Entre luxe et désastre écologique, le paradoxe des étudiants de l’industrie des superyachts

Des superyachts amarrés sur le « quai des milliardaires » de la ville d’Antibes, sur la Riviera française, le 3 juillet 2020.

« La créativité naît de l’angoisse comme le jour naît de la nuit noire. » « C’est dans la crise que naissent l’innovation, les découvertes et les grandes stratégies. » Massimo Paperini cite Albert Einstein en anglais devant une trentaine d’étudiants. Le professeur, qui n’est pas philosophe mais architecte naval, assure le cours « The Yacht Design of the Third Millennium » dans le cadre du master « yacht design » de l’Ecole polytechnique de Milan. Sur un grand écran, l’enseignant projette une carte de l’Italie parsemée de points rouges : « Il s’agit des aires marines protégées. L’accès aux plus belles mers de notre planète est désormais interdit aux armateurs qui ne se soucient pas de l’environnement. On compte sur vous pour maîtriser les réglementations visant à respecter les fonds marins. »

Une injonction à remettre en perspective : émissions de gaz d’échappement, utilisation de peintures contenant des substances nocives, rejet d’eaux souillées, dégradation des fonds marins… La grande plaisance est une activité intrinsèquement polluante. « Loués 225 000 euros à 1 million d’euros la semaine, consommant 2 000 litres de carburant à l’heure, les superyachts sont un miroir grossissant révélant l’envolée des inégalités économiques et l’accélération du désastre écologique », souligne Grégory Salle. L’auteur de Superyachts. Luxe, calme et écocide (éditions Amsterdam, 2021) rappelle que la seule flotte des 300 plus gros superyachts en activité émet près de 285 000 tonnes de dioxyde de carbone, soit autant voire davantage qu’un pays entier. « Aujourd’hui, les porte-parole de l’industrie du superyachting ont des préoccupations écologiques plein la bouche. Eux aussi se disent touchés par la grâce du développement durable », résume, non sans ironie, le sociologue.

« Bien sûr, un superyacht a une mauvaise empreinte carbone. Mais on ne va pas tous se mettre au paddle pour autant », dit Alexandra Illa, étudiante en yacht design

Peut-on vraiment conjuguer superyacht et sobriété ? « Les superyachts sont de plus en plus médiatisés, notamment avec la confiscation des biens des oligarques russes en raison de la guerre en Ukraine. Tant mieux : c’est une occasion à saisir pour faire évoluer le secteur », assure Dimitris Magenis, 26 ans, qui a intégré le master « yacht design » de l’Ecole polytechnique de Milan après des études d’architecture en Grèce. Avec trois camarades de promo, il s’exerce à concevoir un bateau à voile et un superyacht à moteur. L’équipe commence par imaginer le propriétaire : un banquier de 35 ans, sportif, aimant voyager dans les coins les plus reculés de la planète.

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L’argot de bureau : le « team bonding », des liens qui libèrent

L’entreprise taïwanaise Foxconn n’est pas connue pour son amour du « bonheur au travail ». Ce géant de la fabrication de composants informatiques, qui emploie plus de 1 million de personnes en Chine, a été pointé du doigt au début des années 2010 lorsqu’une vague de suicides avait révélé les réelles conditions de travail des ouvriers. Et pourtant, chaque matin, avant de s’installer sur la chaîne de montage où il est interdit de parler, les salariés criaient en cœur, avec enthousiasme, devant leurs chefs : « We are good, very good, VERY VERY GOOD ! », apprend-on dans un ouvrage de la sociologue Jenny Chan (La machine est ton seigneur et ton maître, Agone, 2015).

L’objectif de ce rituel matinal ? Rappeler aux individus qu’ils font avant tout partie d’une équipe, d’une famille soudée. C’est justement l’objectif, en management, du team bonding. Fort heureusement, en général, il n’a pas pour but de masquer des conditions de travail horribles. Si le team building – ou « construction d’équipe » – est un incontournable du phrasé managérial depuis les années 1980, avec ses activités insolites collectives hors du cadre de travail, de l’atelier smoothie à l’escape game en passant par la sculpture sur glace, son cousin le team bonding prend du galon dans l’événementiel d’entreprise.

