Ascometal : vers un troisième redressement judiciaire en dix ans

Le ministre délégué à l’industrie, Roland Lescure, à l’Elysée, à Paris, le 27 février 2024.

Et de trois ! Pour la troisième fois en dix ans, le groupe Ascometal devrait se retrouver, mercredi 27 mars, plongé en redressement judiciaire. Sauf que, cette fois, au siège social d’Hagondange (Moselle), près de Metz, personne ne l’a vu venir. Car si la volonté de désengagement du propriétaire, le suisse Swiss Steel, est connue de tous, le groupe était en pourparlers très avancés avec l’aciériste italien Venete. « Nous sommes abasourdis. Pour nous, c’était acté. Venete était dans nos locaux depuis des mois. Nous avions eu le business plan, qui prévoyait d’ambitieux investissements. Là, on se retrouve avec plus rien du jour au lendemain », explique dépité un délégué syndical CGT, qui préfère garder l’anonymat.

Venete ne devait reprendre que le cluster automobile du groupe, soit Ascometal Hagondange (environ 450 salariés et 100 intérimaires), Ascometal Marcus (à Custines, en Meurthe-et-Moselle, près de Nancy, 70 salariés et Ascometal Le Marais, à Saint-Etienne, 70 salariés aussi) et Ascometal France Holding, le siège social et son centre de recherche, aussi à Hagondange (100 salariés).

Des repreneurs sont recherchés pour les sites de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône, environ 360 salariés) et des Dunes, à Dunkerque (Nord, environ 170 salariés).

« Dégradation de la situation économique »

La nouvelle de ce redressement judiciaire a été annoncée par la direction d’Ascometal, lundi 25 mars, aux élus du personnel en comité social et économique (CSE), lors d’une réunion extraordinaire. Cela a provoqué de vives inquiétudes sur le site mosellan, qui travaille à 90 % pour l’industrie automobile, dont il constitue un des maillons essentiels du marché européen, avec ses produits d’excellence. Contactée, la direction de la communication de Swiss Steel n’a pas donné suite, mardi 26 mars, à nos demandes.

Selon la CGT, les raisons de cet échec évoquées par la direction sont multiples, mais seraient principalement dues « à une dégradation de la situation économique depuis le début de l’année ». « L’accord signé entre Swiss Steel et Venete, en décembre [2023], comprenait un certain nombre d’engagements concernant le niveau de stock et les besoins en fonds de roulement. Ces conditions n’étant plus remplies, il aurait été nécessaire d’injecter plusieurs millions d’euros pour finaliser l’accord. Etant donné que ni notre actionnaire ni notre candidat à la reprise n’étaient disposés à le faire, le redressement judiciaire apparaît comme la seule option restante », déclare le syndicat.

La direction a annoncé aux élus du personnel qu’elle transmettrait, dès mardi, une demande de mise en redressement judiciaire au tribunal de commerce de Strasbourg. Une audience est déjà programmée pour mercredi 27 mars. La durée de la période d’observation dépendra du niveau de trésorerie de l’entreprise. Selon la CGT, celui-ci permettrait de tenir jusqu’à juillet.

Il vous reste 35.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La semaine en quatre jours expérimentée au printemps dans les ministères

L’expérimentation de la semaine en quatre jours dans les ministères débutera au printemps et durera « un an au moins », selon une note de l’administration, consultée mardi 26 mars, par l’Agence France-Presse, à la veille d’un séminaire gouvernemental sur le travail.

Annoncée en janvier par le premier ministre, Gabriel Attal, cette expérimentation vise à évaluer « l’impact », notamment en ce qui concerne « l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle », de cette modulation du temps de travail qui consiste à concentrer ses heures sur un nombre de jours réduit.

« Elle se fera à effectifs constants » et sans réduction du temps de travail légal de 1 607 heures par an, insiste la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) dans cette note datée de vendredi.

