Dans l’usine Brandt de Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret), le 16 janvier 2025. GUILLAUME SOUVANT / AFP
Entre le portail menant à l’usine et les quais de chargement, ils ont installé quelques drapeaux, de larges bâches barrées de slogans et une dizaine de bennes à rebut, destinées habituellement aux chutes de tôle, dans lesquelles un feu a été allumé à la hâte. Devant eux, le long de la route nationale ralliant Paris, des palettes s’empilent, pour filtrer le passage des véhicules. Sur l’une d’elles, écrit à la bombe de peinture en lettres noires, un message : « 93 licenciés à Noël ».
Ce matin du lundi 8 décembre, une vingtaine de salariés de l’usine Brandt de Saint-Ouen, située près de Vendôme (Loir-et-Cher), gravitent autour des braseros. On y devise des jours qui s’annoncent, déterminants pour l’entreprise placée en redressement judiciaire début octobre. Et des perspectives d’avenir incertaines, alors que se profile la décision du tribunal des activités économiques de Nanterre, attendue jeudi 11 décembre.
Au milieu de plusieurs offres, un projet de reprise de Brandt France par ses salariés – sous forme de société coopérative et participative (SCOP) – soutenu par le groupe Revive, promet de sauver 295 emploissur les deux sites de production, à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret) et en Loir-et-Cher, sur un total de 443.
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Mobilisation des salariés du groupe ACI devant le tribunal judiciaire de Lyon, le 25 novembre 2025. MAXIME JEGAT/« LE PROGRES »/MAXPPP
De la quarantaine de sites que compte le groupe industriel ACI combien passeront en redressement judiciaire ou en liquidation dès mardi 9 décembre ? Le tribunal des affaires économiques de Lyon doit rendre son jugement sur la holding du groupe, maison mère placée en redressement judiciaire le 25 septembre, et devrait au passage ouvrir une procédure collective pour certaines des petites et moyennes entreprises qui en font partie, la plupart étant déjà en cessation de paiements.
En jeu, le devenir des savoir-faire industriels de ces sous-traitants de secteurs stratégiques (nucléaire, aéronautique, défense), dont certains aux carnets de commandes pleins, et l’avenir des quelque 1 450 salariés éparpillés sur le territoire.
ACI (Alliance pour les compétences industrielles), c’est le groupe de Philippe Rivière, qui, de conférences en plateaux de télé, s’est fait le chantre de la souveraineté. Il se présente comme « un industriel qui a commencé sa carrière chez Aubert & Duval en France, avant de partir en Asie ». Ministre de l’industrie, Marc Ferracci s’est laissé convaincre par « cet entrepreneur qui séduit en promettant de reconstituer des chaînes de valeurs entières » et qui « a sans doute eu les yeux plus gros que le ventre ».
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Charlotte en tissu sur la tête et blouse de protection, Sébastien Martin passe en revue les deux lignes de production flambant neuves qui fabriquent à la chaîne des pains à burger et des pains de mie. Ce 27 novembre au matin, le ministre délégué à l’industrie visite la nouvelle usine de Vicky Foods, un groupe espagnol spécialisé dans la boulangerie industrielle qui compte 3 800 salariés répartis dans 54 pays et pesait 707 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, installé depuis peu à Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire.
Accompagné par Rafael Juan, le PDG de Vicky Foods, le ministre est un peu chez lui dans ce bâtiment de 23 000 mètres carrés tout juste sorti de terre, qui devrait doubler ses effectifs (de 100 à 200 employés) d’ici à deux ans. Si l’industriel a investi 100 millions d’euros pour l’implantation de sa première usine en France, son installation à Chalon-sur-Saône est le dernier épisode de la réindustrialisation de cette ville moyenne de 45 000 habitants – 120 000 dans l’agglomération – située non loin du Creusot.
Rafael Juan (deuxième à gauche), PDG de Vicky Foods, et Sébastien Martin (deuxième à droite), ministre de l’industrie, lors de l’inauguration de l’usine de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), le 27 novembre 2025. LE GRAND CHALON
En cinq ans, la communauté du Grand Chalon, présidée par M. Martin de 2014 à son entrée au gouvernement en octobre, a créé la zone industrielle SaôneOr, en lieu et place de l’ancienne friche Kodak. Cette réussite, marquée par la création d’une dizaine de nouveaux sites industriels, a pesé dans le choix de l’exécutif de confier à ce quadragénaire venu du parti Les Républicains (LR) le portefeuille de l’industrie. Désormais à Bercy, ce dernier compte bien dupliquer ce modèle local à l’échelle nationale. « La réussite de SaôneOr prouve que la réindustrialisation de la France ne se fait pas à Paris mais dans les territoires », a-t-il déclaré, le 27 novembre, devant les salariés de Vicky Foods et les partenaires locaux venus assister à l’inauguration de l’usine.