Les deux termes sont parfois synonymes, mais leur étymologie permet de cerner la différence : le team bonding – du verbe anglais to bond, « lier » – s’adresse à des salariés qui se connaissent déjà. On peut donc le traduire par « reconnexion » ou « renforcement d’équipe ». Le bonding est en quelque sorte le service après-vente du building, le contrôle technique des relations entre collègues.

Des moments d’exception

Au-delà de la nuance sémantique, les actions ne répondent pas aux mêmes objectifs. Quand le team building se veut intellectuellement stimulant, en favorisant l’esprit de compétition – quelle équipe trouvera le trésor en premier… –, le team bonding laisse place à la convivialité : il n’a pas besoin d’être encadré par des animateurs, puisqu’il peut s’agir d’un simple dîner d’équipe ou d’un pot pour célébrer les vacances.

L’objectif est de créer des liens davantage personnels que fonctionnels, plutôt en petit comité : en se parlant de choses plus intimes, les salariés développeront la confiance et l’empathie envers leurs congénères, ce qui favorisera un climat social plus apaisé.

Le team bonding cherchera plutôt des moments d’exception, où l’on se lâche : saut en parachute, séance de « yoga du rire », escapade dans une « salle de casse » où chacun pourra évacuer ses frustrations professionnelles à grands coups de masse sur de la vaisselle ou des écrans plats… Ou encore un peu de marche sur des charbons ardents, en faisant attention à ce qu’il n’en résulte pas des brûlures pour vingt-cinq salariés, comme dans l’entreprise suisse Goldbach il y a quelques jours.

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Olivier Dussopt réélu en Ardèche lors du second tour des élections législatives 2022

Olivier Dussopt, ministre du travail, du plein-emploi et de l’insertion, quitte l’Elysée après le conseil des ministres à Paris, le 14 juin 2022.

Olivier Dussopt, ministre du travail, du plein-emploi et de l’insertion du gouvernement d’Elisabeth Borne, a été aisément réélu (58,74 %) dimanche 19 juin, dans la 2e circonscription de l’Ardèche. Sous les couleurs de la majorité présidentielle, il faisait face à Christophe Goulouzelle (41,26 %), candidat de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Au soir du premier tour, M. Dussopt avait plus de six points d’avance face à son adversaire de l’union des gauches.

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Le ministre du travail est bien implanté dans ce territoire, où il a été élu député en 2007, en 2012 et en 2017 sous les couleurs du Parti socialiste, et maire d’Annonay pendant neuf ans (2008-2017). Il a toutefois changé d’appartenance politique en rejoignant le gouvernement d’Edouard Philippe, fin 2017, et préside, désormais, Territoires de progrès, parti de l’aile gauche de la majorité.

Issu d’une famille modeste, diplômé de Sciences Po Grenoble, M. Dussopt a eu comme mentors Benoît Hamon et Martine Aubry. En 2016, il a fait un pas à droite en soutenant Manuel Valls à la primaire à gauche. Fin connaisseur des collectivités locales, il sera rapporteur de deux textes importants du mandat de François Hollande : la loi de 2014 sur les métropoles et celle de 2015 redécoupant les régions.

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Filet de voix et débit saccadé

En Macronie, Olivier Dussopt gagne ses galons en menant avec les syndicats la délicate réforme de la fonction publique. Le texte, qui prévoit notamment le recours accru aux contractuels, est voté à l’été 2019, sans éruption sociale majeure.

Décrit comme un travailleur acharné, ce ministre à l’allure austère, au filet de voix et au débit saccadé, ne mettra, finalement, pas en œuvre la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires promise en 2017 par Emmanuel Macron et abandonnée après la crise des « gilets jaunes ». Mais c’est naturellement qu’il succède à M. Darmanin, lors du remaniement de juillet 2020, comme ministre délégué chargé des comptes publics. La politique du « quoi qu’il en coûte » mise en place, afin de protéger l’économie durant la pandémie de Covid-19, vient de débuter.

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Président du microparti Territoire de progrès, satellite du parti présidentiel, Olivier Dussopt était régulièrement cité comme l’un des membres du gouvernement appréciés par le chef de l’Etat. Ce dernier l’avait même cité nommément lors de la conférence de presse détaillant son programme présidentiel, le 17 mars. Pour rester ministre du travail, du plein-emploi et de l’insertion au sein du gouvernement Borne, M. Dussopt devait gagner, dimanche 19 juin, car, comme en 2017, les membres du gouvernement candidats à la députation devront démissionner en cas d’échec.

