Compétences, salaires, conditions de travail… Les PME peinent toujours à recruter

« On n’avait jamais eu un pic aussi haut. On a toujours autant d’entrepreneurs qui cherchent à recruter, mais ils ne trouvent plus les compétences dont ils ont besoin », s’inquiète François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Alors que la moitié des dirigeants de PME recrutent en ce moment, 94 % d’entre eux disent rencontrer des difficultés à trouver le « bon profil », indique une étude publiée ce mardi 19 juillet par la CPME.

L’organisation patronale a interrogé, en ligne, du 16 juin au 12 juillet, 2 362 dirigeants de TPE-PME sur l’état de leur activité. Ces chiffres confirment une tendance déjà illustrée à plusieurs reprises par les études de la Banque de France ou l’enquête « Besoins en main-d’œuvre » de Pôle emploi, de 2022, selon laquelle 57,9 % des projets de recrutement sont jugés difficiles par les entreprises, soit 13 points de plus qu’en 2021.

Les employeurs, et ici la CPME, attribuent régulièrement ces difficultés à la pénurie de personnel qualifié et à l’inadéquation entre les compétences recherchées et les compétences des candidats. Selon l’enquête de la CPME, 74 % des chefs d’entreprise concernés se plaignent de l’« absence de candidats », quand 47 % invoquent le manque de compétences.

Mauvaises conditions de travail et bas salaires

Au-delà de la conjoncture économique défavorable, le président de l’organisation patronale s’étonne du turnover important rencontré par un dirigeant interrogé sur quatre : « La moitié des salariés qui partent le font pour se consacrer à un projet personnel, sans reprendre d’emploi. On touche du doigt les conséquences post-Covid, c’est un phénomène de société. Et nous, employeurs, restons désarmés par rapport à cela », déplore François Asselin, qui évoque aussi les nombreux salariés ayant changé de secteur depuis la crise Covid.

Ces raisons ne suffisent pourtant pas à justifier l’impossibilité de trouver des profils dans les secteurs en tension : les bas salaires et les mauvaises conditions de travail en sont la principale cause, démontrait encore une étude de la direction de l’animation de la recherche et des études et des statistiques (Dares) du ministère du travail, publiée en juin (« Quelles sont les conditions de travail qui contribuent le plus aux difficultés de recrutement dans le secteur privé ? », Analyses n° 26, Dares, juin 2022).

« Quand on croise les difficultés de recrutement avec la difficulté des conditions de travail mentionnée par les employeurs, ce sont ceux qui présentent les conditions les plus difficiles en termes d’horaires, de pénibilité, de difficulté à faire un travail de qualité qui n’arrivent pas à recruter », explique Thomas Coutrot, économiste et auteur de l’étude.

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Dans les entreprises, une prise de conscience encore très limitée des enjeux liés aux canicules

Sur un chantier de construction à Savenay, près de Nantes, le 18 juillet 2022.

« Je travaille dans un bâtiment entièrement exposé au soleil et en grande partie vitré. La climatisation est en panne depuis plus d’un an et, malgré de nombreuses relances, rien, raconte une animatrice culturelle pour la mairie de Paris, qui a répondu à un appel à témoignage du Monde.fr. Nos solutions ? Du système D : des couvertures de survie sur certaines fenêtres, des torchons mouillés sur les épaules, un parasol et un tuyau brumisateur pour notre espace extérieur (tout ça à nos frais) et des relances. Pendant ce temps, on prend sur nous et certains collègues font des malaises. »

Si le code du travail ne prévoit pas de seuil de température au-delà duquel un salarié pourrait s’arrêter de travailler, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la santé et la sécurité au travail (INRS) estime que la chaleur peut constituer un risque « au-delà de 30 degrés pour une activité sédentaire, et de 28 degrés pour un travail nécessitant une activité physique ».

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L’appréciation de la situation revient exclusivement à l’employeur, chargé d’assurer la santé et la sécurité de ses salariés : il a simplement l’obligation de noter dans le « document unique d’évaluation des risques » les dangers liés aux « ambiances thermiques », et de mettre en œuvre des actions de prévention. Il doit aussi fournir de l’eau fraîche et potable, et vérifier que la ventilation des locaux de travail est correcte et conforme à la réglementation. En cas de vigilance rouge, des mesures d’aménagement de l’organisation du travail sont encouragées, et doivent être ajustées chaque jour.

