Les diplômes « passerelles », formations universitaires d’un an destinées aux étudiants réfugiés, étaient déjà saturés avant l’afflux de demandes d’étudiants ukrainiens. Malgré des moyens limités, les universités cherchent des solutions.
Eric Dupond-Moretti, garde des sceaux, prend la parole lors de la première réunion des Etats généraux de la justice, à Saint-Quentin-Fallavier (Isère), le 21 octobre 2021. PHILIPPE DESMAZES / AFP
Réforme constitutionnelle, loi organique et loi ordinaire, le gouvernement aura besoin de ces trois vecteurs pour mettre en œuvre les conclusions des Etats généraux de la justice, dont Emmanuel Macron a promis qu’elles constitueraient la feuille de route du garde des sceaux. Sans parler de la loi de finances à venir, qui devra honorer les engagements en matière de création de postes de magistrats, greffiers et personnels de justice.
Si les incertitudes existent sur le calendrier et l’ampleur de la remise à plat de la justice en raison des équilibres politiques à trouver au Parlement, il est un domaine, pas le plus grand public, où les choses pourraient avancer facilement : les tribunaux de commerce et les conseils de prud’hommes. Les propositions formulées par le groupe de travail qui y était consacré ont de fortes chances d’être retenues dans les arbitrages à venir, après la remise officielle du rapport du comité des Etats généraux à Emmanuel Macron, prévue le 8 juillet.
« Les grandes orientations et principales recommandations formulées par le groupe de travail sur les justices économique et sociale ont fait l’objet d’une approbation sans réserve par les membres du comité », peut-on lire dans ce rapport que Le Monde a pu consulter. Le comité indépendant présidé par Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’Etat, chargé de restituer les conclusions des Etats généraux, n’a pas été aussi unanime sur les propositions des six autres groupes de travail (justice civile, justice pénale, missions et statuts, prison et réinsertion, etc.). Par ailleurs, Jean-Denis Combrexelle, qui avait été chargé, en octobre 2021, de présider ce groupe de travail, est, depuis le 24 mai, directeur de cabinet d’Eric Dupond-Moretti. Un poste stratégique pour négocier les projets de réforme et soumettre les arbitrages au ministre.
Mieux encadrer la procédure des prud’hommes
Les 130 pages du rapport du groupe de travail sur les justices économique et sociale, dont Le Monde a obtenu une copie, vont loin dans le détail de l’organisation de ces juridictions qu’il souhaite réhabiliter. Cette justice qui fonctionne essentiellement avec des juges issus de la société civile est considérée « comme périphérique » par le monde de la justice, déplore M. Combrexelle, alors que les tribunaux de commerce et les conseils de prud’hommes sont la « justice du quotidien et de proximité » pour de nombreux justiciables.
Le sujet le plus délicat – instiller des magistrats professionnels – est rapidement évacué, au nom « du principe de réalité ». « Substituer des magistrats de carrière à tous les juges ou même généraliser l’échevinage [un magistrat judiciaire entouré de deux juges citoyens] nécessiterait des moyens importants », lit-on dans ce rapport.
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Devant une agence de l’emploi, à Shanghaï, en avril 2020. HECTOR RETAMAL / AFP
Le chômage des jeunes, qui a atteint un niveau record, en mai, à 18,4 %, peut-il déstabiliser le pouvoir ? Ces derniers mois, le premier ministre, Li Keqiang, a évoqué la question à au moins cinq reprises, lors de réunions, appelant le gouvernement et les autorités locales à « stabiliser » la situation de l’emploi. Affectée par la crise immobilière et par la politique zéro Covid, maintenue coûte que coûte par les autorités, la croissance chinoise devrait atteindre son plus bas niveau depuis le début des années 1990, à 4 % environ, loin des prévisions officielles de 5,5 %.
La dernière fois que la Chine a connu le chômage de masse, après des licenciements massifs dans le secteur public, à la fin des années 1990, un bond de l’activité, peu après, avait permis d’absorber rapidement les sans-emploi. Lors de la crise de 2008, l’Etat était intervenu avec un plan de relance massif, permettant, là encore, à l’activité de reprendre rapidement. A chaque fois, le chômage des jeunes avait été encore plus rapidement résorbé. Mais, aujourd’hui, avec le ralentissement structurel de la croissance, la donne a changé. Et le pays risque d’être confronté à un chômage de longue durée.
