L’Allemagne, durement frappée par la pénurie de main-d’œuvre, s’apprête à réformer sa politique migratoire

Une affiche à l’entrée d’un restaurant de Hambourg (Allemagne) indique que celui-ci cherche du personnel, le 6 juillet 2022.

« Réceptionniste, temps plein, 2 300 à 2 700 euros brut par mois, 25 jours de congé par an. » Sur le site Internet de cette chaîne d’hôtellerie allemande créée à Berlin en 1999, des dizaines d’offres d’emploi du même type se succèdent, dans une liste qui semble interminable : réceptionniste, personnel de salle pour le petit déjeuner, agent de maintenance… Presque aucune expérience n’est demandée ; les conditions semblent attractives. Toutefois, les candidatures se font rares. « C’est catastrophique. Nous avons énormément de mal à trouver des gens », déplore une cadre de ce groupe, qui préfère rester anonyme par crainte de l’effet négatif sur l’image de son entreprise, cruciale dans le recrutement. « La situation est devenue extrêmement critique. Nous allons sans doute revoir nos plans de croissance à la baisse. »

La pandémie de Covid-19, qui a conduit à des licenciements et mis un coup d’arrêt à l’embauche dans le secteur, a aggravé une situation déjà tendue. « Dans l’hôtellerie, les carrières ont perdu de l’attractivité auprès des candidats, qui redoutent le retour d’éventuelles restrictions. Et ceux qui sont là subissent le stress de devoir assurer le service en effectif réduit, ce qui conduit à des départs et affecte l’image de ces emplois. C’est un cercle vicieux », poursuit cette même source.

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Dans l’hôtellerie et la restauration, comme dans les aéroports, où les 7 300 emplois vacants ont provoqué d’importantes perturbations cet été, la pénurie est particulièrement prégnante. Mais ce n’est que la partie la plus visible du problème. Selon un sondage de l’institut économique IFO, paru début août, tous secteurs confondus, une entreprise sur deux ne parvient pas à recruter. Presque deux millions de postes sont vacants, a relevé l’institut IAB en août. Un record absolu.

Menace sur la reprise de la conjoncture

Dans certains métiers, le personnel manquant pourrait ne jamais revenir, tant la bataille pour les recrues et les apprentis est impitoyable sur le marché. « Après la pandémie, beaucoup de salariés déçus du tourisme et de l’hôtellerie-restauration ont redécouvert l’attractivité des métiers de l’artisanat. Certains se sont tournés vers nous », témoigne Lasse Kutzbach, qui dirige une entreprise spécialisée dans les toitures et les structures en bois. « Nous en avons profité, car nous offrons une atmosphère familiale et une formation de qualité », se félicite-t-il, en montrant l’effervescence des travailleurs dans la cour remplie de poutres de son atelier, au cœur du quartier de Tempelhof, à Berlin. S’il estime n’avoir pour l’instant pas de mal à dénicher des candidats, en raison du bouche-à-oreille positif qui s’est créé autour de son entreprise, il reconnaît être une exception au sein de sa branche. Dans les métiers de l’artisanat, 150 000 postes sont actuellement non pourvus.

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Les quatre défis de la rentrée d’Emmanuel Macron : pouvoir d’achat, vote du budget, réforme de l’allocation-chômage et des retraites

Emmanuel Macron et Elisabeth Borne tiennent une réunion de cellule interministérielle de crise, au fort de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas (Var), le 18 août 2022.

Il a appelé les Français à « accepter de payer le prix de la liberté ». Vendredi 19 août, à Bormes-les-Mimosas (Var), Emmanuel Macron a donné le ton : les sujets économiques et sociaux vont occuper l’ordre du jour politique de l’automne, sur fond d’inflation persistante et de répercussions du conflit en Ukraine. « Entre les incertitudes sur la question du pouvoir d’achat et de la croissance, et les réformes à mettre en place en l’absence de majorité au Parlement, la rentrée ne sera pas facile pour le gouvernement », résume Philippe Martin, le président délégué du Conseil d’analyse économique, un groupe de réflexion rattaché à Matignon.

L’automne doit aussi marquer le vrai coup d’envoi du second quinquennat d’Emmanuel Macron. Là encore, les mois à venir seront déterminants. L’exécutif parviendra-t-il à faire passer les réformes censées permettre d’atteindre les deux principaux objectifs de politique économique promis par le chef de l’Etat pour 2027 : le plein-emploi et un déficit public réduit à moins de 3 % du produit intérieur brut (PIB) ? « On peut aller vers le plein-emploi, mais il nous faut continuer à mener les réformes indispensables », avait-il rappelé dans son interview du 14-Juillet.

