Tickets-restaurants : pourquoi le plafond de paiement retourne à 19 euros

Le montant plafond du titre-restaurant reste inchangé, fixé à 19 euros.

C’est un retour à la normale pour les quelque quatre millions de salariés qui en bénéficient : le plafond d’utilisation quotidien des titres-restaurants revient, vendredi 1er juillet, à 19 euros.

Le doublement de ce plafond à 38 euros et l’autorisation d’utiliser ce moyen de paiement également les week-ends et jours fériés avaient été décidés à l’issue du premier confinement en 2020. La crise sanitaire se prolongeant, le dispositif avait été reconduit à plusieurs reprises, dont la dernière fois en février jusqu’au 30 juin.

« Ces mesures ont permis de relancer la consommation dans les restaurants » et « d’accélérer l’utilisation des tickets épargnés par les salariés du fait des restrictions sanitaires », rappelle le ministère de l’économie et des finances. Mais « aujourd’hui, ces deux causes se sont éteintes » et « le stock de tickets a été écoulé », les anciens tickets de 2021 ayant pu être remplacés par des tickets valables en 2022, constate le ministère.

Dix-neuf euros depuis 2014

Le montant payable en titre-restaurant va donc retrouver son plafond d’avant la crise sanitaire, à 19 euros. Il a été établi en 2014 par l’article R3262-10 du code du travail, selon lequel : « L’utilisation des titres-restaurants est limitée à un montant maximum de dix-neuf euros par jour. Lorsque [ils] sont émis sous forme dématérialisée, le salarié est débité de la somme exacte à payer, dans la limite du montant maximum journalier mentionné. »

Jean-Michel Rousseau, qui préside la Commission nationale des titres-restaurants (CNTR, composée de représentants des organisations professionnelles et syndicales les plus représentatives des employeurs et des salariés, des syndicats de restaurateurs et des entreprises émettrices de titres-restaurants), rappelle que ce montant a été fixé lors de la dématérialisation des titres-restaurants, en 2014, à l’occasion du « choc de simplification ».

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« Dix-neuf euros, cela correspondait à la valeur faciale de deux titres-restaurants [au format papier] pour un repas », explique M. Rousseau. Depuis cette date, les chèques-restaurants au format papier coexistent avec les cartes rechargeables, qui fonctionnent de la même manière qu’une carte bancaire.

Il ajoute que la CNRT a essayé de faire bouger les lignes en adressant, fin mai, un courrier aux ministères de l’économie et du travail pour leur demander de porter de manière pérenne le plafond quotidien à 29 euros dans les restaurants, tout en recommandant de le maintenir à 19 euros auprès des autres professionnels agréés à le percevoir (métiers de bouche, distribution alimentaire…). Mais il n’a pas obtenu satisfaction.

Une utilisation encadrée par la loi

Le titre-restaurant reste ainsi fidèle à son histoire : il sert à financer la pause déjeuner. En 1913, une première loi a instauré une restauration d’entreprise, rappelle la CNRT, mais le principe du luncheon voucher (ou « bon repas ») a vu le jour au Royaume-Uni en 1950. Le concept a traversé la Manche en 1957 avant que le gouvernement de Georges Pompidou, convaincu par ce système de prise en charge de la restauration salariée, le dote d’un cadre législatif en 1967.

Depuis, les conditions d’utilisation des titres-restaurants ont évolué, se sont assouplies – l’élargissant aux agents des collectivités publiques, aux achats de fruits et légumes ou de plats cuisinés frais, surgelés ou en conserve, de salades préparées et de salades composées – mais elles restent strictement encadrées.

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Selon les textes, ils sont destinés à assurer un repas aux salariés pendant leur journée de travail. Ils sont nominatifs – il est interdit d’en faire bénéficier des tiers –, et ne doivent être utilisés que pendant les jours ouvrables, sauf pour les salariés amenés à travailler le dimanche ou les jours fériés. La loi n’autorise l’utilisation que d’un titre-restaurant, même si, dans la pratique, il est possible de régler avec deux.

Enfin, ils ne doivent être utilisés que dans le département du lieu de travail du salarié bénéficiaire et les départements limitrophes, sauf en cas de mention contraire par l’employeur, etc. Un ensemble de règles plus ou moins respectées.

