Le gouvernement annonce un renforcement de son dispositif d’aides en faveur des jeunes de moins de 25 ans

« Un petit coup de pouce à l’installation qui est bienvenu dans cette période. » C’est ainsi que la ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon, a annoncé, lundi 15 février sur LCI, la mise en place d’une aide de 1 000 euros à destination des jeunes actifs pour leur premier logement ou leur premier bail. Cette dernière sera accessible dès le jeudi 18 février sur la plate-forme ActionLogement.fr, a t-elle précisé par la suite sur le réseau social Twitter.

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Ce dispositif sera accessible indépendamment de la nature du contrat signé – CDI, CDD mais aussi intérim. Pourront en bénéficier les jeunes de moins de 25 ans, ainsi que les personnes en alternance et contrat d’apprentissage sans limite d’âge, dont le salaire est inférieur à « 1 300 ou 1 400 euros net par mois », a détaillé la ministre.

« A situation exceptionnelle, réponses vraiment exceptionnelles », a argué Mme Wargon, qui a toutefois confirmé que ce dispositif avait vocation à s’installer dans la durée.

Parcours d’insertion intensif

De son côté, la ministre du travail, Elisabeth Borne, a annoncé un assouplissement des critères d’entrée dans le dispositif « garantie jeunes », dont le gouvernement avait annoncé à la fin du mois de novembre le doublement du nombre de bénéficiaires en 2021.

Créé sous le quinquennat Hollande, ce dispositif assure aux jeunes de 16 à 25 ans qui ne sont « ni en emploi, ni en études, ni en formation » une allocation mensuelle (d’un montant maximal de 497 euros contre 564 pour le RSA). En contrepartie, les bénéficiaires s’engagent à suivre un parcours d’insertion intensif en mission locale.

Selon la Dares, fin 2019, 43 % des bénéficiaires – dont 75 % n’avaient pas le niveau bac – avaient ainsi accédé à un emploi, une formation, un contrat en alternance ou une création d’entreprise.

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Une personne souhaitant bénéficier de cette aide n’aura désormais plus besoin d’être fiscalement autonome du foyer de ses parents. Ses ressources (pas de revenus supérieurs au RSA pour entrer dans le dispositif) seront cependant évaluées sur les six mois précédents au lieu de trois. La durée du parcours pourra quant à elle être modulée de neuf à dix-huit mois (au lieu de douze mois) et les jeunes en situation de handicap pourront y accéder jusqu’à 30 ans.

Par ailleurs, « on va augmenter très fortement le budget des missions locales, dès février, de 140 millions euros pour atteindre 500 millions en 2021 », a ajouté Mme Borne. Cette hausse leur « sera versée dès février pour que les missions locales aient de la visibilité », a-t-elle précisé.

Ces « premiers assouplissements » s’inscrivent dans la perspective des travaux sur « une garantie jeunes universelle », c’est-à-dire la généralisation de la rémunération des parcours vers l’emploi, que le gouvernement préfère à une extension du RSA aux moins de 25 ans.

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Notre sélection d’articles sur le Covid-19

Le Monde

Les députés se penchent sur la réforme de la santé au travail

Mise en chantier en novembre 2017, la réforme du système de santé au travail commence à prendre tournure. Lundi 15 février, les députés devaient débuter la première lecture, en séance, d’une proposition de loi consacrée à cette thématique. Défendu par les députées La République en marche, Carole Grandjean et Charlotte Parmentier-Lecocq, qui sont toutes deux rapporteures, le texte entend mettre l’accent sur la prévention et sortir d’une logique trop tournée sur la réparation, aux yeux des élues macronistes. Dans leur esprit, le temps est venu de transformer un dispositif, qu’elles jugent à bout de souffle : multiplicité d’acteurs qui fonctionnent chacun dans leur périmètre, offre de services insuffisante – en particulier pour les petites et les moyennes entreprises –, crise des vocations débouchant sur une pénurie de médecins du travail, etc.

