Dans les entreprises, les référents handicap en quête de davantage de soutien

Reinicker et Arthur, adultes autistes, dans l’usine Andros à Auneau-Bleury-Saint-Symphorien (Eure-et-Loir), le 19 février 2025.

« J’ai perdu l’usage d’un bras dans un accident de voiture à 17 ans. Cela ne m’a pas empêché d’accomplir mon rêve de devenir conducteur de poids lourd et j’ai passé mes permis sur des véhicules adaptés », raconte, avec enthousiasme, Renaud Dennielou, 33 ans aujourd’hui. Grâce à un article que lui avait consacré un journal local du Finistère, il a été repéré par l’entreprise STEF, spécialiste du transport et de la logistique sous température dirigée dans l’alimentaire.

Véronique Lamboglia, responsable de la mission handicap qui anime les référents du groupe, explique la genèse de son arrivée dans la société : « Nous avons fait valoir au service de recrutement les solutions de compensation, comme l’installation d’une boule de commande sur le volant et d’un marchepied pour accéder au véhicule. » M. Dennielou a rejoint STEF en 2023, d’abord sur le site de Rennes Est, puis sur celui de Landivisiau, près de chez lui.

« Nous accompagnons au quotidien nos 1 000 salariés porteurs de handicap (soit 7,46 % des 14 500 employés) et développons des outils de médiation, tels que des vidéos de témoignages, un guide sur les maladies chroniques ou un programme de management de la diversité », ajoute Véronique Lamboglia. Afin de partager les bonnes pratiques avec d’autres entreprises, elle a intégré le Club handicap et compétences. Elle va également participer à la sixième édition de l’Université du réseau des référents handicap (URRH) de l’Agefiph, les 13 et 14 mars, à Marseille, où sont attendus 2 500 participants.

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Ces autistes qui ont pu trouver leur place en entreprise

Une douce odeur de desserts lactés flotte dans l’air de l’usine Andros Ultra-Frais (Bonne Maman, Mamie Nova…). C’est dans ce bâtiment de 50 000 mètres carrés, situé à Auneau-Bleury-Saint-Symphorien (Eure-et-Loir), que travaillent 550 salariés dont 11 jeunes autistes sévères avec déficience intellectuelle, pour certains non verbaux.

Sur les murs des salles où ces derniers officient (contrôle qualité, dessachage, destruction, conditionnement, découpe des préfiltres) sont accrochés de grands tableaux blancs rassemblant pictogrammes et photos. « Nous y avons séquencé les tâches à réaliser avec des consignes faciles à comprendre afin que ces jeunes puissent respecter le protocole », explique Jean-François Dufresne, à l’origine de cette initiative d’inclusion du handicap par le travail. C’est en 2014 que l’ancien directeur général d’Andros, père d’un garçon autiste, lance l’idée, « un peu folle », de proposer un emploi dans une entreprise classique à ces personnes considérées comme inemployables.

« C’est pour porter ce projet que j’ai créé la structure Vivre et travailler autrement [VETA] », ajoute M. Dufresne, en suivant du regard Reinicker Mata. Charlotte sur la tête, lunettes de sécurité et vêtu d’une blouse bleue, ce trentenaire au visage concentré fait rouler à bonne cadence un chariot de pots de yaourt vides vers le lieu de remplissage. Surnommé par les éducateurs la « machine de guerre », il ne dévie jamais de sa tâche. De son côté, Lisa Pierotti, 28 ans, assemble, au gramme près, les ingrédients d’une recette de dessert. « Comme ses pairs, sa rigueur est exceptionnelle, ce qui permet d’économiser au total 50 000 euros de matière première par an », relève Jean-François Dufresne.

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Surcharge de travail et rituels d’alerte

Dans le quartier d’affaires de la Défense près de Paris, le 2 novembre 2020.

Carnet de bureau. Des bureaux qui restent allumés jusqu’à pas d’heure, les dossiers qui s’empilent, des échanges de courriels au-delà de 22 heures… La surcharge de travail devient un sujet préoccupant pour les entreprises, au regard de ses conséquences sur le psychisme de leurs collaborateurs.

Ainsi, 62 % des salariés lient la dégradation de la santé mentale à leur surcharge de travail, qu’elle soit physique, cognitive ou psychique, selon une étude publiée le 4 mars, et réalisée auprès de 2 200 salariés du public et du privé, dont 400 travaillant dans des services de ressources humaines (RH), interrogés en janvier par l’IFOP pour le Groupe hospitalier universitaire psychiatrie et neurosciences de Paris et l’entreprise moka.care, spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux.