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Parmi celles-ci, la réforme de l’assurance-chômage, destinée à la fois à faire des économies budgétaires et à inciter au retour à l’emploi, prévoit de moduler les indemnités des personnes concernées en fonction de la santé de l’économie, sans que les critères précis soient encore connus. Un principe qui hérisse les syndicats. La réforme des retraites, toujours prévue pour entrer en vigueur à l’été 2023, promet, elle aussi, des débats houleux, tandis que celle du revenu de solidarité active (RSA) doit être expérimentée dans plusieurs départements. Alors que les oppositions comptent bien se faire entendre, les prochaines semaines s’annoncent semées d’embûches pour le président et son équipe, qu’il devait réunir pour un premier conseil des ministres, mercredi 24 août.

Le piège de la flambée des prix

Elle a été au centre des premiers textes parlementaires de l’été : la flambée des prix, en particulier alimentaires et de l’énergie, va continuer à mettre l’exécutif sous pression. Les plus de 20 milliards d’euros de mesures votées – non sans mal – cet été pour soutenir le pouvoir d’achat (remise carburant, prime de rentrée, revalorisation des minima sociaux, bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité, hausse du plafond de défiscalisation des heures supplémentaires…) suffiront-ils à calmer les inquiétudes des Français ? Rien n’est moins sûr. Si les prix à la pompe sont en recul, l’inflation a dépassé 6 % en juillet.

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Au Royaume-Uni, la vague de grèves salariales se durcit

Des travailleurs du syndicat Unite en grève sur le port de Felixstowe (Royaume-Uni), le 21 août 2022.

Jeudi 18 août, les trains britanniques étaient en grève et la circulation, fortement perturbée. Le lendemain, le métro de Londres se trouvait à l’arrêt. Le surlendemain, les trains étaient de nouveau bloqués. Dimanche, c’était au tour des dockers du port de Felixstowe, dans l’est de l’Angleterre, de lancer un arrêt de travail de huit jours. Lundi 22 août, la colère s’est aussi emparée des avocats, qui ont voté à une très large majorité le renforcement du mouvement de grève qu’ils ont déclenché en avril. A Edimbourg, la capitale écossaise, après presque une semaine de débrayage des éboueurs, les ordures s’entassent.

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Chaque jour ou presque, le Royaume-Uni est confronté à un nouveau mouvement d’exaspération des salariés. « L’été du mécontentement », comme il a été surnommé, a débuté en juin et tend à se durcir. Il s’agit désormais de la plus grande vague de grèves depuis une trentaine d’années, même si cela reste pour l’instant loin de « l’hiver du mécontentement » de 1979, qui avait tout immobilisé.

Cela étant dit, dans un pays qui n’a guère connu de mouvements sociaux depuis les années 1990, il n’y a ni grande manifestation ni vraie coordination des actions. Devant les gares, quelques dizaines de manifestants sont parfois réunis, brandissant poliment une poignée de pancartes. Lundi, à Felixstowe, le plus grand port de conteneurs du royaume, moins d’une centaine de personnes en gilets fluorescents roses ou rouges faisaient acte de présence sur les pelouses desséchées, près de leur lieu de travail.

Choc de l’inflation

Le manque d’habitude vis-à-vis des grèves − à Felixstowe, ce n’était pas arrivé depuis trente ans − rend d’autant plus prégnant le mouvement généralisé qui semble s’emparer du pays. « Dans le port, les salariés ne sont vraiment pas des militants, souligne Robert Morton, représentant du syndicat Unite pour le secteur des transports. Mais ils ne peuvent tout simplement pas laisser leurs salaires être ravagés par l’inflation. »

Chaque débrayage a ses spécificités, mais tous se rejoignent sur un point : le choc de l’inflation, à 10,1 % en juillet outre-Manche (voire 12,3 % suivant les indicateurs), est violent. Sur un an, la rémunération moyenne, en incluant les bonus, avait progressé de 5,1 % au deuxième trimestre, représentant un recul du pouvoir d’achat de 3 %. Il faut remonter à la crise financière de 2008 pour trouver une chute aussi prononcée. Ce n’est probablement qu’un début : la Banque d’Angleterre prévoit que l’inflation atteindra 13 % dans les mois à venir. Quant aux analystes de Citi, une banque américaine, ils tablent même sur 18 % en janvier 2023.

