L’intérim en hausse de 13,2 % sur un an, mais en recul de 2,4 % sur un mois

Ce matin, comme tous les autres, Gilles Cavallari a écouté attentivement les dernières informations à la radio. Entre la guerre en Ukraine et les rebondissements de la pandémie, le président de Samsic Emploi tente de prédire de quoi sera fait l’avenir des quelque 20 000 salariés employés chaque jour par sa société de travail temporaire. « L’intérim est la première variable d’ajustement des variations de l’activité », rappelle le dirigeant.

Indicateur avancé du marché de l’emploi, l’intérim semblait sorti de la crise en ce début d’année. Les entreprises de travail temporaire ont enregistré un pic de 14 % de recrutements supplémentaires en janvier et de 13,2 % en février, par rapport aux mois équivalents en 2021, indique le baromètre Prism’emploi publié le 14 avril, la fédération des professionnels du secteur. Soit 89 130 équivalents temps plein (ETP) supplémentaires sur un an, pour un total de 762 500 intérimaires.

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En raison de la normalisation de la situation sanitaire, le commerce (+ 20,9 %) et les services (+ 16,8 %) ont été les secteurs qui ont connu la reprise la plus vigoureuse, suivis par l’industrie (+ 16,3 %). Après des mois de quasi-stagnation, due au coût des matériaux et aux difficultés d’approvisionnement, le BTP a connu une hausse timide (+ 4,4 %).

Attentisme

Encourageante, l’évolution de ces derniers mois « ne saurait toutefois présager des tendances à venir, compte tenu des incertitudes géopolitiques et économiques actuelles », prévient Prism’emploi. Les statistiques du ministère du travail en comparaison d’un mois sur l’autre indiquent un léger tassement également en février, mais par rapport à janvier : après six mois consécutifs de hausse, le nombre d’intérimaires a baissé pour la première fois de 2,4 %. « La tendance reste haussière, mais on observe un tassement », constate Gilles Cavallari. De l’avis de ce spécialiste de l’intérim, la guerre en Ukraine et la menace nucléaire ont incité les entreprises à se réfugier dans l’attentisme, « même si la situation semble se normaliser ».

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D’autres facteurs ont pu vider les carnets de commandes : « Le coût des matériaux et la flambée du Covid-19 en Chine, qui a un impact sur toute la chaîne d’approvisionnement ; sans oublier la grippe aviaire », énumère le président de Samsic Emploi. Dans les Deux-Sèvres, 200 intérimaires se sont retrouvés sur le carreau en avril du fait de la réduction drastique des approvisionnements vers les abattoirs, nous apprend Ouest-France.

« Il suffit qu’un sous-traitant soit touché pour que toute la chaîne d’approvisionnement en pâtisse », confirme Alexandre Pham. Le président de la société d’intérim Mistertemp’constate aussi que les répercussions de la guerre en Ukraine se font sentir sur l’activité, mais « de façon très ciblée » : le secteur automobile, qui souffrait déjà de la pénurie de composants en provenance d’Asie, « est quasiment à l’arrêt », dit-il.

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Sous pression occidentale, la Chine renonce officiellement au travail forcé

Les bonnes nouvelles en matière de droits de l’homme en provenance de Chine ne sont pas légion. Aussi faut-il relever que, le mercredi 20 avril, Pékin a annoncé approuver la ratification des deux conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT) interdisant le recours au travail forcé. Il y a en tout huit conventions fondamentales de l’OIT. Le pays de Xi Jinping avait déjà ratifié les deux textes sur le travail des enfants et les deux sur la discrimination. Reste la ratification de deux conventions sur la liberté syndicale qui, elle, n’est malheureusement pas à l’ordre du jour.

« En approuvant ces ratifications, la Chine renforce son engagement à éliminer toutes les formes de travail forcé dans sa juridiction, à appliquer la liberté de travail pour son 1,4 milliard d’habitants et à respecter les principes et droits fondamentaux au travail de l’OIT », explique l’organisation. La première convention (no 29) interdit l’utilisation du travail forcé sous toutes ses formes et exige que ces pratiques deviennent des infractions pénales. La seconde (no 105) demande spécifiquement l’abolition immédiate du travail forcé ou obligatoire dans cinq circonstances spécifiques.