La surcharge de travail est le premier risque professionnel qui affecte la santé mentale. « Le rapport Gollac a identifié six facteurs de risques psychosociaux, dont la surcharge de travail qui provoque un stress chronique. Parce qu’elle se traduit par une vigilance permanente, la surcharge de travail active la sécrétion du cortisol (l’hormone du stress), dont la surproduction provoque fatigue, irritabilité et troubles du sommeil. C’est la surchauffe, un peu à l’image d’une batterie de téléphone », explique Margaux Tancrède, psychologue du travail et directrice santé mentale chez moka.care.

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Dans la fonction publique, le risque d’une concurrence entre les statuts de contractuel et de fonctionnaire

Photo d’illustration.

« J’avais peur de rester prof toute ma vie, de la grande machine qu’est l’éducation nationale, et des conditions de travail des fonctionnaires », raconte Clémence, professeure dans un collège de banlieue parisienne. Depuis six ans maintenant, cette trentenaire renouvelle chaque année son contrat, sans volonté d’être titularisée. Enfin… jusqu’à ce qu’elle se rende compte que ses collègues bénéficiant du statut de fonctionnaires voient leur carrière progresser, et qu’elle est moins protégée que les salariés du privé, notamment en cas de chômage.

Aujourd’hui, la voilà admissible aux épreuves orales du Capes, et elle espère devenir à son tour fonctionnaire. « Les étudiants connaissent mal la fonction publique et ont tendance à surestimer les désavantages de travailler pour elle », pointe Emmanuelle Prouet, coautrice d’un important rapport de France Stratégie (organisme de réflexion rattaché à Matignon) intitulé « Travailler dans la fonction publique. Le défi de l’attractivité ».

Dérogatoire, le recours aux contractuels s’est pourtant installé massivement dans la fonction publique d’Etat, territoriale et hospitalière, passant au global de 17 % des effectifs en 2011 à 22 % en 2022, selon la direction générale de l’administration et de la fonction publique. L’augmentation se fait sentir en proportion, mais aussi en volume, puisque les effectifs de contractuels ont bondi de 36,6 % au moment où le nombre de fonctionnaires s’est tassé de 0,6 % sur la même période.

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Les désillusions du « cost killing » aveugle

Entreprises. Dans sa précipitation à réduire les activités de l’Etat fédéral, la nouvelle administration américaine a limogé sans hésiter tous les fonctionnaires chargés… des armes nucléaires ! Une fois la faute découverte, il ne restait plus qu’à les réembaucher au plus vite…

Ce comportement extrême ne résulte-t-il que des obsessions professeur émérite d’idéologues anti-Etat ? A vrai dire, ce type d’erreurs absurdes menace les stratégies brutales de « cost killing » (chasse aux coûts), car elles s’exercent le plus souvent dans l’urgence, de façon aveugle, et dans des organisations que les agents transformateurs connaissent mal.

La réduction des coûts ou l’optimisation d’un fonctionnement sont des démarches d’amélioration banales. Mais elles doivent être mises en œuvre sous des contraintes de qualité du service et de cohérence. Qualité de service, parce qu’il serait absurde de vouloir augmenter ses profits en faisant fuir ses meilleurs clients ou de réduire la dette publique en défaisant l’Etat. Cohérence, parce qu’il serait contreproductif de réduire certains coûts sans tenir compte des pertes que cela provoque ailleurs. Or, le respect de ces deux contraintes exige à la fois une bonne connaissance des métiers concernés et une vigilance constante face aux conséquences inattendues des actions engagées.

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Sur le terrain, on est souvent loin de telles prudences. Les stratégies drastiques de « cost killing » sont imposées par de nouvelles équipes dirigeantes ou de nouveaux gouvernements qui promettent, respectivement, le retour rapide à une rentabilité élevée ou des économies budgétaires majeures. Les agents qui conduisent ces stratégies ne disposent pas des compétences nécessaires et doivent agir, au moins en partie, à l’aveugle.