La démarche de Mmes Grandjean et Parmentier-Lecocq s’inscrit dans un cadre singulier. Les deux parlementaires ont, en effet, repris le contenu d’un accord national interprofessionnel, que le patronat et les syndicats avaient conclu, le 9 décembre 2020, à l’unanimité – à l’exception de la CGT. C’est la première fois, d’après les rapporteures, qu’une proposition de loi transpose dans l’ordre juridique un accord national interprofessionnel. Mme Parmentier-Lecocq y voit « l’aboutissement d’une coconstruction et d’une alliance inédites entre la démocratie sociale et la démocratie représentative », comme elle l’a indiqué le 9 février, quand la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a examiné le texte.

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Ainsi, la proposition de loi conserve les innovations introduites par l’accord interprofessionnel, quitte, parfois, à y apporter des aménagements. C’est, par exemple, le cas de la faculté donnée à des médecins de ville de devenir des « médecins praticiens correspondants » : après avoir suivi une formation ad hoc, ils seront chargés du suivi du salarié, avec la possibilité de consulter le dossier médical en santé au travail de celui-ci. Autre mesure imaginée par les partenaires sociaux et retranscrite dans la proposition de loi : les cellules de prévention de la désinsertion professionnelle. Mises en place dans les services de santé au travail, elles devront trouver des solutions pour que les actifs, en situation de fragilité, soient maintenus à leur poste ou reclassés.

« Une occasion manquée »

Pour autant, la proposition de loi n’est pas, loin s’en faut, un copié-collé servile du compromis ficelé par les organisations d’employeurs et de salariés. Plusieurs articles sont rédigés différemment par rapport à l’accord interprofessionnel, ce qui mécontente Eric Chevée : le vice-président de la Confédération des PME pense, notamment, que des « obligations nouvelles pourraient être infligées aux entreprises de moins de 50 personnes en matière de prévention et d’évaluation des risques professionnels, ce qui n’était nullement prévu au départ ».

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La garantie de revenu de 900 euros pour certains travailleurs précaires prolongée jusqu’à la fin mai

C’est une prolongation de trois mois que vient d’annoncer la ministre du travail, Elisabeth Borne. L’aide exceptionnelle créée en novembre pour garantir un revenu mensuel de 900 euros net aux travailleurs précaires est prolongée jusqu’à la fin mai, a fait savoir Mme Borne, lundi 15 février, dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse.

Annoncé le 26 novembre par le gouvernement, cette aide, destinée notamment aux saisonniers ou travailleurs de l’événementiel, devait initialement couvrir quatre mois (novembre, décembre, janvier et février). Elle permet à toutes celles et ceux qui ont travaillé au moins cent trente-huit jours en CDD ou en intérim (soit plus de 60 % du temps de travail annuel) en 2019, mais qui n’ont pas pu travailler suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits à l’assurance-chômage du fait de la crise sanitaire, de bénéficier d’une garantie de revenu minimum de 900 euros par mois.

« Plus de 400 000 personnes en ont d’ores et déjà bénéficié au titre des mois de novembre et décembre, parmi lesquelles 165 000 jeunes de moins de 30 ans », affirme le ministère.

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« Fortement pénalisés avec la crise »

Elle est versée automatiquement par Pôle emploi aux demandeurs d’emploi qui remplissent les critères fixés par un décret publié le 30 décembre.

Les premiers versements de l’aide ont été effectués le 5 février, au titre des mois de novembre et décembre. L’aide au titre de janvier sera versée entre le 21 et le 24 février ; celle de février, à la fin mars. Le dernier versement, au titre du mois de mai, aura donc lieu en juin. Pôle emploi a également adressé un courrier à plus de 100 000 bénéficiaires potentiels qui doivent encore fournir des documents complémentaires pour pouvoir la percevoir.