Les métiers d’extérieur rodés

Les métiers en extérieur sont bien sûr les plus concernés par les périodes de chaleur. Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, les obligations de l’employeur sont plus précises : ce dernier doit « mettre à la disposition des travailleurs un local de repos adapté aux conditions climatiques », et trois litres d’eau potable et fraîche par jour. Les entreprises sont maintenant rodées : « On a un organisme de prévention assez fantastique, qui fait des fiches sur tous les sujets possibles en période de canicule pour nos adhérents », se satisfait Olivier Salleron, président de la Fédération française du bâtiment, organisation professionnelle du BTP. Au-delà de la mise à disposition d’une zone au frais, d’eau et de protections, « le réflexe évident, c’est d’adapter les horaires, de les rendre flexibles à l’échelle d’une ou de plusieurs semaines de chaleur : commencer à 6 heures un jour de canicule, puis à 8 heures un jour plus frais… Il faut aussi adapter les tâches aux conditions. »

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Chez Louvre Hotels, trois établissements en grève depuis 55 jours

Assis dans des fauteuils de camping et sur des bidons en plastique, ils lèvent les bras et crient « merci ! » quand un chauffeur de bus ou les pompiers klaxonnent en signe de soutien en passant devant leur piquet de grève installé près de l’entrée de l’hôtel Campanile de Suresnes (Hauts-de-Seine) et de l’hôtel Première classe, tout proche, qui ont le même personnel. « Maltraitance salariale », « Non-respect des conditions de travail », peut-on lire sur leur banderole.

Ce sont des femmes de chambre, lingères, employés polyvalents, etc., soit vingt-quatre salariés grévistes sur soixante-cinq, selon la CGT (20 % à 30 % de l’effectif, d’après la direction), qui sont présents six jours sur sept, depuis… le 26 mai. Un mouvement lancé par la CGT-Hôtels de prestige et économiques (CGT-HPE) et coordonné avec les grévistes de deux autres établissements du groupe Louvre Hotels : le Campanile de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et le Golden Tulip Villa Massalia de Marseille.

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Aucune négociation n’est en cours. « On sent qu’on est considérés comme des moins que rien », dénonce Ali Djoumoi, élu CGT-HPE au comité social et économique (CSE), à Suresnes. En 2012, une grève de 28 jours avait permis l’internalisation des salariés du nettoyage employés par un sous-traitant, ce qui avait fait tache d’huile dans d’autres hôtels.

« Je m’arrête seulement lorsque je souffre trop »

Mardi 19 juillet, les grévistes des trois sites organisent un rassemblement devant le Campanile La Villette, à Paris, pour « montrer [leur] force et [leur] solidarité », mais aussi renflouer leur « caisse de grève », précise Fouad Slimani, délégué syndical CGT-HPE au CSE central de Louvre Hotels. Rachel Kéké, la députée Nupes et ex-gréviste CGT-HPE à l’hôtel Ibis Batignolles, à Paris, y est attendue.

Laura Benoumechiara, directrice des ressources humaines de Louvre Hotels, évoque « une grève minoritaire dans le groupe », qui compte près de deux cents établissements. Leur revendication phare : une hausse de salaire de 300 euros nets, portée par la CGT au niveau national, ainsi qu’une prime d’ancienneté et une meilleure prise en charge des arrêts maladie.

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« Certaines salariées qui souffrent du dos ne prennent pas leur arrêt maladie, car souvent les indemnités journalières sont payées avec quinze jours ou un mois de retard », souligne une salariée du Campanile de Gennevilliers. « Il y a quatre ans, en tirant les gros sacs de serviettes sales, je me suis fait une déchirure musculaire à la hanche, témoigne une lingère. Le médecin m’avait proposé un arrêt, que j’ai refusé. Je m’arrête seulement lorsque je souffre trop. » Une collègue, première femme de chambre (elle peut remplacer la gouvernante) a, elle, « un problème de diabète avec insuline. Le médecin a voulu m’arrêter, car j’étais très fatiguée, ma tension était trop élevée. J’ai refusé, en me souvenant qu’en 2019, lorsque j’ai été hospitalisée trois semaines, je n’ai pas eu de quoi payer le loyer ensuite. J’ai dû demander de l’aide. »

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Refaire le monde depuis son potager : l’engouement pour les formations à la permaculture

FactuelCette méthode alternative de production agricole séduit une jeunesse inquiète face à la dégradation continue de l’environnement et désireuse de renouer avec la terre.

