui s’est déclaré, mercredi 25 novembre, sur France Inter, « favorable à l’ouverture des commerces tous les dimanches jusqu’à Noël », comme il l’avait d’ailleurs laissé entendre précédemment aux commerçants. Ces derniers réclamaient de pouvoir ouvrir plus longtemps en semaine ainsi que le dimanche, afin d’écouler les stocks accumulés et d’étaler sur sept jours les flux de clientèle.

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« Cette mesure, qui ne coûte pas un seul euro au gouvernement et ne repose que sur la force de travail des commerçants, peut permettre de [compenser] un peu du manque à gagner généré par la période de fermeture, ont fait valoir, mercredi, plusieurs fédérations professionnelles. Elle placera aussi les magasins sur un pied d’égalité avec les marchands 100 % Web, qui ont jusqu’à présent bien profité, seuls, et 7 jours sur 7, de la consommation. » Selon le cabinet Retail Int., les dimanches de décembre ont représenté 12 % du chiffre d’affaires des commerces non alimentaires en 2019.

De son côté, la ministre du travail, Elisabeth Borne, avait laissé entendre, lundi, aux partenaires sociaux, qu’il n’était pas nécessaire de modifier les textes de loi et que des instructions seraient envoyées aux préfets. Car, sans coup de pouce du gouvernement, impossible d’ouvrir les magasins partout.

« Dimanches du maire »

Les dispositifs permettant l’ouverture dominicale des commerces ont été assouplis par la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite « loi Macron ») : 12 dimanches dans l’année au maximum (contre cinq auparavant), laissés à l’appréciation du maire ou du préfet ; des zones touristiques et des zones commerciales dans lesquelles le travail est autorisé 52 dimanches dans l’année ; des gares et des zones touristiques internationales (ZTI), avec des périmètres précis, où les commerces peuvent ouvrir tous les dimanches et le soir jusqu’à minuit.

Sur les 40 villes de métropole de plus 100 000 habitants, trois ont instauré une zone dérogatoire sur l’intégralité de leur territoire (Bordeaux, Toulon et Aix-en-Provence), permettant l’ouverture dominicale des commerces non alimentaires toute l’année. Mais d’autres maires sont bien plus frileux. Sur les 37 autres, dix n’ont pas donné plus de cinq « dimanches du maire » en 2020, selon les chiffres de l’Alliance du commerce.

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« Je suis une femme quota » : 40 personnalités allemandes défendent l’accès des femmes aux postes à responsabilités

S’il ne manquait pas Angela Merkel, la vidéo serait un parfait Who’s who des célébrités féminines allemandes. Quarante femmes, dont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la ministre fédérale de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer (« AKK »), et des personnalités du monde de la politique, de l’économie, de la recherche et du spectacle ont diffusé, mercredi 25 novembre, un message sur les réseaux sociaux et à la « une » du magazine Stern. « Je suis une femme quota » (« Ich bin eine Quotenfrau »), affirment-elles dans une démarche inédite, espérant briser le tabou qui persiste encore sur l’accès des femmes aux responsabilités en Allemagne.

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C’est un des paradoxes de la République allemande : bien qu’une femme soit depuis quinze ans à la tête de la chancellerie, le pays est nettement en retard par rapport à ses voisins dans l’accès de la gente féminine aux postes à responsabilités. Elles n’occupent que 12,8 % des postes de direction des entreprises cotées au DAX, le premier indice boursier allemand, contre 21 % dans le CAC 40 en France.

Pour tenter d’y remédier, les partis de la coalition au pouvoir (l’union chrétienne CDU-CSU et le Parti social-démocrate SPD) sont parvenus à un compromis, vendredi 20 novembre, sur un projet de loi imposant un quota de femmes aux entreprises évoluant en Bourse. Les directoires (ou comités exécutifs) de plus de trois membres devront obligatoirement compter au moins une femme dans leurs rangs.