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« Des chiffres et des lettres » : Bertrand Renard et Arielle Boulin-Prat évoquent un départ « contraint et forcé »

Les animateurs du programme de France Télévisions « Des chiffres et des lettres », Arielle Boulin-Prat, Bertrand Renard et Laurent Romejko, sur le plateau de l'émission, le 16 février 2012 à Paris.

Bertrand Renard et Arielle Boulin-Prat, les deux piliers du jeu télévisé « Des chiffres et des lettres », ont évoqué, lundi 22 août, dans la soirée, un départ « contraint et forcé », récusant la version avancée par France Télévisions d’un changement de formule qu’ils auraient refusé.

Dans un communiqué envoyé à l’Agence France-Presse (AFP) et au Parisien, les deux figures historiques du PAF donnent leur version de leur départ et évoquent « une situation d’une rare violence ».

Régularisation refusée

« Ce qui est désigné pudiquement comme un “désaccord contractuel” a surgi, car FTV a exigé une baisse de notre salaire de l’ordre de 60 % et a refusé de nous accorder le CDI que nous avons eu l’outrecuidance de réclamer », affirment-ils dans le communiqué. Ils soulignent également :

Car, oui, vous avez bien lu, nous sommes en CDD depuis trente-six ans pour Arielle, et quarante-sept ans pour Bertrand… Nous n’existons pas, alors que nous sommes tous les jours à l’antenne. Cette régularisation nous a été sèchement refusée.

Vendredi, Alexandra Redde-Amiel, directrice de l’unité des jeux, variétés et divertissements de FTV, avait annoncé ce départ au Parisien. « Nous ne nous sommes pas mis d’accord et nous le regrettons », disait-elle.

Ancien candidat du jeu, Bertrand Renard arbitrait la section des chiffres et Arielle Boulin-Prat celle des lettres. Selon Le Parisien, ils feront leurs adieux le 11 septembre, via la « diffusion des derniers numéros mis en boîte avant l’été ».

Auparavant quotidienne, l’émission « Des chiffres et des lettres » ne sera plus diffusée que le week-end en fin d’après-midi sur France 3, avec une nouvelle formule.

Le Monde avec AFP

A dix jours de la rentrée, des chauffeurs de cars scolaires très recherchés

Une étudiante descend du bus qui l’emmène à son école, dans le quartier Saint-Michel, à Toulouse, le 8 février 2022.

« Il manque 8 000 conducteurs de cars scolaires pour la rentrée. » Le cri d’alarme poussé en juin par la Fédération nationale de transport de voyageurs (FNTV) a fait le tour des médias et a suscité des inquiétudes. Les élèves vont-ils manquer d’autocars ? Les parents devront-ils bouleverser leur propre emploi du temps pour emmener leurs enfants à l’école ?

Les semaines s’écoulent, la rentrée approche, la panique grandit. « Environ 20 % d’élèves transportés risquent de ne pas avoir de cars à la rentrée », estime Anne-Gaëlle Simon, déléguée générale adjointe à la FNTV.

Si les collectivités territoriales anticipent le problème depuis des mois, l’organisation de la rentrée n’est pas encore bouclée. « C’est un travail de l’ultraproximité, fait avec les dents, impossible à mettre en œuvre de manière généralisée », selon Régions de France, l’institution qui les représente.

Lire les explications : Article réservé à nos abonnés Temps partiels, bas salaires, âge du permis D… les multiples causes de la pénurie de conducteurs scolaires

Pour le moment, personne n’évoque la piste des suppressions de lignes, le scolaire restant une « priorité ». Au pire, les régions contactées par Le Monde envisagent des fusions de lignes ou des adaptations d’horaires à la rentrée « si la situation l’exige ». Des solutions de dernier recours qui risqueraient de perturber le fonctionnement des établissements scolaires. « Organiser un lycée en fonction de problèmes de transport, c’est toujours compliqué », rappelle Florent Martin, proviseur d’un lycée polyvalent à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), qui craint de voir ses emplois du temps bouleversés à la dernière minute.

Un car-école en Normandie

La pénurie touche l’ensemble du territoire. Chaque région présente un déficit d’effectifs plus ou moins important. En Auvergne-Rhône-Alpes, on recherche 1 000 chauffeurs. En Occitanie, pas moins de 550. Dans les Hauts-de-France et les Pays de la Loire, 400 manquent à l’appel.