Avec quel impact sur la jeunesse ? « En général, les jeunes ne restent pas très longtemps au chômage. Ensuite, ils tendent à compter sur leurs propres forces, plutôt que de se tourner vers l’Etat : la plupart ont intégré la compétition », souligne Chloé Froissart, professeure de sociologie politique à l’Institut national des langues et civilisations orientales, spécialiste des mobilisations sociales en Chine.
« La répression a été renforcée »
En effet, les jeunes sans emploi contactés par Le Monde ont tendance à se considérer comme responsables de leur situation : « J’étais moins motivé que d’autres étudiants, je n’ai pas envoyé beaucoup de CV », estime M. Wang (il ne donne pas son prénom), un jeune qui a passé huit mois sans emploi, en 2021, après sa sortie de l’université. Il avait pourtant envoyé plus d’une centaine de candidatures et passé vingt entretiens avant de trouver un employeur.
La mobilisation des jeunes chômeurs est d’autant moins probable qu’ils sont par définition isolés en sortant de l’université, contrairement à des ouvriers d’usine, par exemple, qui peuvent s’unir au sein de leur entreprise. Cela a été le cas à la fin des années 1990, pour protester contre des licenciements massifs au sein d’entreprises d’Etat. Surtout, les possibilités de mobilisation ont été drastiquement réduites par le resserrement du contrôle sur la société, avec de lourdes peines pour les contestataires.
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Des ouvriers de la cristallerie d’Arques (Pas-de-Calais), en 2003. PHILIPPE HUGUEN / AFP
A la sortie de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le long de l’autoroute A26, qui file vers Boulogne et la mer, le parc d’activités de la Porte-du-Littoral s’apprête à accueillir une nouvelle implantation industrielle. Une usine agroalimentaire doit voir le jour en septembre 2023, avec 25 salariés, peut-être 75, à terme, si tout va bien. Aujourd’hui, le site est en chantier : les fondations sont creusées jusqu’à la limite de la parcelle de 9 hectares, l’espace optimisé au maximum.
Sur la parcelle voisine de 4 hectares, ce sont trois entreprises, deux dans l’agroalimentaire et une dans la ferronnerie, qui sont annoncées. Le tout prend l’allure d’un jeu de construction avec des bâtiments imbriqués les uns dans les autres pour gagner de la place, un seul parking, une seule unité de traitement des eaux et une seule réserve à incendie pour tout le monde.
Car, aujourd’hui, le mot d’ordre est de densifier pour économiser cette ressource devenue rare : le foncier. Loin, très loin des principes qui ont présidé à l’implantation d’une autre usine, à quelques centaines de mètres de là. Installé en 2015, SOS Oxygène vit en effet au large. Autour du bâtiment, un immense parking aux trois quarts vide, une vaste pelouse de quelque 7 000 mètres carrés : la réserve foncière « au cas où » l’entreprise s’agrandirait un jour. Christian Leroy, président de la communauté de communes du pays de Lumbres, désigne les autreslocaux d’activitéqui s’alignent de l’autre côté de l’autoroute, entourés, chacun, de leurs haies, de leur carré engazonné et de leur rideau d’arbres. « Aujourd’hui, il faut regrouper les usines pour gagner de la place, alors qu’avant on nous disait qu’il fallait les cacher, faire de l’intégration paysagère. »
10 % des terres sont aujourd’hui artificialisées
C’était avant le dispositif zéro artificialisation nette (ZAN). Inscrit dans la loi Climat et résilience d’août 2021, il vise à préserver la biodiversité et à limiter l’imperméabilisation des sols. Pour cela, la loi impose aux territoires de diminuer de 50 %, d’ici à 2030, le rythme d’artificialisation des terres, des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Un objectif qui s’applique à tous et à toutes les activités humaines, qu’il s’agisse de logements, d’infrastructures, d’équipements publics, et donc aussi économiques. Mais « le vrai sujet, c’est quand même l’industrie. On les mettra où, les usines, demain ? », s’interroge Christian Leroy.
A l’échelle de la France, 10 % des terres sont aujourd’hui artificialisées – ce qui en fait le pays le plus bétonné d’Europe par habitant. L’habitat en recouvre 42 %, les infrastructures de transports, 28 %, et l’industrie, 4 %, selon les chiffres de France Stratégie. L’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) démarre d’ailleurs la publication d’une base de données de référence pour la description de l’occupation du sol sur l’ensemble du territoire, avec pour objectif de couvrir la France entière en 2024.
