« La protection du climat est une opportunité pour renforcer la cohésion européenne »

Veronika Grimm, professeure à l’université de Nuremberg, est depuis mars 2020 membre du très influent SVR, le cercle de cinq experts qui conseillent le gouvernement sur les questions économiques.

Comment analysez-vous les bouleversements qui ont eu lieu en Allemagne en 2020 ?

En 2019, l’industrie allemande était déjà au milieu d’une transformation structurelle. Parallèlement, le débat sur le climat était en train de gagner en intensité, notamment grâce aux manifestations du vendredi pour le climat. Cela a débouché sur un changement de paradigme dans la politique climatique allemande. Puis, en 2020, la pandémie du Covid-19 a d’abord mis un frein aux développements très positifs en cours sur ce sujet, mais elle a aussi accéléré beaucoup de choses.

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Au début, elle a révélé la fragilité de l’Union européenne [UE] : les frontières se sont fermées rapidement. Cela a ouvert les yeux à nombre d’Allemands, on a compris l’importance de la cohésion européenne. L’interruption des chaînes de sous-traitance a conduit à un effondrement spectaculaire de l’économie allemande au printemps. Aujourd’hui, parallèlement aux initiatives nationales, le plan de relance européen offre une vraie opportunité : en finançant des infrastructures d’avenir, nous avons la possibilité de développer des visions communes pour l’Europe. La protection du climat s’y prête bien.

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Pourquoi le mot de « souveraineté » industrielle et technologique s’est-il imposé dans les discours ?

On a compris qu’il était important de renforcer l’UE et d’afficher une « souveraineté », entendue au sens de capacité d’action, dans le contexte géopolitique. Une industrie tournée vers l’avenir et compétitive au niveau international est essentielle pour relever les défis. La question est de savoir comment on positionne l’UE, avec ses intérêts et ses valeurs, dans les structures géopolitiques actuelles, où les alliances ne sont plus aussi claires que dans le passé. Même après l’élection de Joe Biden, il n’est pas certain que nous pourrons compter à long terme sur une alliance stable des pays industrialisés. L’attaque du Capitole, à Washington, le 6 janvier, l’a clairement montré. La coopération en matière de protection internationale du climat peut ouvrir de nouvelles voies de coopération avec les partenaires commerciaux. Il est important d’inclure les pays en développement et les pays émergents, par exemple en Afrique, dans toutes ces considérations. La croissance future ne doit pas reposer sur les combustibles fossiles, mais sur les énergies renouvelables. Pour cela, les technologies neutres sur le plan climatique doivent être disponibles en temps utile.

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Comment Berlin s’est converti à la politique industrielle

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Publié aujourd’hui à 18h00

En élisant le centriste Armin Laschet, samedi 16 janvier, à la tête de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le premier parti allemand, les conservateurs ont posé un jalon important du programme économique de l’après-Merkel. S’ils avaient choisi son concurrent Friedrich Merz, plus proche des milieux d’affaires et partisan d’une approche plus libérale des questions économiques, ils auraient implicitement remis en cause les changements majeurs opérés par l’Allemagne en 2020.

A la faveur d’une conjonction unique de facteurs historiques – pandémie du Covid-19, présidence allemande de l’Union européenne (UE), fin du long mandat d’Angela Merkel, faiblesse des taux d’intérêt –, Berlin a tranché une série de débats qui la tiraillaient depuis longtemps. Tous sont liés à un constat sans appel : l’Allemagne a pris conscience de l’érosion de son modèle industriel et commercial classique, et de sa fragilité face aux Etats-Unis et à la Chine. Dès lors, comment réagir pour éviter de décrocher dans le contexte du double défi, numérique et climatique ? Ce qui amène à la question quasi philosophique du rôle de l’Etat dans un pays façonné depuis l’après-guerre par la pensée ordolibérale où l’Etat régule mais se mêle le moins possible des entreprises.

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A ces questions, l’Allemagne a livré, en 2020, plusieurs éléments de réponse inattendus. Rarement l’analyse des faiblesses du pays avait été suivie de réponses aussi rapides et d’interventions aussi massives du politique dans l’économie. En quelques mois s’est installée, dans les cercles économiques les plus influents et au sein de la CDU, l’idée qu’une « politique industrielle », impliquant une intervention forte de l’Etat, était incontournable pour moderniser l’outil industriel allemand et renforcer l’Europe, seul ensemble ayant une taille critique suffisante pour s’affirmer dans le face-à-face commercial et technologique Pékin-Washington.