Ces conventions entreront en vigueur un an après le dépôt de leurs instruments de ratification auprès de l’OIT. « Cette démarche démontre le soutien ferme de la Chine aux valeurs de l’OIT et reflète son engagement à protéger tout travailleur, homme ou femme, contre le piège des pratiques de travail forcé, qui n’ont ni place ni justification dans le monde d’aujourd’hui », s’est félicité dans un communiqué l’ancien responsable syndical britannique Guy Ryder, actuel directeur général de l’OIT.

Préalable explicite

Etonnamment, cette ratification s’est presque faite en catimini. Les médias chinois l’évoquent à peine. « Depuis plus de dix ans, la Chine travaille dur pour améliorer ses propres lois destinées à protéger le droit du travail. Par exemple, elle a maintenant une loi sur le travail, une loi sur le contrat de travail et une loi sur la médiation et l’arbitrage de contentieux liés au travail », explique Cao Yan, un juriste, dans le Global Times du 21 avril. Pour ce journal chinois, cette ratification a « peu » à voir avec d’éventuelles pressions occidentales.

Pourtant, le calendrier semble indiquer le contraire. La ratification des conventions de l’OIT constitue un préalable explicite à la mise en œuvre par l’Union européenne (UE) de l’accord global sur les investissements conclu entre la Chine et l’UE fin décembre 2020, mais jamais entré en vigueur. « Nous ne pouvons que nous féliciter de cette ratification. Elle était nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante. Entre-temps, l’imposition de sanctions chinoises à l’encontre de parlementaires européens rend impossible la ratification de l’accord par le Parlement », note un diplomate européen à Pékin.

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Scopelec, le sous-traitant d’Orange, prépare le licenciement économique de 800 salariés

Des employés de Scopelec manifestent à Paris, le 7 avril 2022.

En difficulté depuis la perte d’un gros contrat avec l’opérateur historique de télécoms, le sous-traitant d’Orange, Scopelec, prépare un plan social qui pourrait conduire au licenciement économique de 800 personnes, a fait savoir l’entreprise jeudi 21 avril, confirmant une information du Figaro.

« La direction a fait part du projet de réunir les partenaires sociaux dans les prochains jours pour préparer la mise en place d’un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi] qui concernerait 800 emplois » sur 3 600, a déclaré un porte-parole de l’entreprise – la première coopérative de France en nombre de salariés. Une manifestation de salariés de Scopelec doit se tenir jeudi place de la Bastille, à Paris.

L’entreprise assurait pour Orange la pose de la fibre optique et l’entretien du réseau cuivre, dans le cadre d’un contrat arrivé à son terme à la fin de mars, et qui représentait 40 % de son chiffre d’affaires estimé à 475 millions d’euros en 2021.

Le sous-traitant, qui a été notifié à la mi-novembre de la perte de ce contrat, estime n’avoir eu aucun signe avant-coureur d’Orange sur la perte du volume d’affaires, et ne pas avoir eu le temps de s’y préparer.

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Eviter « un des plus lourds plans sociaux »

Depuis novembre où 1 800 emplois menacés étaient évoqués, « 700 personnes ont soit été reclassées en interne, soit sont parties dans d’autres entreprises qui ont gagné les marchés, soit ont quitté le domaine même des télécoms », a poursuivi le porte-parole de Scopelec.

Les salariés associés de l’entreprise ont publié jeudi dans plusieurs journaux une lettre ouverte aux candidats à la présidence, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ainsi qu’aux candidats aux élections législatives, les appelant à agir pour éviter « un des plus lourds plans sociaux qu’ait connus la France depuis des mois ».

L’entreprise, en procédure de sauvegarde depuis un mois, demande qu’Orange l’« accompagne réellement dans [sa] restructuration sociale » et finance une partie du PSE, et que l’Etat actionnaire « joue le rôle d’arbitre impartial ».