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Le directeur général d’Atos, Rodolphe Belmer, a démissionné le 14 juin. Ici, à Paris, le 16 février. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS
La présentation, le 14 juin, du nouveau plan stratégique par Rodolphe Belmer, directeur général démissionnaire et désavoué par son conseil d’administration moins de six mois après son arrivée, a été le coup de trop. Depuis, les actionnaires d’Atos, numéro deux européen des services informatiques, ne décolèrent pas face à un cours de Bourse divisé par deux en trois semaines. Selon les informations du Monde, plusieurs d’entre eux ont écrit au conseil d’administration pour demander le départ du président, Bertrand Meunier. « On n’a jamais vu un plan présenté par un directeur général sur le départ justement parce qu’il n’est pas d’accord avec ce plan », tonne Frédéric Genevrier, cofondateur d’OFG Recherche, une société d’analyse qui conseille de grands investisseurs sur les questions de gouvernance des entreprises, pour qui « la responsabilité du conseil, et en particulier celle de Bertrand Meunier, qui le préside, est immense. Tout vient de là ».
« Les discussions avec les actionnaires sont confidentielles », répond Bertrand Meunier, tout en ne s’étonnant pas que « dans une période comme celle qu’Atos connaît, les interrogations soient plus nombreuses. Comment pourrait-il en être autrement ? ». Le président d’Atos évoque un « dialogue permanent avec les actionnaires, qu’ils soient petits ou grands » et dit répondre « aux questions des fonds d’investissement avec le plus grand sérieux pour leur apporter les éclairages qu’ils n’ont pas ».
Devenu président d’Atos au moment du départ, en novembre 2019, à la Commission européenne de l’ancien PDG, Thierry Breton, M. Meunier se retrouve aujourd’hui en première ligne face aux critiques. Le choix de Rodolphe Belmer, débauché de la direction générale d’Eutelsat, pour prendre la tête du groupe en janvier sans processus de sélection interne a provoqué des vagues dans le groupe.
Edouard Philippe attentif la situation
Plusieurs cadres importants ont quitté la maison. Ce choix a surpris aussi à l’extérieur et alimenté le divorce avec le conseil. Lors de l’assemblée générale du 18 mai, les actionnaires ont exprimé leur grogne en votant à 31,6 % contre le luxueux package de rémunération accordé par le conseil à M. Belmer : 2,4 millions d’euros de rémunération annuelle (fixe et variable), plus des clauses d’indemnités de départ et de non-concurrence, pouvant représenter jusqu’à trois ans et demi de rémunération annuelle. M. Belmer a accepté de réduire à neuf mois ses indemnités de départ, contre deux ans autorisés, soit un montant de 1,8 million d’euros. Sa clause de non-concurrence ne sera pas activée.
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A l’aube d’un nouvel été caniculaire, un choix cornélien s’offre au travailleur hybride moderne : endurer un trajet suffocant en voiture ou par les transports en commun pour s’offrir le luxe d’une climatisation d’entreprise salvatrice ; ou alors, se risquer au télétravail dans un logement moins frais. Que nenni, répond Pierre, votre collègue agaçant : « Oh, que je serais bien dans mon jardin, je me ferais peut-être des grillades à la pause déjeuner. En plus avec les arbres, c’est parfait, je n’ai pas trop chaud. »
Pour certains penseurs de l’entreprise du futur, le travail se dessine en vert, et pour tout le monde : le « greendesking » (avec ou sans espace) consiste justement à travailler en plein air, mais dans des conditions techniques qui ne sont pas dégradées pour autant.
L’herbe étant toujours plus verte chez le voisin, il faut se tourner vers les pays nordiques et anglo-saxons pour trouver les précurseurs de cette tendance assez jeune, mais surtout vers le Québec – qui, très étonnamment, ne propose pas de traduction à l’expression dans son Grand Dictionnaire terminologique. A Montréal, on trouve un réseau de quarante espaces de travail extérieurs gratuits, avec parasols, Internet et électricité.
Etre connecté au vivant
Il existe pléthore de solutions farfelues : on peut, par exemple, louer un espace de travail partagé, mais situé à la campagne, « planté » n’importe où (les Allemands d’Outside Society proposent un module équipé de 34 mètres carrés), ou alors choisir une cabane individuelle préfabriquée imprimée en 3D (invention de l’américain Denizen), que l’on peut mettre dans son jardin, ou à défaut en forêt.