« Compte tenu des incertitudes liées à l’évolution de la situation sanitaire et des difficultés actuelles du marché du travail, j’ai souhaité que cette aide soit prolongée jusqu’à l’été pour protéger les travailleurs précaires. Celles et ceux qui travaillaient beaucoup en 2019 mais enchaînaient des contrats courts ont été fortement pénalisés avec la crise », a assuré Mme Borne. « Avec cette prolongation, ils pourront donc bénéficier d’un revenu minimum mensuel garanti par l’Etat de 900 euros pendant sept mois », souligne la ministre, qui parle d’une aide d’« un montant [total] de plus d’un milliard d’euros ».

Le Monde avec AFP

Priorités des DRH pour 2021 : limiter la réduction des effectifs à 10 %, sans plan social

Des raisons de rester optimiste sur le front de l’emploi ? Alors que l’angoisse d’un plan social pollue l’esprit de nombreux salariés, une consultation menée par l’ANDRH entre le 7 janvier et le 7 février auprès de 404 décideurs RH afin de connaître leurs priorités pour 2021, vient quelque peu lever ces craintes. A en croire ces résultats, 78 % des répondants n’envisagent pas de mettre en place un plan de départ et quand cette perspective est envisagée, c’est en général avec une diminution de moins de 10 % des effectifs.

« Les DRH continuent de se battre pour préserver les emplois », soutient Audrey Richard, la présidente de l’ANDRH. Ce constat encourageant doit toutefois être tempéré : les petites structures, qui n’ont pas de directeur des ressources humaines, ne sont pas représentées dans cette étude. En particulier les hôtels, les restaurants… premières victimes de la crise.

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Autre indicateur réconfortant : les DRH interrogés font état d’un relatif retour à la normale des perspectives d’embauche pour cette année. A la question « le contexte actuel a-t-il un impact sur vos intentions de recrutement ? », les répondants indiquent que les recrutements classiques sont « stabilisés » pour 53 % d’entre eux, en diminution pour 25 % et en augmentation pour 16 %.

Recrutement des jeunes grâce aux aides

Dans les très grandes entreprises (plus de 10 000 salariés), les perspectives de diminution sont toutefois majoritaires. Benoît Serre, le vice-président délégué de l’ANDRH, alerte également sur un possible phénomène de « décompensation » en septembre, au moment attendu de la sortie de crise, lorsque les aides publiques ne viendront plus jouer leur rôle d’amortisseur.

Revenant sur les différents dispositifs mis en place – soutien à l’emploi des jeunes, plans de formation, activité partielle de longue durée… –, Laurence Breton Kueny, la vice-présidente de l’ANDRH, souligne que ces aides ont soutenu « des politiques dynamiques en matière d’emploi ». Les aides à l’embauche des jeunes (en alternance ou non) ont en particulier poussé 39 % des répondants à recruter, alors qu’ils ne l’auraient pas fait.

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Benoît Serre s’interroge cependant sur les éventuels effets d’aubaine, en particulier l’impact du recours à l’alternance – près de 500 000 contrats de ce type ont été signés en 2020 – « sur l’emploi durable ». Le vice-président délégué de l’ANDRH appelle également à « construire un plan seniors à hauteur du plan jeunes ».

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Tati, c’est vraiment fini

Devant une vitrine du magasin Tati, sur le boulevard Barbès, en 2003 à Paris.

Tati vit des dernières heures chaotiques. Le magasin situé à Paris dans le quartier de Barbès (18e arrondissement), ultime point de vente à porter son enseigne, devait initialement fermer ses portes courant janvier. Le groupe GPG (Gifi), qui détient l’entreprise depuis 2017, a annoncé, le 7 juillet 2020, le transfert de dix-huit de ses magasins sous son enseigne de déstockage KLO et la fermeture définitive du magasin historique situé à l’angle des boulevards Barbès et Rochechouart.