Retourner le stigmate

Le texte, fruit d’une longue discussion, est soutenu par les sociaux-démocrates et par Angela Merkel. Il a bénéficié de façon inattendue de l’appui de Markus Söder, président de l’Union chrétienne-sociale (CSU), la très conservatrice branche bavaroise de l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

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La partie est pourtant loin d’être gagnée. Le projet de loi doit franchir différentes étapes de discussion avant d’être adopté, notamment en passant devant les fédérations économiques et patronales. Or celles-ci refusent le texte. Elles dénoncent une intervention excessive de l’Etat dans la gestion des affaires des entreprises, et avancent la « pénurie de candidates » à ces postes. « Nous ferons tout pour empêcher les quotas féminins », a lancé Hans Michelbach, député de la CSU, proche des milieux économiques. Pourtant, des quotas obligatoires existent depuis 2016 pour les conseils de surveillance des entreprises cotées.

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Face à la crise de l’emploi, la Creuse résiste mieux que la Corse

Derrière une moyenne nationale se cachent toujours de grandes disparités territoriales. Ainsi, si la France a en moyenne perdu 2,8 % de ses emplois salariés au premier semestre (soit 714 900 emplois en moins), la Creuse n’a vu disparaître « que » 1,55 % de ses emplois, tandis que la Corse-du-Sud a vu son nombre d’emplois salariés chuter de 7,05 %.

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La Corse a été durement frappée dans son ensemble, puisque la Haute-Corse a elle aussi vu son total d’emplois salariés fondre au premier semestre (– 5,99 %). L’antenne régionale de l’Insee explique que cette chute vertigineuse est due à « la surreprésentation dans la région d’activités davantage affectées par les mesures sanitaires », notamment le secteur de l’hébergement-restauration, qui, en plus d’être fortement impacté par la réglementation sanitaire, recourt massivement aux contrats courts, qui ont été les premières victimes de la crise.

Pour les Hautes-Pyrénées, le bureau de l’Insee en Occitanie précise même que la chute de l’emploi salarié dans ce département est fortement corrélée à la baisse d’activité du sanctuaire de Lourdes

Selon l’Insee, l’importance de l’hébergement-restauration dans les Alpes-Maritimes et dans les Hautes-Pyrénées est également la cause des importantes pertes d’emplois constatées dans ces départements (respectivement – 5,02 % et – 6,4 %). Pour les Hautes-Pyrénées, le bureau de l’Insee en Occitanie précise même que la chute de l’emploi salarié dans ce département est fortement corrélée à la baisse d’activité du sanctuaire de Lourdes

L’ampleur du rebond de l’intérim au deuxième trimestre a également un fort impact sur les chiffres semestriels des différents départements. La division bretonne de l’Insee indique par exemple que la bonne résistance des Côtes-d’Armor (– 1,92 % entre janvier et juin) s’explique entre autres par le fait que le rebond de l’intérim observé entre avril et juin a compensé une bonne partie des pertes d’emplois des autres secteurs sur cette période et limité la chute sur l’ensemble du semestre.

Le rôle important de l’intérim

A l’inverse, dans les Alpes-Maritimes, l’Institut de statistiques note que l’emploi intérimaire s’est rétabli « beaucoup moins vite » au cours du second trimestre que dans les autres départements (+ 20,2 %, contre + 23 % sur le plan national et + 34,9 % en PACA). Une situation que l’on retrouve également en Haute-Savoie, où le nombre d’intérimaires n’a rebondi que de 12,9 % entre avril et juin (contre 23,8 % en Auvergne-Rhône-Alpes).

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La BCE s’inquiète des faillites des entreprises et de la fragilité des banques

Que se passera-t-il quand on enlèvera la perfusion inédite dont bénéficie actuellement l’économie ? Mercredi 25 novembre, la Banque centrale européenne (BCE), dans son rapport semestriel sur la stabilité financière, s’est inquiétée des bulles financières qui gonflent pendant la pandémie et de la fragilité à venir des entreprises et des banques.

Elle craint un scénario du pire, avec une accélération des faillites des entreprises, qui entraînerait à son tour un affaiblissement des banques. « Nous avons évité une crise de liquidités mais le risque est que cela se transforme en crise de solvabilité », avertit Luis de Guindos, le vice-président de la BCE.

Une photographie des risques

A court terme, souligne la BCE, le risque est minime. Le plan d’achat de dette mené par la Banque centrale, et les dépenses exceptionnelles des gouvernements − chômage partiel, prêts garantis par l’Etat, aides d’urgence… − permettent de maintenir les entreprises à flot artificiellement. Mais après, quand les aides seront retirées ?