Elle compte faire appel de la décision rendue vendredi 15 avril par le juge des référés du tribunal de commerce de Paris, qui l’avait déboutée de sa demande de prolongation du contrat avec Orange, et « va également assigner Orange sur le fond car la rupture des contrats commerciaux ne nous paraît pas avoir respecté les règles du droit commercial », a-t-elle expliqué.

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Le Monde avec AFP

« Le Deuxième Corps », de Karen Messing : les femmes au travail, des souffrances en silence

Livre. Karen Messing l’a remarqué à force d’entretiens. Lorsque des femmes sont interrogées sur leurs conditions de travail et les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien, ce n’est souvent qu’à l’issue de la troisième heure d’échanges que la parole se libère réellement. Et que sont évoqués, progressivement, le matériel professionnel inadapté à la morphologie féminine, les attaques verbales de certains collègues ou les discriminations.

Pourquoi une telle difficulté à décrire ces situations qui les entravent ? Il est question de « honte », aux yeux de la généticienne et ergonome, professeure émérite à l’université du Québec, à Montréal (Canada). C’est d’ailleurs l’un des points-clés de son ouvrage, Le Deuxième Corps (Ecosociété) : de nombreuses femmes auraient, en elles, une « honte qui est rattachée à [leur] corps et [ses] “différences” ». « Honte d’être physiquement plus faibles, d’avoir leurs règles, de devoir quitter le travail en vitesse pour se rendre à la garderie avant la fermeture, d’avoir des bouffées de chaleur », explique Mme Messing, avant de conclure : « J’ai réalisé que nous devions prendre conscience du prix de notre silence et chercher ensemble des solutions. »

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Son essai propose une plongée aux côtés de ces travailleuses que des ergonomes ont suivies durant plusieurs décennies, principalement au Canada. Au plus près du terrain, on découvre des problématiques souvent éludées ou minimisées. Au fil des rencontres, les difficultés liées aux différences biologiques et sociales entre les femmes et les hommes apparaissent criantes.

Les équipements (ceintures à outils…) qui sont confiés aux salariées peuvent par exemple entraîner des gênes importantes. Et pour cause : ils n’ont souvent été conçus que pour les hommes. L’exposition au froid peut, par ailleurs, amplifier les crampes menstruelles. Le récit du quotidien des agents d’entretien permet de comprendre que les femmes héritent fréquemment de tâches qui provoquent douleurs au cou et aux épaules. Et puis, face à l’imprévisibilité des horaires de certains postes, la garde des enfants, qui incombe fréquemment aux mères, peut tourner au casse-tête. La liste est longue.

Mener le « combat » avec subtilité

Quelles réponses apporter à ces problématiques ? L’autrice souligne la nécessité d’une « lutte pour un milieu de travail mieux adapté à notre corps et à notre vie ». On comprend, au fil des pages, combien l’équation est complexe. Elle évoque des cas où des évolutions ont été possibles à la suite d’une analyse ergonomique (obtention de sièges pour des caissières qui étaient toujours debout…).

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Scopelec fait monter la pression judiciaire contre Orange

Les employés de la société Scopelec manifestent à Paris, le 7 avril 2022, à la veille la décision attendue du tribunal de commerce de Paris sur un différend entre la coopérative française et Orange.

Ce jeudi 21 avril, place de la Bastille, à Paris, des salariés de Scopelec, réunis à l’appel de leur intersyndicale, vont une nouvelle fois tenter de faire entendre leur voix et celle de leur entreprise, menacée par la perte, qui a pris effet le 1er avril, d’un important contrat auprès d’Orange. L’opérateur est le premier client de l’entreprise spécialisée dans le déploiement des réseaux de télécoms. Les contrats perdus représentent environ 150 millions d’euros par an, soit 40 % du chiffre d’affaires annuel de la plus vieille coopérative française. Depuis l’annonce en décembre 2021 de la perte de ce contrat, des solutions de reclassement interne ou externe ont été trouvées pour environ 700 salariés.

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Mais 800 techniciens touchés par l’arrêt de l’activité pour Orange restent sous la menace d’un licenciement, principalement en Normandie, Charente, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine. Scopelec emploie 3 800 personnes au total. Malgré des semaines de discussions avec Orange, sous l’égide du Comité interministériel de restructuration industrielle, et en dépit de l’intervention sur la fin de la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, l’opérateur et son sous-traitant n’arrivent pas à s’entendre sur les mesures qui permettraient à Scopelec de faire face aux conséquences financières de la perte de ce contrat.