Depuis, alors que la crise du Covid-19 ravage le commerce parisien, le groupe fondé par Philippe Ginestet, créateur de Gifi, a discrètement mené des négociations avec les trente-quatre salariés du magasin pour assurer leur reclassement, leur départ à la retraite ou leur licenciement. Ses représentants ont aussi rencontré les élus du 18arrondissement pour évoquer le sort des employés et celui de l’immeuble haussmannien qui demeure en copropriété entre la famille héritière du fondateur Jules Ouaki et le groupe GPG. Tous deux ont convenu d’un bail précaire, à titre gratuit, le temps de vendre les 6 500 mètres carrés. Ils ont donné un mandat au spécialiste de la transaction immobilière BNP Paribas Realestate, début 2021, pour boucler la cession « au cours du deuxième trimestre de 2021 », selon une source proche de la famille Ouaki, qui refuse de dévoiler le montant attendu.

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Mais la municipalité parisienne vient de s’inviter dans le dossier. Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo, chargé de l’urbanisme, de l’architecture et du Grand Paris, a annoncé mardi 9 février que le 4, boulevard Rochechouart relève des « appels à projets urbains innovants » dans le cadre de la troisième édition de Réinventer Paris, programme censé « donner une nouvelle vie à des anciens bureaux et lieux de travail qui ne sont plus adaptés aux besoins actuels ». La Ville de Paris veut imposer au nouveau propriétaire de l’immeuble Tati un « programme mixte », mêlant logements sociaux et commerces.

La Ville de Paris veut imposer au nouveau propriétaire de l’immeuble Tati un « programme mixte », mêlant logements sociaux et commerces

« Tati, c’est la porte d’entrée dans l’arrondissement », rappelle Afaf Gabelotaud, adjointe à la Maire de Paris, responsable des entreprises, de l’emploi et du développement économique, élue du 18arrondissement. Et le quartier de Barbès, miné par l’insécurité, le trafic de drogue et le marché de contrebande, a besoin d’être rénové, rappellent des élus attentifs à l’avenir du site.

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L’argot de bureau : tako-tsubo ou karoshi, le syndrome du cœur brisé

Hiroto a 33 ans. Il travaille depuis quelques années dans un grand groupe financier, dans le quartier d’affaires de Tokyo, et aime son boulot. Quand il ne travaille pas, il se sent inutile : c’est pour cette raison qu’il peut se targuer d’avoir effectué 124 heures supplémentaires le mois précédent, ce qui n’est pas beaucoup plus que la norme. Son entreprise fait des efforts pour qu’il prenne du temps pour lui, mais ce soir il n’en est rien : il continuera le labeur jusqu’à l’aube.

Il a pu échapper aux dix gardes chargés de vérifier que tout le monde est parti, et même à T-Frend, ce drone qui se balade dans les couloirs pour annoncer en musique la fin de la journée. Il n’a pas oublié sa lampe torche et son boîtier 4G : l’entreprise a coupé l’électricité à 22 heures. Mais cette nuit-là, son corps dira stop : épuisé, il sera foudroyé par un arrêt cardiaque, victime d’un tako-tsubo. Cette histoire, bien que fictive, est celle de centaines de salariés, au Japon et ailleurs.

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Un tako-tsubo, en japonais, c’est un piège à poulpes. Mais saviez-vous que ce dernier ressemble au ventricule gauche de notre cœur ? C’est en tout cas le postulat des médecins japonais, lorsqu’ils ont repris ce mot à la pêche pour désigner un traumatisme cardiaque. Le tako-tsubo est mieux connu sous le nom de « syndrome du cœur brisé » : une déformation cardiaque liée au stress, et souvent au travail. Aussi bien qu’une lettre d’adieu, un rapport ou un bilan comptable supplémentaire peut bel et bien briser le cœur.

Avant d’être foudroyé par un tako-tsubo, nombreux sont ceux qui souffrent de son voisin, le karoshi : c’est un stress chronique qui mène progressivement à l’épuisement, à la « mort par dépassement du travail » littéralement. Une mort subite, par arrêt cardiaque, accident vasculaire cérébral ou suicide. Ces termes sophistiqués et chantants expriment une réalité sombre : parfois, on meurt sur sa chaise de bureau. Littéralement, le karoshi est la « mort par dépassement du travail ».

