Le Medef justifie ses idées-chocs sur l’emploi des jeunes

Patrick Martin, président du Medef, lors de « La Nuit de la Nouvelle République », au Palais Brongniart, à Paris, le 27 janvier 2026.

Désamorcer le début de controverse sans se renier sur le fond. Après la révélation de ses idées-choc en faveur de l’emploi des jeunes, qui indignent plusieurs syndicats de salariés et d’étudiants, le Medef tente de justifier sa démarche. Invité, lundi 2 février, de RMC, Fabrice Le Saché, l’un des vice-présidents du mouvement patronal, a, en substance, expliqué que l’unique but de son organisation est de nourrir le débat sur les remèdes à apporter à un mal lancinant et synonyme de « gâchis humain ».

Au cœur de la polémique, il y a des « propositions d’axes de travail » pour favoriser le recrutement des moins de trente ans. Elles ont été remises, le 28 janvier, dans la perspective d’une éventuelle négociation entre acteurs sociaux sur ce dossier. Le document évoque l’hypothèse d’un contrat à durée indéterminé qui pourrait être rompu sans motif pendant les trois premières années, avec une « obligation de formation » pesant sur l’employeur et « une indemnisation croissante » liée à l’ancienneté du salarié si la relation entre les deux parties prend fin. Un dispositif qui présente des similitudes avec le contrat première embauche (CPE) : porté en 2006 par le gouvernement de Dominique de Villepin, ce projet avait été enterré après plusieurs mois de contestation dans la rue.

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Repas à 1 euro pour les étudiants : « Tant que les politiques publiques resteront partielles, la précarité continuera de structurer la vie de milliers de jeunes »

La présidente de l’association Cop1 – Solidarités étudiantes, Léonore Maunoury, salue, dans une tribune au « Monde », la généralisation du repas à 1 euro pour tous les étudiants, mais juge cette mesure insuffisante. Elle fustige la suppression annoncée des APL pour les étudiants étrangers non boursiers et appelle à l’ouverture du RSA dès 18 ans.

« Jamais tranquille » : l’épuisante recherche du prochain contrat pour les millions de Français en emploi court

Courir après le prochain CDD, le prochain temps partiel ou la prochaine mission d’intérim. Pour les millions de salariés en emploi précaire (6,1 millions en contrat court et 4,7 millions à temps partiel fin 2025), décrocher un poste ne suffit pas. Il faut toujours penser à l’après. Une bonne partie de leur temps libre est alors consacrée… à la recherche de travail. Reléguant la vie privée au second plan. « Difficile de prévoir des activités régulières, quand l’activité est irrégulière », raconte Thibault, technicien dans le théâtre (les témoins cités sous leur seul prénom ont souhaité garder l’anonymat). Cet intermittent a fait une croix sur les activités sportives ou associatives devant l’impossibilité de s’engager. Il passe sa vie à parcourir la France, mais prévoir des vacances est compliqué. « Difficile de trouver un espace détaché entre travail et non-travail », résume-t-il.

Dans la durée, cela signifie « avoir des craintes pour [son] emploi, devoir changer de qualification ou de métier », expliquent les chercheuses Véronique Rémy et Véronique Simonnet, dans une récente analyse de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques portant sur les caractéristiques de l’emploi temporaire. Selon cette étude publiée en mars 2025, ces travailleurs précaires sont significativement plus exposés à l’insécurité de l’emploi que ceux en CDI. L’indicateur d’insécurité (fondé sur la crainte pour son emploi, l’obsolescence de sa qualification, la facilité à retrouver un poste sans perte de revenus) est de 0,46 pour les intérimaires, 0,42 pour les CDD et… 0,33 pour les CDI.

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Recrutement : peut-on maîtriser les secrets des algorithmes avant de postuler ?

L’usage des Applicant Tracking Systems, ces logiciels qui permettent aux ressources humaines de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures, suscite beaucoup d’interrogations et d’angoisses parmi les futures recrues.

