« ArcelorMittal joue le rapport de force permanent » : à Dunkerque, l’aciériste en demande toujours plus

Le site d’ArcelorMittal à Dunkerque (Nord), le 19 février 2019.

La réunion aurait dû être l’occasion d’une belle photo de famille, mais elle a plutôt tourné au règlement de comptes. Le 10 octobre, le vice-président de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a fait le déplacement à Dunkerque (Nord). Invité par le maire de la ville, Patrice Vergriete (divers gauche), il est venu vanter le plan européen pour l’acier annoncé trois jours auparavant, lors d’une rencontre avec les élus locaux et les dirigeants du sidérurgiste ArcelorMittal, acteur industriel central de la cité nordiste.

Réclamé par les aciéristes européens depuis des mois, ce plan vise à protéger la production européenne de la concurrence étrangère, notamment chinoise, en doublant à 50 % les droits de douane pour les importations sur le Vieux Continent, et en passant de 20 % à 10 % la part des importations qui y échapperont. Un dispositif salué par Eurofer, la fédération européenne de l’acier, dont ArcelorMittal est adhérent, comme « un bond en avant majeur pour le secteur ». Ces mesures, qui doivent être encore entérinées par les Etats membres de l’Union européenne (UE), offrent « une visibilité nécessaire aux entreprises pour poursuivre leurs investissements », selon le lobby.

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« Les IA ne vont pas remplacer les juristes, elles vont seulement les “augmenter” » : les formations en droit face à l’essor de l’intelligence artificielle

Ayline Bekar, 22 ans, a toujours voulu travailler dans le droit. Aujourd’hui étudiante en master 2 « justice, procès, procédures » à l’université Grenoble-Alpes, elle se souvient de son stage de 3e dans un cabinet d’avocats. « Il y avait des piles de dossiers et d’ouvrages juridiques un peu partout sur les bureaux, décrit-elle. Les avocats passaient un temps fou à chercher et à analyser des documents juridiques. »

Rien à voir avec ce qu’elle a trouvé lors de ses stages de troisième année de licence et de master, à peine dix ans plus tard. « La dématérialisation des actes juridiques s’est généralisée, raconte-t-elle. De nombreuses activités des avocats peuvent désormais être automatisées. » Une tendance qui s’est accélérée sans commune mesure ces dernières années avec l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) dans les métiers du droit. Ces derniers « sont en train d’évoluer profondément, et les futurs juristes doivent y être formés », résume Ayline Bekar, qui, lorsqu’on l’a contactée mi-septembre, sortait de l’IA Week, événement organisé par sa fac de droit.

Ce rendez-vous réunissait justement des professionnels du secteur, des éditeurs juridiques, des « legaltech » (entreprises proposant des solutions numériques aux juristes) et des enseignants et étudiants en droit, afin de réfléchir à l’impact des IA sur les formations et les métiers de la justice. L’année 2025 a vu se multiplier ce type de tables rondes et les rapports sur le sujet. Un intérêt à la mesure de la petite révolution que constitue l’arrivée des « IA juridiques » dans un monde souvent décrit comme assez conservateur.

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Amazon va supprimer 14 000 emplois, une « réduction globale » liée en grande partie à l’IA

Des employés entrent dans les bureaux d’Amazon, à Londres, en Grande-Bretagne, le 28 octobre 2025.

Le géant américain du commerce en ligne Amazon a annoncé mardi 28 octobre la suppression de 14 000 postes, sans préciser dans quelle partie du monde, mais en parlant d’une « réduction globale » liée en grande partie à l’intelligence artificielle. Cette annonce vient concrétiser la volonté affichée de son patron Andy Jassy de réduire les coûts, en pleine course aux investissements dans l’intelligence artificielle.

« Les réductions que nous annonçons aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité [des] efforts pour devenir plus fort encore, en réduisant davantage la bureaucratie, en supprimant des niveaux [hiérarchiques] et en réaffectant des ressources », a écrit Beth Galetti, vice-présidente chargée des ressources humaines et de la technologie, dans une déclaration publiée sur le site d’Amazon.

« Cela impliquera des réductions dans certains domaines et des recrutements dans d’autres, mais cela se traduira par une réduction globale d’environ 14 000 postes dans l’effectif des bureaux » d’Amazon, a-t-elle poursuivi, à deux jours de la publication des résultats trimestriels de l’entreprise.

Impact de l’IA générative

Lundi, plusieurs médias américains avaient rapporté qu’Amazon allait entamer mardi ce mouvement d’ampleur, évoquant un total de 30 000 postes touchés sur plusieurs mois à travers le monde. Ces suppressions visent, selon ces médias, des fonctions supports ou stratégiques (ressources humaines, publicité, cadres, etc.), dans un groupe qui compte 350 000 postes de bureaux, sur un total de plus de 1,5 million de salariés.

La main-d’œuvre des entrepôts, qui est majoritaire dans les effectifs, ne sera a priori pas touchée, selon Beth Galetti qui évoque des coupes dans les emplois de bureaux d’Amazon. Elle a laissé entendre que ces 14 000 postes n’étaient qu’une étape avant, en 2026, « de continuer à recruter dans des domaines stratégiques-clés tout en identifiant d’autres occasions de supprimer des [postes], accroître la responsabilité et améliorer l’efficacité », a-t-elle poursuivi.

« Ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est que le monde évolue rapidement. Cette génération d’IA est la technologie la plus transformative que nous ayons vue depuis Internet, et elle permet aux entreprises d’innover beaucoup plus vite qu’auparavant », a-t-elle expliqué. En juin, le directeur général d’Amazon, Andy Jassy, avait annoncé que le développement de l’IA générative allait, « dans les prochaines années (…) réduire nos effectifs de bureaux ».

Le Monde avec AFP

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« Lorsque l’IA invente une décision de justice et que le juriste ne la vérifie pas, ce n’est plus une erreur mais une faute »

Damien Charlotin.

Docteur en droit, Damien Charlotin enseigne à l’Ecole des hautes études commerciales (HEC) de Paris et à Sciences Po Paris, où il conduit des recherches sur l’adaptation du droit et des juristes à la technologie et à l’intelligence artificielle (IA). Depuis le début de l’année, il tient à jour sur son site une base de données des cas problématiques d’utilisation d’IA par des juristes.

Vous avez fait une liste des cas d’« hallucination » de l’IA dans des affaires juridiques. De quoi s’agit-il exactement ?

Au tribunal, les avocats s’appuient toujours sur des affaires déjà jugées pour soutenir leur défense. La base de données que j’ai créée recense les cas où, lors de plaidoiries, certains d’entre eux ont présenté au juge une jurisprudence inventée ou erronée en raison des « hallucinations » d’un outil d’intelligence artificielle qu’ils avaient mal utilisé : soit la décision de justice présentée n’existe pas, soit le verbatim de celle-ci est faux, soit elle a été sortie de son contexte et utilisée à tort.

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L’Unédic demande à Matignon de réduire la ponction de l’Etat sur ses finances

Le logo de l’Union nationale interprofessionnelle pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Unédic), à Paris, le 12 juin 2025.

Sauf coup de théâtre, leur demande restera lettre morte mais ils tiennent malgré tout à se faire entendre. Les responsables syndicaux et patronaux, qui copilotent l’assurance-chômage par le biais de l’association paritaire Unédic, viennent de demander au premier ministre, Sébastien Lecornu, de revoir à la baisse la ponction que l’Etat doit effectuer en 2026 sur les finances du régime. Cette démarche des acteurs sociaux survient alors que le système d’indemnisation des demandeurs d’emploi est sous pression, du fait du ralentissement de l’activité économique.

Les instances de l’Unédic se sont manifestées auprès de Matignon à travers une lettre datée de lundi 27 octobre, qui est cosignée par le président, Jean-Eudes Tesson (Medef), et par la vice-présidente, Patricia Ferrand (CFDT) – ces deux personnalités exprimant une position unanime du « bureau » dans lequel sont représentées les organisations d’employeurs et de salariés dans leur ensemble.

Au cœur de leurs préoccupations, il y a la quatrième et dernière « tranche » du prélèvement de 12,05 milliards d’euros que les pouvoirs publics ont imposé au régime sur une période allant de 2023 à 2026. Dans ce cadre, 4,1 milliards doivent être soustraits à l’assurance-chômage en 2026, ce qui lui causerait un déficit estimé à 1,3 milliard d’euros. M. Tesson et Mme Ferrand souhaitent que la contribution exigée par l’Etat soit ramenée à 2,8 milliards (soit l’excédent qui serait dégagé s’il n’y avait pas de ponction), de manière que le système reste à l’équilibre en 2026.

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Chômage : une hausse en trompe-l’œil

Dans une agence France Travail, à Paris, le 4 février 2025.

La situation économique morose du pays n’empêche pas le marché du travail de continuer de se porter relativement bien. Les chiffres publiés, mardi 28 octobre, par la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), qui dépend du ministère du travail, et par France Travail, confirment cette tendance. Des données devenues assez complexes à analyser depuis la loi « pour le plein-emploi » qui porte notamment la réforme du revenu de solidarité active (RSA) depuis le 1er janvier.

De prime abord, il apparaît qu’au troisième trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail sans aucune activité (catégorie A) a augmenté de 1,6 % par rapport au trimestre précédent. Plus de 3,2 millions de personnes sont désormais enregistrées auprès de l’opérateur public sur l’ensemble du territoire (hors Mayotte) soit 51 000 de plus qu’au second trimestre.

Sur un an l’augmentation est encore bien plus nette, à 7,6 %. Si l’on ajoute les personnes en catégorie B, en activité réduite courte (moins de soixante-dix-huit heures par mois), et C (plus de soixante-dix-huit heures), la croissance du nombre de demandeurs d’emploi est de 1,5 % sur ce trimestre et de 5,3 % sur an, pour s’établir à plus de 5,6 millions de personnes.

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Les IA vont-elles remplacer les mathématiciens ?