Orange a proposé une enveloppe de 43 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 2022 et 2023, en plus des contrats maintenus. Mais les contours de ce surplus d’activité ne convainquent pas Scopelec. « Une dizaine de millions d’euros porte sur des marchés déjà en cours », explique Thomas Foppiani, le président du directoire de Scopelec. Frédéric Abitbol, le mandataire judiciaire nommé dans le cadre de la procédure de sauvegarde engagée par Scopelec le 17 mars, estime à 90 millions d’euros sur deux ans le besoin en chiffre d’affaires de la coopérative. « Nous ne faisons pas l’aumône. Nous souhaitons simplement un accompagnement progressif pour nous aider à financer notre restructuration », poursuit le dirigeant, selon lequel, sans la trésorerie dont elle disposait, « Scopelec serait déjà morte ».

Arme à double tranchant

Thomas Foppiani chiffre à une cinquantaine de millions d’euros le coût d’un plan social pour 800 personnes. Si Orange augmentait son surplus d’activité avec la coopérative, le coût social et financier serait moindre, assure le dirigeant. M. Foppiani a récemment eu l’occasion de présenter la situation à Christel Heydemann, la nouvelle directrice générale de l’opérateur, qui a hérité du dossier au moment de sa prise de fonctions, le 4 avril. Orange dit « rester à l’écoute pour accompagner Scopelec dans cette phase de transition ». Mais, en privé, l’opérateur s’étonne de l’intransigeance de son sous-traitant.

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Les politiques, des manageurs pas tout à fait comme les autres

« L’expérience politique est passionnante mais un peu usante, reconnaît Hugo Baillet. Les conditions de travail ne sont pas optimales : grosse pression et charge de travail colossale. » Après avoir été directeur de la communication du Mouvement des jeunes socialistes, à l’époque de la campagne présidentielle de 2012, il a été chargé de communication de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, puis collaborateur parlementaire et conseiller en communication politique au Sénat.

Même si la politique le passionne toujours, il a fait le choix de rejoindre le secteur privé et est aujourd’hui directeur marketing et communication de Coldwell Banker Europa Realty, un réseau spécialisé dans l’immobilier de prestige. Une expérience du secteur privé qui, selon lui, manque à de nombreux élus. « Ce sont, en général, de mauvais manageurs. Ils poussent parfois un peu loin le bouchon, estimant que leurs collaborateurs leur sont dédiés à 100 %. Ils vont, par exemple, dire oui à toutes les demandes de leurs électeurs, et ensuite ce sera aux collaborateurs de se débrouiller pour prioriser. » Sans compter quelques élus au comportement autocratique.

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Les méthodes de management sont-elles vraiment différentes entre la sphère politique et le secteur privé ? « Non », estime Didier Baichère, député LRM de la première circonscription des Yvelines depuis 2017. Il a derrière lui une carrière d’une vingtaine d’années en tant que DRH au sein de groupes internationaux du secteur des hautes technologies et de la défense comme Alcatel Lucent, CGI, DCNS ou Akka Technologies. « En tant que député, je gère mon équipe comme n’importe quel artisan », résume-t-il. Ce qui signifie que les collaborateurs ne comptent pas leurs heures et doivent être à la fois au four et au moulin. « Mais il faut être clair dès le recrutement : le job est très particulier, car très solitaire et peu encadré. Tout est fondé sur une relation de confiance. »

« Recherche du compromis »

Quant au contenu du poste lui-même, « DRH et député, c’est le même travail, estime l’ex-DRH. Les négociations avec les syndicats en entreprise et les discussions autour d’un projet de loi à l’Assemblée nationale ont la même finalité : la recherche du compromis. L’objectif est de convaincre. » Avec, cependant, une différence de taille, précise-t-il : « En politique, on n’est pas toujours jugé sur ses compétences, contrairement à l’entreprise. »

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Pour Mathieu Zeggiato, attaché parlementaire et responsable de la formation des élus à l’Institut de préparation à l’administration générale (IPAG) de Strasbourg, la différence essentielle tient aux « leviers de motivation, qui est pour les politiques la poursuite de l’intérêt général. Mais ce qui les rapproche du privé, c’est l’accélération du temps – les attentes doivent être satisfaites quasi immédiatement –, ainsi que le nouveau management public, qui est passé d’une administration de moyens à une administration de résultats ».