Déshumanisation et perte d’identité

Ces termes ont germé au Japon car le sens du devoir et le présentéisme sont centraux dans la culture d’entreprise nipponne. Dormir au travail pour gagner du temps a longtemps été valorisé, et la pression sociale est conséquente : selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 22 % des salariés japonais travaillent plus de cinquante heures par semaine, contre 8 % en France. Ces syndromes cardiaques sont donc la conséquence de conditions de travail dégradées, et ce même si l’on aime son travail. Si « le travail c’est la santé », en abuser c’est sans doute la mettre en danger.

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Start-up : un secteur qui crée de plus en plus d’emploi

« Quand les start-up grandissent, elles font de la recherche, elles se développent et donc elles créent des emplois. C’est ça, le but ultime, c’est pour cela que l’on veut des licornes, pour l’emploi ! », s’enthousiasme Pascal Cagni, président de Business France. A elles seules, les 120 jeunes pousses des indices Next 40 et FT 120 ont créé 10 000 emplois nets en 2020 et elles prévoient d’en créer au moins autant en 2021. Et pas n’importe quels emplois !

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« Le numérique est une économie de l’immatériel dont la principale valeur est l’humain. Chaque levée de fonds se traduit en création d’emplois, qui sont à 90 % des CDI. D’ailleurs, en 2021, un CDI sur dix signés en France le sera dans une start-up », estime Nicolas Brien, directeur général de France Digitale. Les start-up ne sont plus ces petites sociétés que l’on regardait avec curiosité. Elles sont devenues des acteurs à part entière du secteur du numérique. Selon Syntec Numérique, le secteur emploie 530 000 personnes en France, dont 80 % de cadres et 93 % de CDI.

Boosté par le travail à distance

La crise économique due à la pandémie de Covid-19 n’a pas systématiquement nui aux start-up. Au contraire, elle accélère la transformation numérique des entreprises de tous les secteurs et a poussé au télétravail des centaines de milliers d’employés et de cadres qui s’adonnent à la visioconférence, au travail collaboratif à distance et au partage de documents dématérialisés. Ils ont besoin pour cela des outils et des services développés précisément par certaines start-up.

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La jeune pousse rennaise Klaxoon, qui figure pour la deuxième année dans l’indice Next 40 de la French Tech, en sait quelque chose. Ses solutions logicielles de travail en équipe et de visio-collaboration sont très demandées, à tel point qu’elle prévoit de recruter 100 personnes en 2021 pour épauler son effectif actuel de 260 salariés, et de multiplier par 10 le nombre d’alternants dans ses rangs.

Avec le Covid-19, déjeuner devant son ordi redevient légal

De nombreux salariés l’ignorent, mais prendre son repas à son bureau est illégal. Même si, depuis des mois que les restaurants sont fermés, il n’est pas rare de voir dans les open spaces quelques collaborateurs ouvrir un bento ou une « lunchbox » devant leur ordinateur à l’heure du repas, l’article R4228-19 du code du travail est formel : « Il est interdit de laisser les travailleurs prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. » Le décret 2021-156 publié ce dimanche 14 février au Journal officiel vient de changer la donne « temporairement », à l’initiative de la ministre du travail, Elisabeth Borne, pour la période de l’état d’urgence sanitaire augmentée de six mois.

« L’augmentation des règles de distanciation de 1 à 2 mètres entre deux personnes ne portant pas de masque posait un problème pour la restauration d’entreprise, qui nécessitait un assouplissement du code du travail », explique la Direction générale du travail (DGT). Avec cette nouvelle contrainte de distanciation, les « cantines » doivent donc accueillir deux fois moins de personnes pour respecter les conditions de sécurité sanitaire.