Veolia : Estelle Brachlianoff, la générale des eaux

Et soudain, l’émotion l’a submergé. Le 15 juin, en plein milieu de l’assemblée générale, cadre pourtant peu propice aux effusions, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a fondu en larmes au moment de laisser sa place au pupitre à sa numéro deux, Estelle Brachlianoff, très émue aussi. Des adieux comme un prélude au grand passage de témoin programmé le 1er juillet. Ce jour-là, Estelle Brachlianoff, 49 ans, a pris la direction générale, Antoine Frérot restant président non exécutif.

Portrait de la nouvelle PDG de Veolia, Estelle Brachlianoff, à Aubervilliers, le 13 janvier 2022.

Le leader mondial du recyclage et de la gestion des eaux devient la troisième entreprise du CAC 40 à être dirigée par une femme, après Engie (Catherine MacGregor) et Orange (Christel Heydemann). Même si cela semble presque anecdotique pour l’ex-Générale des eaux : la nouvelle patronne est avant tout une polytechnicienne issue du corps des Ponts et Chaussées, la voie royale chez Veolia, élevée pendant dix-sept ans au bon grain des décharges et des usines de traitement des eaux.

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Après douze ans de règne dont quatre consacrés à déminer les tentatives de putsch ourdies par son prédécesseur, Henri Proglio, Antoine Frérot – X-Ponts lui aussi – avait à cœur de soigner sa succession. En 2018, en nommant Estelle Brachlianoff directrice générale adjointe chargée des opérations, il avait prévenu son conseil d’administration qu’il entendait lui transmettre un jour les rênes. Un plan stratégique, une crise sanitaire et un raid sur Suez plus tard, c’est chose faite. « Antoine Frérot et le conseil d’administration ont pu la juger sur un éventail de situations et de difficultés que peu de dirigeants ont eu à affronter en aussi peu de temps », souligne Nathalie Rachou, administratrice de Veolia.

« Il faut vous froisser un peu »

Celle à qui ses collaborateurs avaient offert une montre en cadeau de départ car elle était perpétuellement en retard, n’a pas manqué son rendez-vous avec les 220 000 salariés de Veolia. « Je ne me suis jamais dit “tu seras directrice générale”, mais je me suis rendu compte que d’autres y pensaient pour moi », confesse la dirigeante. A commencer par Denis Gasquet, l’ancien patron de la branche déchet de Veolia qui l’avait recrutée comme chargée de mission en 2005.

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Ce dernier assure qu’après près de deux heures d’entretien avec cette jeune fonctionnaire brillante et ouverte d’esprit, il avait eu l’intuition qu’elle irait très loin. Mais encore fallait-il que la pimpante trentenaire, fraîche émoulue de la préfecture d’Ile-de-France, apprenne « la vraie vie ». « Il faut vous froisser un peu » : c’est l’injonction que le mentor a lancée à sa sherpa. Elle se verrait bien prendre la tête de la région toulousaine ? Il l’envoie diriger une filiale de nettoyage, employant 15 000 collaborateurs, avec pour clients des abattoirs, des usines automobiles ou le métro. Un univers impitoyable où chaque centime compte. La rentabilité se redresse. Le métier rentre. « Il fallait continuer à la faire souffrir », dit en souriant Denis Gasquet et il la propulse à la tête des déchets de la région Ile-de-France.

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Adidas annonce la fermeture de son siège de Strasbourg

La décision était attendue avec appréhension depuis plusieurs semaines : Adidas France, filiale de la marque allemande aux trois bandes, vient de se résoudre à regrouper l’ensemble de ses services administratifs en un seul lieu, pour ne conserver que son siège parisien. La réorganisation devrait être effective d’ici à septembre 2024.

L’équipementier aura alors vidé les locaux qu’il occupe depuis 2018 dans le quartier d’affaires flambant neuf « Archipel », au nord de Strasbourg. Adidas est pourtant lié au propriétaire des lieux (Groupama) par un bail de neuf ans.

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Quelque 140 salariés sont concernés par cette relocalisation, engagée à l’issue de deux ans de pandémie qui, il est vrai, ont vu fondre la présence des salariés dans les bureaux. Ils étaient encore 200 lors de l’inauguration des locaux, il y a quatre ans. Pour leur permettre de poursuivre leur carrière au sein d’Adidas, l’entreprise a prévu de faire preuve d’une « flexibilité inédite » en ayant recours jusqu’à 80 % au télétravail. Soit trois à huit jours par mois seulement sur site, selon le type de poste, le reste de l’activité se déroulant à domicile. La possibilité pour les salariés de disposer d’espaces de coworking dans la capitale alsacienne a cependant été rejetée par la direction.

