L’argot de bureau : le « quiet quitting » ou la flemme d’avoir la flemme

Illustration récurrente (ne pas mettre de droits d’expiration svp !) à utiliser pour la chronique L’Argot de Bureau, saison 2022-2023.

Non, on ne peut pas licencier un salarié pour insuffisance professionnelle car il a refusé de s’alcooliser lors de pots de fin de semaine et d’intégrer ainsi la valeur « fun et pro » de son entreprise – comprendre l’incitation à divers excès. Cet arrêt ubuesque a été rendu par la Cour de cassation, le 9 novembre 2022, à l’encontre de la société de conseil Cubik Partners, pour des faits remontant à 2015.

Au-delà de l’anecdote cocasse, ce jugement semble dans l’air du temps : comme chez ce salarié, une épidémie de distance vis-à-vis du travail sévirait dans les entreprises françaises. « C’est un changement de paradigme qui n’en finit pas d’inquiéter », « une révolution qui ne dit pas son nom », « phénomène de la rentrée »… Voici, pêle-mêle, les formules médiatiques qui ont qualifié le « quiet quitting », en français « démission silencieuse ».

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Longtemps après cette rentrée, par mimétisme, il est difficile de citer un consultant RH « LinkedIn-compatible » qui n’ait pas encore donné son avis sur le sujet. Le « quiet quitting », c’est le pendant automne-hiver 2022-2023 de la « grande démission », élu meilleure expression fourre-tout de la saison printemps-été 2021 : tandis que ceux qui le peuvent sont partis en claquant la porte, le reste des salariés n’en pense pas moins.

La flemme pour un travail sans flamme

L’application TikTok a fait naître cette expression outre-Atlantique : en juillet 2022, un jeune Américain y expliquait en dix-sept secondes de vidéo son intention de ne plus faire que ce pour quoi il avait été embauché, ni plus ni moins. Le minimum syndical, car « le travail n’est pas notre vie ».

Mais alors, quoi de neuf ? Les analyses convergent pour rappeler que le moral des salariés − français en particulier − n’est pas au top : perte de sens, fatigue, santé mentale en berne, faible reconnaissance de ses supérieurs, salaires rattrapés par l’inflation… Si tout cela n’a aucun sens, pourquoi donc continuer de se tuer à la tâche et entretenir notre passion française pour le présentéisme ? Ainsi, 24 % des Français estiment que le travail est très important dans leur vie, selon une étude publiée le 11 novembre par la Fondation Jean-Jaurès en partenariat avec l’IFOP, contre 60 % en 1990.

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Le « fléau » toucherait surtout les jeunes, qui, c’est bien connu, « ne veulent plus travailler » –un peu comme chaque génération, selon celles qui la précèdent. Cette « génération désenchantée » a-t-elle un poil dans la main au travail ? Elle a surtout la flemme d’avoir la flemme, dans un monde du travail qui n’anime en elle aucune flamme : pour 37 % des 18-24 ans interrogés par l’institut BVA pour la Fondation Jean-Jaurès et la Macif à l’occasion de leur baromètre sur « les jeunes et l’entreprise », l’idée de s’ennuyer et de ne pas être intéressé par son travail provoque une angoisse.

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Emploi : les entreprises d’insertion réclament une rallonge budgétaire

L’effort est reconnu mais sa poursuite et son amplification sont espérées. La Fédération des entreprises d’insertion (FEI) appelle le gouvernement à revoir à la hausse le budget de l’insertion par l’activité économique (IAE) prévu dans le projet de loi de finances 2023. Cela tombe bien, un amendement sur la mission travail et emploi déposé par le groupe Les Républicains (LR) au Sénat, qui sera débattu, lundi 28 novembre, propose justement une hausse de 30 millions d’euros de ce budget.