Taux de bactéries

Ce sont des impératifs d’hygiène qui avaient conduit l’exécutif à légiférer. C’est le nouveau protocole de sécurité sanitaire en entreprise qui a décidé le ministère du travail à faire ce changement. « Le décret de 2008 répondait à un problème de mauvaises conditions sanitaires. Des enquêtes avaient révélé que le taux de bactéries sur certains espaces de travail était supérieur à celui qu’on enregistrait dans les toilettes. Même si ce ne sont pas les mêmes bactéries et que la fréquence d’entretien n’est pas la même, rappelle Régis Bac, responsable du service relations et conditions de travail de la DGT. C’était aussi le pendant logique à l’obligation faite aux employeurs de mettre en place des espaces de restauration en entreprise. »

Avant le décret de 2008, l’interdiction de manger à son poste figurait d’ailleurs déjà dans de nombreux règlements intérieurs d’entreprise, pour limiter la fréquence de nettoyage des bureaux. Mais le Covid s’est chargé de renforcer les mesures d’entretien des bureaux. « Les protocoles dans les espaces de travail sont aujourd’hui beaucoup plus rigoureux et garantissent le nettoyage avec des produits virucides », précise M. Bac. Avec moins de place accessible au restaurant d’entreprise et des bureaux nettoyés plus souvent, les salariés vont désormais pouvoir bruncher devant leur ordinateur en toute légalité.

« On croyait faire partie de cette famille » : dans la Somme, les « petites mains » d’Airbus sont les premières victimes de la crise de l’aéronautique

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Publié hier à 13h00, mis à jour à 08h54

Ce sont des fratries, des couples, des pères et des fils, des copains. Des gosses du coin qui ont grandi avec la croyance que « l’aéro » leur offrirait toujours du boulot à deux pas de chez eux, et la confiance des banques pour leurs crédits.

Lorsqu’il a obtenu son diplôme d’ajusteur-monteur en cellule d’aéronefs au lycée Henry-Potez de Stelia Aerospace, à Albert-Méaulte (Somme), puis signé son contrat à durée indéterminée (CDI) chez le sous-traitant Assistance aéronautique et aérospatiale (AAA), Jordan*, 33 ans, en a « pleuré de joie ». Lui qui avait lâché l’école à 14 ans et triait des endives à l’usine allait avoir droit à « une vraie carrière ». Entré compagnon (ouvrier), il était passé contrôleur puis surveillant qualité – « col blanc », il insiste.

Comme 567 salariés du sous-traitant AAA en France – un tiers des effectifs –, Jordan, surveillant qualité de 33 ans, vient d’être licencié.

« Un pied dans l’aéro, c’était l’avenir tout tracé », se souvient Mickaël Bayle, 35 ans, heureux lui aussi lorsqu’il avait décroché son premier emploi chez Simra (groupe Segula technologies), un autre sous-traitant d’Airbus, avec son seul BEP de tourneur-fraiseur :

« Ils embauchaient les intérimaires dix par dix. Tu commençais direct. »

Ouvrière qualiticienne chez AAA, Tiphanie*, 29 ans, avait suivi le mouvement de ses frères et de Teddy*, son conjoint : « Quand t’as pas fait de grandes études, c’est là que ça recrute et que ça paye le mieux. Et c’est plus valorisant de fabriquer des avions que des brouettes. »

Une fierté que d’appartenir à ce fleuron, dans ce coin de l’est de la Somme bordé par les champs de betteraves, où la filière fait travailler des générations depuis un siècle. C’est ici que l’on détient l’exclusivité de la fabrication des pointes avant d’Airbus. Une quarantaine de sous-traitants gravitent autour d’un seul donneur d’ordres : Stelia Aerospace, filiale du géant.

« On croyait faire partie de cette famille… D’un coup, on vient te rappeler qu’en tant que petit sous-traitant t’es qu’un joker, une roue de secours », lâche Jordan. Sur la toile cirée de chez ses parents, où il est retourné vivre faute de pouvoir garder sa maison, le trentenaire, mèche gominée, déplie sa lettre de licenciement pour motif économique. Ils sont 128 sur 150 à l’avoir reçue chez AAA. Et des centaines à l’attendre chez d’autres sous-traitants.

En 1924, est fondée à Méaulte la plus importante usine industrielle. La filière détient l’exclusivité de la fabrication des pointes avant d’Airbus.
Le Musée de l’épopée de l’industrie et de l’aéronautique d’Albert, le 10 février. La filière ne s’était pas préparée à une secousse aussi brutale.