Renversement du modèle dominant

C’est un renversement du modèle dominant ces dernières années dans les milieux conservateurs, qui privilégiait la neutralité de l’Etat dans l’économie, un strict équilibre des finances publiques et la confiance dans la bonne marche du libre-échange. « On peut vraiment parler d’un changement de paradigme », confirme Jens Südekum, professeur d’économie internationale à l’université de Düsseldorf. « On ne peut pas encore exclure la possibilité qu’on revienne au statu quo ante après les élections générales de septembre. Mais les chances sont fortes que ces transformations se maintiennent. »

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La Deutsche Bank demande plus d’Etat

On ne l’attendait pas dans ce débat, mais son avis pourrait considérablement influencer les débats à venir sur la transformation de l’économie allemande. Deutsche Bank, la première banque du pays, plus connue ces dernières années pour ses scandales à répétition et ses plans de restructuration, recommande de prolonger les dispositifs d’aide publics aux entreprises expérimentés pendant la pandémie de Covid-19 pour améliorer le financement des technologies de rupture, de la numérisation et de la décarbonation de l’économie.

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Sur le fond, la Deutsche Bank pose un constat largement partagé par les acteurs publics et privés de l’économie : contrairement aux Etats-Unis et à la Chine, les entreprises allemandes de taille moyenne parviennent difficilement à mobiliser des quantités de capital suffisantes pour financer les investissements les plus risqués. Outre-Atlantique, cette mission est assurée par les fonds de pension ou les grands investisseurs. En Chine, c’est l’Etat ou les institutions financières proches de lui qui s’en chargent. En Allemagne, les entreprises de taille moyenne – le fameux Mittelstand – se financent traditionnellement par les banques, qui ne peuvent, elles, assumer ce risque, car le rendement de ces investissements est trop lointain, ou trop incertain.

Crédits aux entreprises

« En Allemagne, si vous êtes une entreprise de taille moyenne, que vous réalisez un chiffre d’affaires entre 50 et 100 millions d’euros par an et que vous n’êtes pas coté en Bourse, il est très difficile de trouver des sources de financement privées », explique au Monde un porte-parole de la Deutsche Bank. « Si nous trouvons le moyen en Allemagne de transformer les conditions d’investissement de sorte que ces entreprises aient un meilleur accès au capital-risque privé, nous aurons fait un grand pas en avant. »

La banque a constaté pendant la pandémie que le système adopté par l’Etat pour soutenir ses entreprises pouvait facilement être étendu au financement des technologies d’avenir. Les banques privées ont pu accorder des crédits aux entreprises, en bénéficiant d’une garantie partielle de la banque publique d’investissement KfW contre le risque encouru. « Cela a très bien fonctionné et pourrait être adapté. En tant que banque de dimension mondiale, nous voyons que nos entreprises de taille moyenne et les jeunes entreprises, faute de financement approprié, sont souvent tentées de se financer à l’étranger pour grandir, notamment aux Etats-Unis », poursuit cette source.

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Entre l’Assemblée nationale et le siège du Medef, manifestation à Paris contre les licenciements

Lors de la manifestation contre l’interdiction des licenciements en France, à Paris, samedi 23 janvier.

Entre mille et deux mille personnes, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), ont manifesté samedi 23 janvier, à Paris, pour réclamer « l’interdiction des licenciements » à l’initiative du syndicat CGT du voyagiste TUI, rejoint par d’autres syndicats et soutenu par des responsables politiques de gauche.

Le cortège est parti peu après 14 heures de l’Assemblée nationale, en direction du siège du Medef, dans le 7e arrondissement. « Soixante-six millions de procureurs antilicenciement », pouvait-on lire sur une pancarte faisant référence aux propos d’Emmanuel Macron, selon qui « nous sommes devenus une nation de soixante-six millions de procureurs » face à la gestion de crise du Covid-19 par le gouvernement.

« Les salariés licenciés s’invitent dans les beaux quartiers », a tweeté la CGT TUI France, tandis que retentissait le slogan « de l’argent, il y en a dans les caisses du patronat ».

Alors que le groupe TUI, numéro un mondial du tourisme, prévoit de supprimer jusqu’à six cent un postes sur neuf cents au sein de sa branche française, les élus CGT de l’entreprise avaient lancé cet appel à manifester.

