La grève à Europe 1 reconduite jusqu’à mardi

La grève à Europe 1, qui réunit depuis vendredi toutes les catégories de salariés, a été reconduite pour une durée de vingt-quatre heures, a appris lundi 21 juin l’Agence France-Presse (AFP) auprès de sources concordantes.

La poursuite du mouvement a été décidée à la quasi-unanimité, selon des sources syndicales. Les grévistes réclament, notamment, que Constance Benqué, présidente de Lagardère News, « vienne rencontrer la rédaction le plus vite possible », pour débattre avec elle de la clause de conscience permettant aux journalistes de quitter un titre avec des indemnités en cas de changement de ligne éditoriale, a précisé un gréviste.

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Climat tendu

Ce mouvement de grève, débuté vendredi, « vise à obtenir de la direction d’Europe 1 l’annulation de la procédure disciplinaire engagée » contre un journaliste de la rédaction, « dernière illustration en date d’un management autoritaire et inadapté à l’œuvre à Europe 1 », expliquent les grévistes.

Le journaliste Victor Dhollande a eu une altercation mercredi 16 juin avec un membre des ressources humaines qui enregistrait clandestinement une réunion des salariés censée faire le point sur la situation de la station et l’influence de Vincent Bolloré, devenu le premier actionnaire de Lagardère chez Europe 1. Victor Dhollande, connu pour « ses élans » mais « unanimement apprécié », a été mis à pied dix jours, jusqu’au 30 juin, avec à la clé un possible licenciement. Malgré la mobilisation en interne, la procédure disciplinaire a été maintenue, la direction invoquant ses comportements antérieurs.

Cette crise éclate dans un climat tendu, au sein d’une rédaction déjà « déprimée » par le plan de départs volontaires engagé au printemps pour supprimer une quarantaine de postes et redresser les comptes de la radio, dont les audiences peinent à remonter. Mais aussi par les synergies que la direction, contrôlée par Vincent Bolloré, veut développer avec CNews, chaîne d’informations conservatrice du groupe Canal+, filiale de Vivendi, comme elle l’a annoncé aux salariés en mai.

Lire la tribune : « A Europe 1, nous refusons de devenir un média d’opinion »

Le Monde avec AFP

Les discothèques pourront rouvrir le 9 juillet, les concerts debout autorisés dès le 30 juin

Devant une boîte de nuit fermée à Sète, en novembre 2020.

Fermées depuis mars 2020, les discothèques françaises pourront rouvrir à partir du 9 juillet, a annoncé lundi 21 juin le ministre chargé des petites et moyennes entreprises (PME), Alain Griset. L’entrée dans ces établissements sera conditionnée à la présentation d’un passe sanitaire (preuve d’une vaccination complète ou d’un test négatif récent).

La capacité d’accueil dans les clubs sera réduite à « 75 % des normes habituelles en intérieur » a déclaré M. Griset lundi, à l’issue d’une réunion à l’Elysée avec la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, et les représentants du secteur. Le masque ne sera pas obligatoire dans les discothèques, mais recommandé.

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Pour les discothèques, la réouverture du 9 juillet « est une vraie satisfaction » et « le compromis semble acceptable », juge le vice-président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, Christian Jouny. « Nous sommes très satisfaits. Le président a su entendre la profession. Il permet enfin à la nuit de revoir le jour. On peut enfin refaire ce métier de fête qui est fantastique. Le public est tellement en attente », a déclaré, pour sa part, Jean-Roch Pedri, gérant de la boîte de nuit VIP Room à Saint-Tropez.

Seul secteur resté fermé depuis le début de la pandémie, soit quinze mois, le monde de la nuit sort d’une « période difficile » pour ses responsables et d’une « longue attente pour les clients », a reconnu le ministre chargé des PME. « Entre le mois de juillet et décembre 2020 », les discothèques représentent « le secteur économique qui a été le plus soutenu avec le fonds de solidarité », et le gouvernement devra « continuer à les accompagner sur le plan financier tant qu’il y aura des mesures sanitaires de contraintes » a fait savoir M. Griset.

Barnums possibles pour se faire dépister rapidement

Le gouvernement a également décidé d’autoriser dès le 30 juin la reprise des concerts debout « avec une jauge de 75 % dans les établissements en intérieur, et jauge de 100 % en extérieur », a déclaré Mme Bachelot.

