La sobriété a déjà son chef (ou presque)

Carnet de bureau. « Chef de projet sobriété énergétique (h/f) en CDI, Ile-de-France, 38 000 euros », peut-on lire sur le site du cabinet de recrutement Aquantis. La sobriété fait très officiellement son entrée en entreprise. Ferait-elle également son entrée dans le management, répondant du tac au tac à la première ministre Elisabeth Borne qui invitait fin août les entrepreneurs du Medef à créer des « ambassadeurs de la sobriété » en entreprise ?
« Rattaché(e) à la direction générale, vous aurez pour missions de piloter opérationnellement des projets existants de réduction des consommations énergétiques », poursuit l’annonce. Le « chief sobriety officer » va-t-il déloger ou accompagner le « chief sustainability officer », voire le « chief impact officer » ?
C’est sur cette piste que l’humoriste Karim Duval surfe dans un post publié sur LinkedIn le 3 septembre : « On me dit dans l’oreillette qu’il est urgent de prendre une décision : j’arrête l’humour et me lance un nouveau challenge professionnel. C’est avec une joie immense que je vous annonce mon nouveau job : chief sobriety officer (CSO) chez Kikooz ! Kikooz est une start-up qui permet à celles et ceux qui ont choisi la voie du Do It Yourself (DIY) de se former à la couture, dans le métavers (…). Je m’appelle Karim Duval, je serai CCPVO (chief c’est pas Versailles officer) ce lundi. Et je vais changer le monde. » Ainsi conclut-il son sketch.
Plus sérieusement, on n’en est pas encore là. Si les directions des entreprises ont intégré depuis longtemps les sujets environnementaux, sous l’étiquette « responsabilité sociale et environnementale » (RSE) ou « développement durable », faire porter la « sobriété » par un « manageur référent » ou « un ambassadeur » est encore au stade de la réflexion.
La définition du profil idéal
Les directions générales réfléchissent aux mesures d’économie pour la fin d’année, mais les acteurs de la sobriété sont encore rares en entreprise. Le site d’emploi Indeed a bien quelques annonces qui font référence à la sobriété. « Mais les intitulés [stage animateur sobriété énergétique, alternant ingénieur acteur de la sobriété énergétique] laissent à penser que c’est temporaire, et on est sur des volumes très faibles, inférieurs à cinquante annonces pour toute la France », indique Alexandre Judes, économiste chez Indeed France.
Caroline Renoux, directrice générale d’un cabinet de recrutement spécialisé en RSE, confirme ne pas avoir de demande de « chief sobriety officer » de la part de ses entreprises clientes. « Les postes extrêmement demandés sont ceux des responsables climat dont une partie de la feuille de route a trait à la sobriété », explique-t-elle. Au sein d’un club des directions du développement durable, ils travaillent à la définition du profil idéal pour incarner ce type de fonction de direction qui doit « à la fois intervenir sur le télétravail, le digital, le chauffage, et faire le relais avec tous les salariés, sensibiliser, savoir former. Embarquant, ambitieux, il devra avoir une bonne culture générale des réglementations, un bon réseau RSE et une certaine maturité professionnelle ».
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