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Des dizaines de sections CGT mais aussi SUD-Solidaires de branches ou d’entreprises touchées par des plans sociaux, comme Sanofi, Cargill, SKF ou General Electric, se sont jointes à l’initiative.

Appel à décréter « l’état d’urgence sociale »

Quelques dizaines de « gilets jaunes » et plusieurs élus de gauche participaient également à la manifestation, dont les députés de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain et Adrien Quatennens.

Evoquant devant la foule les conséquences économiques et sociales de la crise du Covid-19, le président du groupe LFI à l’Assemblée nationale a relevé que « beaucoup de gens croyaient que, dans le malheur commun, chacun prendrait sa part ». Or « tandis que les riches se sont enrichis, nous avons marché à quatre-vingts plans de licenciements par mois, un million de personnes sont devenues pauvres » et « des centaines de milliers » de Français n’ont plus accès à l’eau, à l’électricité, voire à la nourriture, a énuméré M. Mélenchon. Il a réitéré son souhait que soit décrété « l’état d’urgence sociale », assorti d’une « interdiction des licenciements pendant toute la période de pandémie ».

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Le Monde avec AFP

Casinos : les syndicats s’alarment de licenciements chez Barrière

Rien ne va plus chez Barrière, le numéro un des casinotiers en France et le seul qui licencie actuellement. Mardi 26 janvier se tiendra une réunion du comité de groupe portant notamment sur l’emploi, après une série d’annonces de licenciements depuis le 17 décembre 2020 lors de comités sociaux et économiques locaux. « Il y en a 8 au casino de Cassis, 4 à Biarritz, 3 au Cap d’Agde, 6 à Dinard », égrène Jean-Christophe Tirat, secrétaire fédéral de FO Casinos et cercles de jeux, premier syndicat de ce secteur qui compte 15 000 emplois directs et 45 000 indirects. S’est ajoutée l’annonce le 21 janvier, lors du comité social et économique à Enghien-les-Bains (Val-d’Oise), d’un plan de sauvegarde de l’emploi avec 64 suppressions de postes, réparties entre le casino le plus grand de France et les deux hôtels dont l’un, l’Hôtel du Lac, ferme.

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Au total, dans ce groupe qui emploie 4 000 salariés, les syndicats FO et CGT comptabilisent pour le moment 70 à 80 suppressions de postes. Et, selon nos informations, la direction ne s’est pas engagée devant eux à ne pas procéder à d’autres licenciements en 2021.

Au total, dans ce groupe qui emploie
4 000 salariés, les syndicats FO et CGT comptabilisent pour le moment 70 à 80 suppressions de postes

Une conséquence de la crise, assure le groupe alors que l’ensemble des 202 casinos de France sont fermés depuis fin octobre 2020, après cinq mois d’activité de juin à octobre 2020, et qu’ils ne disposent d’aucune perspective de réouverture. « Malgré les aides de l’Etat, Barrière se voit contraint de prendre des mesures de sauvegarde indispensables pour préserver l’avenir du groupe et l’emploi (…). Nous savons que nous ne retrouverons pas le niveau de fréquentation de nos établissements avant plusieurs mois, voire plusieurs années », souligne-t-on à la direction du casinotier.

Mais l’explication de la direction ne satisfait pas les syndicats, qui y voient « des licenciements d’aubaine ». Une expertise comptable demandée par les cinq organisations syndicales du groupe (FO, CFDT, CFTC, CGT et CFE-CGC), qui sera présentée le 26 janvier, les conforte dans l’idée « d’absence de motif économique à ces licenciements », observe-t-on à la CGT.

« Le bilan de l’année 2020 est catastrophique dans le secteur, la baisse d’activité, qui se mesure au produit brut des jeux [PJB, soit la différence entre les mises et les gains], est de 47 % », indique Philippe Bon, délégué général de Casinos de France, qui représente 156 casinos et 8 clubs de jeux. Mais « nous n’avons pas, actuellement, connaissance d’intentions de licenciements autres que dans le groupe Barrière. Cela ne veut pas dire qu’il s’agit du seul opérateur dans la difficulté. »

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« Le télétravail ne peut être imposé, mais doit reposer sur le volontariat du salarié et la situation de l’entreprise »

Tribune. Le monde du travail est à l’aube d’une nouvelle ère. La crise sanitaire a provoqué de tels bouleversements qu’il semble désormais impossible de revenir en arrière. Elle a été, entre autres, un accélérateur du télétravail. Avant le confinement, 8 % des entreprises avaient développé le télétravail pour plus de 25 % de leurs salariés. Avec le confinement, elles étaient 84 % !