Au-delà du fait d’ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure, et de voir sa créativité nourrie par l’inspiration du chant lyrique des oiseaux (et autres blablatages), le « greendesking » est un outil de qualité de vie au travail (QVT). Il aiderait à réduire l’absentéisme et le stress, démontrent plusieurs études : le rapport Human Spaces de 2015 avance que les salariés ne bénéficiant pas de fenêtre donnant sur l’extérieur et un milieu naturel sont les plus stressés. C’est ce que les psychanalystes nomment « biophilie », le besoin fondamental qu’a l’humain d’être connecté au vivant. Avec le « greendesking », vous l’aurez compris, il s’agit aussi d’être connecté au Wi-Fi.
L’entreprise peut financer de tels espaces pour ses salariés, près de ses locaux par exemple. Ou en leur sein, à condition que le bond en avant soit massif, et que cela dépasse la cour intérieure réaménagée façon jardin d’hiver (SNCF Connect propose cette solution), avec ses cinq tables dont seulement deux non loin d’une prise de courant. Quid, également, du fameux jardin potager sur le rooftop (toit-terrasse) d’une entreprise parisienne, qui offre chaque année dix-sept tomates cerises aux 1 000 salariés de l’immeuble ?
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Des demandeurs d’emploi recherchent des informations lors d’un salon, à Nantong (Chine), dans la province du Jiangsu, le 8 février 2022. COSTFOTO/SIPA USA/SIPA
Un an après avoir reçu son diplôme, Alice Song cherche encore son premier travail. Cette diplômée d’anglais de l’Université agricole de Chine, un établissement prestigieux de Pékin, a tenté de décrocher un poste dans une grande entreprise, publique ou privée. Sans succès pour l’instant. « J’ai dû envoyer une centaine de CV et participer à une vingtaine d’entretiens d’embauche. » Découragée, elle s’est résolue à reprendre ses études.
Comme elle, 4,57 millions d’étudiants chinois ont passé un concours pour entrer dans un master en 2021, soit presque deux fois plus qu’en 2019. Un signe que le marché de l’emploi des jeunes est bouché. « Je me donne encore quelques mois, et, si je ne trouve pas, j’accepterai des offres moins payées, ou avec un seul jour de congé par semaine », dit-elle en soupirant.
En mai, le chômage des 16-24 ans a atteint 18,4 % en Chine (contre 5,9 % pour l’ensemble de la population active, un chiffre qui intègre toutefois mal les 300 millions de travailleurs migrants des campagnes). Un record depuis que le Bureau national des statistiques a commencé à publier cet indicateur mensuel, en 2018. Ce niveau risque encore d’augmenter fortement en juillet, quand une partie des 10,76 millions de nouveaux diplômés – soit 14 % de plus qu’en 2021 – gonfleront les rangs des demandeurs d’emploi.
La pandémie de Covid-19 est la cause principale de cette situation. Car, là où le reste du monde connaît une reprise de l’activité depuis la fin des restrictions, l’empire du Milieu continue d’appliquer une politique zéro Covid stricte. Au printemps, un quart de la population a subi des confinements. A chaque fois, les usines sont mises à l’arrêt, les chaînes d’approvisionnement sont perturbées et les services sont suspendus.
La situation semble toutefois s’améliorer : après cent quinze jours à déclarer des cas quotidiens, Shanghaï a passé sa première journée sans nouveau cas de Covid-19, le 25 juin.
Secteur immobilier en crise
Mais d’autres facteurs, plus structurels, entrent en jeu : le secteur immobilier est en crise, les ventes ont plongé de 59,4 %, en juin, sur un an. Or, il assurait 25 % de la croissance du pays, en prenant en compte la construction et les matières premières (ciment, acier, verre…).
Et, depuis un an et demi, une campagne de régulation des plates-formes technologiques a coupé les ailes des géants chinois de la tech, poussant Tencent, Alibaba, JD.com et Meituan à tailler dans leurs effectifs. En mars, Alibaba envisageait de réduire de 15 % ses troupes, soit 39 000 salariés en moins, alors que Tencent et JD.com visaient une réduction de 10 % à 15 %, dans certains départements. Un coup dur pour les diplômés des grandes universités chinoises, les développeurs informatiques, les publicitaires ou les chefs de projet, qui appréciaient ces entreprises prestigieuses aux salaires attrayants.