Une trentaine de jeunes quittent leur tente et se regroupent sous l’ancienne étable, où s’amoncellent vieilles machines agricoles, palettes et boulonnerie de toute sorte. Hébergés dans l’Oasis du Grand Matrignat (Ain), une ferme bressane traditionnelle reconvertie en lieu alternatif et écologique, les premiers arrivés s’installent sur les canapés usés, les autres s’assoient à même la paille et étirent leurs corps bronzés, après plusieurs jours passés à scier, cueillir, creuser.

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Le cercle de parole peut commencer. On loue le goût de la soupe de plantes sauvages, on décortique la complexité de la construction de la serre autonome en énergie, on livre des recommandations pour une bonne utilisation de la sciure dans les toilettes sèches. Les participants de cette initiation à la permaculture, en passant par l’écoconstruction, la métallurgie et les plantes médicinales et comestibles, se répartissent ensuite en différents ateliers : cueillette sauvage avec un ethnobotaniste, construction d’un poulailler mobile, d’une tiny house et d’une serre.

L’association The Northern Lights organise un programme autour de la permaculture, à Saint-Nizier-le-Bouchoux (Ain), le 7 juillet 2022.

Expérimentation et d’apprentissage

Financée par Erasmus+, la formation est orchestrée par Romain Cavillon, 30 ans, ancien ingénieur mécanique qui a démissionné d’Alstom en 2016. Après sa rupture professionnelle, il s’est formé à la médecine chinoise, a acheté un camion et est parti pour un tour du monde des écovillages, où il découvre la permaculture. En 2021, le trentenaire rachète la ferme familiale, qu’il transforme en endroit d’expérimentation et d’apprentissage sur les pratiques de l’agriculture régénératrice. Ses séminaires font le plein : « J’ai reçu près de cent candidatures pour une trentaine de places. La formation est financée par l’Europe, les participants paient seulement 90 euros, une somme symbolique qui nous permet d’avoir un public vraiment engagé, et qui ne vient pas faire du tourisme. »

Romain Cavillon, porteur du projet The Northern lights et du programme Erasmus+, dans sa ferme, à Saint-Nizier-le-Bouchoux (Ain), le 7 juillet 2022.

« On n’a pas tous les mêmes parcours ni le même âge, mais nous voulons tous lutter contre le désastre écologique »

Originaires de toute l’Europe, les participants ont entre 25 et 35 ans, étudient la biologie comme les sciences politiques, sont parfois en rupture professionnelle. La majorité a rejoint le stage en covoiturage, pour limiter son empreinte carbone. « On n’a pas tous les mêmes parcours ni le même âge, mais nous voulons tous lutter contre le désastre écologique », résume Clara Schade-Poulsen. Dans le cadre de ses études de sciences politiques et anthropologie à la School of Oriental and African Studies à Londres, cette Italo-Danoise de 23 ans est partie en Norvège pour documenter la résistance de la population aux éoliennes terrestres : « J’ai été séduite par l’approche globale de la permaculture, qui repose sur trois principes : prendre soin des humains, prendre soin de la terre, partager équitablement les ressources. »

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Smic : l’exécutif veut mettre la pression sur le patronat

Quand l’Etat pousse le secteur privé à négocier sur les salaires, il a du mal à être pris au sérieux. Démonstration en est faite, une fois de plus, avec le projet de loi « pour la protection du pouvoir d’achat », que l’Assemblée nationale examine en séance publique à partir de lundi 18 juillet. Le texte cherche à mettre la pression sur les branches professionnelles qui tardent à ajuster leurs grilles de rémunération en fonction de l’évolution du smic. Mais son efficacité est mise en doute, en particulier par la gauche, qui y voit une « menace en peau de lapin », selon la formule de Pierre Dharréville, député communiste des Bouches-du-Rhône.