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Mécontent du résultat des négociations annuelles obligatoires (NAO) qui se sont terminées sur une décision unilatérale de la direction d’augmenter les salaires de 0,7 % en 2026, un syndicaliste de Leroy-Merlin, pour qui cette hausse correspond à une augmentation de 21 euros brut mensuels, se met en scène sur les réseaux sociaux, en train de faire ses courses. « Merci Leroy-Merlin, grâce à tes 21 euros, j’ai pu mettre 12,77 litres d’essence dans ma voiture », ironise l’élu CFTC devant une pompe à essence, avant d’essayer de passer commande dans un fast-food : « Deux menus, c’est 26,60 euros… Dommage… Pas merci Leroy-Merlin. »
Avec cette hausse de 0,7 %, l’entreprise est, en tout cas, en dessous de la moyenne de 1,7 % des augmentations constatée dans les premiers accords NAO signés pour 2026, selon une enquête du centre études & data du groupe Alpha, qui se fonde sur les 143 premiers accords publiés cet automne. Un net recul par rapport au relèvement des salaires de 2,3 % en 2025 et de 3,5 % pour 2024.
« Cette diminution peut s’expliquer par un moindre pouvoir de négociation des salariés (en raison d’un relâchement des tensions sur le marché du travail et des difficultés économiques des entreprises) ainsi que par la forte désinflation en cours depuis deux ans », indique l’étude publiée vendredi 28 novembre, qui rappelle que l’inflation n’a atteint, en octobre, que 0,9 % en glissement annuel – elle pourrait rebondir à 1,3 % en 2026 selon la Banque de France.
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Jean-Pierre Farandou, ministre du travail, à Paris, le 13 octobre 2025. SARAH MEYSSONNIER/REUTERS
Rarement une négociation entre partenaires sociaux aura démarré dans un tel flou. Mercredi 3 décembre, ceux-ci se sont réunis au siège de l’Unédic, l’organisme paritaire qui gère l’assurance-chômage, pour une première séance de discussion autour des ruptures conventionnelles et des contrats courts. Le Mouvement des entreprises de France (Medef) et l’Union des entreprises de proximité (U2P) n’étaient pas présents.
L’invitation avait été lancée par la CFDT. Elle faisait suite à une lettre envoyée, le 14 novembre, à Sébastien Lecornu par les syndicats et le patronat – exception faite du Medef, qui n’avait pas souhaité la cosigner –, dans laquelle ils exhortaient le premier ministre à renoncer au document de cadrage que son prédécesseur, François Bayrou, leur avait envoyé, le 8 août. Celui-ci leur avait alors proposé d’engager une négociation afin de durcir les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi, avec pour finalité d’atteindre 4 milliards d’euros d’économies.
Samedi 29 novembre, c’est Jean-Pierre Farandou qui leur a répondu. Le ministre du travail a écrit aux organisations d’employeurs et de salariés – excepté le Medef – pour leur annoncer que ce projet de réforme sera retiré dèsqu’elles auront « formalisé » leur « engagement » de négocier sur les contrats courts et les ruptures conventionnelles, ce qu’elles avaient proposé dans leur courrier du 14 novembre. Jean-Pierre Farandou leur demande toutefois de trouver « au moins 400 millions d’euros par an ». Et les met en garde : si un accord n’est pas trouvé, d’ici au 31 janvier 2026, l’Etat « serait conduit à prendre à nouveau ses responsabilités ».
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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 3 avril 2024. AGNÈS DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, explique qu’il faut taxer les patrimoines et les successions et passer en revue les aides aux entreprises qui « coûtent un pognon de dingue » afin d’éviter de laisser filer le déficit. Elle appelle à revenir sur le gel des prestations sociales et la revalorisation inférieure à l’inflation des retraites prévus dans les budgets étudiés actuellement au Parlement.
La mobilisation du mardi 2 décembre à l’appel de votre organisation, de la FSU et de Solidaires est passée presque inaperçue. Faut-il y voir une démonstration de faiblesse du mouvement syndical ?