L’expérimentation se déroulera aussi bien à Paris que dans les services « déconcentrés » (hors de la capitale) des ministères. Les opérateurs de l’Etat « pourront être associés (…) si cela paraît pertinent », détaille l’administration. « Il appartiendra à chaque chef de service de déterminer la pertinence » de mener ou pas l’expérimentation, ajoute-t-elle.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Les risques d’une semaine en quatre jours

Sur la base du « volontariat »

La DGAFP espère arrêter la liste des services prêts à tester la modulation du temps de travail en avril ou en mai, et lancer dans la foulée les premières expérimentations. La modulation du temps de travail commencera « au plus tard en septembre 2024 pour une durée d’un an au moins », est-il précisé dans la note. Un premier bilan sera dressé à l’été 2025 et servira à préparer « la pérennisation ou l’extension » de l’expérimentation – l’administration n’évoque pas le scénario d’une expérimentation non concluante.

Outre la semaine en quatre jours, les administrations pourront tester la semaine en quatre jours et demi ou l’alternance de semaines de quatre puis de cinq jours. L’expérimentation se déploiera sur la base du « volontariat », mais les fonctionnaires qui ont des « obligations réglementaires de service », comme les enseignants, ou des cycles horaires différents de la traditionnelle semaine de cinq jours, en seront exclus.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « La semaine de quatre jours est bien devenue un sujet national »

Sa « logique » est « d’évaluer en quoi le dispositif permettrait (…) de faire bénéficier le plus grand nombre possible d’agents », et en particulier ceux qui n’ont pas accès au télétravail, « d’une diminution des jours travaillés avec présence sur site ». Dans les services publics accueillant des usagers, « les plages d’ouverture ne doivent naturellement pas être réduites mais peuvent a contrario être étendues du fait de la présence des agents sur une amplitude [horaire] quotidienne élargie », écrit la DGAFP.

Le Monde avec AFP

Réutiliser ce contenu

Ouvrier amputé sur le chantier du métro de Rennes : « Un accident du travail, c’est l’écart entre le travail prescrit et le travail réel »

Il y a la loi, les plans de sécurité, les consignes. Et il y a le quotidien d’un chantier d’envergure, a rappelé l’audience du tribunal correctionnel de Rennes, lundi 25 mars, éclairant un accident survenu il y a huit ans sur le chantier du métro de la ville. « Huit ans et trois mois », corrige Bertrand Le Goff, partie civile, pour souligner combien chaque jour lui coûte sans sa jambe gauche.

En cette fin 2015, la station Sainte-Anne n’est encore qu’une excavation à ciel ouvert profonde de 22 mètres. Un chantier exceptionnel par le nombre d’entreprises qui y interviennent en même temps, en « coactivité ». La situation, accidentogène, nécessite une grande coordination : un phasage précis détermine qui travaille où et quand.

Dans la fosse ou « fond de fouilles », l’entreprise Guintoli (filiale de NGE) arase la roche avec une pelleteuse équipée d’une énorme fraise rotative « avec crochets, comme une mâchoire », précise le président du tribunal. Elle a remplacé le brise-roche hydraulique dont les vibrations ont fragilisé l’église voisine, provoquant six mois d’arrêt de chantier.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Accidents du travail : les jeunes paient un lourd tribut

Botte Fondations (filiale de Vinci) intervient ensuite pour projeter du béton sur des « voiles », les parois de la future station. Elle emploie Bertrand Le Goff, un maçon qualifié de 43 ans, père de trois enfants, en intérim depuis cinq jours, à la prise de cote. Ce 30 novembre, il prévient son chef qu’il manque 20 centimètres de terrassement sur le voile n° 7. Au mépris du phasage, la pelleteuse de Guintoli est rappelée sur la zone.

Une « situation dégradée »

Bertrand Le Goff s’en éloigne en se déportant le long d’un mur perpendiculaire, sur un talus. Un instant plus tard, le sol se dérobe sous ses pieds et la fraise lui happe la jambe. Il faudra deux heures pour l’extraire, sept heures de chirurgie pour le sauver, suivies de mois de douleurs et d’une nouvelle opération deux ans après.