« Tout est aspiré par la hausse très importante du smic » – Luc de Gardelle

« Nous avons une réelle inquiétude, non pas sur le soutien du gouvernement à l’insertion, mais sur notre capacité de continuer à nous développer dans un cadre budgétaire aussi restreint », explique Luc de Gardelle, président de la FEI. Pour rappel, l’IAE permet aux personnes les plus éloignées de l’emploi de bénéficier de contrats de travail spécifiques proposés par des structures adaptées. En 2019, la ministre du travail de l’époque, Muriel Pénicaud, avait lancé un « pacte d’ambition » pour l’IAE avec un budget porté à 1,3 milliard d’euros de 2019 à 2022. Un plan qui a permis la création de plus de 320 entreprises sociales inclusives en trois ans, pour un total de 2 070. Et le nombre de personnes accompagnées a augmenté de 40 %, passant de 71 000 en 2019 à 101 000 en 2022.

Signe que l’Etat n’abandonne pas l’IAE, le budget pour 2023 est revu à la hausse : il est prévu qu’il passe de 1,29 milliard d’euros à 1,33 milliard d’euros. Une fausse augmentation, regrette Luc de Gardelle : « Tout est aspiré par la hausse très importante du smic [indexé sur l’inflation], ça ne suffit donc pas. Mécaniquement, avec ce budget, ce sont des postes en moins dans le secteur. » Le groupe LR du Sénat partage cette idée puisque l’amendement déposé par Philippe Mouiller (LR, Deux-Sèvres) rappelle que le budget « est en réalité en diminution en nombre [d’équivalent temps plein] finançables compte tenu de la hausse du smic ». La mesure, également soutenue par les sénateurs écologistes, qui vise donc à abonder le budget de 30 millions d’euros, se décompose en « 20 millions d’euros pour assurer la croissance du nombre de postes dans les entreprises d’insertion » et 10 millions d’euros pour la formation.

« Il ne faut pas freiner maintenant »

Si la rapporteuse de la mission travail et emploi, la sénatrice (LR) de l’Isère Frédérique Puissat, estime qu’il faut « faire crédit au gouvernement de soutenir la démarche de l’insertion par l’activité économique », elle insiste sur la nécessité de « revoir l’enveloppe pour couvrir tous les coûts contrat ». « Il faut partir des réalités du terrain et ensuite adapter le budget en fonction des besoins », précise celle qui doit défendre l’amendement lundi. Ces 30 millions d’euros supplémentaires pourront permettre de créer 4 000 emplois, selon Luc de Gardelle. « Notre développement est lancé, il ne faut pas le freiner maintenant, d’autant que l’insertion par l’activité économique, ça fonctionne », assure-t-il.

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Dans les Hauts-de-France, une usine itinérante pour faire découvrir l’industrie

Au lieu d’attendre que des jeunes franchissent le seuil d’une industrie en manque de main-d’œuvre, aller à leur rencontre grâce à une mini-usine montée sur roues : c’est l’idée, un peu folle, lancée dans les Hauts-de-France afin de faire découvrir au grand public les métiers méconnus de ce secteur. Depuis le printemps dernier, une semi-remorque aménagée en atelier de fabrication sillonne les routes de la région pour aller à la rencontre des jeunes et des demandeurs d’emploi.

Le camion la Fabrique 4.O

A l’occasion des Trophées de l’industrie, le camion aménagé était stationné devant le centre des congrès de Marcq-en-Baroeul (Nord), le 24 novembre. Avec ses couleurs flashy, difficile de le rater. « Tout est fait pour susciter un effet “waouh ”, insiste Benoît Bartoux, le chef de projet de la « Fabrique 4.0 », du nom de cette initiative. Il y a des personnes qui ont une image assez négative de l’industrie, qui pensent que c’est un environnement de travail sale et difficile. L’idée, c’est de leur faire prendre conscience que le secteur englobe plus de 150 métiers différents. »

Concentré de technologies

A l’intérieur de cette usine mobile, le visiteur découvre un concentré de technologies : bras robotisé, palette qui se déplace sur un champ magnétique, imprimante 3D, casques de réalité virtuelle… Les élèves ont la possibilité de repartir avec un support de téléphone personnalisé : sous leurs yeux, la ligne de production assemble les différentes pièces de la couleur de leur choix. Une manière de leur faire littéralement toucher du doigt la conception d’un objet du quotidien.