Colère locale

« On nous dit que ce regroupement doit permettre aux deux équipes de se rencontrer et créer une culture d’entreprise, mais j’ai du mal à comprendre comment celle-ci va pouvoir se mettre en œuvre alors qu’on autorise les salariés à avoir un fort pourcentage de télétravail. Comment vont faire les personnes qui décideront de ne pas poursuivre chez Adidas, à quelles conditions vont-elles pouvoir partir ? », indique Olivier Apell, délégué syndical SASA (Syndicat autonome des salariés d’Adidas).

L’hypothèse d’un plan social n’est en effet pas à exclure. Elle met en colère les représentants des quatre collectivités locales concernées (ville de Strasbourg, Eurométropole, Collectivité européenne d’Alsace et Région Grand-Est), qui s’étaient mobilisées il y a quelques semaines pour convaincre le PDG du groupe, Kasper Rorsted, qu’Adidas « a toutes les raisons de choisir l’Alsace et Strasbourg ». « Cette décision rapide et brutale a été prise avec un manque de transparence et de concertation total », dénonce ainsi Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg.

Adidas est présent en Alsace depuis 1959, lorsque le fondateur, Horst Dassler, a lancé sa filiale française dans la petite ville de Dettwiller, connue pour son savoir-faire dans la fabrication de chaussures, avant de bâtir son siège quelques kilomètres plus loin, à Landersheim. Le groupe employait alors jusqu’à 2 000 personnes dans la région, avant de délocaliser la totalité de sa production en Asie. Il ne disposera bientôt plus que d’un « magasin d’usine » et de quelques entrepôts.

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Coup de rabot budgétaire sur l’apprentissage

Le monde de l’apprentissage est soumis à une cure de sobriété budgétaire. Les crédits alloués aux organismes de formation vont être réduits en deux temps – de 5 % à compter du 1er septembre, puis d’un montant qui devrait être équivalent à partir du 1er avril 2023. C’est la conséquence de la délibération adoptée, jeudi 30 juin, par le conseil d’administration de France compétences, l’instance de régulation et de financement du secteur. Entre 750 et 800 millions d’euros d’économies sont attendues de ces arbitrages, qui ont été pris en concertation étroite avec l’Etat – à sa demande même, aux dires de plusieurs protagonistes. Une partie du patronat est mécontente, tout comme les responsables de structures accueillant des apprentis : ils craignent que ce double coup de rabot casse la dynamique favorable dont le système bénéficie depuis plusieurs années.

Si elle est controversée, cette décision ne constitue nullement une surprise. Elle résulte d’un processus engagé en décembre 2021 qui a consisté à passer en revue chaque financement – ou « niveau de prise en charge » – dédié aux contrats d’apprentissage. Un travail de bénédictin réalisé sur un peu plus de 42 000 valeurs.

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L’un des buts de l’opération est de contribuer au renflouement de France compétences, dont le budget s’avère structurellement déficitaire : – 4,6 milliards d’euros en 2020, – 3,2 milliards en 2021… Cette année, le trou pourrait avoisiner les 6 milliards. Une situation synonyme d’« impasse financière », pour la Cour des comptes, qui a remis, le 23 juin, un rapport très documenté sur le sujet.

Primes exceptionnelles pour les patrons

Le problème est lié aux transformations profondes que l’apprentissage a connues durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La loi de septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a cherché à promouvoir cette voie pour acquérir des qualifications en facilitant l’ouverture de centres de formation d’apprentis (CFA). Le texte a également bouleversé les modalités de financement : désormais, pour chaque jeune signataire d’un contrat, une somme est attribuée en fonction du « niveau de prise en charge » fixé par les branches professionnelles ou, à défaut, par l’Etat (sur proposition de France compétences). Parallèlement, des primes exceptionnelles ont été instaurées en 2020 au profit des patrons qui embauchent ce type de main-d’œuvre.