Renvoyées devant la justice pour blessures involontaires par personne morale et par manquement délibéré à une obligation particulière de prudence ou de sécurité avec incapacité de travail supérieure à trois mois, les deux entreprises plaident la relaxe. Revendiquant des taux de sinistralité sous la moyenne du BTP, elles affirment avoir dûment appréhendé les risques dans leurs plans particuliers de sécurité et de protection de la santé.

« Je ne comprends pas pourquoi la fraise est sortie de sa zone d’évolution », s’étonne à la barre le représentant de Botte Fondations, selon qui une barrière sur le talus était inutile, car « ça ne sert qu’à signaler le danger, or M. Le Goff en avait connaissance ». « Elle serait tombée avec lui », renchérit le représentant de Guintoli. Les deux hommes mandatés ne sont cependant sûrs de rien, et pour cause : ce ne sont pas ceux qui encadraient le projet. « Après l’accident, on a rajouté un aide-fraiseur pour guider la pelleteuse. Aurait-on dû le faire avant ? Il ne me semble pas, car il y avait des consignes », plaidera la défense de Guintoli.

Il vous reste 47.7% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Peut-on licencier un senior pour « désalignement culturel » ?

Droit social. Un magnifique cas d’école a fait le tour du monde. Dans un jeune cabinet de formation, le « fun & pro » est la culture officielle. Mais avec des pots alcoolisés et des séminaires alliant promiscuité et brimades. Refusant d’y participer, un directeur senior a été licencié pour insuffisance professionnelle sur… quatre motifs, dont le premier est singulier : « Désalignement culturel profond, de plus et en visible ». A ce directeur avec quatre ans d’ancienneté, 496 299 euros ont été accordés par la cour de Paris le 30 janvier 2024.

Une décision qui pose deux questions. Sur le niveau d’indemnisation d’abord, le barème Macron qui en 2017 a instauré des plafonds n’était pas applicable, pas tant à cause de la date du licenciement – le 11 mars 2015 – que de sa justification. Il ne s’agissait pas d’un banal défaut de cause réelle et sérieuse, mais de l’atteinte à une liberté « fondamentale » : la liberté d’expression.

Au salarié, et à lui seul, de choisir : demander sa réintégration ou de lourds dommages et intérêts. Mais comment atteindre 496 299 euros ? Ce fut toute l’habileté de son conseil : se placer sur le terrain de la réintégration. Car le licenciement étant rétroactivement annulé, l’employeur est d’abord condamné à payer une dissuasive « indemnité d’éviction », correspondant aux salaires que le cadre aurait perçus entre sa demande et sa réintégration réelle. Souvent plusieurs années…

L’ex-directeur ayant retrouvé du travail seize mois plus tard, fallait-il déduire les sommes en cause ? Que nenni, s’agissant là encore d’une liberté fondamentale. La solution aurait été inverse s’il s’était agi de la liberté vestimentaire.

Vie de commando, marcher sur des braises

Mais les autres motifs (perte de clients, manquements managériaux), étaient-ils bien réels et sérieux ? La Cour de cassation poursuit ici sa politique de dissuasion préventive. Lorsqu’un employeur invoque plusieurs motifs, il suffit qu’un seul porte atteinte à une liberté fondamentale pour que s’applique le principe du « motif contaminant » : y faire simplement allusion autorise le juge à ne pas examiner les autres motifs. Même si l’article L. 1235-2-1 créé le 22 septembre 2017 a voulu en limiter les effets.

Deuxième question posée par la décision du 30 janvier : peut-on perdre son emploi pour « désalignement culturel » ? « La bonne foi devant être respectée dans le cadre d’un contrat de travail n’implique pas un devoir de loyauté absolue, ni une obligation de réserve entraînant la sujétion du travailleur aux intérêts de l’employeur » (Cour de Strasbourg, 24 février 2024). Et depuis 1999, la Cour de cassation rappelle qu’être cadre n’entame pas la liberté d’expression.