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« On voulait que ce soit visuel, montrer les dernières technologies, explique Olivier Hutin, président de l’union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) des Hauts-de-France. Aujourd’hui il n’y a pas une usine qui tourne sans numérique. » La fédération patronale s’est associée avec les institutions et les collectivités de la région pour faire naître ce projet. Sur le territoire, l’industrie représente plus de 250 000 salariés et 10 000 entreprises, de la conception à la commercialisation, en passant par la production et la logistique. Et comme ailleurs, le manque de main-d’œuvre se fait ressentir. « Beaucoup de métiers ont du mal à embaucher car on ne les connaît pas », souligne Olivier Hutin.

Susciter des vocations

Au dire de Benoît Bartoux, cette usine sur roues est déjà parvenue à susciter des vocations : « J’ai eu un jeune qui avait arrêté ses études et qui avait entendu parler de la présence de la fabrique à Hénin-Beaumont [Pas-de-Calais]. Il est venu nous voir, on a discuté et il s’est finalement tourné vers les métiers de la maintenance. »

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Amazon : appel à la grève dans plusieurs pays pour le Black Friday

Des salariés en grève manifestent devant le centre logistique d’Amazon à Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne, le 25 novembre 2022.

Les salariés d’Amazon sont appelés à la grève, ce vendredi 25 novembre, dans une trentaine de pays, dont les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, à l’occasion du « Black Friday », qui constitue l’un des pics d’activité du géant du commerce en ligne.

Le collectif Make Amazon Pay, à l’origine de cet appel, réclame notamment que le groupe américain rémunère équitablement ses salariés et renonce à l’optimisation fiscale. « C’est la première fois qu’Amazon est confronté à un appel à la grève à l’international », a souligné Monika Di Silvestre, représentante du syndicat Verdi chez Amazon. « C’est très important, parce qu’on ne peut pas s’opposer à une grande multinationale comme Amazon seulement à l’échelle locale, régionale ou nationale », a-t-elle ajouté.

Verdi a fait savoir que des arrêts de travail étaient prévus dans dix centres logistiques du groupe en Allemagne, afin de réclamer l’application des conventions collectives de la distribution et de la vente par correspondance ainsi que la conclusion d’accords supplémentaires pour améliorer les conditions de travail.

Le groupe a annoncé vendredi que la grande majorité de ses salariés en Allemagne travaillaient normalement, seuls neuf de ses vingt centres logistiques dans le pays étant concernés par le mouvement. « En tant qu’employeur Amazon propose d’excellents salaires, des avantages et des perspectives de développement, le tout dans un environnement de travail attractif et sécurisé », a assuré un porte-parole de l’entreprise en Allemagne. En France, aucune perturbation de l’activité n’a été constatée à ce stade dans les huit centres de distribution d’Amazon du pays, selon un représentant local du groupe.

Le Monde avec Reuters

Une nouvelle impulsion coopérative pour tenter de sauver Scopelec

Un bâtiment de Scopelec à Saint-Orens-de-Gameville (Haute-Garonne), le 19 septembre 2022.

Qui pour sauver Scopelec ? Placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon, le 26 septembre, le plus grand groupe coopératif de France jouera son avenir le 5 décembre. Cette société coopérative et participative (SCOP), spécialisée dans la fibre optique, comptait encore 3 600 salariés en 2021 et réalisait un chiffre d’affaires de 475 millions d’euros.

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Cependant, après la perte de marchés historiques avec l’opérateur Orange, soit près de 40 % de son activité, la société implantée dans le Tarn doit tenter de sauver les 2 250 emplois encore en jeu, après des licenciements, des départs volontaires et un plan social interne. Des acteurs du secteur (Alsatis, Circet, Kyntus, Solutions 30 et Foliateam) ont d’ores et déjà présenté leurs offres de reprise en plan de cession pour Scopelec SA et sa filiale indirecte Setelen.

La nouvelle direction de Scopelec, nommée à la hâte durant l’été, sera également sur les rangs. Avec un projet qui veut « mobiliser le monde coopératif, sauver 82 % des emplois soit 1 750 salariés, développer un nouveau projet moins dépendant d’Orange, plus diversifié », selon le nouveau président du directoire, Carlos Verkaeren.