Le passe sanitaire « ne sera exigé pour les concerts debout qu’au-delà de 1 000 spectateurs attendus », comme c’est le cas actuellement pour tous les spectacles en configuration assise, a-t-elle précisé. Et pour ces concerts demandant le passe sanitaire à l’entrée, « le port du masque ne sera plus obligatoire mais recommandé », a-t-elle ajouté, soulignant que cette décision permettait de « finaliser la reprise des activités culturelles ». Pour les concerts de moins de 1 000 personnes, qui ne seront pas soumis à l’exigence du passe sanitaire, le masque restera toutefois obligatoire, y compris en extérieur.

« La reprise des concerts debout est une bonne nouvelle » pour Aurélie Hannedouche, responsable du Syndicat des musiques actuelles, mais, « pour les festivals prévus d’ici mi-juillet (…), ce sera difficile d’abandonner les gradins », tempère-t-elle auprès de l’Agence France-Presse (AFP).

« Un passe sanitaire ce n’est pas un passe vaccinal, ce n’est pas une obligation vaccinale », a rappelé la ministre de la culture lors de la présentation de ce calendrier. Ce passe est accepté par les professionnels « mais c’est un frein, les gens ne le comprennent pas », a jugé après de l’AFP la responsable du Syndicat national du spectacle musical et de variété (Prodiss), Malika Seguineau. Il s’obtient par la présentation d’une preuve de vaccination complète ou par un test, PCR ou antigénique, négatif au Covid-19.

« Le public est tellement en attente »

« L’idée, c’est de permettre aux jeunes et aux moins jeunes de faire la fête en sécurité », a estimé M. Griset. Pour les concerts comme pour les discothèques, les organisateurs pourront installer des barnums à l’entrée pour permettre aux clients qui n’auraient pas de passe sanitaire de réaliser un test de dépistage rapide, ont souligné les deux ministres.

Les discothèques pourront rouvrir le 9 juillet mais l’accès sera réservé aux porteurs d’un passe sanitaire, avec une jauge de 100 % à l’extérieur et de 75 % à l’intérieur, sans port obligatoire du masque. Un choix que certains décrient dans le milieu médical : « Recommander pour cet été uniquement des discothèques en plein air serait une sage décision, sauf à opter pour l’accès sur passeport vaccinal », estimait dimanche l’épidémiologiste Antoine Flahault sur Twitter.

« A 75 % de la jauge, sans masque, c’est la fête qui enfin peut reprendre ses droits », s’est réjoui Jean-Roch, qui estime le recours au passe sanitaire « légitime ».

Lire le récit : « Parce qu’ils exercent la nuit, on les oublie », cabarets et discothèques crient au secours

Le Monde avec AFP

Plus de 8 000 emplois pourraient disparaître à l’aéroport Toulouse-Blagnac

Vue de l’aéroport Toulouse-Blagnac international, à Blagnac (Haute-Garonne), le 12 mars 2021.

« Nous faisons partie des métiers invisibles », déplore Matthieu Jeandel, vice-président stratégie du groupe Newrest, entreprise toulousaine spécialisée dans la restauration aérienne, dont l’activité a accusé une chute de 82 % entre janvier et mars. « Dans les filières de l’aéronautique et du tourisme, il y a des porte-drapeaux, insiste-t-il, citant la locomotive industrielle Airbus. Et, entre les deux, il y a les métiers de l’aéroportuaire. »

Bagagistes, agents de sécurité, agents de piste ou agents de sûreté composent ce secteur pourvoyeur d’emplois. Une centaine d’entreprises sont installées sur la plate-forme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac et emploient 4 500 personnes – sans compter le personnel de la société ATB (Aéroport Toulouse-Blagnac), gestionnaire de l’aéroport. La zone aéronautique et aéroportuaire, qui s’étend bien au-delà de cette plate-forme, compte 1 970 entreprises et 90 000 emplois.

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Mais, avec la crise du transport aérien, c’est tout un écosystème qui tremble. Les restrictions de déplacements et les fermetures des frontières pour enrayer la pandémie ont pesé sur le trafic aérien au premier trimestre. Le sixième aéroport de France tournait au ralenti, avec 19 % d’activité, par rapport à la même période, deux ans plus tôt, et accueillait plus de 409 000 passagers. Or, en 2018 comme en 2019, l’aéroport frôlait les 10 millions de voyageurs sur l’ensemble de l’année.