« Purge chez les sous-traitants »

Qui aurait pu prédire un tel effondrement après une décennie à plein régime ? Face à la chute brutale des cadences et de son chiffre d’affaires, Stelia a récupéré la charge qu’elle sous-traitait jusqu’alors et remercié ses 130 intérimaires. Les sociétés prestataires ont pris le bouillon. Depuis, les plans sociaux s’enchaînent, en dépit des 20 millions d’euros d’aides de l’Etat versés à la filière. Si Stelia supprime aussi des postes, les licenciements secs ont toutefois pu être évités. « Au prix d’une purge chez les sous-traitants », grincent certains.

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Remplacer Ford par Amazon ? A Blanquefort, la pilule ne passe pas

C’est un peu une parabole de la transformation de nos économies qui se joue en Gironde. Le géant Amazon pourrait-il s’installer près de Bordeaux sur le site de 80 hectares de l’ancienne usine Ford de Blanquefort ? Un site symbolique de la métropole, qui a fermé ses portes le 1er octobre 2019 après de longues années de négociations, entraînant le reclassement de certains de ses 852 salariés. Désormais vidé de ses occupants, la question de l’avenir du terrain se pose. Parmi les dossiers à l’étude par le constructeur américain, celui d’Amazon, vivement intéressé à l’idée de s’implanter dans le Sud-Ouest, zone où ses plates-formes logistiques ne sont pas présentes aujourd’hui.

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« Amazon est venu me rencontrer, m’a montré une carte sur laquelle il y a un grand désert entre Nantes et Toulouse », explique Alain Anziani, président de Bordeaux Métropole, au Monde. Une zone où l’entreprise américaine aimerait installer l’une de ses plates-formes de logistique. « Ce que je comprends », ajoute l’élu. Amazon se borne à indiquer être « bien desservi sur un axe nord-sud mais il y a des zones où les capacités sont encore limitées à l’ouest et à l’est. » Le géant américain ajoute que ce type d’implantation permettrait d’augmenter la flexibilité de ses réseaux et d’optimiser les flux et processus de distribution.

S’il salue la démarche de l’entreprise de s’être présentée à lui, M. Anziani refuse catégoriquement son implantation à cet endroit. « Il y a une discussion qui se poursuit – elle avait débuté bien avant mon arrivée [en juillet 2020] – pour trouver une solution industrielle qui remplace une solution industrielle », explique le président de Bordeaux Métropole.

L’édile se défend d’avoir « une posture idéologique envers Amazon », il appuie la démarche engagée par la mandature précédente, de discussions entre Bordeaux Métropole et le constructeur américain, et plaide en faveur d’une solution rapide. Mais il rappelle que la métropole fera appel à son droit de préemption en cas de besoin. Du côté de Ford, Fabrice Devanlay, directeur des relations publiques du constructeur, se limite à expliquer que le groupe en est « à la phase du démantèlement et de la vente des terrains, différents repreneurs étant possibles ».

« Ford vend à qui il veut, mais la métropole peut aussi faire valoir son droit de préemption », Véronique Ferreira, maire de Blanquefort

Ce refus d’une installation d’Amazon, Alain Anziani n’est pas le seul à le porter. « Ford vend à qui il veut, mais la métropole peut aussi faire valoir son droit de préemption », a ainsi souligné la maire de Blanquefort, Véronique Ferreira lors des vœux à la presse du président de la métropole, en janvier. « En fermant, Ford nous a fait perdre du savoir-faire industriel », a-t-elle affirmé. « Amazon, de son côté, nous propose un très grand bâtiment, avec très peu d’emplois à l’intérieur, peu qualifiés et peu payés, et avec un certain nombre d’allers-retours de camions sur un espace qui n’est pas prêt à les recevoir… Tout cela conforte notre décision prise il y a plusieurs mois, qu’Amazon, à cet endroit-là, ce n’est pas une bonne idée. »

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