Toutes ces mesures sont à l’origine de l’essor impressionnant de l’apprentissage : en 2021, quelque 730 000 contrats ont été conclus, contre 290 000 cinq ans plus tôt. Revers de la médaille : France compétences n’a pas assez d’argent pour payer la facture. D’où les déficits récurrents, auxquels l’opérateur fait face à coups d’expédients (emprunts bancaires, subventions de l’Etat).

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A Radio France, dans l’ombre des émissions, les petites mains de la production

Dans le studio de la matinale de France Inter, à Paris, le 22 avril 2022.

Ce sont ce qu’on appelle, dans la « maison ronde », des « contrats de grille ». Ceux des réalisateurs, attachés de production, techniciens ; ces métiers de l’ombre des émissions de Radio France, occupés très largement par des professionnels aux contrats précaires. « Les émissions ont gonflé avec beaucoup de “collaborateurs spécialisés”, un titre qui permet de faire entrer dans le statut d’intermittent tout un travail de programmation, constate Renaud Dalmar, référent égalité de l’entreprise et délégué syndical CFDT. On a de grosses équipes, en particulier à France Culture, essentiellement de CDDU [contrats à durée déterminée d’usage]. Un moyen de pallier la restriction d’emploi en CDI à Radio France, mais au prix de la précarité de ces collaborateurs. » Il estime à près de 50 % de contrats précaires dans les métiers de « support » des émissions du groupe.

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« Certains vivent comme ça six ans d’intermittence dans une même station, sans que cela ait en réalité rien à voir avec ce statut », remarque Paul (les prénoms ont été modifiés), jeune « atta pro », en charge des fiches de préparation d’émissions. Il raconte aussi la « grande valse » de l’été, quand il s’agit de se positionner sur la grille estivale puis sur celle de la rentrée. « On est soumis à la saisonnalité des émissions : je travaille beaucoup les vacances, mais les rentrées peuvent être très creuses. En septembre 2021, je n’ai eu que deux jours de contrat », relate Pauline, trentenaire qui multiplie depuis trois ans les CDD de réalisatrice – métier qui n’entre pas dans les cases de l’intermittence et donc des indemnisations du statut. « Je suis passionnée par mon métier, et Radio France est le seul endroit qui permet de faire autant du direct que du podcast ou du documentaire. Mais psychologiquement, c’est épuisant. »

« En finir avec la productivité » : le sexisme d’une notion phare de l’économie et du travail

Livre. Que serait devenu Adam Smith (1723-1790) sans sa mère, Margaret Douglas ? A la suite de l’autrice Katrine Marçal, Laetitia Vitaud se pose la question dans son essai, En finir avec la productivité qui a pour sous-titre Critique féministe d’une notion phare de l’économie et du travail. Manière de nous montrer que si l’économiste écossais a pu laisser sa trace dans l’histoire, c’est grâce à ses travaux fondateurs, mais aussi parce qu’il disposait des conditions nécessaires pour les réaliser. Et cela en raison notamment de la présence d’une mère aimante qui « lui préparait de bons petits plats, lui lavait ses vêtements et le soignait quand il avait un rhume ».

L’autrice, spécialiste du futur du travail, résume : « Pour pouvoir être productif, il faut que quelqu’un vous prépare à manger. » Ce que n’a pas intégré M. Smith dans ses écrits. L’économiste a, certes, posé les bases théoriques du concept de productivité, mais il avait « un angle mort terrifiant » dans sa pensée, estime donc Mme Vitaud. Une pensée pourtant encore dominante. « Les indicateurs qui inspirent nos politiques ne tiennent pas ou peu compte du travail non rémunéré des mères (et des pères), du soin, du nettoyage, de la cuisine, de l’aide apportée aux personnes âgées », poursuit l’autrice.

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A travers cet exemple des plus symboliques, elle nous montre combien la notion de productivité est imparfaite (et même « toxique »), invitant à la dépasser pour définir une nouvelle manière d’évaluer la valeur d’un travail effectué. Son ouvrage se présente comme une critique de ce concept, alimentée par une réflexion féministe. Au fil des pages se dévoile ainsi « le lien entre la logique productiviste et les inégalités de genre ».

Intégrer les apports invisibles et gratuits

Car, explique l’autrice, « les femmes portent la productivité de tous sur leurs épaules sans en recevoir les fruits. Lestées des charges mentale et émotionnelle de leur foyer », elles sont responsables de l’entretien de la force de travail de leur famille et n’ont souvent pas les moyens matériels optimaux pour développer leur propre activité professionnelle.