« On sait déjà que des terminaux ne vont pas rouvrir »

Pour la période estivale, les prévisions sont revues à la hausse. ATB prévoit une reprise du transport aérien à hauteur de 42 %. Pas de quoi rassurer les dirigeants de ces entreprises. « On sait déjà que des terminaux ne vont pas rouvrir », déclare Guy Roulleau, directeur général de Samsic, groupe qui emploie une cinquantaine de personnes chargées, par exemple, de l’enregistrement et du tri des bagages à Toulouse-Blagnac. « Notre pôle aéroportuaire a vu son chiffre d’affaires chuter à 100 millions d’euros en 2020, contre 300 millions en 2019. L’entreprise, aux reins solides, peut soutenir cette filiale, mais cela ne peut pas durer cent ans », prévient-il.

« On ne fait pas la manche. On veut juste être accompagné pour le redémarrage de l’activité », Guy Roulleau, patron de Samsic

« Avec le niveau de reprise envisagé, nous n’aurons pas les volumes d’activité nécessaires pour absorber les charges et relancer l’activité dans des conditions opérationnelles de rentabilité acceptable, regrette Matthieu Jeandel. Nous allons nous retrouver avec − 75 % de chiffre d’affaires, tout en creusant les pertes. Et nous risquons de ne plus être éligibles à l’activité partielle sans reste à charge pour l’employeur. » Car, au 1er juillet, l’attribution de ce dispositif de soutien sera soumise à une baisse d’activité de 80 %. Les dirigeants redoutent alors des conséquences sur l’emploi, estimant que plus de 8 000 emplois seraient alors menacés.

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L’argot de bureau : avec les « 5 S », le rangement, c’est maintenant

Tête en l’air, Pierre n’arrive pas à mettre la main sur cette paire de chaussures super sympa achetée en 2014 et enfilée deux fois. Enfant, il ne rangeait pas sa chambre, et encore hier, il n’arrivait pas à trouver son trousseau de clés et sa carte d’électeur : tout cela ne serait jamais arrivé si Pierre avait eu connaissance des « 5S ».

Les 5S ne sont pas un boys band sorti tout droit des années 1990 : c’est au contraire une méthode qui fait table rase du passé. Cinq « S », pour cinq verbes d’action japonais commençant par cette lettre : cette technique de management vise à améliorer l’espace de travail en l’organisant de manière rigoureuse. Avec une meilleure propreté et sécurité de l’environnement de travail, on se sent mieux, et les salariés sont plus productifs.

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Comme souvent au Japon, le concept managérial sort des usines Toyota des années 1960. C’est un dérivé du « lean management » et du « kaizen », cette philosophie managériale qui vise « l’amélioration continue ». Créés dans des ateliers, les 5S peuvent aussi bien s’adapter dans des bureaux.

Grand tri

Dans le détail, la série de changements débute, justement, par le « seiri » (en français, et pour garder le « s », nous dirons « supprimer ») : c’est un grand tri, où l’on détermine ce qu’il faut garder ou jeter. Des dossiers qui encombrent la vue de Patrick et l’empêchent d’en attraper d’autres ? On les archive. Des pense-bêtes multicolores qui traînent un peu partout sur la table de Sylvie ? On les recycle.

Dans la continuité, vient le « seiton » (« situer ») : on place les outils de travail selon leur fréquence d’utilisation, dans une logique d’optimisation de l’espace et du temps. « Chaque chose à sa place, et une place pour chaque chose », comme le disent l’Ecossais Samuel Smiles (1812-1904) et une cadre du ministère des finances dans L’Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002). Vous êtes gaucher ? Votre mug sera à gauche de votre ordinateur, prêt à être saisi. Les stylos se trouveront dans le pot comportant une grosse étiquette « stylos », histoire de rappeler qu’il ne contient pas d’ustensiles de cuisine.

Dans un atelier d’usine, on organisera l’espace de façon à ce que le transport d’objets lourds à la main soit le plus court possible. L’esprit du « seiton », c’est que l’on sait où se trouve chaque objet de notre quotidien : d’aucuns en auraient bien besoin pour retrouver leurs lunettes…

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« Les départements peuvent agir pour revaloriser l’aide à domicile »

Tribune. Les départements jouent un rôle majeur en matière d’action sociale et de solidarité de proximité. Parmi ces actions, l’aide à domicile permet de soulager les personnes âgées vulnérables et de répondre à une demande de la société : le maintien à domicile le plus longtemps possible, malgré l’avancée en âge.