Il vous reste 22.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le patronat divisé sur le compte épargne-temps universel

Il y avait déjà des tensions entre organisations de salariés et d’employeurs. S’y ajoute désormais la brouille au sein même du patronat. Alors que les partenaires sociaux doivent, à nouveau, se rencontrer, mardi 26 mars, dans le cadre de la négociation « pour un nouveau pacte de la vie au travail », les représentants des chefs d’entreprise se chamaillent sur un thème-clé des discussions : le compte épargne-temps universel (CETU).

Le Medef et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) sont farouchement contre ; l’Union des entreprises de proximité (U2P), qui défend les artisans, les commerçants et les professions libérales, est prête, elle, à conclure un compromis avec les syndicats sur ce dispositif, à condition qu’il n’alourdisse pas la « charge » des sociétés de petite taille.

Le CETU a pour objet d’accorder des temps de pause, plus ou moins longs, dans la carrière des travailleurs, grâce à des jours de congé épargnés au fil des années. Le contenu exact d’une telle mesure n’est pas arrêté, à ce stade, mais il peut, sommairement, être résumé à une généralisation des comptes épargne-temps déjà en place – le plus souvent dans de grandes entreprises.

« Usine à gaz »

C’est la CFDT qui est la plus allante pour soutenir le CETU, car il ressemble à une de ses vieilles revendications autour de la création d’une « banque des temps ». Il s’agit également d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, que l’exécutif a inscrite au menu de la négociation « pour un nouveau pacte de la vie au travail » – avec d’autres dossiers (maintien en activité des seniors, prévention de « l’usure professionnelle », etc.). Le 30 janvier, lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale, le premier ministre, Gabriel Attal, a exprimé sa volonté « d’avancer » sur ce chantier, signifiant par là que l’engagement du président de la République sera tenu.

Mais le projet mécontente au plus haut point le Medef et la CPME, qui y voient une « usine à gaz » source de tracas pour les patrons. Il suscite de l’appréhension dans les grandes entreprises qui sont dotées de comptes épargne-temps et ont, à ce titre, provisionné de l’argent dans leurs comptes : « Elles ont peur d’avoir à reverser cette trésorerie vers l’opérateur qui gérera le CETU », affirme Antoine Foucher, président de la société de conseil Quintet.

L’U2P, de son côté, a une approche différente. Elle considère, comme l’explique son président, Michel Picon, qu’une telle mesure est de nature à améliorer « l’attractivité » des sociétés de petite taille : celles-ci ne sont, à l’heure actuelle, pas en capacité de proposer des comptes épargne-temps à leurs personnels car « c’est trop complexe à gérer ». Aux yeux de M. Picon, le CETU peut être « une bonne solution », répondant à des attentes des salariés, si le pilotage du dispositif est confié à un organisme extérieur – par exemple à la Caisse des dépôts et consignations.

Il vous reste 49.27% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Paris 2024 : les reconversions post-Jeux déjà d’actualité

L’ensemble des emplois jugés nécessaires dans les secteurs d’activité liés à l’accueil des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) cet été ne sont pas encore pourvus – il en restait 12 500 mi-mars, selon Paris 2024, qui organisait son deuxième forum « Les Jeux recrutent » – que le sujet de la reconversion post-Jeux est déjà d’actualité. La région Ile-de-France, où se situeront 150 000 des 180 000 emplois mobilisés pour les Jeux, y travaille.

Elle engagera à partir du mois de juin, avec France Travail, une opération « emploi post JO » qui concernera aussi les bénévoles : un site permettra de déposer des CV, la région devant demander aux entreprises de déposer de leur côté des offres d’emploi. Seront également proposés des parcours de reconversion et de formation, notamment pour des métiers en tension.

La région estime que si rien n’est fait après les Jeux, environ 35 000 personnes sur les 150 000 pourraient rester sans emploi.

Le Monde

L’espace des contributions est réservé aux abonnés.

Abonnez-vous pour accéder à cet espace d’échange et contribuer à la discussion.