Pertes inattendues

D’où, en pratique, le recours fréquent à des réductions budgétaires uniformes ou à des coupes qui se concentrent sur des activités que l’on croit moins visibles, moins défendues ou dont les effets délétères n’apparaîtront pas immédiatement. Souvent, ces stratégies s’appuient sur des consultants, mais cela exige que ceux-ci connaissent déjà les activités à transformer, sinon ils pourraient être tout aussi démunis que leurs commanditaires.

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« Cette transmission d’un héritage et d’une excellence made in france, cela résonne parmi les jeunes générations » : les maisons de luxe façonnent des cursus cousus main pour leurs futures recrues

L’atelier de formation de l’Ecole Hermès des savoir-faire, à Pantin (Seine-Saint-Denis), en janvier.

Presque aucun bruit ne retentit dans l’atelier, si ce n’est celui d’un maillet de temps à autre. Les gestes auxquels sont initiés les apprentis artisans de l’Ecole Hermès, en ce jour de février, sont silencieux. Dans ce centre de formation ouvert par la maison de luxe en 2023 à Pantin (Seine-Saint-Denis), le travail du cuir et la broderie s’effectuent principalement à la main, avec très peu de recours à des machines. Sous la verrière de l’atelier flambant neuf, les 70 élèves qui apprennent le métier de sellier-maroquinier piquent, astiquent, assemblent le cuir. Et s’entraînent à la maîtrise du « point sellier », réalisé avec un fil de lin et deux aiguilles, signature historique des sacs de la marque.

« La fabrication de nos objets repose sur des savoir-faire très singuliers, qui nous viennent de l’histoire de la maison et de ses origines de sellier-harnacheur, explique Maxence Baseden, directeur général du pôle maroquinerie-sellerie d’Hermès. Ces techniques ne sont pas transmises au sein des formations en maroquinerie existantes sur le territoire. » Pour répondre à ses besoins en recrues formées à ces gestes, besoins qui augmentent alors que les effectifs sont vieillissants au sein des maisons d’artisanat d’art, Hermès a choisi de se coudre un cursus sur mesure.

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« L’intelligence artificielle fait peser des menaces sur la pratique de la profession d’avocat et sur sa philosophie »

L’irruption de l’intelligence artificielle (IA) induit indéniablement, pour un certain nombre de professions, un bouleversement dont nous ne pouvons pas encore mesurer la portée. Il s’agit, à n’en pas douter, de la fin d’une ère : la technologie n’accompagne plus simplement la pensée, elle prétend la remplacer. Les avocats n’échappent pas à cette révolution technologique : si les applications de l’intelligence artificielle peuvent favoriser l’exécution d’un certain nombre de tâches et accélérer la sacro-sainte productivité, elles n’en demeurent pas moins des menaces pesant tant sur la pratique de notre profession que sur sa philosophie.

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Depuis octobre 2024, le barreau de Paris et un éditeur juridique ont signé un partenariat destiné à permettre aux avocats exerçant dans des petites structures de bénéficier gratuitement de l’intelligence artificielle. L’initiative est louable : elle permet une forme de rattrapage technologique, s’agissant d’un instrument qui devient désormais incontournable pour les avocats. Elle limite la possibilité d’une « fracture technologique » au sein même de la profession, alors que de nombreuses structures accusent déjà du retard. Si la maîtrise de l’outil peut concourir à réduire l’écart entre les petites et les grandes structures, il est cependant à craindre que les cabinets les mieux dotés disposeront toujours des outils les plus performants.

Les avocats, pour des raisons économiques et de pérennité structurelle, doivent s’adapter à ce nouvel instrument. En quelques années seulement, ils ont vu leurs ressources documentaires physiques fondre au profit des logiciels. Il n’y a pas si longtemps encore, certains écrivaient encore à la main leurs conclusions. L’intelligence artificielle s’inscrit dans un mouvement déjà à l’œuvre, mais elle ne peut pas se résumer à une simple évolution.

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Le nombre d’informations utilisées par l’intelligence artificielle oblige à un meilleur contrôle, lequel favorise, par conséquent, une spécialisation et donc une formation plus aboutie. En 2023, la presse révélait ainsi le cas d’un avocat new-yorkais ayant cité, dans le cadre d’un contentieux opposant des requérants à une compagnie aérienne, des décisions qui n’existaient pas : c’était ChatGPT qui avait créé la référence. Si ce cas peut prêter à sourire, il illustre pleinement les limites de l’outil. Même la vigilance d’un avocat a pu être trompée.

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