La mesure incriminée vise à résoudre un problème qui ne date pas d’hier mais dont l’ampleur s’est récemment accentuée. Depuis octobre 2021, le smic a été revalorisé à trois reprises, atteignant désormais un peu plus de 1 302 euros net par mois (pour un temps plein). Ces réajustements successifs ont été décidés conformément à la loi, qui vise à garantir que la rémunération minimale progresse au moins aussi vite que l’inflation.

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Mais de nombreuses branches professionnelles n’arrivent pas à tenir le rythme. Sur les 171 qui sont suivies par le ministère du travail, 112 avaient, au 1er juillet, une convention collective contenant au moins un coefficient de rémunération sous le smic. Ces situations de « non-conformité » renvoient aux difficultés que le patronat et les syndicats rencontrent pour trouver des accords dans un délai raisonnable, à l’échelon de secteurs d’activité. Parfois, il y a même des blocages structurels, comme dans le monde de la prévention-sécurité, dont la grille affiche trois niveaux de salaires inférieurs au smic, d’après la direction générale du travail.

« Occasion manquée »

Dans ces cas-là, les chefs d’entreprise sont tout de même tenus de verser le minimum légal à leurs personnels mais des travailleurs, situés dans les premiers coefficients des conventions collectives, peuvent se retrouver payés au smic, lequel a été revalorisé, faute de discussion entre les partenaires sociaux pour rehausser les grilles.

Le projet de loi tente de corriger de telles anomalies : désormais, les branches retardataires pourront être fusionnées avec d’autres si leur accord collectif ne respecte pas le minimum légal. Le but est de les « inciter à négocier » et « d’assurer la conformité de leurs minima au smic », indique l’exposé des motifs du texte.

Beaucoup de députés ont jugé cette innovation bien timide, lors des débats en commission des affaires sociales, mercredi 13 juillet. François Ruffin, élu La France insoumise de la Somme, y a vu « une manière de se décharger de nos responsabilités et de ne pas les prendre », résumant ainsi l’état d’esprit de bon nombre de ses pairs de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale.

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A Nantes, l’association AMI, pilier de l’aide aux migrants, menacée de disparition

Des migrants sont assis près de leurs tentes sur la place Daviais, dans le centre de Nantes, dans le cadre d’une action symbolique, le 3 juillet 2019.

Le couperet est tombé, mardi 12 juillet. Après plusieurs relances, la Caisse des dépôts et consignations, opérateur pour l’Etat du programme Intégration professionnelle des réfugiés (IPR), a officiellement signé l’arrêt de mort de l’association Accompagnement migrants intégration (AMI), pilier de l’aide aux exilés à Nantes. Dans un courriel adressé au mandataire judiciaire en charge du suivi de la situation financière de l’association, elle confirme que la structure – qui épaule 1 400 personnes – ne percevra pas la deuxième tranche de subventions prévue dans le cadre de l’appel à projets qu’elle a pourtant remporté en 2020.

Pour justifier cette volte-face, la Caisse des dépôts et consignations invoque « un non-respect des objectifs » et « l’utilisation non conforme des fonds alloués ». Les crédits mobilisés par le programme IPR, explique-t-on en substance, doivent uniquement « profiter » aux réfugiés ou aux exilés bénéficiant d’une protection internationale – tels les ressortissants ukrainiens –, qui disposent de titres de séjour provisoire. Or, sujet de frictions : l’association AMI, qui a décroché 700 contrats payés au smic l’an passé, déploie aussi son action auprès de demandeurs d’asile, munis d’autorisations de travail, dont la situation juridique n’est pas tranchée.

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« Les représentants de l’Etat disent qu’ils ne veulent pas donner de faux espoirs aux demandeurs d’asile en leur laissant penser qu’ils pourront être régularisés grâce à leur emploi, se désole Catherine Libault, présidente de l’association qu’elle a fondée en 2006. Mais qu’est-ce qu’on veut ? Laisser ces personnes dans la misère, alors que les délais de traitement de leur procédure s’étirent souvent sur deux années ? Les gens qu’on suit sont mieux à travailler. Au moins, ils s’intègrent, cela vaut bien mieux que de tomber dans la délinquance pour survivre. »

« Plus que 60 euros de trésorerie »

Faute de moyens financiers, l’association, qui a étoffé ses services et compte sept salariés, est aux abois, ne comptant « plus que 60 euros de trésorerie ». Sa liquidation devrait être ordonnée le 19 juillet. Au grand dam d’entrepreneurs qui s’appuient sur les recrues envoyées pour faire tourner leur activité. « Aujourd’hui, l’association est incontestablement un acteur-clé du milieu économique maraîcher », souligne Patrice Rouillard, patron de La Fraiseraie du lac, à La Chevrolière, au sud de Nantes.