Résultats, participation, analyses… tout comprendre aux législatives 2022

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Uber a 10 ans, du conte de fées à l’heure des comptes

ReportageUne vie en costume au volant d’une grosse berline, de bons revenus, pas de hiérarchie. Fin 2011, Uber se lançait en France et ouvrait des perspectives d’ascension sociale à des milliers de personnes issues des quartiers populaires. Dix ans plus tard, le bilan est amer, mais l’expérience utile.

C’est une histoire de frères, de cousins, de voisins, de potes tous séduits par une ­promesse que Boubekeur, planté, ce 7 avril, sur le terre-plein de la place d’Italie, à Paris, résume ainsi : « On nous a dit : “Vas-y, achète ta voiture à 40 patates et, tu verras, tu seras indépendant” ! » « On » désigne à la fois l’entourage de ce chauffeur de VTC (voiture de transport avec chauffeur) de 43 ans et une entreprise californienne, numéro un mondial du secteur : Uber.

Ce matin-là, en quittant son appartement du 15e arrondissement, Boubekeur, qui préfère que son nom de famille ne soit pas mentionné, n’a pas ouvert l’application pour cueillir un client devant une porte cochère ou à la sortie d’un aéroport. Il s’est garé en double file à un rassemblement de VTC pour protester, entre autres, contre les plateformes qui « exploitent » les chauffeurs, alors que le prix des carburants s’envole. Des manifestations récurrentes ces dernières années, mais au succès modeste.

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Autour de Boubekeur, engoncé dans sa doudoune, une cinquantaine de chauffeurs avaient fait le déplacement en milieu de matinée. L’homme (presque dix ans d’ancienneté Uber) regarde passer des dizaines d’autres VTC qui circulent dans les rues de Paris, insensibles aux appels à la grève. « Certains débutent dans le métier, je les comprends, glisse-t-il. J’ai beau critiquer Uber, je travaille toujours avec… Je sais qu’il y a un paradoxe. » Au fil des années, ses revenus ont chuté, car « Uber a fait venir toujours plus de chauffeurs ». « Les parts du gâteau ont rétréci, regrette-t-il, en rapprochant ses mains l’une de l’autre. Mais ça reste le leader mondial. Si on veut des courses, on doit passer par lui. »

Une arrivée controversée

Uber a débarqué en France il y a dix ans, en décembre 2011. Un chien dans un jeu de quilles jusque-là ordonné en deux familles principales, régies par des législations distinctes. D’un côté, l’univers dit de la « grande remise » : un service haut de gamme de location de chauffeurs privés en costume-cravate-berline, à destination d’une clientèle très privilégiée ou professionnelle. De l’autre, les taxis. Uber commence par concurrencer le premier marché, puis le second.

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La plate-forme suscite d’innombrables controverses, de l’interdiction, en 2015, d’UberPop, service de courses assuré par des particuliers, à une enquête – toujours en cours – de l’Urssaf et de la gendarmerie pour « ­travail dissimulé » liée au statut d’indépendant des chauffeurs. Elle prend cependant ses aises dans l’Hexagone au point d’offrir au Larousse un nouveau nom commun : « ubérisation ». Soit la « remise en cause du modèle économique d’une entreprise ou d’un secteur d’activité par l’arrivée d’un nouvel acteur proposant les mêmes services à des prix moindres, effectués par des indépendants plutôt que des salariés, le plus souvent via des plateformes de réservation sur Internet ».

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Au Lido, le rideau tombe sur soixante-quinze ans de plumes et de frous-frous

EnquêteD’ici à la fin de l’été, Accor, le nouveau propriétaire du cabaret parisien, a prévu d’arrêter sa revue mythique. Récit de la chute d’un monument parisien, entre rivalités familiales et raté artistique.

Revendications, pancartes, défilés… En matière de manifestations, les Parisiens sont rodés. Pourtant, ce samedi 28 mai, les badauds qui prenaient le soleil dans les jardins de l’hôtel Salomon de Rothschild, à un jet de pierre de la place de l’Etoile, ont ouvert des yeux ronds à la vue de « fâchés » un peu particuliers : une trentaine de jeunes gens bien bâtis, en tee-shirt et legging noir, répétant – « et 1, 2, 3 » – une chorégraphie de lutte.