Cet industriel d’origine belge de 58 ans n’est pas un inconnu dans le monde de l’entreprise. En 2001, il a repris la biscuiterie Poult, dans le Tarn-et-Garonne et, avec des méthodes de management et de « participation » innovantes, a fait de cette maison fondée en 1883 un modèle – autant qu’un succès – de l’entreprise dite « libérée ». « Je préfère agile et innovante, plutôt que libérée », nuance-t-il. Contacté dès 2021 par l’union régionale des SCOP d’Occitanie, M. Verkaeren va devoir faire preuve de beaucoup d’imagination, et d’agilité.

Mobiliser les collectivités

« Il a des valeurs. Il sait redresser une boîte. On a tout de suite pensé à lui pour gommer les erreurs et les postures de l’ancienne direction », précise Rémi Roux, président de l’Union régionale des SCOP d’Occitanie, également à la tête d’Ethiquable, une autre SCOP, établie dans le Gers. Le projet, soumis à la consultation des salariés et sociétaires (détenteurs de parts sociales) de l’entreprise, proposera la création d’une nouvelle société coopérative.

« On repart de zéro, sans dette et sans passif, mais il faut trouver des fonds », avance Carlos Verkaeren, qui sera « le premier à investir dans la nouvelle SCOP ». Les salariés sont invités à prendre des parts sociales pour un montant allant de 1 000 à 6 000 euros. Le conseil régional d’Occitanie serait prêt à accorder des prêts d’honneur à taux zéro aux salariés vivant dans la région, et des discussions sont en cours avec d’autres collectivités locales pour qu’elles achètent des titres participatifs.

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De petits boulots en désillusions, la vie d’après des licenciés de la SAM, en Aveyron

Le 30 novembre 2021 , les portraits des salariés « sacrifiés » de la SAM étaient affichés à l’entrée du site.

« A 59 ans, et en étant une femme, on n’a pas grand choix », déplore Mauricette Carles, qui a effectué, en tant qu’agente de production, trente-quatre années de travail à la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM), une fonderie automobile implantée au cœur de l’ancienne vallée sidérurgique de Decazeville (Aveyron). « Je me suis dirigée vers l’aide à la personne, dit-elle. Je n’avais pas besoin de formation puisque le ménage, je savais le faire chez moi. »

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Depuis le 8 août, Mimi, c’est son surnom, commence ses journées à 7 h 45, avale les kilomètres pour se rendre au domicile des personnes âgées dépendantes, et, à 19 heures, est enfin de retour chez elle, éreintée. « Je donne à manger à mes poules et à mes chiens, et je vais au lit, car je suis ratatinée, soupire-t-elle. Moralement, c’est difficile. Je pleurniche, et il y a des nuits où je ne dors pas bien. Je n’ai plus 20 ans, et la vieillesse me touche. Elle me fait peur. »

Le 26 novembre 2021, après moult rebondissements, le tribunal de commerce de Toulouse scellait définitivement le sort de cette entreprise fondée en 1973, en décidant l’arrêt immédiat de son activité. Comme les quelque 330 autres salariés, Mimi a été remerciée. Dans le cadre du fonds spécial pour la reconversion des salariés de l’automobile, décidé en 2021, elle aurait pu bénéficier du rachat des trimestres pour partir en retraite anticipée. Or, ce n’est pas le cas.

« Deux licenciements en un an »

« Même si je dispose de tous mes trimestres, il me manque 5 000 euros de cotisation, explique-t-elle. Je n’ai pas validé ma carrière longue. J’ai donc pris le taureau par les cornes en signant un contrat pour six mois. » Pour se donner du courage, elle relativise : « Je ne suis pas la plus à plaindre. J’ai un travail, je suis payée et je n’en ai pas pour longtemps. » Parmi les anciens salariés, ils sont 205 à avoir retrouvé le chemin de l’emploi ou de la formation. Mais seuls 57 d’entre eux ont signé un CDI.