En avril, l’association AMI a contribué à sauver la saison du muguet, assurant le recrutement et le transport de 380 migrants pour les producteurs de clochettes blanches. De nombreux viticulteurs misent aussi sur la structure pour leur adresser une soixantaine de travailleurs lors des prochaines vendanges. « La structure abat un boulot monstre », souffle M. Rouillard, qui note : « Les migrants sont bien accompagnés, suivent des cours de français ainsi que des cours d’instruction civique. Tout le volet administratif – autorisations de travail, vérifications des titres de séjour, papiers… – est aussi géré par l’association. C’est de l’or en barre… »

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A Roissy, après les grèves, le cauchemar des bagages

Lors de la grève des personnels de Groupe ADP, le 1er juillet, à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Les passagers devront encore patienter ! Quinze jours après la grève des personnels de Groupe ADP, intervenue le 1er juillet, la totalité des bagages bloqués à l’aéroport de Roissy n’avait toujours pas été restituée aux légitimes propriétaires. Toutefois, fait savoir Air France, vendredi 15 juillet, « la situation est sous contrôle et l’on revient vers des opérations normales ».

Pour accélérer le mouvement, la compagnie déclare avoir ajouté « une équipe de renfort d’environ une centaine de personnes par nuit pour désengorger le trop-plein ». Un effort tempéré par Augustin de Romanet, PDG de Groupe ADP, qui ne reconnaît que l’ajout d’une « trentaine de collaborateurs » pour envoyer les valises coincées à Roissy vers leurs destinations d’origine. A en croire la compagnie aérienne, les quelques milliers de bagages encore en souffrance sont en train d’être « acheminés vers les escales de destination ».

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Pour les passagers partis sur leurs lieux de vacances sans leurs valises, ces opérations semblent d’une lenteur exaspérante. Celle-ci s’explique par le nombre gigantesque de valises qui se sont accumulées après que les grévistes ont démarré avec plusieurs heures de retard la trieuse à bagages qui les répartit vers les différents vols en partance. Notamment les vols très matinaux des compagnies à bas coûts.

« La gestion des escales ne relève pas de la responsabilité d’ADP »

Au total, ce sont près de 35 000 sacs et valises en tous genres qui sont restés à l’aéroport. Très loin des 3 500 seulement dénombrés dans un premier temps par Groupe ADP. Deux semaines plus tard, M. de Romanet a présenté ses excuses et admis « la faute d’ADP ». Mais il affirme que « la totalité des bagages bloqués par la grève du 1er juillet ont été acheminés, mercredi 13 juillet », tout juste vingt-quatre heures avant la fin du délai de grâce fixé par le nouveau ministre délégué aux transports, Clément Beaune. « J’avais donné un objectif de cinq à sept jours la semaine dernière, et tout s’est achevé la nuit dernière, en six jours », s’est félicité le ministre, vendredi 15 juillet, sur l’antenne de BFM-TV.

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Le patron de Groupe ADP estime avoir agi avec une certaine célérité, car, signale-t-il, « par le passé, les compagnies rendaient les bagages au bout de trois mois ». Un satisfecit qui ne signifie toutefois pas que tous les passagers ont bien récupéré leurs effets. L’acheminement des bagages depuis les escales n’est qu’une étape, avant qu’ils soient restitués en main propre à leurs propriétaires sur leurs lieux de villégiature. Justement, le PDG du gestionnaire de l’aéroport parisien fait savoir que « la gestion des escales ne relève pas de la responsabilité d’ADP », mais de celle de la compagnie aérienne.

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Les livreurs de Just Eat, sous la canicule et la menace d’un plan de sauvegarde de l’emploi

A Brenchley, dans le sud-est de l’Angleterre, en août 2020.