Alors que les besoins sont grandissants du fait du vieillissement de la population et du nombre, en augmentation constante, de personnes âgées dépendantes (2, 5 millions de personnes, dont 700 000 en perte d’autonomie sévère), le secteur ne parvient pas à recruter, connaît un fort absentéisme, un taux de sinistralité élevé [accidents du travail, maladies professionnelles…] et pâtit d’une image dévalorisée dans l’opinion.

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Les départements attribuent l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), leurs équipes procèdent à l’évaluation de la situation de dépendance des personnes âgées et sont chargées de l’élaboration des plans d’aide. Mais le but à atteindre, à savoir la préservation de l’autonomie des personnes, est perdu de vue, au profit d’une approche purement technicienne et comptable de l’activité. Les moyens adoptés vont à l’encontre des objectifs affichés.

Pour préserver au maximum, et le plus longtemps possible, l’autonomie des personnes, la relation d’aide à domicile suppose de « faire avec » plutôt que « de faire à la place ». Il faut que s’établisse, entre le bénéficiaire et l’intervenante, une relation de confiance, construite sur les échanges, la proximité, le temps passé ensemble. Or, aujourd’hui, ce temps si précieux consacré à l’écoute, au lien social, à l’échange, est occulté au profit d’un temps fragmenté, morcelé et dissolu, jusqu’à des prestations évaluées par les financeurs par quart d’heure ou demi-heure. Les conséquences sont le plus souvent dramatiques pour les personnels, comme pour les bénéficiaires.

Amplitudes horaires élevées

Pour les intervenants, les temps fragmentés ne permettent pas de gagner dignement leur vie : les aides à domicile se déclarent, pour 72 % d’entre elles, à temps partiel, ce qui explique en grande partie des niveaux de rémunération très inférieurs (en moyenne 893 euros) au smic mensuel et des temps de travail hebdomadaire compris entre dix-huit et vingt-quatre heures.

Pour les usagers, ce temps fragmenté est, dans la plupart des cas, terriblement frustrant : « La personne à domicile est, avec le facteur, la seule personne que je vois encore », entend-on très souvent. La dimension affective et relationnelle est occultée au profit d’une approche taylorienne de l’activité.

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Retraites : les partenaires sociaux se penchent sur les comptes d’Agirc-Arrco

Devant une agence Agirc-Arrco, à Lille, le 29 mai 2015.

L’exécutif n’est pas le seul à envisager des mesures d’économies sur les retraites. Lundi 21 juin, les partenaires sociaux, qui gèrent de façon paritaire Agirc-Arrco, engagent des discussions sur l’équilibre financier du système de pension complémentaire des salariés du privé. Le régime, qui verse 85 milliards d’euros de prestation à quelque 13 millions de personnes, a été mis à mal par la récession liée à l’épidémie de Covid-19. Alors qu’ils étaient revenus dans le vert en 2019, les comptes se sont dégradés l’an passé, avec un « résultat global » qui devrait être de l’ordre de – 4 milliards d’euros.

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Ce déficit avait été anticipé peu après le début de la crise, conduisant le conseil d’administration d’Agirc-Arrco à exercer son « devoir d’alerte » en octobre 2020. Prévue dans des accords nationaux interprofessionnels (ANI) de 2017 et de 2019, cette procédure est enclenchée quand les réserves financières de la caisse risquent de représenter moins de six mois de pensions, sur un horizon de quinze ans.

Si ce « ratio de sécurité » n’est plus respecté, les principales organisations patronales et syndicales sont alors invitées à se mettre autour de la table « en vue d’ajuster les ressources ou les charges » du dispositif. C’est donc dans ce cadre que la première séance de négociations se déroule, lundi, les réserves d’Agirc-Arrco (évaluées à 62,6 milliards d’euros fin 2020) étant susceptibles de passer sous le seuil requis durant la décennie à venir.