S’abonner

Contribuer

Réutiliser ce contenu

Au Portugal, cumuler deux ou trois emplois est de plus en plus fréquent

A Lisbonne, le 8 novembre 2023.

Devant l’hôpital Santa Maria, dans le nord de Lisbonne, Isabel avance d’un pas pressé parmi les patients, tout en se dirigeant vers le parking. Des cernes sous les yeux, les cheveux en vrac et chargée de plusieurs sacs, cette chirurgienne de 38 ans, qui préfère garder l’anonymat, file chez elle pour se changer, avant de partir compléter son salaire dans une clinique privée. « Je travaille quarante heures par semaine dans cet hôpital public pour seulement 2 000 euros net par mois, alors que j’ai fait six ans de spécialité en chirurgie. Ça ne suffit pas pour vivre décemment, ne serait-ce que parce que pour 1 300 euros par mois, on ne trouve plus de logement à Lisbonne, explique-t-elle, sans cacher sa colère et sa fatigue, dans le contexte difficile de pénurie de soignants. Il me faut aussi payer la crèche pour mes deux filles. Et les prix des aliments ne cessent de flamber. Alors je travaille aussi cinq heures par semaine dans une clinique privée, sans compter les opérations que je réalise sur mon temps “libre”. Au total, je fais soixante heures par semaine pour gagner 4 000 euros net par mois. »

En février, l’Institut national des statistiques du Portugal a publié le nombre de Portugais cumulant deux, voire trois emplois. En 2023, il a dépassé les 250 000 (sur une population de 5 millions d’actifs, soit 5 %). Un record, qui contraste avec des indicateurs économiques a priori au beau fixe : un taux de croissance de 2,3 % en 2023, une dette ramenée sous la barre des 100 % du produit intérieur brut beaucoup plus tôt que prévu et un taux de chômage limité à 6,5 % des actifs. Plus de la moitié d’entre eux sont diplômés de l’université.

Mais c’est parmi les moins formés que la croissance de l’emploi est la plus grande. La Brésilienne Marcia Alvaro, 42 ans, est à la fois femme de ménage dans des logements touristiques et menuisière. Diego, qui n’a pas souhaité donner son nom, conducteur de voitures pour la plate-forme numérique Bolt, est aussi livreur de produits pharmaceutiques.

Difficultés à payer les factures

Dans les rues de Lisbonne prises d’assaut par les touristes – mais aussi par les riches expatriés, nomades du numérique américains et européens ou oligarques russes –, les inégalités sont de plus en plus saisissantes, traduisant une économie à deux vitesses. D’un côté, la capitale portugaise s’est hissée de la 20e à la 8e place du Barnes City Index 2024, qui classe les villes qui attirent le plus d’ultrariches désireux d’investir dans l’immobilier de luxe.

De l’autre, trois familles portugaises sur quatre ont eu des difficultés à payer leurs factures en 2023, selon le baromètre annuel de l’organisme de défense des consommateurs, Deco Proteste, rendu public mercredi 20 mars. Selon l’enquête réalisée auprès de 7 000 personnes, et portant sur le poids des dépenses en alimentation, éducation, logement, transport, santé et loisirs, 75 % des foyers au Portugal sont concernés, et 7 % se trouvent dans une situation « critique ». Sans surprise, c’est la crise du logement – brusque hausse des loyers pour les locataires et des taux d’intérêt pour les propriétaires – qui est à l’origine des principaux problèmes.

Il vous reste 30.98% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Finance verte : « Comment convaincre les banques de s’engager davantage dans la transition en renonçant à des profits immédiats ? »

La Cour des comptes a sévèrement épinglé, dans son dernier rapport, le manque d’implication du secteur bancaire dans la transition énergétique. Pas facile pour les banques de renoncer à financer des activités polluantes mais profitables. D’après la Cour, le secteur financier, tout en communiquant massivement sur les questions d’environnement, brouille en réalité les pistes en mettant en avant des objectifs de verdissement à la fois « peu quantifiables, peu suivis et peu comparables », du greenwashing, en somme.