Après le Covid-19, la canicule place de nouveau les livreurs à vélo, en première ligne, pour porter des repas à domicile. Mais, vendredi 15 juillet « au soir », la CGT, deuxième syndicat derrière FO, appelle les salariés de la plate-forme Just Eat à faire grève dans une dizaine de villes. L’insuffisance des mesures de protection des livreurs face à ces fortes chaleurs n’est qu’une partie des motifs d’insatisfaction du syndicat, qui porte aussi des revendications salariales et en matière d’emploi.

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Comme lors du premier épisode de canicule de juin, la direction de Just Eat indique dans un communiqué, avoir demandé à ses distributeurs de commandes situés à Amsterdam, où se trouve le siège du groupe, « de faire preuve de souplesse quant aux temps de pause et d’accepter si besoin les demandes de raccourcissement des shifts [période de livraison] ». En clair, « c’est à la tête du client », dénonce Ludovic Rioux, délégué syndical CGT. De toute manière, « il n’y a aucune communication sur ces mesures », déplore Jérémy Graça, délégué syndical FO. La direction a prévu un « seuil de fermeture » du service dans les villes où la température atteint les 38 °C.

Négociations « pas dignes » d’un grand groupe

Mais ce sont surtout les négociations en cours qui préoccupent les syndicats, à commencer par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) visant le licenciement de 300 salariés sur 800, dont 269 livreurs, un an et demi après les avoir embauchés. Les syndicats n’apprécient pas le report des dernières réunions de négociations qui devaient avoir lieu le 11 juillet.

Deux thèmes sont à l’ordre du jour : les salaires et le PSE, avec la fermeture de Just Eat dans vingt villes. « Les discussions sur le PSE n’avancent pas, déplore M. Rioux. La direction refuse toujours de nous donner des informations essentielles qu’elle est obligée de nous fournir tels que les flux financiers entre les filiales et le groupe Just Eat Takeaway et les commandes par ville. » Pour M. Graça, qui n’appelle pas à la grève, « car les négociations ne sont pas terminées », ces dernières « ne sont pas satisfaisantes, pas dignes » d’un grand groupe. Just Etat a proposé, indique M. Garça, « des formations pour environ 3 000 euros par personne et un congé de reclassement de six mois, c’est trop peu ».

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La CGT constate cependant des « éléments positifs » tels que la proposition de la direction de mettre fin à l’annualisation du temps de travail ou encore la réduction, en cas d’arrêt maladies, du nombre de jours de carence à trois jours au lieu de sept, mais seulement pour les salariés qui ont un an d’ancienneté. En revanche, il y aurait aussi des propositions jugées « régressives » par la CGT, telles que l’augmentation du poids maximal du sac à 10 kg au lieu de 5 kg actuellement. Sollicitée, la direction n’a pas pu nous répondre, son service de presse indiquant n’avoir trouvé « personne de disponible (…) en ce long week-end ».

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L’intelligence artificielle au service de l’« expérience collaborateur », un outil qui se répand en entreprise

Un algorithme plus fort qu’une boîte à idées ? En pleine crise de l’hôpital, le personnel du centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris) s’est vu invité à partager ses idées pour améliorer ses conditions de travail. Les participants ont pu déposer leurs contributions non sur un petit papier, mais sur une plate-forme déployée par la start-up Better World, spécialisée dans la collecte et l’analyse de données.

« Dans un objectif d’amélioration de la qualité de vie au travail, on a adapté cet outil, initialement destiné à mesurer la satisfaction de nos patients, afin d’avoir des remontées de l’ensemble de notre personnel », indique Nils Avanturier, directeur des ressources humaines et directeur général adjoint de l’hôpital. Anonymes ou non, les contributions sont ensuite analysées par un outil d’intelligence artificielle, qui fait ressortir les thèmes qui reviennent le plus souvent.

« Tout le monde peut faire des suggestions »

Déployée depuis quelques mois dans l’établissement, la solution a été présentée lors de la journée organisée par la Fédération hospitalière de France en Ile-de-France le 16 juin dernier. « Tout le monde peut faire des suggestions, les soignants et les non-soignants, fait valoir Nils Avanturier. Cela nous permet de recueillir et de traiter une masse de données très nettement supérieure au questionnaire de satisfaction qu’on faisait tous les deux ans auprès du personnel. »

Suite à la première phase de déploiement, fin de 2021, « l’item “activités sportives” est ressorti, souligne le directeur général adjoint de l’établissement. On a donc décliné dans notre projet d’établissement une salle de sport pour notre personnel ». Sans surprise sont aussi ressorties des contributions sur « tout ce qui était organisation », ainsi que l’ergonomie et l’aménagement du temps de travail. En guise de solution, l’établissement a notamment travaillé à une meilleure répartition des tâches entre les médecins et les orthoptistes.