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Emmanuel Macron a clairement annoncé que seuls les partis ayant déjà gouverné, ensemble ou séparément – Parti communiste (PC), Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Parti socialiste (PS), Ensemble ! et Les Républicains (LR) –, pourront faire partie d’une possible « coalition d’action », tandis qu’en seraient exclus La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN), qui n’ont jamais gouverné. Le programme de gouvernement va devoir faire rapidement se confronter les protagonistes de la campagne électorale à la réalité.Il va falloir, en effet, prendre la mesure des investissements indispensables à brève échéance, que ce soit en matière de transition écologique, de résilience économique, de restructuration du système énergétique, d’éducation, de santé ou de défense. Dans l’immédiat, il va falloir, en outre, accepter qu’on ne pourra pas faire entendre raison à un agresseur – la Russie –, prêt à réduire ses revenus de 20 %, si on ne peut pas supporter que les nôtres baissent de 2 %. Ainsi, tout cela impliquera une ponction notable sur le pouvoir d’achat.
C’est au gouvernement bientôt remanié qu’il appartiendra de fixer l’addition. Et il devra compter juste. La soudaine remontée des alarmes sur les taux d’intérêt publics est sans nul doute excessive, mais elle signale un risque de panique qu’il faut endiguer. La France, dans ce contexte, doit trouver le bon équilibre budgétaire : certainement pas replier bagage de manière précipitée, comme en 2011-2014. Pas non plus, cependant, oublier toute discipline, à la manière du « quoi qu’il en coûte »de la période 2020-2022, qui n’a en fait pas été si onéreux, mais qui a laissé une trace politique impérissable. La première ministre ne peut pas décemment exiger des partenaires potentiels de la « coalition d’action » de s’inscrire dans la seule logique du projet présidentiel, mais M. Macron a cependant fixé certaines limites à la possibilité de s’en affranchir.
Terrains de compromis
Quels sont alors les terrains du compromis ? Les écologistes seront jugés sur un seul sujet : l’ambition climatique et, au-delà, l’ambition écologique du programme. La France est gravement en retard sur l’horizon d’une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, et elle ne peut rattraper ce retard qu’en accélérant le déploiement des renouvelables et en misant sur la sobriété. Le nucléaire n’est pas un sujet à l’horizon 2030, mais, compte tenu de la composition de la coalition, il n’y a pas de planification écologique acceptable pour Ensemble ! et pour la droite qui exclut le recours à cette énergie. Le compromis énergétique se joue en fait entre LR, à condition qu’ils acceptent les renouvelables pour aujourd’hui, et EELV, à condition qu’ilsacceptent le nucléaire pour demain.
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La première ministre, Elisabeth Borne, visite un service du SAMU à l’hôpital René-Dubos de Pontoise (Val-d’Oise), le 1er juillet 2022. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Au lendemain de sa réunion avec les membres de la « mission flash » pour gérer la crise estivale de l’hôpital, et plus particulièrement des urgences, la première ministre, Elisabeth Borne, a confirmé, vendredi 1er juillet, retenir toutes les 41 propositions qui lui ont été faites par le président de SAMU-Urgences de France (SUDF), François Braun.
En déplacement au centre hospitalier de Pontoise (Val-d’Oise) avec la ministre de la santé, Brigitte Bourguignon, Mme Borne a insisté sur trois axes « à décliner dans chaque territoire ». Tout d’abord, « améliorer l’orientation et l’information des patients », en incitant notamment la population à appeler la plate-forme téléphonique du SAMU, le 15, en cas de problème et à ne pas se rendre systématiquement dans les services d’urgences.
Ensuite, la première ministre a alerté sur la nécessité de « mobiliser tous les professionnels de santé », ce qui passera notamment par des incitations financières en direction des médecins libéraux – une majoration de 15 euros des consultations pour la prise en charge de personnes qui ne sont pas dans leur patientèle. Mme Borne veut aussi pouvoir permettre aux pharmaciens et kinésithérapeutes de faire des actes qu’ils ne faisaient pas jusque-là, comme renouveler des ordonnances pour des soins chroniques.
« Réponses de court terme »
La première ministre évoque également la possibilité d’ouvrir les maisons médicales de garde le samedi matin « pour avoir une offre de soins plus importante », la volonté de faciliter les démarches pour les médecins retraités qui voudraient se mobiliser cet été, ou encore encourager le recours à la télémédecine, jugée « une bonne solution dans les territoires où il y a une carence dans l’offre de soins ».
Enfin, à l’hôpital, Mme Borne dit vouloir « encourager et reconnaître les conditions difficiles du travail de nuit ». Pendant trois mois vont donc être expérimentés le doublement des majorations de rémunération pour garde des personnels soignants, ainsi qu’une augmentation de 50 % de la rémunération des personnels médicaux.