Les partenaires sociaux ont signé un nouvel accord national interprofessionnel (ANI) relatif au télétravail. C’est une étape décisive, car l’avenir du télétravail doit prioritairement se construire par le dialogue social ! La mise en œuvre réussie du télétravail ne reposera pas sur une loi rigide et uniforme. Elle se fondera sur les grands repères définis par les partenaires sociaux au niveau national, débouchant autant que possible sur des accords négociés, au niveau des branches et/ou des entreprises, qui tiennent compte des problématiques territoriales.

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Pour nous, en dehors de circonstances exceptionnelles, le télétravail ne peut être imposé, mais doit au contraire reposer sur le volontariat du salarié et la situation de l’entreprise. Le maintien du lien physique avec l’entreprise comme la préservation de la santé des salariés sont, en effet, indispensables. Parce que le télétravail ne se décrète pas, il est essentiel que les salariés, les dirigeants des entreprises, petites ou grandes, ainsi que les manageurs soient pleinement formés à cette nouvelle organisation du travail.

Un télétravail choisi par le dialogue social

Quant au dialogue social, sa place doit être confirmée au sein de l’entreprise. Le télétravail « d’urgence », cinq jours sur cinq, souvent contraint et permanent, s’il permet la continuité de l’activité en période de crise, n’est pas viable dans la durée. Il peut générer des troubles musculo-squelettiques, ainsi que des risques de démotivation et de désocialisation, d’autant que plus de la moitié des salariés en télétravail sont des primotélétravailleurs !

Une enquête OpinionWay d’avril 2020 montre que 44 % des employés se sont déclarés en situation de détresse psychologique. Mais le télétravail, lorsqu’il est choisi, limité en jours, encadré et bien accompagné dans les entreprises, peut devenir l’une des normes du travail de demain.

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Ces dernières années, plusieurs enquêtes ont prouvé ainsi qu’il constitue une source de bien-être, de performance accrue des salariés et un facteur d’attractivité pour les entreprises. Selon l’université Stanford (2015), le télétravail permettrait d’augmenter la productivité des salariés de 13 % ! C’est donc à nous, collectivement et en lien avec les employeurs et les représentants du personnel, de fixer le bon curseur !

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Dominique Méda : « Un détricotage du salariat s’opère de toutes parts »

Chronique. On ne voyait presque plus qu’eux durant le premier puis le second confinement, et le phénomène n’a pas véritablement décru depuis : les livreurs à vélo sont devenus hypervisibles – comme les marques qu’ils arborent sur leurs sacs –, à un moment où les contacts humains sont considérés comme potentiellement dangereux et où les télétravailleurs, le plus souvent des cadres ou des professions intermédiaires mais pas seulement, recourent massivement à la livraison à domicile.

Même si elle ne concerne qu’un très petit nombre de personnes, on peut néanmoins se demander si cette « profession », comme celle de chauffeur VTC, ne préfigure pas dangereusement ce que pourraient devenir les relations d’emploi dans les années à venir : des travailleurs prétendument indépendants sous le statut de micro-entrepreneur, travaillant avec – en fait pour – de grandes entreprises qui refusent purement et simplement d’endosser le rôle d’employeur. Ce n’est pas seulement la gestion du personnel qui est ainsi évitée, mais plus généralement tout ce qui est inclus dans la relation salariale, c’est-à-dire notamment l’obligation d’assurer la santé et la sécurité de ses employés, faire respecter la durée du travail et payer des cotisations sociales.

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A deux reprises, la Cour de cassation a indiqué que ce statut de travailleur indépendant était fictif et que les chauffeurs et livreurs qui avaient demandé une requalification de leur relation de travail étaient bien des salariés, notamment parce qu’ils ne disposaient pas de leur clientèle ni de la liberté de fixer leurs tarifs et parce que la plate-forme encadrait fortement leur travail et pouvait les sanctionner, par exemple en les déconnectant du service.