Bluebell Girls et Lido Boys, autrement dit « danseuses et danseurs du Lido », entendaient protester avec style contre l’arrêt de la célèbre revue, aussi emblématique de Paris que la tour Eiffel. Le 9 mai, trois mois après avoir acquis auprès de Sodexo le cabaret des Champs-Elysées, le groupe hôtelier Accor a annoncé son intention de consacrer l’enceinte panoramique aux comédies musicales. Exit serveurs, artistes ou habilleuses : un plan de sauvegarde de l’emploi visant à supprimer 157 postes sur 184, pour 12 créations, est en négociation jusqu’au 12 août. C’est sans compter les nombreux CDD ou intermittents, ainsi que les carcassiers, plumassiers ou photographes vivant de la revue.

La sidération a saisi le monde de la nuit. D’ici à la fin de l’été, le rideau tombera définitivement sur soixante-quinze ans de plumes, de frous-frous et d’extravagance. « C’est un gâchis monumental pour la scène parisienne. On a le sentiment que, parce qu’il s’agit de divertissement, notre savoir-faire est dévalorisé, déplore Jérémy Bauchet, maître de ballet adjoint et ancien Lido Boy. Il y a une richesse humaine et technique incroyable au Lido. Une Bluebell a une façon unique de marcher, de se présenter sur scène, de croiser les jambes… Cela ne s’apprend pas à l’école. »

« Ce n’est pas la compétence des gens qui est en cause, mais le modèle économique », répond Jean-François Richard, à la tête du Lido depuis février. « Je respecte l’attachement des équipes au Lido, mais les pertes étaient telles que cela ne pouvait plus continuer comme ça », tranche Sébastien Bazin, le PDG d’Accor.

« Notre projet est ambitieux »

Avec un taux de remplissage de 42 %, en moyenne, depuis 2012, le cabaret dont les coulisses témoignent d’une vétusté alarmante, a généré 80 millions d’euros de pertes cumulées. Une ardoise que Sodexo a dû éponger avant qu’Accor ne reprenne la société d’exploitation, en février, pour 1 euro symbolique. « Notre projet est ambitieux. Nous voulons donner un coup de jeune à cette maison et écrire une nouvelle page de son histoire », insiste M. Bazin. Quitte à reprendre la partition interrompue au Théâtre du Châtelet : M. Bazin, qui a présidé cette scène de mars 2015 à février 2022, est épaulé par Jean-Luc Choplin, l’ancien directeur qui avait fait du Châtelet le royaume des comédies musicales jusqu’à son départ, en 2017.

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Dans l’Orne, des jeunes diplômés déserteurs réinventent la vie à la campagne

Igor Louboff se souvient du jour où il a pris une carte de France, regardé les prix de l’immobilier, les lignes de train directes jusqu’à Paris, et s’est dit : « C’est ici. » « Ici », ce fut donc le bocage ornais, un territoire rural autour de Flers constellé de petits villages, dont les routes départementales sont sillonnées par des tracteurs. A peine trentenaire, diplômé de l’école de commerce Essca et de la London School of Economics, il venait de quitter son poste de contractuel au ministère des affaires étrangères, frustré par les lenteurs de la « grosse machine » et le faible impact de son travail. En pleine crise existentielle, il imagine un remède à son mal-être : quitter la capitale, s’installer à la campagne et trouver un travail « porteur de sens ».

Le voilà donc installé à Chênedouit, 175 habitants, officiant comme bénévole à la recyclerie Les Fourmis vertes de Flers. Il ne savait pas encore qu’il serait à l’origine d’un grand mouvement de bouche-à-oreille. Quatre ans plus tard, « une quarantaine » de vingtenaires ou de trentenaires se sont installés dans cette poignée de villages du bocage ornais. Il y a là des diplômés de Sciences Po, des jeunes ingénieurs, des anciens d’écoles de commerce, des informaticiens, des graphistes, des photographes – tous reliés par un groupe très actif sur la messagerie Signal. Pour beaucoup, la crise sanitaire a été le détonateur du mouvement. Vivre à la campagne, dépenser moins pour son logement, consommer différemment, télétravailler… Une forme de vie sobre en rupture avec les chemins tout tracés, plus conforme aux valeurs écologiques qu’ils mettent tous au premier plan.