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« Télétravail : ne déménage pas qui veut ! »

Carnet de bureau. L’occasion d’améliorer son cadre de vie grâce au télétravail, en s’installant à la campagne ou dans une ville proche de sa famille, n’a échappé à personne. Des salariés ont sauté le pas, organisant leur déménagement entre deux confinements, voire avant, parfois même à l’étranger, mais sans toujours obtenir l’approbation explicite de leur employeur. C’est le cas d’Henri (le prénom a été changé), parti s’installer en Bretagne à la naissance de ses jumeaux.

L’encadrement n’a pas apprécié, et lui a demandé de revenir en région parisienne. Le dossier est allé aux prud’hommes, puis à la cour d’appel de Versailles, qui, le 10 mars, a confirmé le licenciement « pour cause réelle et sérieuse en raison de la fixation de son domicile en un lieu trop éloigné [442 km] de ses lieux d’activité professionnelle », à Carrières-sur-Seine, dans les Yvelines.

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« La convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme protège le libre choix du domicile personnel et familial », rapporte pourtant l’arrêt de la cour d’appel de Versailles. C’était l’argument juridique d’Henri, qui avait également précisé « ne jamais avoir été en retard » et souligné qu’« il passait moins de 17 % du temps au siège de l’entreprise ». Mais l’employeur a justifié son désaccord au nom de la santé du salarié, à cause des « contraintes supplémentaires de trajet ».

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Les entreprises aussi ont cherché à tirer avantage des nouveaux modes de travail, en déployant leurs recrutements à travers la France, quand les candidats manquaient dans leur région. Adsearch, une filiale du groupe intérimaire Adequat, a ainsi mis en test « une équipe pilote délocalisée en province. On avait un vrai problème de recrutement sur Paris, explique Arnaud Brun, directeur général d’Adsearch. Cinq personnes ont été implantées à Aix-en-Provence, bien qu’elles gèrent l’activité conseil en recrutement cadres d’Ile-de-France. Elles ont un double rattachement : hébergées et accompagnées sur place par l’équipe d’Aix, elles dépendent d’un manageur parisien pour la stratégie commerciale ».

Valeur de test

Camille Brunet est l’une d’entre elles. A l’origine consultante à Paris, elle avait passé six ans en Australie avant d’être recrutée par Adsearch pour monter cette « équipe pilote ». « Depuis le Covid, les entretiens avec les candidats et les clients se font beaucoup plus en visioconférence. J’ai un rattachement opérationnel avec le siège parisien qui se traduit par des réunions mensuelles, où s’organisent les échanges entre les manageurs. A la même fréquence, je monte à Paris pour rencontrer les clients qui me confient des missions de recrutement. Mais si le poste avait été à Paris, jamais je n’aurais signé le contrat de travail. J’ai deux enfants. On est rentrés d’Australie pour être proches de la famille qui est dans le Sud », témoigne Camille, 34 ans, Manager Sales, spécialiste du recrutement numérique chez Adsearch.

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Rendre « sexy » le métier de plombier : l’école qui veut changer l’image des métiers du bâtiment

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Publié aujourd’hui à 00h52

Ça fuse, ça crépite, ça scintille de tous les côtés. C’est un mercredi après-midi classique à Clichy (Hauts-de-Seine) : une trentaine de reconvertis à la plomberie s’entraînent à la soudure sur des tubes en acier. « Ils sont tout de suite dans le concret et les étincelles, c’est la fête ! » se réjouit Marie Blaise, 28 ans, directrice et cofondatrice de la toute jeune école Gustave, dont la quatrième promotion a commencé sa formation en plomberie chauffage, façon « bootcamp » [camp d’entraînement] pendant trois mois intensifs, avant de partir pour douze mois d’alternance en entreprise.

