Aux Etats-Unis, IBM attire les postulants hors normes

« Les “new collars”, les “nouveaux cols”, [est] un terme inventé par Ginni Rometty, la dirigeante du groupe IBM, afin de qualifier cette main-d’œuvre du XXIe siècle que l’entreprise recherche désespérément » (Photo: IBM, Armonk, EtatsUnis, en 2009).

« Les “new collars”, les “nouveaux cols”, [est] un terme inventé par Ginni Rometty, la dirigeante du groupe IBM, afin de qualifier cette main-d’œuvre du XXIe siècle que l’entreprise recherche désespérément » (Photo: IBM, Armonk, EtatsUnis, en 2009). STAN HONDA / AFP

Sa vie d’infirmière est réduite. Après avoir passé vingt-quatre ans à l’hôpital, l’Américaine Tara Welch sait qu’elle ne peut plus courir d’une chambre à l’autre pour s’occuper des patients. Elle est touchée d’une maladie chronique – une douleur musculosquelettique – qui l’empêche de marcher abondamment et de porter des objets lourds. Alors que faire ? Doit-elle rester assise à la maison ? Il n’en est pas question. Tara Welch se fait poser un modulateur dans le dos qui envoie des signaux électriques à son cerveau pour annuler la douleur, et elle retourne à l’école.

500 000 emplois à pourvoir

500 000, c’est, selon une étude du ministère du travail américain, le nombre d’offres d’emploi high-tech qui étaient non satisfaites aux Etats-Unis lorsque IBM a lancé son programme d’apprentissage pour les « new collars ».

3,9 %, c’est le taux de chômage aux Etats-Unis, en décembre 2018, mais, dans le secteur high-tech, ce taux descend à près de 2 %. Autant dire que les recruteurs ont beaucoup de mal à garder certains postes.

90 % des intéressés reconnaissent un manque de talents high-tech, précise un sondage Indeed, réalisé auprès de mille chasseurs de têtes.

Tara Welch s’inscrit au Wake Tech Community College, un institut de formation continue pour lui ouvrir les portes de l’industrie high-tech. C’est là que son chemin croise le géant IBM surnommé également « Big Blue », à la recherche de profils hors normes. Le recruteur d’IBM estime qu’elle a « du cran ». Elle a 44 ans, mère et grand-mère de trois petits-enfants, fait partie des « new collars », « les nouveaux cols », un terme inventé par Ginni Rometty, la dirigeante du groupe IBM, afin de qualifier cette main-d’œuvre du XXIsiècle que l’entreprise recherche désespérément.

Ce ne sont ni les cols blancs des bureaux, ni les cols bleus des usines, mais une force et un amour pour le travail « nouvelle », intéressée par la technologie… sans en avoir les diplômes de l’enseignement supérieur. « Le ministère du travail recense 500 000 offres d’emplois techniques non satisfaites, explique Kelli Jordan, responsable IBM de l’initiative « New Collars », à Raleigh (Caroline du Nord). Les universités ne donnent pas les quantités nécessaires de programmeurs, designers et ingénieurs. En plus, ajoute-t-elle, « beaucoup de ces postes vacants ne nécessitent pas quatre ans d’études supérieures ». 

Travail en équipe

La direction d’IBM a donc décidé de sortir des chemins battus et d’aller chercher ailleurs ses futures armadas, à la sortie du lycée, dans les community colleges, les classes de programmation, ou encore les vétérans de l’armée. Le programme, qui a commencé en octobre 2017, demande surtout à ses candidats de savoir travailler en équipe. « Ils doivent être de bons communicants, ils aiment les challenges et ont envie de les résoudre ensemble », détaille Kelli Jordan. Les qualités techniques ne sont plus l’élément décisif. « Le savoir-faire devient obsolète si vite qu’ils devront de toute façon apprendre de nouvelles technologies tous les six ans »,estime Mme Jordan.