« C’est insuffisant », regrette Ghislaine Gistau, ex-responsable de la qualité, et représentante de la CGT, entrée à la SAM il y a vingt-sept ans. « Pourtant, on nous avait dit et redit que ça n’allait pas être compliqué de retrouver un CDI », peste celle qui a déjà entamé sa phase d’après la SAM : depuis le 1er septembre, elle est employée dans une administration, pour une durée de trois ans.

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Le lien entre les anciens salariés de la fonderie n’est pas rompu. L’Amicale des fondeurs de la SAM, que Mme Gistau préside depuis sa création, en janvier, permet le maintien d’un contact fraternel. Samedi 12 novembre, l’association organisait un apéro-concert dans la salle des fêtes de Boisse-Penchot, un village de 500 habitants à huit minutes en voiture de Decazeville. « Mon Dieu, que ça fait du bien, se rappelle Mimi, qui retrouve le sourire. On s’est sauté dans les bras. On a rigolé. J’en ai bien profité. Ça fait un bien terrible, car mes collègues, je les aime. »

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Les salariés de Worldline, leader du paiement en ligne, en grève pour le « Black Friday »

Les salariés de Worldline le reconnaissent volontiers : « la culture de la grève » n’est pas dans leur « ADN ». Mais dans cette entreprise du CAC 40 comme ailleurs, l’inflation a réveillé la mobilisation collective. Pour la première fois depuis douze ans, la société spécialisée dans le paiement en ligne a connu six demi-journées de grève, cet automne, pour protester contre les propositions d’augmentations de salaire, jugées très en deçà des attentes, lors des négociations annuelles obligatoires anticipées pour 2023.

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A savoir, 0,58 % d’augmentation générale, 3,57 % pour les augmentations individuelles et promotions. Quand l’inflation a atteint 6,2 % sur un an, et que le groupe se porte bien, avec un résultat brut d’exploitation en hausse de 25 % en 2021. « Franchement, 0,58 %, dans une boîte qui marche comme la nôtre, c’est se moquer de nous », s’indignaient des grévistes au pied de l’entreprise, à la Défense, à Puteaux, le 8 novembre.

Tout en affirmant avoir écouté « attentivement » les revendications des syndicats, la direction de Worldline explique au Monde, par écrit, devoir garder « à l’esprit qu’elle doit aussi garantir tout le reste des équilibres économiques de l’entreprise dans le contexte macroéconomique actuel incertain ». L’intersyndicale CFTC-CFDT-FO-CGT-CFE-CGC a lancé deux nouveaux appels à la grève, pour le « Black Friday », vendredi 25 novembre, et le « Cyber Monday », lundi 28 novembre, deux journées de soldes durant lesquelles l’activité explose sur les plates-formes de paiement.

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1 050 signatures

Tout est automatisé, mais les grévistes préviennent qu’ils ne seront pas là pour rétablir le service en cas d’incident. Lors de la dernière grève, le 8 novembre, l’intersyndicale a compté près de 400 participants aux assemblées générales, sur 4 000 salariés en France (et 18 000 dans le monde). En outre, 1 050 d’entre eux ont signé la pétition qui rassemble leurs revendications. Soit un quart de l’effectif.

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Ils demandent 150 euros brut d’augmentation par mois pour tous (contre entre 10 euros et 70 euros, proposés par la direction en deux fois, d’ici à juillet 2023) pour « couvrir l’inflation galopante », et 2 500 euros d’intéressement, pour une « plus juste redistribution de la marge réalisée par l’entreprise ». En juin, c’est le rejet commun d’un accord d’intéressement jugé « incohérent » qui a soudé l’intersyndicale. Aujourd’hui, la direction propose une « prime de partage de la valeur » de 1 600 à 2 000 euros, qu’elle conditionne à l’amélioration de la marge du groupe.

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« Les visages de l’Etat social » : aux origines des assistantes sociales

Les années 1920 voient naître, en France, les premiers services sociaux. Portés majoritairement par des initiatives privées, ils doivent « moderniser les méthodes de la charité ». Leurs initiateurs nourrissent de grandes ambitions : « La réponse aux maux des classes populaires doit passer, selon eux, par un accompagnement individuel des familles en difficulté », afin de « redresser moralement » les milieux ouvriers touchés.