Malgré ces chiffres alarmants, les conseils régionaux – détenteurs de la compétence « transport » depuis la rentrée 2019 – se veulent rassurants car les campagnes de recrutement massif commencent à porter leurs fruits. Plus de 300 conducteurs de bus ont été embauchés, cet été, en Normandie, ramenant le déficit de la région à 70 postes vacants. Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie, a promis que « le service sera assuré dans des conditions normales dès le mois de septembre » grâce au recrutement de 300 chauffeurs. Avec 150 postes vacants, la Nouvelle-Aquitaine reconnaît une situation tendue « sans être catastrophique ». Pour enrôler, les régions ont mis les bouchées doubles : grandes opérations de communication, indemnités d’attractivité, formations entièrement prises en charge, revalorisation des salaires de 5 %…

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« La question de la sobriété salariale devrait être étendue à l’ensemble des entreprises »

A l’heure où les Français sont appelés à la sobriété, le gouvernement envisagerait de modifier la réglementation en vigueur sur les salaires des patrons des entreprises publiques, pour trouver un remplaçant ou une remplaçante au patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy. L’Etat manquerait de candidats pour piloter ce chantier exceptionnel que sont la transition énergétique de notre pays et sa capacité à s’adapter à un monde aux ressources finies, si la rémunération de ce poste majeur ne pouvait pas dépasser vingt-cinq fois le smic par mois.

Mais où sont donc passés tous ces talents de nos grandes écoles parmi les meilleurs du monde, notamment les X-Mines, qui ont, par ailleurs, été rémunérés par la nation pendant des années, y compris pendant leurs études, et qui maintenant refuseraient d’occuper ce poste « au service de la nation » pour 450 000 euros par an ?

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A l’heure où une nouvelle génération se dit prête à baisser ses exigences salariales en fonction de l’engagement des entreprises, voire à quitter les grandes entreprises pour se concentrer sur des organisations et des emplois ayant un impact positif sur les enjeux écologiques et sociaux, un tel retournement interroge. Il nous paraîtrait incompréhensible qu’une telle décision soit prise si rapidement, sans réflexion sur une nouvelle méthodologie de recrutement, plus ouverte, plus rigoureuse, plus transparente pour trouver des candidats compétents, industriels exceptionnels, mettant l’intérêt général plus haut que leur intérêt particulier.

Une boussole salutaire

Par ailleurs, la période inflationniste et de sobriété forcée – particulièrement aiguë pour les énergéticiens – nécessite aussi de partager les efforts et de freiner la hausse des prix en partageant mieux la richesse pour que cela ne se répercute pas sur les salariés et les consommateurs les plus précaires.

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C’est le cas des profits exceptionnels de Total, qui pourraient amener à une taxation exceptionnelle pour accélérer la transition écologique, comme cela a été le cas pour les mutuelles avec la « taxe Covid ». C’est le cas avec la nécessaire sobriété salariale, surtout dans les entreprises publiques, mais aussi dans toutes celles qui s’engagent dans une dynamique de sobriété.

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Le plafonnement du salaire des dirigeants d’entreprises publiques nous paraît donc un acquis essentiel, une boussole salutaire en temps de crise, qu’il serait incompréhensible de remettre en question aujourd’hui.

Transparence

Au-delà du cas d’EDF, nous proposons que cette question de la sobriété salariale et de la juste répartition de la valeur soit même étendue à l’ensemble des entreprises, en mettant en place des mesures-clés comme l’obligation de transparence des écarts de rémunérations entre le plus bas et le plus haut salaire, une incitation fiscale claire à baisser les écarts de rémunérations qui ont explosé depuis 2008, un conditionnement de 50 % de la part variable de rémunération des dirigeants à leur performance écologique et sociale validée par un Impact Score, et une extension du plafonnement des rémunérations des dirigeants appliqué aux entreprises publiques pour l’ensemble des entreprises de l’économie sociale et solidaire, alors qu’une partie d’entre elles respectent déjà un plafonnement plus strict (1 à 10).

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« Nous, responsables de crèches, privilégions l’enfant, et nos employeurs l’aspect lucratif »

Mon poste, je l’aime, mais je vais le quitter. Comme tous les acteurs de la petite enfance, qui sont d’ailleurs majoritairement des actrices, je regarde consternée – mais pas surprise – le voile se lever sur les dysfonctionnements qui pèsent sur notre secteur. Depuis une dizaine d’années, des décrets successifs ont autorisé l’accueil de toujours plus d’enfants, sans augmentation de moyens humains, matériels ou logistiques.