Double résistance

Le rapport « Réguler les plateformes numériques de travail », rédigé par Jean-Yves Frouin, ancien président de la chambre sociale de la Cour de cassation, et remis au premier ministre le 1er décembre 2020, contient pourtant cette argumentation tout à fait stupéfiante : « La reconnaissance d’un statut de salarié à tous les travailleurs des plates-formes est une deuxième option. Elle aurait pour avantage de régler immédiatement les questions de sécurité juridique en éteignant les contentieux en requalification. Elle aurait également pour effet d’étendre aux travailleurs des plateformes les droits et protections des salariés. Cette option techniquement aisée à mettre en œuvre amènerait enfin de la clarification. Ce n’est, cependant, pas l’hypothèse de travail des pouvoirs publics ayant initié cette mission. » Le rapport reconnaît même que l’argument selon lequel les travailleurs des plates-formes ne voudraient pas être salariés est « factice ».

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Salaires : en 2021, certains cadres échapperont à l’austérité

Après des années d’euphorie sur le marché de l’emploi des cadres, 2021 sera-t-elle celle de la gueule de bois ? A en croire l’étude annuelle de rémunération par le cabinet de recrutement Robert Walters, dévoilée le 19 janvier, seulement 26 % des cadres interrogés s’attendent à obtenir une augmentation cette année, contre 73 % un an plus tôt. Un pessimisme légitime, au vu des résultats de cette enquête, à laquelle ont répondu plus de 1 300 cadres et 250 employeurs en France fin 2020 : « On évoque une année blanche pour la majorité, avec des augmentations de l’ordre de 1 % », indique Coralie Rachet, la directrice générale de Robert Walters France. Un taux à peine supérieur à celui de l’inflation.

Dans l’immobilier, le tourisme, bien sûr, ou encore les transports, les cadres vont globalement devoir se serrer la ceinture. Mais tous les profils ne seront pas logés à la même enseigne : « Cette crise n’a pas ralenti autant la demande de talents qu’elle l’a fait dans les crises précédentes », constate Antoine Morgaut, PDG Europe, Moyen-Orient, Afrique & Amériques chez Robert Walters. Structurelle, la « guerre des talents », se poursuit. Coralie Rachet parle de « marché incroyablement résilient », avec des disparités très fortes entre les secteurs, mais aussi selon la stratégie des dirigeants : « Il y a une prise de conscience que pour rester compétitif, il fallait préparer la reprise. »

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La crise permet à certains profils experts de tirer leur épingle du jeu. Y compris dans les secteurs en souffrance, qui doivent faire fructifier « leurs gisements de productivité ». Dans l’industrie, par exemple, les directeurs de la performance industrielle ou hygiène sécurité et environnement s’arrachent. De même que les responsables achats indirects ou exploitation logistique, ces profils pourront négocier des augmentations dépassant 10 %.

Le cas par cas est plus que jamais d’actualité

Alors que la trésorerie des entreprises est au centre de toutes les préoccupations, les directeurs administratifs et financiers sont en position de force pour négocier une hausse de leur salaire, ainsi que les directeurs du contrôle de gestion. Avec la transformation du système d’information des entreprises, les data scientists et les spécialistes de la cybersécurité demeurent très recherchés. De même pour les spécialistes du règlement européen de la protection des données, les directeurs juridiques et les avocats en droit social qui bénéficient du contexte de judiciarisation de l’économie.

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Début d’un nouveau cycle de discussions avec les partenaires sociaux, en pleine crise sanitaire

Les organisations patronales et syndicales ont commencé, jeudi 21 janvier, à être reçues par le premier ministre, Jean Castex, dans le cadre d’un nouveau cycle de concertations visant à préparer la troisième « conférence du dialogue social » prévue en mars.

Des réunions de travail qui ont lieu dans un contexte sanitaire et économique de plus en plus difficile, ce que les responsables syndicaux ne manqueront pas de rappeler à l’exécutif. Tout en répondant à ces préoccupations, Matignon espèrent aussi esquisser l’avenir des grandes réformes (mises en suspens par la situation sanitaire) qu’il entend faire avancer en 2021.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a été la première reçue, jeudi. Son président, François Asselin, a déclaré que le premier ministre avait l’air « plutôt convaincu » par sa proposition de « prêt de consolidation » visant à regrouper toutes les dettes d’une entreprise pour les étaler sur une durée maximale de dix ans.

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« Qu’est-ce qu’on fait pour arrêter ces vagues de licenciements ? »

Laurent Berger (Confédération française démocratique du travail, CFDT) sera le premier dirigeant syndical reçu vendredi, avant François Hommeril (Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres, CFE-CGC). « L’agenda social est très tendu (…). L’idée, c’est peut-être un peu de sélectionner les urgences, ce qui pour nous fait priorité », a-t-il déclaré.