L’agglomération de Flers voit dans l’arrivée de cette petite communauté une opportunité, alors que ce territoire de 50 000 habitants connaît des difficultés : manque de professionnels de santé, taux de chômage élevé, fermeture des commerces de proximité, population vieillissante… Depuis trois ans, les choses changent : il a cessé de perdre des habitants. « On a de plus en plus de nouveaux arrivants, les prix de l’immobilier ont pris 20 % en trois ans. Les panneaux “A vendre” devant les maisons ont disparu, tout part très vite… », observe Youssef Zeniter, directeur de l’attractivité pour l’agglomération de Flers.

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Ces jeunes néoruraux n’entendent pas seulement profiter du cadre de vie, de l’immobilier pas cher et des deux heures vingt de train direct jusqu’à Paris. Quelques mois après son arrivée, Igor Louboff et trois jeunes ingénieurs « déserteurs » – Corentin Rio, sorti des Arts et Métiers, Aline Massy, une diplômée de l’Ecole nationale supérieure de chimie de Lille qui venait de quitter son poste chez Suez à la Défense, et Adrien Desplat, passé par AgroParisTech – ont créé, à la campagne, leur emploi rêvé. A savoir une agence, sous forme de coopérative, qui développe des projets autour de la transition écologique, afin de remplacer « un modèle économique à bout de souffle », indique le manifeste de la structure. Baptisée La Coop des territoires, elle essaie aussi d’inciter davantage de jeunes à s’installer sur ce territoire.

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Sept plates-formes d’emploi pour trouver un job d’été

Après un premier tour d’horizon en 2019, Le Monde poursuit sa revue des applications qui proposent aux étudiants de trouver un job d’été en quelques clics.

Bien sûr, les sites d’annonces d’emploi classiques ne sont pas à négliger. La majorité des agences d’intérim proposent aussi des missions courtes pour la période estivale, accessibles aux débutants.

Lancé par le gouvernement à l’occasion de la crise sanitaire, le site 1jeune1solution est aussi une mine d’offres d’emploi pour les étudiants. Dans tous les cas, il est nécessaire de faire attention aux sites qui exigent du candidat un statut d’autoentrepreneur – les charges sociales sont alors à débourser de sa poche – ou aux offres d’emploi non déclarées.

Pour les plus jeunes

Wizbii : sur cette plate-forme de services à destination des 16-30 ans, plus de 150 000 offres d’emploi et de stage sont à pourvoir en France, mais aussi à l’international – Allemagne, Pologne, Etats-Unis, Canada… Présente dans plusieurs pays, la plate-forme organise régulièrement des rencontres avec des recruteurs dans les principales villes de France. Pour se faire une idée des postes disponibles, son application est l’une des rares qui offrent la possibilité à l’utilisateur de consulter les annonces sans s’être inscrit au préalable.

JobTeaser : cette plate-forme à destination des étudiants et des jeunes diplômés, qui fonctionne en général directement avec les écoles et les universités, présente quelque 10 000 offres. De grands groupes, comme L’Oréal, Ubisoft ou Airbus utilisent ses services pour recruter. L’application propose d’abord des offres d’emploi qualifiées et des stages pour des étudiants de niveau bac + 2 à bac + 5, mais on y trouve aussi quelques annonces pour des jobs d’été.

Side : « Fini la paperasse et pas de déplacement en agence pour trouver un job », fait valoir cette entreprise de travail temporaire 100 % en ligne. S’adressant d’abord à un public jeune, Side revendique plus de 2 000 entreprises inscrites et plusieurs centaines de milliers d’offres d’emploi accessibles aux débutants dans les secteurs très demandeurs de la logistique, de la grande distribution, de la vente et des services. Au-delà des options classiques de dépôt de CV et d’alertes, l’utilisateur a la possibilité de déclarer ses heures, stocker ses fiches de paie et suivre ses virements via son application.

Les sites généralistes

Indeed : on ne présente plus le célèbre moteur de recherche d’offres d’emploi, présent dans plus de cinquante pays. Son application, qui recense plus de 4 000 jobs étudiants, offre de multiples fonctionnalités très pratiques : la possibilité de consulter les avis laissés par les salariés sur l’employeur, les salaires moyens pratiqués, les offres disponibles en télétravail… Dans le même style, Trovit emploi et Mitula recensent des millions d’offres, mais leur moteur de recherche s’avère moins précis.