Jusqu’où iront les technologies d’intelligence artificielle (IA) dans leurs capacités à battre les humains ? Elles traduisent à la volée dans toutes les langues ou presque, écrasent des champions du monde au go, génèrent des textes, images et vidéos plus vrais que nature sur simple demande… Maintenant, elles se piquent de mathématiques, considérées comme l’un des sommets de l’intelligence.

Cet été, plusieurs de ces systèmes ont obtenu l’équivalent d’une médaille d’or au prestigieux concours des Olympiades internationales de mathématiques, qui réunissent les meilleurs jeunes de moins de 20 ans dans cet exercice.

Cinq problèmes sur six ont été résolus par les IA, Gemini de Google, un logiciel d’OpenAI, mais aussi Seed-Prover de ByteDance (propriétaire du chinois TikTok), ou Aristotle, de la start-up américaine Harmonic. Ces programmes ont seulement « séché » sur un exercice combinatoire de pavage d’un plan, résolu par quatre participants humains.

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Amazon : la vague de licenciements qui se profile sera-t-elle la première de l’ère de l’IA ?

Le logo Amazon, le 11 février 2025.

Ce qui touche Amazon affecte tous les Etats-Unis, pas seulement parce que la multinationale est le deuxième employeur privé du pays, mais parce qu’elle a redéfini, à travers ses services de commerce en ligne, le rapport au travail et à la consommation. Alors quand le géant de la tech prévoit, selon des informations obtenues par Reuters diffusées lundi 27 octobre, de licencier 30 000 personnes dans l’immédiat, et qu’une vague plus importante encore semble se profiler à l’horizon, le pays retient son souffle.

Les premiers départs devaient intervenir dès mardi 28 octobre et pourraient s’étaler sur plusieurs semaines, selon les détails publiés dans la presse américaine et que l’entreprise a refusé de commenter. Ils devraient concerner jusqu’à 10 % des fonctions support, soit les cols blancs de l’entreprise, qui sont 350 000 en tout. Plus précisément, les ressources humaines, la logistique, les services de cloud et le secteur des jeux vidéo devraient être affectés. Amazon compte 1,5 million d’employés à travers le monde dont plus des deux tiers travaillent aux Etats-Unis, notamment dans les grands entrepôts ou à la livraison des colis. Ces deux secteurs ne seraient pas directement touchés à ce stade.

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Game One, la chaîne spécialisée dans les jeux vidéo, va fermer en décembre

L’animateur Marc « Marcus » Lacombe, dans l’émission Retro Game One, diffusée sur Game One le 7 février 2024.

Elle faisait le lien entre télévision, jeux vidéo et culture geek. Mais après vingt-sept ans d’existence, la chaîne Game One s’apprête à tirer sa révérence : sa fermeture prochaine a été officialisée aux salariés dans l’après-midi du mardi 21 octobre par Philippe Larribau-Lavigne, directeur général de Paramount France. La chaîne – regardée par environ 3 millions de personnes chaque mois sur la période de janvier à juin 2025, selon Médiamétrie – cessera d’émettre courant décembre, sans qu’une date précise soit pour l’heure fixée.

Cet arrêt survient quelques mois après l’annonce du rachat du groupe Paramount par Skydance, géant californien des médias, pour 8,4 milliards de dollars (7 milliards d’euros) en juillet. La fusion en découlant entraîne une vaste restructuration des activités du conglomérat, qui cherche la parade face aux services de streaming.

Ainsi, d’autres chaînes appartenant au groupe (MTV Hits, BET, et Paramount Network) fermeront également leurs portes dans l’Hexagone, entraînant la suppression de 60 postes sur près d’une centaine au total. MTV, Comedy Central et les chaînes jeunesse Nickelodeon, en revanche, continueront d’exister en France. Contactée, la firme américaine Paramount, propriétaire de Game One, n’a pas souhaité faire de commentaire.

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Dans le Sud-Ouest, les entreprises papetières en difficulté

L’usine des Papeteries de Condat durant un blocage, le 28 août 2023.

Du nord au sud de la France, la liste des défaillances d’entreprise dans l’industrie du papier s’allonge. En août 2024, l’usine de l’italien RDM, à Blendecques (Pas-de-Calais), fermait ses portes, licenciant 170 salariés. En octobre de la même année, la Papeterie Saint-Michel, en Charente, cessait son activité, supprimant 65 postes. Un mois plus tard, en novembre 2024, c’est au tour de Stenpa, à Stenay (Meuse), de baisser le rideau.

En juin, Lecas Industries, filiale du groupe Hamelin à Nersac (Charente), est placée en liquidation judiciaire et 69 personnes se retrouvent sur le carreau. Il y a aussi le géant de l’emballage Tetra Pak dont l’activité des 207 salariés de son usine située à Longvic (Côte-d’Or) a cessé. Sans parler du dossier à multiples rebondissements depuis la fermeture annoncée en 2019 de la Chapelle d’Arblay à Grand-Couronne (Seine-Maritime), dont le dernier projet de relance a obtenu un soutien de l’Etat en juin, conditionné, néanmoins, à une levée de fonds privés que doit lever le propriétaire, Fibre Excellence. Un acteur à la tête d’autres sites papetiers dans l’Hexagone.

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