Le patronat veut limiter les pensions

Les tractations, qui ont été précédées de plusieurs réunions préparatoires, s’annoncent serrées. Car pour reconstituer le « magot » d’Agirc-Arrco, une piste semble être étudiée de près par le patronat : elle consisterait à ralentir la progression des pensions versées, par exemple en les revalorisant en dessous de l’inflation ou en les bloquant temporairement, afin de museler les dépenses. « Les salariés ont plus souffert que les retraités, qui n’ont quasiment pas été impactés par la crise », explique Eric Chevée, vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Sous-entendu : si des efforts doivent être demandés, c’est aux seniors ayant cessé leur carrière d’en faire.

Dans l’entourage de Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, on se montre prudent, en indiquant que la rencontre de lundi est une première étape qui vise à dresser un état des lieux. Agirc-Arrco va, certes, sortir de « la trajectoire imposée [par les ANI] », invoque-t-on, mais « l’écart n’est pas majeur ». Pour autant, « nous ne dérogerons pas aux règles de pilotage stratégique fixées en 2019 ». Autrement dit, pas question de s’éloigner du « ratio de sécurité ». Mais « l’objectif n’est pas de geler les pensions », complète Didier Weckner, le président (Medef) d’Agirc-Arrco.

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Restaurateurs cherchent saisonniers : sur la côte bretonne, « on commence la saison la trouille au ventre »

Une serveuse dans un restaurant parisien, en juin 2021.

Où sont-ils passés ? Alors que les vacances scolaires approchent, marquant le début de « la grosse saison », la question inquiète les restaurateurs et les hôteliers des zones touristiques, nombreux à déplorer une pénurie de travailleurs saisonniers. De La Trinité-sur-Mer à Quiberon en passant par Belle-Ile-en-Mer, des écriteaux fleurissent sur les devantures des établissements : « Recherchons serveur(euse) pour la saison », « Poste à pourvoir immédiatement », « Bonne équipe ».

Cuisiniers, commis, serveurs, plongeurs… Cette année, tous les profils manquent à l’appel. « Dans ce milieu, j’ai connu des hauts et des bas, mais jamais une telle crise », lance mercredi 16 juin Patrice Le Boulch, 58 ans, jetant son regard azur sur sa terrasse fermée. Faute de personnel, le directeur n’a pu ouvrir qu’un seul de ses deux établissements quiberonnais. Selon l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, ce sont entre 100 000 et 140 000 personnes – soit un dixième des employés du secteur – qui ont changé de métier depuis le premier confinement.

Témoignages : Chef de rang, cuisinier ou barman… ils ont choisi de quitter le secteur de l’hôtellerie-restauration

D’après une enquête de Pôle emploi publiée fin mai dans Ouest France, 16 % des offres ayant cours dans le Morbihan concernent le secteur de l’hôtellerie-restauration, ce qui en fait le premier pourvoyeur d’emplois. A la veille de la réouverture des restaurants en salle, Emmanuel Macron avait appelé à la « mobilisation générale » dans le secteur de l’hôtellerie-restauration et lancé un appel à « tous ceux qui sont en recherche d’emploi ».

« Tous en galère »

« Le problème est massif, nous sommes tous en galère », insiste Patrice, qui doit encore embaucher une trentaine de saisonniers s’il veut pouvoir ouvrir ses deux établissements pour la saison. Pour l’heure, il est parvenu à recruter une vingtaine de personnes.

Sur le comptoir de la petite sandwicherie de Thérèse Couvert, le dossier de curriculum vitæ est maigrelet. « D’habitude, j’ai une pile épaisse de CV, ça me laisse l’embarras du choix », témoigne la propriétaire d’une alimentation rapide à Quiberon depuis plus de trente ans. Cette année, elle a reçu seulement cinq candidatures et entame sa saison avec une personne de moins que nécessaire.

Reportage : Soulagés par l’annonce du déconfinement, les professionnels du tourisme breton courent désormais après les saisonniers

Coutumiers du bouche-à-oreille, les professionnels ont dû revoir leur méthode. Annonces Pôle emploi, sites de professionnels, messages Facebook, écriteaux sur les devantures des boutiques constituent autant de moyens pour chercher du personnel.

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Dominique Méda : « A l’hôpital, réintroduire de la démocratie à tous les étages »

A l’hôpital Bichat (Paris 18e), le 22 avril 2021.

Chronique. Jeudi 3 juin, l’association Notre hôpital, c’est vous a donné le coup d’envoi d’un projet de référendum d’initiative partagée (RIP) sur l’hôpital public. Si 185 parlementaires et 4,7 millions de nos concitoyens soutiennent celui-ci, une proposition de loi « garantissant l’égalité d’accès aux soins sur tout le territoire » serait soumise au vote des Français.