Nous n’avons jamais dit qu’il s’agirait d’une grande journée d’action et de grèves. Nous savions qu’elle serait limitée par le contexte d’attentisme et de flou organisé. Mais si nous ne faisons rien, le débat budgétaire se tiendra sans les salariés, à coups d’arrangements politiciens. Il ne faut surtout pas arriver après la bataille, mais au contraire la mener maintenant, au moment où se prennent les décisions.
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John Santora, président-directeur général de WeWork, dans les nouveaux locaux de la société, avenue Trudaine, à Paris 9ᵉ, le 13 novembre 2025. AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »
Fini les excès. L’entreprise de coworking WeWork, qui a connu l’une des plus impressionnantes ascensions parmi les start-up américaines (valorisée jusqu’à 47 milliards de dollars, soit 40,5 milliards d’euros), est aussi devenue le symbole d’une nouvelle économie qui fonçait droit dans le mur, sans contrôle de ses actionnaires. Son succès rapide et sa dégringolade violente ont même donné lieu à une série, très fidèle au réel,WeCrashed,diffusée sur la plateforme Apple TV+.
Lorsque l’entreprise, soutenue en particulier par le fonds Vision Fund du japonais SoftBank, a dû ouvrir ses livres de comptes à la veille de son entrée en Bourse, en septembre 2019, les gabegies d’Adam Neumann, qui a cofondé l’entreprise en 2010, et de sa femme sont apparues au grand jour, au point de faire capoter l’opération.
Après des changements de direction et une cessation de paiements en novembre 2023, l’entreprise a effectué sa mue et trouvé un nouveau dirigeant plus consensuel. Venu de l’immobilier « classique », John Santora, un vétéran du secteur qui a passé quarante-sept ans ans de sa vie professionnelle chez Cushman & Wakefield, un géant de l’immobilier fondé en 1784, n’affiche pas les mêmes prétentions qu’Adam Neumann. « A l’époque, je ne pouvais pas comprendre une croissance aussi rapide [de sa valorisation] », admet-il, pensant à son arrivée dans l’entreprise.
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Marguerite Bérard n’est pas partie aux Pays-Bas pour regarder pousser les tulipes. L’ancienne patronne de la banque commerciale de BNP Paribas en France avait pris, le 23 avril, les rênes d’ABN Amro, la troisième banque du pays, pour la revigorer. Et quoi de mieux pour y parvenir qu’une bonne taille automnale ? Sept mois après son arrivée, elle a annoncé, mardi 24 novembre, qu’elle comptait élaguer près de 20 % des effectifs de la banque.
Un cas d’école qui illustre la capacité de l’intelligence artificielle (IA) à ravager l’emploi dans les services financiers. Tandis que Wall Street s’interroge pour savoir si les tombereaux de dollars investis dans les data centers généreront des gains justifiant les valorisations des Nvidia, Google et autres Meta, les pertes en ligne s’accumulent chez les cols blancs.
A l’extérieur des bureaux de la banque ABN AMRO à La Haye, aux Pays-Bas, le 22 juin 2025. YVES HERMAN / REUTERS
Au nom de l’« efficacité », ABN Amro prévoit donc de supprimer 5 200 postes équivalent temps plein d’ici à 2028, ramenant à 22 300 le nombre de ses employés, contre 27 500 à la fin de 2024. Cette « stratégie courageuse », selon la direction, a cueilli à froid les salariés de la banque, mais enflammé la Bourse néerlandaise. ABN Amro, qui avait retrouvé la Bourse d’Amsterdam il y a dix ans, après son sauvetage par le gouvernement néerlandais durant la crise des subprimes, a vu son cours s’envoler à un niveau record. C’était sûrement l’objectif, les pouvoirs publics néerlandais souhaitant réduire leur participation résiduelle de 30 % au capital de la banque.
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Lors d’une marche blanche organisée par les syndicats de médecins hospitaliers et libéraux, pour « exiger la protection des budgets de la santé » et « des réponses adaptées aux réels besoins de santé publique », à Paris, le 4 octobre 2025. ANNA KURTH/AFP
Les sept syndicats de médecins libéraux représentatifs ont lancé, mercredi 26 novembre, un mot d’ordre unitaire aux généralistes, spécialistes, internes et étudiants en médecine. Tous sont appelés « à se préparer à un mouvement de grève sans précédent à partir du 5 janvier », face à un projet de la Sécurité sociale 2026 « qui sonne le glas de la médecine libérale en France ».