Sofiane Issad (au centre), 35 ans, formateur en plomberie à l'école Gustave. A Clichy (Hauts-de-Seine), le 30 mars 2022.

Dans un univers comparable à celui des start-up, Gustave – un clin d’œil au grand bâtisseur Eiffel – cherche à rendre « sexy » une filière souvent dénigrée : celle du BTP. L’école, issue de l’économie sociale et solidaire, veut donner à tous, sans condition de diplôme, « la chance d’accéder à des jobs incroyables dans un secteur en croissance ».

Pôle emploi compte, en 2022, près de 235 000 offres destinées à des ouvriers de la construction et du bâtiment. Pour 75 % de ces postes, les employeurs vont rencontrer des difficultés à recruter. Les maçons, les plombiers chauffagistes, les électriciens, les couvreurs et les charpentiers représentent les cinq métiers les plus en tension de la branche.

Susciter des vocations

« La question de l’attractivité est récurrente, on la traite depuis des années. On a toujours besoin de main-d’œuvre. Même en période de crise, il y a du travail. Dans la construction, c’est open bar », confirme un représentant de la Fédération française du bâtiment (FFB), qui regroupe les plus grosses entreprises comme Bouygues ou Eiffage, mais aussi des structures avec une poignée de salariés. Une campagne de sensibilisation, diffusée notamment sur TikTok et Instagram, tente d’attirer de nouveaux profils : « On imagine assez mal une vie sans bâtiment… mais on peut facilement imaginer une carrière dans le bâtiment », assure la voix off.

D’après l’Observatoire des métiers du BTP, 71 % des 320 000 personnes recrutées en 2020 n’avaient jamais travaillé auparavant dans le bâtiment ou les travaux publics, et 21 % avaient moins de 25 ans. « L’éternel défi, c’est de trouver du personnel qualifié, rentable, qui a un diplôme et de l’expérience professionnelle », fait valoir le représentant de la FFB interrogé.

D’où l’idée de susciter des vocations. A l’école Gustave, campée au premier étage d’un immeuble ultramoderne avec vue sur la Seine, le fracas des machines détonne derrière la façade aseptisée. « On voulait s’installer dans un bel endroit, pas au milieu d’une zone industrielle moche, détaille Marie Blaise. C’est aussi ça, redorer le blason des métiers du bâtiment. »

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Coursiers « variables d’ajustement », « habillage juridique fictif » : le jugement qui condamne Deliveroo France

Des livreurs Deliveroo lors d’une manifestation à Paris, le 11 août 2017.

Sur la page d’accueil de Deliveroo France va s’afficher pendant un mois la mention suivante : « La SAS Deliveroo France, prise en la personne de ses représentants légaux entre avril 2015 et décembre 2017, a été condamnée pour le délit de travail dissimulé au paiement d’une amende délictuelle de 375 000 euros et à indemniser au titre des préjudices subis les livreurs qui se trouvaient être en réalité ses salariés. » Cette publication, d’application immédiate, a été exigée, mardi 19 avril, par le tribunal correctionnel de Paris, dont le jugement constitue la première décision pénale sur « l’ubérisation » du travail.

Le tribunal a considéré que l’organisation mise en place par la société sur une période courant de 2015 à 2017 constituait bel et bien une atteinte volontaire au droit du travail, par l’utilisation de milliers de coursiers officiellement indépendants mais, en réalité, subordonnés à la plate-forme.

Ces livreurs, estiment les juges, ne constituaient qu’« une variable d’ajustement permettant de disposer d’une flotte adaptée et réactive face au nombre de commandes enregistrées chaque jour. Seule la très grande flexibilité générée par les pratiques délictuelles commises et imposée assurait la pérennité du modèle ». Un système qui a permis à Deliveroo d’éluder, derrière « un habillage juridique fictif » les cotisations sociales que la société aurait dû verser.