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Comme toujours, ce rapport n’est pas une prévision, mais une photographie des risques potentiels. Il commence par souligner les conséquences de la brutalité du choc subi depuis le début de la pandémie. La dette des Etats a fait un bond historique. De janvier à septembre, les gouvernements des pays de l’UE ont émis pour 1 000 milliards d’euros de dette, battant largement tous les précédents historiques. Dans le même temps, les entreprises se sont beaucoup endettées, à hauteur d’environ 500 milliards d’euros.

Ce double endettement Etats-entreprises est particulièrement inquiétant dans cinq pays. La Grèce et l’Italie sont exposées à la dette publique, dont le niveau frôle respectivement 150 % et 200 % du produit intérieur brut (PIB). Le Portugal, la France et la Belgique sont (un peu) moins touchés par la dette publique (autour de 120 %) mais la dette privée des entreprises oscille entre 150 % et 200 % du PIB.

« Une réponse continue, forte et ciblée est vitale pour protéger l’économie jusqu’à ce que l’épidémie soit passée », recommande le rapport

Pour l’instant, Etats comme entreprises peuvent continuer à facilement se financer, grâce à l’intervention massive de la BCE. Après une soudaine poussée au printemps, les taux d’intérêt des entreprises sont revenus à leur niveau d’avant-crise sur les marchés. Au risque d’être trop bas ? « Il y a une déconnexion avec les fondamentaux », s’inquiète M. de Guindos. En clair, il craint la création d’une bulle financière, avec des marchés qui prêteraient trop facilement à des entreprises pourtant très sérieusement fragilisées.

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Le nombre de chômeurs à nouveau en baisse en octobre

La baisse se poursuit. Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A (sans activité) a à nouveau diminué en octobre (− 1,6 %), soit 60 100 inscrits en moins, pour s’établir à 3,794 millions, selon les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), publiés mercredi 25 novembre.

En dépit de cette sixième baisse mensuelle successive, le nombre de chômeurs de cette catégorie reste supérieur de 10 % à celui de la fin de février, avant le début de la crise sanitaire.

En incluant l’activité réduite (catégories B et C), le nombre de demandeurs d’emplois baisse de 0,7 % (− 40 800), pour le quatrième mois de suite, et s’établit à 6,004 millions.

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Des bascules de la catégorie A aux autres

La baisse de la catégorie A concerne toutes les régions de France et toutes les tranches d’âges, même si elle est plus forte chez les jeunes (− 2,4 %).

Elle s’explique avant tout par des bascules de chômeurs qui ont repris une activité réduite courte (catégorie B, moins de 78 heures par mois) et surtout longue (catégorie C, plus de 78 heures par mois, en hausse de 23 600).

Avant la mise en place du confinement à la fin d’octobre, le nombre de demandeurs d’emploi ne semble pas avoir subi les conséquences du couvre-feu dans certains secteurs (spectacle, restauration…), qui ont pu recourir à l’activité partielle.

La Dares n’observe pas encore de très forte hausse des entrées à Pôle emploi pour licenciement économique, malgré la hausse des plans sociaux, du fait du décalage entre les annonces et la mise en œuvre effective d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE).

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Le Monde avec AFP

Mode enfantine : la fin de Kidiliz conduit plus de 1 000 salariés au chômage

Déjà fragile avant la crise liée au Covid-19, Kidiliz avait été placé en redressement judiciaire en septembre 2020.

C’est un nouveau coup dur pour le secteur du commerce. Le tribunal de commerce de Paris a prononcé, lundi 23 novembre, la liquidation du groupe de mode enfantine Kidiliz. Faute de candidat à une reprise totale de l’entreprise, en redressement judiciaire depuis septembre, ses actifs seront attribués à sept entreprises, parmi lesquelles ID Kids, CWF ou l’américain Hanes. Elles se partageront les enseignes et marques du groupe, dont Roger Zannier et sa sœur, Josette Redon, ont jeté les bases à Saint-Chamond (Loire) en 1962, lors de la création de Z, spécialisé dans la mode enfantine bon marché.

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Pour l’heure, 497 de ses 2 600 salariés dans le monde sont repris – et seulement 356 postes en France, soit moins de 30 % des contrats à durée indéterminée. Dans l’Hexagone, ce jugement devrait entraîner le licenciement sec de plus de 1 000 salariés, à la suite de la fermeture de boutiques Catimini et Z partout sur le territoire, et du site de Saint-Chamond. « Les jugements portant sur les filiales italienne, belge et luxembourgeoise [625 employés au total] seront annoncés le 1er décembre », précisent les administrateurs judiciaires. 