Une figure va incarner ce renouveau de l’action sociale dans l’entre-deux-guerres : l’assistante sociale. C’est à elle, et aux relations avec les Français suivis par leurs services, que Lola Zappi consacre un ouvrage, Les Visages de l’Etat social (Les Presses de Sciences Po). Maîtresse de conférences à l’université Paris-I, l’historienne décrit avec minutie le travail de ces femmes issues de la bourgeoisie, « nouvelles actrices institutionnelles », qui s’invitent dans l’intimité des familles des milieux populaires.

Elles forment un « petit contingent », mais en augmentation constante : « Limitées à des promotions de quelques dizaines d’étudiantes par an dans les années 1920, elles sont désormais quelque 1 500 à exercer dans la région parisienne [dans les années 1930] », indique l’autrice. Ce sont, pour l’essentiel, « des jeunes filles de bonne famille soucieuses d’“aller au peuple” », « le métier auquel elles aspirent les enjoi[gnant] à une “mission” sociale proche de la mission religieuse ». Chez cette nouvelle catégorie de travailleuses, la volonté d’améliorer les conditions de vie des milieux populaires se mêle à une ambition de « rééducation morale » des familles.

C’est un métier dur, à bien des égards – l’étude du service social de l’enfance est une plongée concrète dans le quotidien des assistantes. Elles connaissent la « pénibilité physique du travail de terrain », notamment lors des enquêtes qu’elles doivent mener auprès des familles et de leur entourage. Une pénibilité physique qui peut être mêlée à une douleur morale : le « face-à-face avec la misère confronte les assistantes sociales à l’une des limites de leur métier : l’impossibilité, dans certains cas, d’espérer à leur seule échelle pouvoir la résoudre ».

Diplôme en 1932

Dans le même temps, le métier est, pour les jeunes femmes souhaitant devenir travailleuses sociales, une voie ouverte vers l’indépendance. Il leur permet de gagner leur vie et, pour certaines, de s’émanciper de leur milieu familial. Une médaille qui peut avoir son revers : « Leurs journées de travail harassantes leur laissent peu de temps pour mener une vie personnelle, notamment une vie de famille. » Concilier ce métier et une vie de couple et, plus encore, une maternité, n’est pas chose aisée, ce qui amène certaines professionnelles à renoncer à leur activité.

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Nouvelle fronde chez Plon contre les méthodes de management de Lise Boëll

Le comité social et économique (CSE) de Place des éditeurs, entité d’Editis (Vivendi) s’est saisi, mardi 15 novembre, de son droit d’alerte en cas d’atteinte aux droits des personnes après le placement en arrêt de travail de deux salariés, confirmant une information parue mardi 22 novembre dans La Lettre A. Cette procédure vise une nouvelle fois les méthodes de management de Lise Boëll, la codirectrice de Plon.

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Voici tout juste un an, la nomination de cette éditrice d’Eric Zemmour et de Philippe de Villiers, venue d’Albin Michel à la direction de Plon avait provoqué un sérieux malaise dans les équipes de la maison d’édition. Elle avait, chose rare, imposé deux de ses adjoints – Estelle Cerutti et Mickaël Palvin – eux aussi venus d’Albin Michel. L’ancienne directrice générale de Plon, Céline Thoulouze, qui ne souhaitait pas travailler avec elle, s’était mise en retrait et, en attendant de prendre les rênes de Nil, une autre filiale d’Editis, avait été rétrogradée au poste de directrice générale adjointe chargée de la fiction de Plon.