« Il ne s’agissait pas de refaire un audit du système de santé, a insisté Elisabeth Borne face aux journalistes. Mais de voir les outils à disposition des professionnels de santé pour cet été. » Dès la semaine prochaine, les agences régionales de santé pourront décliner la « boîte à outils » de 41 propositions sur leurs territoires. Mais ces « réponses de court terme » ne font que préfigurer le « travail de fond » qui va devoir se mettre en place, territoire par territoire, pour tenter de répondre à la crise plus générale du système de santé français.
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Manifestation à l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle, le 1er juillet 2022. THOMAS PADILLA / AP
Des vols annulés et d’autres retardés. Un nouveau mouvement de grève pour les salaires dans plusieurs aéroports, dont Roissy – Charles-de-Gaulle (CDG), perturbait, vendredi 1er juillet, le trafic aérien à l’orée des vacances scolaires d’été.
La direction générale de l’aviation civile (DGAC) avait demandé aux compagnies d’annuler préventivement 17 % des vols à l’arrivée ou au départ du premier aéroport français (CDG) vendredi matin, un mouvement social des pompiers ayant contraint à fermer des pistes depuis jeudi.
⚠️ Mouvement social à Paris-#CDG et Paris-#Orly :
▪️Retour progressif à une situation normale sur les accès routier… https://t.co/FTJfp2fhpc
— ParisAeroport (@Paris Aéroport)
Cela représente 100 mouvements d’aéronefs sur les 1 300 prévus dans la journée, a précisé à l’Agence France-Presse (AFP) le gestionnaire de la plate-forme, le Groupe ADP. Le trafic à Orly n’est en revanche pas affecté, selon la même source.
Vendredi, les soldats du feu ont été rejoints par d’autres salariés d’ADP et de sous-traitants dans le cadre d’un mouvement intersyndical et interprofessionnel, dont le préavis court sur tout le week-end.
« Depuis la crise du Covid, il y a pas mal de collègues qui ont été licenciés. On se retrouve à faire le travail de trois personnes », témoigne Anissa Belabbas, régulatrice, salariée d’Alyzia (Groupe 3S) et représentante CGT. « On demande une revalorisation salariale et de meilleures conditions de travail. Il nous faut des gens qui connaissent le métier. Sinon on vous demande des cadences plus importantes », ajoute-t-elle.
« On est déjà à 6 % d’inflation, à la fin de l’année, ça sera combien ? La bataille ne fait que commencer (…). La seule garantie qu’on peut avoir, c’est indexer les salaires sur les prix », a lancé un délégué syndical CGT d’ADP avant le début d’une manifestation de quelque 300 personnes entre les terminaux.
Celle-ci bloquait ponctuellement les accès routiers de l’aéroport, selon ADP qui pointait aussi « quelques retards » d’avions au départ, mais « pas de zone de blocage » du fait de grévistes aux postes d’inspection ou à la manutention. A 11 h 30, sur l’ensemble des vols affichés au terminal 2E, moins de 10 étaient déclarés en retard.
Au total, « 208 000 passagers sont prévus » ce vendredi, a annoncé à l’AFP une source aéroportuaire, précisant que la situation était « plutôt calme ». Chez Air France, les annulations concernent des court et moyen-courriers, les long-courriers n’étant pas touchés.
Restructuration
A l’appel d’une intersyndicale FO-CGT-CFE-CGC, un préavis de grève a également été déposé de vendredi à lundi à l’aéroport Marseille-Provence, mais sa direction ne prévoyait ni annulation ni retard, des personnels ayant été réquisitionnés par arrêté préfectoral.
Les grévistes dénoncent une restructuration visant, selon le délégué syndical FO Olivier Traniello, à « diminuer drastiquement le personnel (…) alors qu’on revient à un trafic de 2019, voire supérieur, avec des équipes qui ne sont plus prêtes et armées pour y faire face ». Ils protestent aussi contre des diminutions de primes.
Les salariés d’ADP réclament des augmentations de salaires de 6 %, rétroactives au 1er janvier, tandis que la direction propose 3 % au 1er juillet, selon les syndicats. Le groupe n’a pas souhaité faire de commentaire sur ce point.
ADP, touché comme l’ensemble du secteur aérien par la pandémie, a lancé un plan de départs volontaires et de réductions de salaires, assorties de la promesse d’un retour au même niveau de traitement une fois le trafic revenu au niveau d’avant-crise, ce qui est le cas sur certains faisceaux.