Les salariés de Kidiliz auront essuyé revers sur revers depuis la cession de l’entreprise par ses fondateurs au chinois Zhejiang Semir Garment, en 2018. L’entreprise cotée à la Bourse de Shenzhen « ne s’est jamais investie à la hauteur de son projet », estiment les élus du personnel. Elle n’a pas « pris la mesure des restructurations nécessaires », affirme aussi Patrick Puy, nommé directeur général du groupe en juillet 2020, deux mois avant sa mise en redressement judiciaire.

Chute d’activité vertigineuse

Car, en 2019, alors que ses pertes atteignaient 38 millions d’euros, le projet de cession de Z, l’ancien sponsor du cyclisme, capote. Par la suite, la situation financière de Kidiliz continue de se dégrader. « Près de 80 millions d’euros de pertes » étaient prévus en 2020, selon M. Puy. Vient ensuite le printemps noir de 2020. Kidiliz paie chèrement la fermeture administrative de ses magasins lors du premier confinement, de la mi-mars à la mi-mai. La chute d’activité est vertigineuse : 260 millions d’euros de ventes prévues cette année, contre 388 millions en 2019.

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Dès lors, il devient impossible d’éviter la cessation de paiements. La procédure de redressement judiciaire se révèle ardue. La crise due au Covid-19 décourage les repreneurs et complique la recherche de candidats. Pis : début novembre, ces derniers revoient leurs offres à la baisse. « Par crainte de la conjoncture », note Patrick Puy. ID Kids s’est ainsi ravisé. A la fin d’octobre, il jurait pouvoir sauver 615 emplois en France.

Deux semaines plus tard, le groupe qui exploite Okaïdi, Jacadi et Oxybul, et totalise 892 millions d’euros de ventes présente une copie plus chiche : 229 postes seulement pour 79 magasins et plusieurs marques, dont Absorba. CWF, fabricant de vêtements sous licence, préserve, lui, 87 emplois, tandis que l’américain Hanes et l’italien Vincenzo Zucchi reprennent respectivement 87 et 173 salariés.

Le si rassurant recrutement boomerang

Carnet de bureau. « En 2020, je me suis dit que c’était le moment de rentrer en France. Ça s’était très bien passé avec mon ancien employeur. J’ai repris contact et tout s’est fait très vite : en novembre, je signais mon contrat de “réembauche” chez Meritis, dans la technopole de Sophia Antipolis », raconte François Bonavitacola. Spécialiste des systèmes d’information dans la finance, ce trentenaire est ce qu’on appelle un salarié « boomerang », à nouveau embauché par la société de conseils où il avait passé plus de quatre ans avant de partir aux Etats-Unis, recruté par Natixis en 2016.

« Cette pratique est à la hausse, indique le cabinet de recrutement Hays, qui dès son étude de janvier avait remarqué la tendance. »

Cette pratique est à la hausse, indique le cabinet de recrutement Hays, qui dès son étude de janvier avait remarqué la tendance. En cette fin de troisième trimestre, le bilan est net : tandis que « 15 % de nos 1 500 entreprises clientes avaient réembauché des salariés en 2019, sur les neuf premiers mois de l’année 2020, on est déjà à 22 % », assure Oualid Hathroubi, le directeur de Hays Paris.

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« Ce n’est pas une pratique nouvelle, mais traditionnellement, les entreprises y recouraient plutôt en période faste, quand elles ne pouvaient pas faire autrement. Les DRH y sont souvent défavorables par souci d’équité à l’égard des salariés loyaux, rappelle Antoine Morgaut, directeur général du cabinet de recrutement Robert Walters pour l’Europe et l’Amérique. Dans un contexte de crise, le recrutement boomerang est moins fréquent, sauf pour certains profils pénuriques ou de gestion de crise. »

« Contexte d’incertitude »

La pénurie des compétences est toujours là, malgré un taux de chômage passé de 7,1 % à 9 %, entre le deuxième et le troisième trimestre. Mais pour Oualid Hathroubi, l’augmentation s’explique autrement :