Lire la première partie de notre enquête : Article réservé à nos abonnés Comment les banques européennes aident les géants du pétrole et du gaz à lever des milliards

Au moment où, pour la deuxième année d’affilée, le secteur annonce des profits record, la réallocation nécessaire des actifs apparaît d’« ampleur très limitée », selon la Cour. Début 2023, le fonds euros de l’assurance-vie de la Société générale comprend ainsi seulement 5 % d’investissements verts. Et pendant ce temps, les banques françaises continuent à s’impliquer dans les émissions d’obligations de l’industrie fossile. Entre 2016 et 2023, elles ont collaboré à pas moins de la moitié de ces opérations, à l’échelle mondiale.

Ce constat est d’autant plus problématique que les banques françaises, parmi les leaders en Europe, pourraient, si elles s’engageaient de manière résolue, jouer un rôle-clé pour freiner le dérèglement climatique en favorisant les dépenses et investissements de transition.

Il s’agit d’aller bien au-delà des « taux verts » proposés aujourd’hui pour dynamiser certains investissements spécifiques, par exemple en modulant les offres selon le comportement plus ou moins vertueux des clients. Les banques sont parfaitement en mesure d’octroyer des crédits avantageux à ceux qui achètent une voiture électrique. Elles pourraient aussi proposer des formules de leasing moins onéreuses et plus accessibles pour stimuler le réemploi de biens et le développement d’une économie circulaire. Pourquoi par ailleurs ne pas proposer des programmes positifs de fidélisation et récompenses en fonction de l’impact carbone de chacun ? Les banques savent bien ce que consomment leurs clients. Elles ont toutes les données en stock pour encourager les consommateurs qui privilégient une consommation responsable. Certains segments de clientèle sont très demandeurs de ce type d’engagement.

L’urgence d’une inflexion

Les entreprises doivent aussi être incitées à faire évoluer leurs pratiques. Depuis le 1er janvier, les sociétés cotées sont tenues par la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) de dévoiler l’impact de leurs activités sur l’environnement. Les banques ne peuvent plus se dire « aveugles ». Elles doivent favoriser celles dont les émissions carbone sont limitées ou en baisse. La question du financement des PME est aussi centrale. Elles n’ont pas les mêmes obligations que les firmes cotées, mais il est tout à fait possible de soutenir leurs nouveaux projets en tenant compte de l’impact carbone de ceux-ci.

Il vous reste 42.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le burn-out peut frapper très tôt : trentenaires et déjà « cramés »

Imaginez une bougie qui, après avoir longtemps brûlé, n’offre plus qu’une flamme fragile. Ou encore un immeuble à la façade intacte mais dont les étages seraient calcinés après un incendie. Cette image de combustion intérieure est à l’origine du terme anglo-saxon « burn-out ». Elle revient aussi dans le vocabulaire et l’imaginaire employés par les victimes de ce mal sournois, qui arrive à bas bruit, par accumulation. « Je me suis cramé », résume Pierre Simonnin. A 29 ans, cet ingénieur, cofondateur d’une start-up technologique, a l’impression de s’éteindre à petit feu : « Ça a commencé par une gêne. Mes associés souhaitaient faire grossir la boîte. Moi, je ne comprenais pas cette course à la croissance. »

Sa situation se détériore jour après jour. Il dort peu, souffre de troubles de l’attention, de maux de tête de plus en plus violents et ne parle plus que de travail. « J’arrivais au bureau à 11 heures, car je ne parvenais pas à me lever avant, et je repartais à 15 h 30, essoré. Une fois chez moi, je m’installais sur le canapé et j’y restais jusqu’à la fin de la journée. » Un jour, alors qu’il sort du métro et se dirige vers son travail, il sent une pression augmenter dans sa tête à chaque pas. Arrivé au bureau, il prévient ses associés qu’il arrête et file chez le médecin, qui pose le diagnostic : burn-out. Quelques mois plus tard, il lance Journal du burn-out, un site sur lequel il poste vidéos et témoignages sur le sujet : « J’ai eu des centaines de retours, dont un nombre non négligeable de personnes que je connaissais, et qui m’ont avoué avoir aussi fait un burn-out. Le sujet reste tabou, mais concerne beaucoup de monde. »