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Son idée maîtresse est que « le fonctionnement des hôpitaux doit prioritairement être tourné vers la réponse aux besoins en santé ». La formulation est surprenante. N’est-il pas évident que l’hôpital est une institution entièrement organisée pour apporter une réponse adaptée aux besoins de santé de la population ? N’est-ce pas d’ailleurs l’objet des discussions qui ont lieu chaque année depuis 1996 au Parlement, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le PLFSS ? Et l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie, l’Ondam – le total des sommes consacrées à la prise en charge collective des dépenses de santé, fixé au terme de ces débats –, n’est-il pas censé être le résultat d’une discussion bien informée ? N’est-ce pas au terme de celle-ci que les moyens nécessaires sont affectés aux différents volets de la politique de santé française ?

Alors que les hospitaliers se plaignent depuis plusieurs années de la crise qui affecte l’hôpital et maltraite soignants et patients, plusieurs publications confirment qu’il n’en est rien. Issues tant du monde de la recherche que de hauts fonctionnaires, pourtant d’habitude réticents à s’exprimer, elles dévoilent les logiques à l’œuvre depuis deux décennies.

Chiffre fétiche

Dans un article publié par Les Tribunes de la santé juste avant l’irruption de la crise sanitaire, Pierre-Louis Bras, ancien directeur de la Sécurité sociale et membre de l’inspection générale des affaires sociales, décortique le processus qui a conduit au malaise des soignants et au risque de submersion de l’hôpital. Il ouvre la boîte noire de la fabrique de ce chiffre fétiche. « L’Ondam constitue un élément majeur de la régulation des finances publiques, plus que le résultat d’une délibération sur la politique de santé. La démarche est fondamentalement descendante, la politique des finances publiques (objectif visé pour le niveau du déficit public, objectif visé pour le niveau des prélèvements obligatoires…) dicte le niveau de l’Ondam et les hôpitaux publics doivent s’y adapter », écrit-il.

Fixée hors d’une réelle prise en considération des besoins de santé et de l’activité des hôpitaux, imposée à ces derniers, mais aussi à la majorité parlementaire, systématiquement trop faible pour couvrir l’augmentation de l’activité, l’évolution de l’Ondam s’est traduite depuis des années par un rationnement du nombre de lits, des effectifs et des salaires et par un fort accroissement de la productivité des soignants dont l’aggravation des conditions de travail est parfaitement visible dans les enquêtes… et dans la rue.

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Europe 1 : les salariés de la radio se mettent en grève jusqu’à lundi

Devant l’entrée des bureaux d’Europe 1, à Paris, le 29 novembre 2018.

La tension est montée d’un cran chez Europe 1. A l’issue d’une assemblée générale tenue vendredi 18 juin, les salariés de la station du groupe Lagardère ont voté la grève. Sur les 95 bulletins remis dans l’urne, 84 s’y sont dits favorables, 9 seulement étaient contre. Trois choix leur étaient offerts : ils pouvaient soit cesser le travail immédiatement, soit commencer la grève dimanche à 18 heures, soit la commencer lundi, après la soirée électorale. Finalement, ils ont choisi d’entamer le mouvement à partir de 16 heures vendredi, pour tout le week-end, et jusqu’à lundi inclus. Ce jour-là, ils se réuniront en assemblée générale à 10 heures pour envisager la suite. Les salariés doivent maintenant se déclarer – grévistes ou non-grévistes – auprès de leur supérieur hiérarchique.

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Ces derniers demandent « l’annulation de la procédure disciplinaire entamée contre Victor Dhollande », une requête déjà formulée jeudi 17 juin. Vers 12 h 30, Constance Benqué, la patronne de la radio, a écrit aux syndicats pour refuser tout retour en arrière, arguant qu’ils ne connaissaient pas « les motivations exactes » de la procédure ni « la nature des faits reprochés » au journaliste, selon un message lu par Le Monde.