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La période de télétravail imposée par la pandémie de Covid-19 en a apporté une illustration éclairante. Elle a pu aussi être vécue comme « un cadeau empoisonné » par les femmes. Dans de nombreux secteurs d’activité, elles « ont pris sur elles une part plus importante de corvées domestiques et eu moins souvent accès à un espace de concentration ». Mme Vitaud en livre un exemple saisissant. Dans le monde universitaire, « à cause du confinement, les femmes chercheuses, en particulier les mères, ont soumis beaucoup moins d’articles à la publication. Les hommes, en revanche, ont trouvé le moyen de produire beaucoup plus ».

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Le système Radio France, machine à broyer les jeunes recrues

Vue aérienne de la Maison de la radio, siège de Radio France, à Paris, le 14 juillet 2018.

Marie s’est fait peur ce jour-là. Elle était sur la route, de retour d’un contrat dans une station de France Bleu, quand elle a perdu la vision durant de longues secondes. « J’étais dans un état de fatigue extrême et j’ai soudain vu noir. Heureusement, j’étais en ligne droite, j’ai tenu le volant comme je pouvais », raconte la jeune journaliste de 27 ans (dont le prénom a été modifié), qui roulait alors d’une locale de la radio de service public à une autre, après des semaines à un rythme effréné à sillonner la France. Ployant sous la surcharge de travail, elle a depuis décidé de s’arrêter quelque temps – à l’instar d’autres jeunes journalistes contactés, essorés par les conditions de travail de leurs premières années au sein de Radio France.

Pigistes ou contrats à durée déterminée (CDD) sont inscrits sur le « planning », le système d’enchaînement de contrats courts. Sans eux certaines tranches d’information du groupe – qui rassemble les quarante-quatre radios locales de France Bleu, France Inter, Franceinfo… – ne tourneraient pas. Ils sont une centaine à ce jour sur le planning et environ autant en pige (soit près d’un quart des journalistes de Radio France) ; ils sont sur le pont la nuit ou les week-ends, envoyés partout dans l’Hexagone pour des missions de courte durée, souvent jusqu’à l’épuisement.

La quinzaine de jeunes recrues qui ont accepté de nous parler ces derniers mois, sous couvert d’anonymat par crainte de « représailles », rapportent un même récit : celui d’une « précarité institutionnalisée », de journées de travail à rallonge et d’une pression intenable, pour lesquels « n’importe quelle entreprise privée se serait déjà fait épingler ».

Le désir souvent chevillé au corps de travailler pour le service public, ces jeunes journalistes sortis d’école ont fait leurs premiers pas dans l’entreprise comme pigiste – des missions à la journée, payées 73 euros net, un montant qui augmente avec l’ancienneté. Rattachés généralement à une locale de France Bleu, sans garantie toutefois d’un nombre de jours mensuels travaillés, ils subissent déjà régulièrement une surcharge de travail. « Il m’arrivait de croiser le matinalier quand je finissais à 3 heures du matin, après avoir commencé à 8 h 30 », relate une journaliste, passée par une station de l’Ouest.

« Conditions de travail illégales »

Eprouvante, l’expérience de la pige l’est aussi parce que s’y joue la possibilité, accordée par son chef de rédaction, de se présenter à un concours interne : deux journées d’épreuves et une poignée de sélectionnés, pour non pas intégrer pleinement l’entreprise… mais un vivier de CDD, le fameux « planning » au sein duquel les inscrits sont amenés à se déplacer en remplacement sur l’ensemble du territoire – officiellement le passage obligé pour espérer, à terme, être titularisé à Radio France. Un système, mis en place depuis des décennies, qui conduit ces jeunes journalistes à enchaîner les CDD durant plusieurs années, pour certains jusqu’à plus de cinq ans, hors de tout cadre légal.

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Environ 10 % des vols annulés jeudi à Paris-Charles de Gaulle en raison d’une grève

Sur le tarmac de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, le 25 mai 2020.

Quelque 10 % des vols au départ où à l’arrivée de Paris-Charles de Gaulle (CDG) seront annulés, jeudi 30 juin, en raison d’un mouvement social qui touche les pompiers du premier aéroport français sur fond de négociations salariales et qui pourrait s’étendre à d’autres catégories de personnels.