« Il y a certes davantage de recrutements boomerang qu’ailleurs dans les nouvelles technologies, l’ingénierie, la finance, mais le confinement a surtout obligé les DRH à recruter différemment, mettant de côté l’affect habituellement associé aux départs. En contexte d’incertitude, ils cherchent à avoir des salariés rapidement opérationnels et qui connaissent l’ADN de l’entreprise. »

Le recrutement boomerang est rassurant à la fois pour l’employeur et pour le salarié. « Ce sont des gens en qui j’ai confiance. La structure d’encadrement de Meritis, je la connais, j’en sais la valeur et elle me plaisait. Avec le Covid, on a besoin d’être rassuré », témoigne François Bonavitacola, enthousiaste à l’idée de retrouver « une petite boîte ».

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Comment entretenir la culture d’entreprise en télétravail

Quand l’épidémie de Covid-19 a fermé les bureaux de la PME Avrobio en mars, l’expert en thérapie génique du Massachusetts (Etats-Unis) a paré au plus pressé. Ses employés ont reçu 750 dollars (environ 630 euros) pour installer chez eux une chaise, un nouvel écran, un casque… bref de meilleurs équipements. Et les parents ont touché 1 000 dollars par mois pour payer la baby-sitter. Le message ? « Nous nous engageons massivement auprès d’eux », explique Georgette Verdin, la responsable des ressources humaines de l’entreprise. Mais le travail à distance qu’on croyait temporaire s’est installé dans la durée. Une bonne partie des 130 salariés d’Avrobio gardent un pied chez eux. Et Mme Verdin s’est demandé comment préserver à terme la culture de la société.

« Mais attention, l’abondance des réunions en tout genre est telle que certains s’en lassent. »

Chez Avrobio, comme dans beaucoup d’autres entreprises, les réunions à distance via Zoom, Microsoft Teams ou Cisco Webex se sont multipliées. La responsable des ressources humaines (RH) organise une assemblée publique avec le numéro un tous les quinze jours pour parler stratégie, budget ou encore résultats du dernier sondage interne. Elle a aussi créé des sessions plus intimes entre cadres et employés, sans agenda. « C’est l’occasion de vraiment écouter, dit-elle. Ce sont des conversations intenses sur ce qui se passe dans leur vie. » A cela s’ajoutent les fêtes d’anniversaire. On déguste ensemble un morceau de gâteau à la carotte envoyé par l’entreprise au domicile de chacun.

« Enorme pression »

Les compagnies ont vu leurs rencontres virtuelles s’envoler pendant la pandémie. Seth Patton, directeur général et responsable marketing de Microsoft 365, constate ainsi une hausse de 55 % du nombre de réunions hebdomadaires des usagers de Microsoft Teams et deux fois plus de discussions virtuelles en dehors des heures de travail. L’employé reste certes loin des yeux, mais toujours au cœur de l’entreprise.

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Cette explosion des rassemblements à distance suffit-elle cependant à maintenir l’esprit maison ? Peter Cappelli, professeur de management de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie, en doute. « Les symboles, les signaux visuels que le salarié perçoit normalement au bureau ont disparu, explique-t-il. Les discussions informelles entre collègues sur qui est promu, pourquoi et quand ne sont plus là. » Il existe donc une « énorme pression sur les chefs de service » afin de compenser. « Ils doivent communiquer beaucoup plus à distance, accueillir les nouveaux, faire remonter les informations pour que l’employé se sente partie prenante de l’entreprise », conseille le professeur.

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« Le Monde du travail est devenu fou ! », une plongée au chevet des salariés et de leur santé

Le livre. Le travail est une donnée extrêmement complexe : « un contrat » pour le juriste, « des objectifs » pour l’employeur, « des procédures » pour l’ingénieur, et « des conséquences de l’organisation du travail sur la santé des salariés » pour le médecin du travail. C’est ce dernier point qu’observe le docteur Marielle Dumortier depuis plus d’un quart de siècle dans un service interentreprises de la banlieue parisienne. Le Monde du travail est devenu fou ! (Cherche Midi) raconte comment la santé des salariés a été perdue de vue au fil de la déshumanisation des relations interprofessionnelles.

En trente-cinq ans, elle a vu l’organisation du travail se transformer et les conditions se dégrader : perte d’identité dans des métiers dont les noms n’évoquent plus rien, densification et complexification de la charge de travail.