Mise au pas de la rédaction

Le rédacteur avait eu une altercation mercredi 16 juin avec un membre des ressources humaines qui enregistrait clandestinement une réunion des salariés censée faire le point sur la situation de la station et l’influence de Vincent Bolloré, devenu le premier actionnaire de Lagardère chez Europe 1. Victor Dhollande, connu pour « ses élans » mais « unanimement apprécié », avait été mis à pied dix jours, jusqu’au 30 juin, avec à la clé un possible licenciement. Les syndicats avaient été reçus par deux responsables des ressources humaines jeudi 17 juin, qui avaient justifié la procédure par d’autres événements survenus antérieurement. « C’est complètement disproportionné. Jusque-là, il n’avait même pas eu d’avertissement », rétorque un journaliste.

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Pour les salariés, cette mise à pied brutale témoigne surtout de la volonté d’un actionnaire d’effectuer une mise au pas de la rédaction. « On a face à nous une direction qui se raidit, qui se cabre, analyse un membre de la rédaction. De toute façon, Constance Benqué n’a plus les clés du camion. »

« Le match est joué. Je ne vois aucun autre scénario possible que celui d’i-Télé », déclare un autre membre de la rédaction. En 2016, la rédaction de la chaîne d’information, propriété de Vivendi (dont Vincent Bolloré est le premier actionnaire), avait mené un mois de grève, sans toutefois faire vaciller le milliardaire breton. Au final, des dizaines de journalistes étaient partis, et la chaîne avait changé d’identité pour devenir CNews. La direction d’Europe 1 a laissé entendre cette semaine que, fin août, une sorte de « clause de conscience » – dispositif qui permet à un journaliste de quitter un média avec lequel il n’est plus en accord – pourrait être mise en place. C’est là une demande de la rédaction, qui craint avec effroi une transformation d’Europe 1 en satellite de la très conservatrice CNews, alors que des figures de la chaîne prennent déjà du galon dans la grille.

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Les recommandations de l’Observatoire de la qualité de vie au travail « pour une sortie de crise réussie »

« Malgré la débauche de moyens déployée par ces entreprises, peu d’employeurs échapperont sans doute à cette question de fond : pourquoi certains salariés sont si réticents à retourner à la « vie de bureau d’avant » ? »

« Collaboration sans surconnexion, c’est possible ? » « Comment maintenir le “travail ensemble” quand les équipes sont éclatées ? » « Travailler ensemble : quels enseignements de la crise ? »… Les thématiques abordées lors des (web) conférences organisées à l’occasion de la Semaine pour la qualité de vie au travail (QVT), du 14 au 18 juin, témoignent de ce changement de paradigme : la crise sanitaire a déclenché un basculement décisif dans nos façons de travailler et de collaborer. La qualité de vie au travail s’invite désormais à la maison. Pour le meilleur ou pour le pire ? La question demeure en suspens.

Alors que les enquêtes s’enchaînent sur les conséquences de l’adoption massive du télétravail sur le bien-être des salariés, Jérôme Ballarin, le président de l’Observatoire de la qualité de vie au travail, en est convaincu : pour les employés, il est hors de question de retourner en arrière : « A l’occasion de la crise sanitaire, la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle a dû se réinventer. Les salariés en télétravail ont mis en place de nouveau rituels, gagné en temps de transport. En même temps, il y a l’envie de retrouver ses collègues. Ce qui est sûr, c’est que la demande de flexibilité a pris de l’ampleur. »

Son observatoire, qui se penche depuis treize ans sur les « bonnes pratiques » des entreprises pour concilier vie personnelle et professionnelle des salariés, a formulé dix recommandations aux employeurs pour réussir la sortie de crise sans désengagement des salariés.

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Au cœur de son programme : le choix d’une organisation du travail hybride tenant compte des contraintes de chacun, en trouvant le bon équilibre entre travail en présentiel et à distance, renforcement du dialogue social, management participatif et écoute des salariés.

« Un rôle de révélateur »

Mais en quoi la période actuelle inciterait les manageurs et les responsables des ressources humaines à être davantage à l’écoute des aspirations des salariés ? « Bien sûr, cela va dépendre avant tout du management et de la volonté des chefs d’entreprise, admet Jérôme Ballarin. Mais la crise a joué le rôle de révélateur. Même les manageurs les plus rétifs au télétravail ont compris que cela pouvait fonctionner. » Des manageurs qui ont vu leur rôle remis en question pendant cette crise : « Par la force des choses, les salariés ont expérimenté une relation de travail davantage basée sur la confiance, constate le président de l’Observatoire de la qualité de vie au travail. Aujourd’hui, ils aspirent à un mode de management plus participatif. »

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