Ils sont invités à « reporter dès aujourd’hui » tous les rendez-vous prévus à partir du 5 janvier, et à « soutenir et amplifier » les différentes actions d’ores et déjà lancées par différentes organisations et collectifs, comme un mouvement de grève dans le sud-est de la France le 3 décembre.
L’appel est signé par les sept syndicats de médecins représentatifs des médecins libéraux (MG France, CSMF, FML et UFML pour les généralistes, Avenir Spé/Le Bloc, UFML et SML pour les spécialistes), et par d’autres organisations comme Jeunes Médecins et Médecins pour demain. Il est destiné également à « tous les internes et étudiants en médecine ».
Les syndicats estiment que le projet de budget de la « Sécu » constitue une « attaque inédite depuis la création de la Sécurité sociale en 1945 » contre la médecine libérale.
Ils lui reprochent notamment de « supprimer la négociation conventionnelle », une allusion à l’article 24 du projet de loi qui prévoit la possibilité donnée à l’Assurance-maladie de revoir unilatéralement les tarifs de certains secteurs quand une rentabilité excessive est constatée.
Les syndicats dénoncent également l’article 26 qui prévoit l’instauration d’une surcotisation sur les suppléments d’honoraires des médecins du secteur 2 (conventionnés à dépassement d’honoraires) et sur les revenus du secteur 3 (non conventionnés).
Parmi les actions prévues, les syndicats demandent notamment aux médecins de ne pas « signer les contrats d’engagements France Santé » (labellisation de structures médicales capables notamment de proposer un rendez-vous en moins de quarante-huit heures) annoncé dès son arrivée à Matignon par Sébastien Lecornu.
A partir du 3 décembre, ils les appellent à ne plus alimenter le dossier médical partagé (DMP). Ils les invitent également à « systématiser la demande de validation des arrêts de travail par le service médical » de l’Assurance-maladie.
Une « grande manifestation nationale » est prévue le 7 janvier à Paris. L’ensemble des organisations syndicales représentatives de médecins rejoignent ainsi de premiers syndicats qui avaient commencé à s’élever contre le texte il y a plusieurs semaines.
Le syndicat Le Bloc, notamment, avait déjà annoncé que des milliers de chirurgiens feraient grève entre le 5 et 19 janvier. Les praticiens sont appelés à s’exiler à Bruxelles pendant la période pour ne pas être réquisitionnés par les autorités.
L’UFML avait déjà annoncé mercredi 26 novembre matin qu’elle rejoignait cet appel.
Deux livreuses de repas traversent une place tout en faisant la promotion de réductions sur les menus proposés par la plateforme Meituan, à Chongqing, dans la province du Sichuan, le 10 mars 2025. CHENG XIN/GETTY IMAGES
Sac rouge sur le dos, balais rétractable dépassant, Bao Bei (un nom d’emprunt), 30 ans, fait le ménage chez des particuliers à Pékin. Elle travaille pour JD.com, l’application du géant de l’e-commerce et des services à raison de 10,50 euros chaque mission de deux heures. « J’ai des habitués, dont le patron d’une usine d’appareils médicaux. Il a fusionné deux grands appartements et me réserve douze heures par semaine. Pour lui, c’est plus simple que d’embaucher quelqu’un. » Jusqu’à peu, Bao Bei enseignait dans une petite ville du Shanxi pour 550 euros par mois. Mais ses parents étaient noyés sous les dettes.
« Mon père tenait une belle agence de location d’engins de chantier. Mais l’un d’eux a provoqué un accident, cinq personnes sont mortes, et il a fallu indemniser les familles. Mes parents ont tout vendu, déménagé à la campagne et bâti une ferme. Au bout de sept ans, leurs vaches ont attrapé la grippe, et le troupeau a dû être abattu pour éviter une contagion. »
Un deuxième coup du sort qui a finalement chamboulé les trajectoires de leurs trois enfants, tous diplômés. La grande sœur de Bao Bei est partie au Qinghai, dans l’ouest du pays, pour travailler sur un champ de gaz de schiste. La petite sœur a ouvert un atelier de cosmétiques dans le Guangdong, dans le Sud. Et Bao Bei s’est mise au service de JD.com, sept jours sur sept, de 8 heures à 22 heures. Elle dort dans un dortoir décati à la périphérie de Pékin, pour 110 euros par mois.
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