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Les méthodes de management de Lise Boëll et de ses adjoints tout comme leur défense d’auteurs d’extrême droite ont suscité de forts clivages. Auto-édité, le dernier ouvrage d’Eric Zemmour qui a bénéficié d’un extraordinaire tremplin médiatique grâce aux chaînes de télévision de Vincent Bolloré, a été distribué par Editis. Pour la majorité des salariés de Plon qui, par le passé a publié Claude Lévi-Strauss ou Jean Malaurie, la greffe n’a pas pris. Une première enquête indépendante a alors été diligentée par le CSE d’Editis sur le management dans l’entreprise. Lise Boëll et Estelle Cerutti ont alors été priées de télétravailler pendant la durée de cette enquête. Ses conclusions révélées par oral aux salariés ont évoqué des dysfonctionnements, une perte de confiance des salariés, une direction humiliante et agressive. A tel point qu’il a été demandé à Lise Boëll et Estelle Cerutti de ne plus travailler avec les anciennes équipes.

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Bicéphale

Dans le même temps, Mickaël Palvin, directeur général adjoint de Plon a été mis à pied avant d’être licencié lorsque la direction d’Editis a découvert qu’il avait été remercié de son précédent poste chez Albin Michel pour harcèlement moral, en février 2021 (Le Monde du 10 décembre 2021).

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Parallèlement, Michèle Benbunan, directrice générale d’Editis, a réinvesti Céline Thoulouze dans ses anciennes fonctions de directrice générale de Plon. Cette maison d’édition est depuis la seule de la place parisienne à être bicéphale. Une détestation non feinte oppose les deux équipes. Celles de Lise Boëll sont installées dans le 6e arrondissement de Paris, celles de Céline Thoulouze au siège d’Editis dans le 13e. Chacune travaille avec ses auteurs, ses équipes d’une douzaine de salariés et prévoit ses propres rentrées littéraires. Une guerre inédite dans l’édition qui se joue par exemple dans la déprogrammation des posts sur Instagram de « Plon B » et de « Plon Historique ».

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Le harcèlement au travail n’épargne pas la fonction publique

Dans la police, à la RATP, dans les mairies et jusqu’aux plus hauts grades de l’Etat : aucun versant de la fonction publique ne semble épargné par le problème du harcèlement au travail. Mais ce sont les agents de la fonction publique territoriale qui sont les plus exposés à ce fléau, nous apprend une enquête de Qualisocial.

A l’occasion du Salon des maires et des collectivités locales, organisé du 22 au 24 novembre à Paris, ce cabinet de conseil spécialisé dans la santé au travail a dévoilé les résultats dédiés au secteur public de sa grande enquête sur le harcèlement au travail, réalisée en septembre avec Ipsos auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 actifs travaillant dans une structure privée ou publique d’au moins cinq personnes. Parmi ceux-ci, 482 travaillent dans le public (fonction publique, établissement public ou entreprise publique).

Un agent sur trois victime de harcèlement

Tous versants confondus (fonction publique d’Etat, territoriale et hospitalière), pas moins d’un agent sur trois interrogé dans le cadre de ce baromètre dit avoir été victime de harcèlement au travail. Une proportion importante, mais qui s’avère similaire à celle des salariés du secteur privé interrogés dans l’autre volet de l’enquête. Propos humiliants, mises au placard, critiques incessantes… 70 % des situations conflictuelles évoquées par les agents ont trait à du harcèlement moral.

Davantage que leurs pairs, les agents de la fonction publique territoriale semblent victimes de rabaissements ou d’humiliations : 40 % des agents territoriaux déclarent avoir déjà été confrontés à une situation de harcèlement au travail, contre 28 % dans la fonction publique d’Etat et 27 % dans la fonction publique hospitalière. Au vu du faible nombre de fonctionnaires interrogés dans le cadre de ce baromètre, ces résultats sont à interpréter avec précaution. Toutefois, l’écart entre les réponses au niveau des trois versants de la fonction publique semble suffisamment significatif pour qu’on puisse y voir une exposition accrue des agents de la fonction publique territoriale.

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« Les agents territoriaux sont aussi deux fois plus nombreux [20 %] à déclarer avoir été confrontés plusieurs fois à des situations de harcèlement, en tant que victimes ou témoins, que les agents de la fonction publique d’Etat et ceux de la fonction publique hospitalière [respectivement 10 % et 8 %], ajoute Camy Puech, directeur général de Qualisocal. Sur tous les chiffres, on voit que la fonction publique territoriale est plus exposée. »

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