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Emploi : « La condamnation européenne du barème d’indemnisation d’un licenciement injustifié est une gifle cinglante »

Il aura fallu attendre l’entre-deux-tours des élections législatives pour être informé de la condamnation européenne du barème d’indemnisation d’un licenciement injustifié, dit « barème Macron », l’un des symboles de la politique sociale d’Emmanuel Macron. Symbole, obsession même, puisque l’actuel président, alors ministre de l’économie, avait fait adopter en 2015 un premier dispositif de barème assez similaire, mais alors censuré par le Conseil constitutionnel.

C’est donc la seconde fois qu’un tel instrument visant à faciliter les licenciements en fixant un prix prévisible à la rupture illicite du contrat de travail, est remis en cause, mais cette fois en raison de sa contradiction avec les normes européennes du travail.

A ce titre, la situation est quelque peu surprenante. Alors que la chambre sociale de la Cour de cassation a jugé, le 11 mai, à grand renfort de publicité, que le barème Macron était conforme au droit international du travail, le Comité européen des droits sociaux, institution du Conseil de l’Europe chargée de veiller à la bonne application de la Charte sociale européenne, estime au contraire que ce même barème viole l’article 24 de la charte. La décision du 23 mars n’est pas encore publique (elle le sera dans quelques semaines) mais nous avons pu en prendre connaissance.

Unanimité

La conclusion est sans appel. Saisi par deux organisations syndicales, la CGT et FO, de la compatibilité du barème Macron avec ladite charte, le Comité européen des droits sociaux considère à l’unanimité que le système français ne permet pas au juge d’allouer une indemnité adéquate ou de décider d’une autre réparation appropriée à un salarié injustement licencié, droit pourtant garanti par l’article 24 susmentionné, dans la mesure où « les plafonds prévus par [le] code du travail ne sont pas suffisamment élevés pour réparer le préjudice subi par la victime et être dissuasifs pour l’employeur ».

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Il ajoute que « le juge ne dispose que d’une marge de manœuvre étroite dans l’examen des circonstances individuelles des licenciements injustifiés. Pour cette raison, le préjudice réel subi par le salarié en question, lié aux circonstances individuelles de l’affaire, peut être négligé et, par conséquent, ne pas être réparé ». Une telle conclusion n’est pas une surprise, le comité ayant rendu deux décisions similaires à propos de systèmes comparables de barème en Finlande ou en Italie.

Pour autant, il faut l’admettre, la décision du comité ne contredit pas frontalement la Cour de cassation française, et pour cause ! Cette dernière a certes jugé que le barème était compatible aux normes internationales mais en se référant uniquement à la Convention n° 158 de l’Organisation internationale du travail (OIT).

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L’exploitation de femmes de ménage ukrainiennes devant la justice

C’était un autre temps, avant que la guerre éclate en Ukraine, que des millions de réfugiés fuient et que l’Union européenne décide de leur offrir une protection valant autorisation de séjour et le droit de travailler dans tous les Etats. A l’époque, entre 2018 et 2020, Oksana, Yuliia, Tetiana, Mariana, Ivanna, Galyna et d’autres, toutes Ukrainiennes, étaient en situation irrégulière en France. Elles n’avaient pas le droit de travailler. Toutes pourtant faisaient le ménage dans des appartements loués sur la plate-forme Airbnb en région parisienne. Elles espéraient que les fiches de paie accumulées leur permettraient, à terme, de demander leur régularisation. C’est ce que leur promettait leur compatriote et patronne, Nataliya Kruchenyk, à la tête de la société de nettoyage VIP Services.

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Jeudi 16 juin, cette Ukrainienne de 39 ans comparaissait devant le tribunal judiciaire de Paris pour « traite des êtres humains aggravée », « travail dissimulé » et « emploi d’étrangers sans titre ». Deux autres salariées de VIP Services étaient également poursuivies pour traite des êtres humains. A leurs côtés, Quentin Brackers de Hugo, le dirigeant de la société de conciergerie HostnFly, dont VIP Services était prestataire, était poursuivi pour avoir recouru sciemment aux services de travailleurs clandestins.

