Alstom sacrifie son usine de Reichshoffen, vif émoi en Alsace

Pas question de rater une nouvelle union ; de revivre l’échec de la fusion Alstom-Siemens bloquée en 2019 par Bruxelles. Afin d’éviter de voir retoqué son projet de rachat (autour de 6 milliards d’euros) du canadien Bombardier Transport, dévoilé en février, l’industriel ferroviaire français Alstom a transmis, jeudi 9 juillet, à la Commission européenne plusieurs engagements censés lui éviter une position dominante sur certains marchés. Parmi ces concessions, la vente de son usine de trains régionaux de Reichshoffen (Bas-Rhin) provoque un vif émoi en Alsace.
Après avoir étudié le dossier plusieurs mois, la Commission vient donc de transmettre ses conclusions. Ses préoccupations concernent trois marchés où le poids du nouvel acteur (un nouveau numéro deux mondial à 15,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires) deviendrait problématique, selon elle : le matériel roulant à grande vitesse, la signalisation embarquée et surtout les trains régionaux, où Alstom-Bombardier pèserait, à terme, la moitié des ventes européennes et surtout 100 % du marché français.
Alstom propose donc plusieurs remèdes en accord avec la maison mère de Bombardier Transport. Dans la grande vitesse, il s’agirait de se séparer de l’activité des V300 Zefiro de Bombardier, produits dans le cadre d’une coentreprise avec le japonais Hitachi, lequel apparaît comme un repreneur naturel. Concernant la signalisation, Alstom propose d’ouvrir à des tiers l’accès à sa technologie.
« Une douche froide pour les salariés »
Le gros sujet concerne donc les trains régionaux, avec la vente proposée d’une partie du site Bombardier d’Hennigsdorf, près de Berlin, et de l’ensemble des activités liées à la production des trains SNCF Régiolis (appelés « Coradia Polyvalent » dans le catalogue d’Alstom), dont l’assemblage final se fait à Reichshoffen, et qui occupe 780 salariés pour environ 400 trains à fabriquer d’ici à 2024.
Face à cette nouvelle inattendue, les réactions de stupeur et d’indignation n’ont pas tardé. « C’est une douche froide pour les salariés, qui ont été mis devant le fait accompli », estimait, jeudi 9 juillet, Daniel Dreger, délégué syndical CGT, à la sortie du CSE extraordinaire de l’entreprise. Guy-Dominique Kennel, sénateur LR du Bas-Rhin, a du mal à contenir sa colère : « On met en jeu un site avec une main–d’œuvre extraordinaire et un carnet de commandes plein. Prendre une telle décision sans en avoir discuté au préalable est une pratique révoltante, c’est traiter les salariés comme du bétail. »
Il vous reste 50.11% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.