En chiffres, le travail dégradé, ce sont 30 % à 50 % des infarctus du myocarde qui n’ont pas d’autres facteurs de risque que le stress. « Bernard [un de ses patients] en est mort », écrit-elle. Les syndromes de karoshi (stress chronique) et de takotsubo (du cœur brisé) ont fait leur entrée dans nos open spaces, provoquant des morts brutales. « La surcharge mentale est devenue la première plainte des salariés » qui disent aimer leur travail et leur entreprise.

Un exemple ? Travailler comme personnel soignant dans un service de dialyse équipé de matériel défectueux pour remplacer des collègues absents peut rendre malade, illustre-t-elle. « Le travail est un puissant opérateur de construction de santé ». Mais l’inverse est également vrai : « Il faut bien que les couleuvres avalées ressortent », écrit la médecin du travail.

Management délétère

L’ouvrage, consultation après consultation, interroge avant tout le rôle du médecin du travail et son impact pour la santé des salariés. Le médecin dénonce les méthodes de management délétères, tente de faire bouger les lignes. « Mais de quoi se mêle ce médecin du travail à l’origine de toutes ces déclarations ! »

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Dans le bureau des services de santé de l’entreprise, la responsabilité de l’employeur crève les yeux. Marielle Dumortier est témoin de leur déni face à la surcharge de travail, de déclarations mensongères pour éviter d’œuvrer à la protection des salariés, d’attitudes déshumanisées et finalement de leur mauvaise volonté quand il s’agit de réparer les dégâts, mais aussi du gain réel de ceux qui améliorent les conditions de travail.

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« Au regard des dispositifs mis en place pour le télétravail, refuser le droit à la déconnexion serait une faute pour l’entreprise »

Tribune. A l’heure où, comme le déclarait récemment notre ministre du travail, « le télétravail n’est pas une option », la déconnexion, elle, est-elle une option ? L’article L 1222-11 du code du travail stipule bien qu’en cas de circonstances exceptionnelles, notamment de menace d’épidémie, ou en cas de force majeure, la mise en œuvre du télétravail peut être considérée comme un aménagement du poste de travail rendu nécessaire pour permettre la continuité de l’activité de l’entreprise et garantir la protection des salariés.

Le protocole du 29 octobre sur le télétravail prévoit que celui-ci soit obligatoire à 100 % pour les salariés qui peuvent effectuer leurs tâches à distance. Il précise l’utilisation de l’audio conférence ou l’interdiction des moments de convivialité, mais rien sur le droit à la déconnexion. Alors qu’il est bel et bien inscrit dans la loi travail (dite aussi « loi El Khomri ») du 8 août 2016.

Pour comprendre le contexte : Télétravail : une négociation moins tendue mais toujours incertaine

Dans certains pays et certaines entreprises, le télétravail est perçu par les employeurs comme une excuse pour travailler moins, notamment en raison de l’absence de supervision, selon une étude du cabinet Okta. Cependant, des travaux de recherche contredisent cette vision négative et démontrent que les salariés en télétravail consacrent 48,5 minutes de plus par jour à leur profession (« You’re Right ! You Are Working Longer and Attending More Meetings », Raffaella Sadun, Jeffrey Polzer et al., Harvard Business School, 14 septembre 2020).

L’absence de déconnexion, un harcèlement silencieux

Toujours selon l’étude Okta, bien que les salariés apprécient de plus en plus le télétravail, ils sont en revanche nombreux à souligner qu’il leur est plus difficile de déconnecter… La déconnexion n’a rien à voir avec les congés annuels, mais bien avec le contrat signé entre l’entreprise et le salarié : il s’agit, dit la loi, d’« assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale » des employés. Mais rien, dans le code du travail, ne précise de mesure concrète pour assurer l’effectivité de ce droit, alors que l’impact positif sur la productivité de l’entreprise est indéniable et qu’il permet également une protection psychologique des salariés.

Au regard des dispositifs mis en place actuellement autour de l’aménagement du télétravail, refuser de mettre en place le droit à la déconnexion serait une faute pour l’entreprise. Or on a l’impression que peu de personnes perçoivent l’utilité de la déconnexion, surtout en cette période de plein télétravail. Ne serait-il pas logique de pouvoir utiliser son ordinateur à des fins privées pendant le confinement et aux heures non travaillées, sans être perturbé par des e-mails professionnels ?

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