Laver le sol à quatre pattes

Des vingt-huit victimes identifiées par l’Office central de lutte contre le travail illégal et l’inspection du travail, une seule avait des papiers. C’est elle, Oksana Veykogne, franco-ukrainienne, qui a alerté le syndicat CGT début 2020 et qui a témoigné à la barre. Elle y a raconté les cadences intenables, les pénalités sur salaire infligées en cas de ménage mal évalué, les fois où elle a dû laver le sol à quatre pattes, acheter elle-même des produits d’entretien ou passer la serpillière avec un linge de pyjama. Elle dit l’humiliation.

Dans un résumé des faits, le tribunal a ajouté à cette liste l’absence de congés payés, des rémunérations atteignant souvent moins de 50 % du smic horaire, des retards de plusieurs mois dans les paiements en dépit de SMS suppliants, des salariées non déclarées…

La principale prévenue est décrite par le tribunal comme « une personne influente » au sein de sa communauté, qui fréquente l’église ukrainienne de Saint-Germain-des-Prés à Paris et préside encore une association, L’Adresse, qui propose aux Ukrainiens de France des domiciliations administratives ou un accompagnement juridique à la régularisation.

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« Aucune [des femmes de ménage] n’a été régularisée » grâce à leur patronne, a pourtant insisté Maxime Cessieux, l’avocat des parties civiles, alors que Nataliya Kruchenyk se définit comme une patronne bienfaitrice, « confidente », qui considérait ses salariées « comme [sa] famille ». Elle ne s’explique pas les plaintes en cascade et se sent « trahie ». Elle reconnaît qu’elle savait que ses salariés étaient en situation irrégulière et n’avoir « pas déclaré toutes les heures » mais justifie : « Je n’arrivais pas à m’en sortir financièrement. »

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Barème Macron : la France tancée par le Conseil de l’Europe

Ceux qui croyaient que la « bataille des prud’hommes » avait pris fin en seront pour leurs frais. Le Comité européen des droits sociaux (CEDS) vient, en effet, de relancer cette controverse liée à une réforme emblématique du premier quinquennat d’Emmanuel Macron : le plafonnement des dommages-intérêts accordés par la justice en cas de licenciement « sans cause réelle et sérieuse ». Cette disposition, introduite par des ordonnances de septembre 2017, a été jugée contraire à des engagements internationaux de la France par le CEDS. La décision de cette instance, qui ne devait être portée à la connaissance du public qu’en septembre et dont Le Monde a pris connaissance, n’est pas exécutoire. Elle va, par ailleurs, à rebours de la position exprimée par toutes les cours suprêmes de notre pays.

La mesure incriminée, souvent appelée « barème Macron », se présente sous la forme d’une grille avec des valeurs minimales et maximales en fonction de l’ancienneté du travailleur. Bien qu’elle ait obtenu la bénédiction du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel, elle a été combattue devant les tribunaux, au motif qu’elle entrerait en contradiction avec des textes ratifiés par la France : la convention n° 158 de l’Organisation internationale du travail et la Charte sociale européenne. Toutes deux prévoient qu’une réparation « adéquate » doit être accordée au salarié abusivement licencié. Or les montants prévus par les ordonnances de 2017 ont été considérés comme trop faibles par plusieurs organisations de salariés et par le Syndicat des avocats de France (SAF). Une longue guérilla judiciaire s’en est suivie. Après d’innombrables péripéties, la Cour de cassation a finalement validé le mécanisme, dans un arrêt rendu le 11 mai, estimant qu’il était conforme aux engagements internationaux de la France et que son application ne tolérait aucune exception.

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« Marge de manœuvre étroite »

Parallèlement à ces actions en justice, la CGT et Force ouvrière (FO) avaient saisi le CEDS en se prévalant de l’idée que le barème constituait une violation de l’article 24 de la Charte sociale européenne. Les deux syndicats viennent donc d’obtenir gain de cause. Dans une décision rendue « à l’unanimité » le 23 mars, le Comité européen conclut que les montants prévus dans les ordonnances de septembre 2017 « ne sont pas suffisamment élevés pour réparer le préjudice subi par la victime et [pour] être dissuasifs pour l’employeur ».

« En outre, poursuit-il, le juge ne dispose que d’une marge de manœuvre étroite dans l’examen des circonstances individuelles des licenciements injustifiés. » Dès lors, « le préjudice réel subi par le salarié (…) peut être négligé et, par conséquent, ne pas être réparé ». C’est pourquoi le Comité pense que « le droit à une indemnité adéquate ou à une autre réparation appropriée, au sens de l’article 24.b de la Charte, n’est pas garanti ».

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