Ces mesures « d’assouplissement » ont permis aux groupes privés de tirer profit, en toute légalité, de la dégradation des conditions d’accueil des enfants. Les équipes de terrain constatent et dénoncent cette réalité, en vain. Et pour cause : les professionnelles de la petite enfance, souvent regroupées sous le terme générique de « puéricultrices », sont les expertes oubliées de leur secteur d’activité.

Un savoir-faire sous-estimé

Ainsi, nos compétences pluridisciplinaires et la richesse de nos expériences (en réanimation néonatale, en centre d’action médico-social, en services hospitaliers) sont ignorées. Cette méconnaissance – ou ce manque d’intérêt – conduit à la croyance que, au sein des crèches, les équipes ont peu de savoir-faire. Pourtant, plusieurs de nos métiers nécessitent trois ans d’études (psychomotricienne, éducatrice de jeunes enfants) voire quatre ans – la puéricultrice, par exemple, est une infirmière ayant passé un concours, écrit un second mémoire et suivi une année supplémentaire de cours théoriques et de stages pratiques avant de valider un deuxième diplôme d’Etat. Les aptitudes acquises dans les domaines de la santé, de la pédagogie, du développement de l’enfant, de la psychologie sont peu mises en avant, mais absolument indispensables au quotidien pour que nos pratiques aient du sens.

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L’une des missions de la directrice est d’harmoniser ces pratiques complémentaires afin de répondre au mieux aux besoins des tout-petits. Comme de nombreuses collègues, je considère ce travail de directrice de crèche comme passionnant : l’accompagnement des enfants, le soutien à la parentalité, le management de l’équipe pluridisciplinaire, les enjeux administratifs, sanitaires et pédagogiques… en théorie.

Standardisation du travail

Dans les faits, les responsables d’établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE), qui sont donc des puéricultrices (ou, sous certaines conditions, titulaires d’un autre diplôme de la petite enfance), se retrouvent dans une position inconfortable, prises en étau entre les gestionnaires qui se concentrent sur les chiffres et les équipes épuisées par des conditions de travail répétitives et peu attractives.

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Troubles psychiques : « Les personnes avec des déséquilibres mineurs ont un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne »

La principale loi visant à l’insertion professionnelle des personnes handicapées a célébré ses trente-cinq ans le 10 juillet. Cette loi et les nombreux textes qui ont suivi ont permis des progrès considérables en matière d’inclusion, mais certains handicapés rencontrent malheureusement encore des barrières majeures sur le chemin de l’emploi, en particulier les handicapés psychiques.

La question n’est pas que marginale. Plus de 10 millions de Français souffrent aujourd’hui de troubles psychiques modérés ; 2,5 millions effectuent chaque année un séjour en établissement psychiatrique. La pandémie a beaucoup amplifié les fragilités. Mais les employeurs, malgré la pénurie de talents, restent très réticents à accueillir ces publics, ignorant leur intelligence et leur créativité.

Les personnes avec des déséquilibres mineurs ont un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne. Les plus gravement touchés sont, pour leur part, quasiment exclus du monde du travail. Alors que 40 % des handicapés, tous handicaps confondus, sont en emploi, ce n’est le cas que de 20 % des personnes dont la maladie a abouti à un handicap psychique reconnu.

Peur et incertitude

Ce type de handicap, en réalité, fait peur. Il est mal connu et souvent invisible au premier abord, ce qui augmente le sentiment d’incertitude. La fluctuation des symptômes désarçonne. Le risque d’absentéisme est problématique. Certains soupçonnent les personnes de simuler. Les adaptations du milieu de travail s’avèrent donc indispensables, et très différentes de celles nécessaires pour des handicaps moteurs ou sensoriels.

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Mais l’inclusion peut, malgré tout, être favorisée. C’est l’objet des recherches que nous avons menées dans les établissements et services d’aide par le travail (ESAT), qui accueillent aujourd’hui une large partie de ces publics, avec des activités de type professionnel, mais sans les contraintes de productivité et le niveau de stress des entreprises classiques.

Tous les encadrants n’y sont pas formés aux spécificités des handicapés psychiques, mais nous avons pu observer à quel point ceux qui bénéficiaient d’une sensibilisation dans ce cadre modifiaient ensuite leurs pratiques, arrivant ainsi à anticiper les problèmes.

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Ils acquièrent ainsi de bons réflexes pour faire baisser la tension, connaissent les procédures à suivre pour éviter que des crises ne déstabilisent le collectif de travail. Les formations s’avèrent également utiles pour gérer les équipes au quotidien, en évitant de donner l’impression qu’on passe tout à une personne en raison de son handicap psychique. Les équipes, progressivement, apprennent à gérer les difficultés.

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