Conséquence de cette grève, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) « a demandé aux compagnies aériennes d’annuler préventivement une partie du programme des vols. Nous serons ainsi en mesure d’assurer plus de 90 % des vols sur la journée », a précisé Groupe ADP (Aéroports de Paris) à l’Agence France-Presse (AFP).

Plus précisément, la DGAC a enjoint aux transporteurs d’annuler 17 % de leurs vols entre 7 heures et 14 heures, a dit à l’AFP une porte-parole de l’administration, le tout pour des questions de sécurité des opérations aéroportuaires.

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« Nous invitons les passagers à vérifier l’actualité de leur vol auprès de leur compagnie et à anticiper leur venue à l’aéroport : trois heures pour un vol [long-courrier] international, deux heures pour un vol domestique ou européen », a précisé Groupe ADP.

De même source, « Groupe ADP est en lien permanent avec les différents acteurs opérationnels de Paris-CDG, compagnies aériennes et navigation aérienne, pour limiter l’impact de ces grèves. Nous mobiliserons tous nos canaux d’information pour que les passagers puissent préparer au mieux leur voyage. »

Mouvement de grève plus vaste à partir de vendredi

De son côté, Air France, l’une des principales compagnies utilisatrices de Paris-Charles de Gaulle, a souligné avoir été contrainte d’annuler plus de 10 % de ses vols court et moyen-courriers décollant ou atterrissant de CDG, soit soixante-deux mouvements d’avions. Les long-courriers ne seront pas affectés. « Notre programme de vols est à jour » et les voyageurs affectés ont été informés, a précisé un porte-parole de la compagnie, même si « des retards et des annulations de dernière minute ne sont (…) pas à exclure ».

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Cette grève des soldats du feu intervient avant un mouvement multisectoriel chez Groupe ADP prévu de vendredi à dimanche pour réclamer des augmentations de salaires. « Nous attendons encore la confirmation du nombre de grévistes et de son impact potentiel sur le trafic aérien », précise le gestionnaire.

« Pour les journées suivantes, Air France adaptera son programme si nécessaire », a ajouté pour sa part la compagnie, qui « regrette ce mouvement social qui survient au moment où le transport aérien dans son ensemble se remet à peine d’une crise sans précédent », due à la pandémie de Covid-19.

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Le Monde avec AFP

« Le jet privé, un assez bon indicateur de la dérive de la gouvernance des entreprises »

Le grand patron aime les jets privés. Surtout aux Etats-Unis où les distances justifient des déplacements fréquents en avion. Pourquoi s’embêter à poireauter des heures dans les files d’attente des aéroports quand on peut arriver un quart d’heure avant le départ de son propre appareil, au confort généralement bien supérieur. La tentation est grande et la crise sanitaire a fourni de précieux arguments. Le trafic mondial a augmenté de plus de 20 % en 2021 et les gros acteurs du secteur affirment avoir augmenté de 50 % le nombre de leurs clients.

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Cela se comprend pour les déplacements d’affaires, face à des compagnies aériennes qui peinent à retrouver leur trafic d’avant-Covid, moins pour partir en famille. C’est pourtant ce que constate le Financial Times, qui dresse la liste des dépenses des entreprises en jet privé de leurs dirigeants pour « raisons personnelles ». Meta, la maison mère de Facebook, a dépensé 1,6 million de dollars (1,5 million d’euros) en jets privés uniquement pour le transport de son patron, Mark Zuckerberg. Celui de Lockheed Martin, James Taiclet, se fait transporter dans sa maison de campagne. Au total, les frais pour voyages personnels payés par les entreprises ont augmenté de plus de 35 % entre 2020 et 2021, selon la société de conseil aux investisseurs ISS.

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Débauche aérienne

Cette débauche aérienne ne va pas mettre en danger les comptes de ces entreprises florissantes, mais elle est choquante et inquiétante. Quand le salaire des patrons progresse au rythme de l’évolution de la Bourse en 2021, avec des salaires dépassant couramment, aux Etats-Unis, le seuil des 20 millions de dollars, on se demande si ces chanceux ont, en plus, besoin que l’entreprise finance leurs vacances en Floride. Si l’on ajoute le bilan carbone désastreux de telles pratiques, on peut s’interroger sur le niveau de connaissance que les conseils d’administration ont sur les engagements de leur propre entreprise en matière sociale, environnementale et de gouvernance.