Yves Veyrier (Force ouvrière, FO) entend avant tout répéter « qu’il va falloir être attentif sur le comportement des entreprises » qui ont bénéficié d’aides publiques, et que la réforme de l’assurance-chômage est « par essence erronée ». Il est rejoint par son confrère de la Confédération générale du travail (CGT), Philippe Martinez, pour qui il faut « annuler » cette réforme qui doit en principe entrer en vigueur le 1er avril.

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Sur Sud Radio, M. Martinez a estimé qu’il « était temps » d’organiser une telle rencontre avec le premier ministre « puisqu’on parle beaucoup de concertation », plaidant qu’« il ne faut pas que ce soit que des mots ».

« Je vais lui dire : qu’est-ce qu’on fait pour les “deuxièmes lignes”, qu’est-ce qu’on fait pour arrêter ces vagues de licenciements, qu’est-ce qu’on attend pour conditionner les aides publiques, des choses très concrètes, qu’est-ce qu’on fait pour la jeunesse ? »

Samedi 23 janvier, une manifestation nationale contre les licenciements doit se dérouler à Paris à l’appel du syndicat CGT du voyagiste TUI. Trois jours plus tard, ce sont les enseignants qui sont appelés à cesser le travail. Enfin, le 4 février, une journée de mobilisation interprofessionnelle est organisée par la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la Fédération syndicale unitaire (FSU) et des organisations de jeunesse.

Autre point de discorde, la réforme des retraites, officiellement suspendue, mais dont le retour provoquerait à coup sûr une mobilisation. « La réforme des retraites, laissez tomber ! Ce serait une grave erreur », a lancé M. Veyrier, pour qui les emplois des travailleurs dits de « deuxième ligne » doivent être « au cœur du plan de relance ».

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, plaide régulièrement les bienfaits de cette réforme. Il a répété, la semaine dernière, qu’elle était nécessaire car, « malheureusement, la France aujourd’hui, collectivement, ne travaille pas suffisamment pour financer son système de protection sociale et surtout financer le niveau de vie de nos enfants et nos petits-enfants ».

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Le Monde

KLM compte supprimer de 800 à 1 000 emplois supplémentaires

Des avions sous pavillon KLM, le 2 avril 2020.

Six mois après avoir annoncé la suppression de 5 000 emplois, la compagnie aérienne néerlandaise KLM veut supprimer de 800 à 1 000 emplois supplémentaires. La branche néerlandaise d’Air France-KLM justifie ces suppressions d’emplois par la crise que traverse le secteur du fait de l’épidémie de Covid-19, a annoncé la compagnie, jeudi 21 janvier, dans un communiqué.

« KLM se voit dans l’obligation d’ajuster d’avantage la taille de l’entreprise », écrit la compagnie néerlandaise. « La réalité est que la relance prend beaucoup plus de temps que prévu, en particulier sur les destinations long-courriers, notamment en raison des restrictions internationales de voyage, récentes ou encore en cours », a-t-elle ajouté. « Cela veut dire que KLM doit encore supprimer 800 à 1 000 emplois supplémentaires. »

Il s’agit, selon la compagnie, de 500 postes de personnel de cabine, 100 postes d’équipage de cockpit et entre 200 et 400 postes de personnel au sol.

3,4 milliards d’euros d’aide du gouvernement néerlandais

Cité dans le communiqué, le PDG de KLM, Pieter Elbers, a déclaré que les récentes restrictions annoncées par le gouvernement néerlandais sur les vols vers les Pays-Bas « s’ajoutent » aux problèmes de la compagnie aérienne, sans pour autant être la cause directe des nouvelles suppressions d’emplois.

Les mesures comprennent une interdiction des vols vers les Pays-Bas depuis la Grande-Bretagne, l’Afrique du Sud et l’Amérique du Sud. Selon les médias néerlandais, KLM a également été contrainte de suspendre certains itinéraires long-courriers car de nouveaux tests Covid-19 obligatoires annoncés par le gouvernement néerlandais rendraient difficiles les déplacements de ses équipages.

En 2020, KLM a enregistré d’énormes pertes, en dépit d’un soutien du gouvernement néerlandais à hauteur de 3,4 milliards d’euros. Afin d’obtenir l’aide du gouvernement, les pilotes de la compagnie avaient été contraints en novembre d’accepter une réduction de leur salaire sur les cinq prochaines années.

Le Monde avec AFP