En France, de 5 % à 10 % de la population active souffrirait de burn-out, soit entre 1,5 million et 3 millions de personnes. Les jeunes « millennials » et les femmes sont particulièrement touchés, affirme Philippe Zawieja, auteur des Rescapés du burn-out (Les Arènes, 2023) et de plusieurs livres sur le sujet.

Le psychosociologue du travail identifie différents moments à risque dans une carrière professionnelle, à commencer par l’entrée dans la vie active. « Les jeunes peuvent faire l’expérience d’une désillusion face à un métier longtemps fantasmé. Notamment quand les entreprises affichent des valeurs qui sont ensuite bafouées au quotidien, engendrant ainsi une souffrance éthique chez leurs recrues », analyse M. Zawieja. Le consultant note également un pic de burn-out après dix ans d’expérience, autour de la trentaine, en raison de paramètres démographiques : « C’est le moment où on commence à avoir des enfants, où les premiers couples se séparent. Le risque diminue ensuite avec l’ancienneté. »

Il vous reste 64.88% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Emploi des seniors : la négociation patine

Ils prolongent les échanges dans l’espoir d’aplanir leurs différends. Mercredi 20 mars, les syndicats et le patronat ont décidé d’ajouter une séance supplémentaire de discussions dans la négociation « pour un nouveau pacte de la vie au travail ». Celle-ci s’achèvera le 8 avril et non pas le 26 mars, comme prévu initialement. Une modification de calendrier qui témoigne de la difficulté pour les protagonistes à dégager un consensus. Le Medef et les organisations de salariés se renvoient la responsabilité du blocage.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Emploi des seniors : les négociations se tendent

Le fait de reporter de presque deux semaines la conclusion des pourparlers n’est pas totalement surprenant. Cette éventualité avait été mentionnée, en particulier par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, car l’agenda arrêté au départ donnait trois mois aux partenaires sociaux pour trouver un terrain d’entente. Un délai jugé court, compte tenu de l’étendue des thèmes abordés : maintien dans l’emploi des seniors, actions de prévention en faveur des salariés exerçant des métiers pénibles, reconversions, etc.

L’exercice, qui n’était déjà pas simple à la base, s’est avéré encore plus ardu, en raison des dissensions très fortes apparues sur un point-clé : la création d’un compte épargne-temps universel (CETU). Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, ce dispositif a pour ambition d’offrir des temps de respiration aux travailleurs dans leur carrière, avec des jours de congé qu’ils thésauriseraient au fil des ans. Défendu de très longue date par la CFDT, le projet se heurte à l’opposition résolue du Medef et de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Les deux mouvements d’employeurs y voient une usine à gaz, source de contraintes accrues pour les chefs d’entreprise – notamment dans la gestion de leur main-d’œuvre.

Les mouvements d’employeurs divisés

Mais le patronat ne parle pas d’une même voix sur ce dossier. L’Union des entreprises de proximité (U2P), qui représente les artisans, les commerçants et les professions libérales, se dit prête à l’étudier, sous réserve qu’un tel mécanisme n’alourdisse pas les charges. Le CETU peut contribuer à améliorer « l’attractivité » des employeurs, a expliqué Jean-Christophe Repon, vice-président de l’U2P, en s’adressant aux journalistes, mercredi soir, à l’issue de la réunion entre partenaires sociaux. C’est aussi au nom du pragmatisme que son organisation adopte cette position : elle considère qu’il vaut mieux tenir la plume, plutôt que laisser l’exécutif prendre en main cette réforme, qui semble incontournable puisqu’elle correspond à un engagement du président de la République.

Il vous reste 52.62% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.