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Cet outil n’est pourtant pas forcément du goût de toutes les organisations syndicales. Secrétaire fédéral SUD Santé Sociaux, François Ringoot voit dans l’expérimentation menée à l’hôpital des Quinze-Vingts un moyen pour la direction de se cacher derrière son petit doigt : « On change les outils, mais le principe reste toujours le même : on fait semblant d’écouter les salariés. »

L’hôpital parisien est loin d’être le seul employeur à miser sur l’innovation technologique pour tenter d’améliorer la qualité de vie au travail de ses salariés. A en croire le Baromètre 2022 de l’expérience collaborateur publié par l’agence Parlons RH, la proportion des entreprises interrogées qui mettent en place une « démarche autour de l’expérience collaborateur » est passée de 5 % à 10 % depuis 2020. Nouveau concept en vogue auprès des DRH, « l’expérience collaborateur » est au cœur d’un marché florissant de solutions promettant d’améliorer le bien-être des salariés.

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« C’est marrant, je ne suis pas sûr d’avoir envie de retravailler » : les vantards de la rupture conventionnelle

Chronique« Les casse-pieds de l’été » (2/8). Certains individus ont le chic pour gâcher les vacances. « M » vous indique ceux à éviter pour préserver vos précieux moments de détente. Cette semaine, les chanceux qui viennent de signer pour des congés à durée indéterminée.

Parmi les gens qu’il est désagréable d’avoir à ses côtés en vacances, certains ne nous veulent aucun mal. Ils ont juste le tort de faire jaillir en nous de mesquines pensées, l’envie, notamment. Ceux qui viennent de signer une rupture conventionnelle, par exemple. Le minimum serait de les plaindre, ils sortent généralement d’une situation professionnelle difficile, ne savent pas quel avenir les attend. Et pourtant, à les entendre s’interroger sur leur nouvelle vie, on en vient à les jalouser secrètement.

En vacances, les gens en rupture conventionnelle sont dans leur élément. Quand on se demande si on va prendre ses deux semaines de congé en juillet ou en août, ils expliquent qu’eux, à leur retour de leurs deux mois et demi de repos, ont prévu un stage de permaculture en Normandie, avant une semaine de formation à la communication non violente à Bruxelles. Ils assurent que « ça fait beaucoup de bien » et nous disent qu’on devrait essayer. On ne va pas leur avouer que, ­pendant l’année, on ne trouve même pas le temps d’aller à la gym une fois par semaine.

En attendant (les gens en rupture conventionnelle disent volontiers « en attendant », sans que l’on comprenne vraiment ce qu’ils atten­dent), ils « donnent un coup de main » à des amis, conseillent des start-up bénévolement (la version de droite de la permaculture).

Gros chèque

A la plage, sur leur serviette, ils expliquent que leur problème, c’est qu’ils hésitent vraiment avec tous ces possibles qui s’ouvrent à eux. C’est au moment où ils précisent : « J’ai de quoi voir venir jusqu’à… », allusion à la durée de leurs allocations Pôle emploi, qu’on se sent devenir de droite avec des cocardes RPR qui vous poussent partout sur le maillot de bain. « C’est marrant, confient-ils face à l’océan, je ne suis pas sûr d’avoir envie de retravailler. » A bien y réfléchir, nous non plus, mais ils ne nous ont pas posé la question.

Depuis qu’il a vu un coach, le vacancier en rupture conventionnelle sait qu’il a « besoin de sens », et il l’explique au cousin en vacances qui a surtout besoin de joindre les deux bouts.

Heureusement, OpinionWay l’a fait. Selon un récent sondage mené pour l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, 84 % des actifs français estiment que leur emploi a du sens, mais 43 % seraient prêts à quitter le leur dans les deux ans pour un autre qui en ait encore davantage. C’est la réalité contre les aspirations. L’enquête ne donne pas le pourcentage de vacanciers prêts à quitter leur boulot après avoir passé des vacances avec des copains en rupture conventionnelle.

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