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Le jet privé est d’ailleurs un assez bon indicateur de la dérive de la surveillance de la gestion des entreprises. Quand le fonds d’investissement KKR a appris en 1988 que le patron de RJR Nabisco utilisait celui de la société pour faire voyager son berger allemand, ils ont compris qu’il était temps de vendre et de démanteler l’entreprise.

Depuis, les actionnaires en ont fait un indicateur de bonne gestion et d’intégrité du conseil d’administration. Celui-ci baisse la garde. Le patron du fonds souverain norvégien, Nicolai Tangen, affirmait en mai dernier que « la cupidité des patrons atteint des niveaux jamais vus ». Quand les jets sont de retour, les loups de Wall Street peuvent aiguiser leurs dents.

Geoxia, constructeur des maisons Phénix, placé en liquidation judiciaire : 1 100 salariés licenciés et 1 600 chantiers en cours

« Un sinistre d’une telle envergure dans la maison individuelle, ça ne s’est jamais vu », résume, des sanglots dans la voix, Lucy Grolleau, secrétaire (sans étiquette syndicale) du CSE central de groupe Geoxia. Mardi 28 juin, le tribunal de commerce de Nanterre a mis en liquidation quatorze des dix-sept sociétés du deuxième constructeur français de maisons individuelles. Et notamment de la célèbre maison Phénix, créée en 1946 : son modèle standardisé de structures métalliques et panneaux de béton fabriqués en série à l’usine avait rendu le rêve de petit pavillon accessible au plus grand nombre.

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Mais derrière le symbole, ce sont 1 100 salariés qui viennent d’apprendre leur licenciement, et 1 600 chantiers de maisons individuelles qui sont arrêtés, dans toute la France, plongeant dans l’incertitude plus de 3 500 clients des marques Maisons Phénix, Maison Castor, Maison Familiale ou Maison Briot.

« Qui va reprendre le chantier ? Et à quel prix ? Est-ce que les assurances vont tout prendre en charge ? A cette heure, on ne sait rien », confiait, mardi soir, circonspect, Joevin, 26 ans, futur propriétaire d’une maison familiale dans le Pas-de-Calais. Cet agent d’exploitation et sa femme, auxiliaire de vie, ont vu s’assombrir d’un coup leur rêve d’accéder à la propriété avant la naissance de leur second enfant.

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Malgré un contrat de construction de maison individuelle (CCMI) signé en mai 2021, les travaux n’ont commencé qu’en février. Là, en deux semaines, le terrassement et la dalle sont faits, puis plus de nouvelles. « Un des plus grands groupes de construction de France, on se dit que c’est solide, on avait confiance ! » Jusqu’à l’annonce du placement de Geoxia en redressement judiciaire, le 24 mai, avant liquidation, mardi.

Un modèle à faible marge

Le couple a déjà versé 50 000 des 171 000 euros du prix de la maison. « On est coincés… Mais on ne pourra pas assumer et un crédit pour une maison pas finie et un loyer pour un endroit où vivre en attendant ! Nos revenus ne sont pas élevés et notre budget était calculé au plus serré », s’inquiète le père de famille.

La plupart des futurs propriétaires sont des primo-accédants, aux revenus modestes. Ils se sont rassemblés sur les réseaux sociaux pour partager informations et désarroi. « Comment a-t-on pu nous faire signer des contrats alors que la direction savait pertinemment que ça n’allait pas ? », s’emporte Joevin.

De quand datent les déboires de Geoxia ? De 2020, assure le groupe, qui mentionne des causes conjoncturelles : la crise sanitaire puis la flambée des coûts des matériaux. L’effet est désastreux sur ce modèle à faible marge, qui ne peut répercuter les hausses une fois les contrats signés par les clients. Mais le groupe accuse aussi les banques comme le gouvernement de ne pas lui avoir porté secours, en refusant notamment tout prêt garanti par l’Etat (PGE). Cela afin d’entraver la construction de maisons individuelles, croient les défenseurs de Geoxia, la loi Climat et résilience ayant fixé à 2050 l’objectif de zéro artificialisation des sols.

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