Les juges ont suivi intégralement les réquisitions prononcées le 16 mars par la procureure Céline Ducournau. Outre la société Deliveroo France, deux de ses anciens dirigeants, Adrien Falcon et Hugues Decosse, ont été condamnés à une peine d’un an de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende, assortie de l’interdiction de diriger une entreprise pendant cinq ans. Une peine de quatre mois avec sursis et une amende de 10 000 euros a été retenue contre Elie de Moustier.

La société et les trois prévenus ont également été condamnés solidairement au paiement de dommages et intérêts pour l’ensemble des coursiers qui s’étaient constitués partie civile – environ 120 – qui se voient attribuer des sommes de 1 000 à 4 000 euros au titre de leur préjudice civil ou moral. Ils devront aussi verser des dommages et intérêts aux syndicats CGT, SUD, Union syndicale solidaire et Syndicat national des transports légers, ainsi qu’à l’Urssaf.

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Contraintes imposées

Le jugement balaie l’argumentation soutenue tout au long de l’audience par les prévenus, selon laquelle Deliveroo France ne serait qu’une « plate-forme de mise en relation » et pas une société de services. Les juges relèvent que, contrairement à d’autres plates-formes de vente de biens (Vinted ou eBay) ou de fournitures de services (Airbnb), qui mettent en relation deux personnes physiques dans la transaction finale, l’organisation de Deliveroo exclut tout contact direct entre le restaurateur et le client final, la plate-forme se chargeant de la livraison.

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Devant la justice, la directrice générale de Santé publique France se défend d’avoir contribué à rétrograder une consœur

Entre deux réunions consacrées à la gestion de l’épidémie de Covid-19, la directrice générale (DG) de Santé publique France (SPF), Geneviève Chêne, a honoré un rendez-vous judiciaire, les 5 et 19 avril, devant la 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Mme Chêne était citée à comparaître, à l’instar de trois médecins légistes bordelais, pour « harcèlement moral » et « dénonciation calomnieuse ».

Partie civile dans cette affaire, la médecin Karine Dabadie reproche au quatuor d’avoir contribué à son éviction, en décembre 2019, du poste de responsable de l’unité médico-judiciaire et du Centre d’accueil d’urgence des victimes d’agression (Cauva) rattaché au pôle de santé publique du CHU de Bordeaux.

Qualifiée de « longue et houleuse » par les avocats de la défense, l’audience a mis en relief l’atmosphère délétère qui a longtemps prévalu au sein de l’unité médico-judiciaire Cauva de Bordeaux. Haines recuites, règlements de comptes et autres algarades ont miné ce service, déjà marqué par l’éviction en 2018 de la professeure Sophie Gromb, mise en examen pour « harcèlement moral » par un juge d’instruction de Douai (Nord) en octobre 2021.

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« J’ai des consignes de Mme Chêne »

A la barre, Mme Dabadie a déclaré s’être vu notifier verbalement son éviction, le 11 décembre 2019, par la successeure de Mme Chêne à la tête du pôle de santé publique du CHU de Bordeaux, la professeure Anne-Marie Rogues. « Mme Rogues m’a dit : “On m’a demandé de vous destituer, vos collègues disent qu’il y a de grosses difficultés managériales, j’ai des consignes de Mme Chêne” », a raconté Mme Dabadie, actuellement en disponibilité et qui a obtenu, en juillet 2021, l’annulation par le tribunal administratif de Bordeaux de la décision du CHU de l’écarter de ses fonctions.

Dans le cadre de la procédure pénale, elle met en avant une note cosignée, le 30 octobre 2019, par Mme Chêne, destinée au directeur général du CHU de Bordeaux ainsi qu’au président de la commission médicale d’établissement. Dans ce document sont notifiés les reproches formulés contre Mme Dabadie (« attitudes peu confraternelles », « management révélant des pratiques contestables »). La note ferait écho à des griefs qui auraient été émis par trois médecins légistes, reçus ce 30 octobre 2019 par Mme Chêne, nommée la veille « DG » de SPF par un décret d’Emmanuel Macron.

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« Sidérée » par les accusations portées à son encontre, Mme Chêne « conteste les infractions reprochées » tout en expliquant que Mme Dabadie, recrutée en juin 2018, « s’est renfermée sur elle-même sur fond de mésentente avec des praticiens ».

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