Quand Antony est devenu chômeur, en avril 2025, il ne savait pas ce qu’étaient les Applicant Tracking Systems (ATS), ces logiciels qui permettent aux ressources humaines (RH) de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures. Il en a pris connaissance en élaborant son CV. « Il était hyper créatif, raconte le graphiste, mais un pote m’a tout de suite mis un gros stop, il m’a dit : ” Ça ne passera jamais l’ATS.” » Il se résigne alors à produire une version « plus sobre », avec une police de caractères classique, et sans graphiques. Il espère ainsi que son profil passera plus facilement cette « première barrière ». Mais après quasiment un an de chômage et des refus qu’il a arrêté de compter, il doute. « Est-ce que j’ai les bonnes techniques ? Je n’en sais absolument rien, confie Antony. Je suis complètement perdu. »

Si les ATS existent depuis les années 1990, leur déploiement s’est accéléré ces dernières années. Quatre-vingts pour cent des recruteurs déclarent y avoir recours ou envisager de le faire en 2024, contre 64 % en 2018, d’après une enquête menée par Hellowork sur un panel de 4 200 professionnels, publiée en mai 2024. Ces logiciels sont utilisés à un premier niveau pour « aspirer l’information », explique Antoine Dufour, responsable du pôle digital de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), c’est-à-dire pour extraire les données issues des CV des candidats. Une minorité d’ATS propose ensuite des « fonctionnalités augmentées », intégrant de l’intelligence artificielle (IA), par exemple pour résumer un CV ou calculer un « taux de correspondance » entre le profil d’un candidat et une offre d’emploi.

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Du recul du salariat à l’essor du microentreprenariat, comment la fragmentation du travail nourrit la précarité

Patricia reprend à peine son souffle lorsqu’elle retrace son parcours de cheffe de cuisine. « En début de carrière, j’ai été en CDD puis en CDI dans plusieurs secteurs, et je l’agrémentais de missions en intérim pour compléter mes revenus », commence la jeune femme de 34 ans (qui n’a pas souhaité donner son nom). Avant de poursuivre : « En 2019, je me suis tournée vers les plateformes de mise en relation pour des missions en restauration, car le salaire paraissait plus attractif. C’était comme de l’intérim, mais plus structuré, plus flexible, ça paraissait révolutionnaire. Jusqu’au jour où la répression des fraudes m’a contactée pour me dire que la plateforme que j’utilisais était poursuivie pour travail dissimulé. » Aujourd’hui, elle continue d’enchaîner les postes dans les restaurants sous le statut de microentrepreneur, jamais très stables, jamais très longtemps, et, dans son secteur comme dans beaucoup d’autres, ils sont des milliers comme elle.

Depuis vingt ans, l’emploi se morcelle en France. Certes, entre fin 2019 et fin 2024, en dépit de la pandémie de Covid-19, des tensions internationales et des incertitudes politiques, le pays a créé quelque 1,7 million d’emplois, soit une hausse de 5,9 %, supérieure à celle de la croissance. Mais ce chiffre masque un phénomène : autrefois considéré comme la norme, le salariat stagne, tandis que les formes de travail non salarié – les indépendants, principalement les microentrepreneurs – prennent de l’essor. Ce n’est pas tout. Les stages de fin d’études ne cessent de s’allonger, les plateformes proposant des jobs à la tâche essaiment et le nombre de « slasheurs », ces personnes contraintes de jongler entre plusieurs petits boulots pour boucler leurs fins de mois, augmente.

Cette « mosaïfication » de l’emploi est lourde de conséquences économiques, sociales et politiques. Elle retarde l’indépendance des jeunes, qui peinent à se loger. Elle fragmente un peu plus encore le rapport au collectif, alors que le taux de syndicalisation est déjà au plus bas. Elle alimente une frustration et un découragement qui ne sont pas sans incidence lorsqu’il s’agit de glisser un bulletin dans l’urne.

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Forts remous au sein de La Boîte à bulles, l’éditeur de BD

Dans la section Le Monde des Bulles lors du 49e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, le 18 mars 2022.

Certains rachats se révèlent de vrais flops. Vincent Henry, créateur de la maison d’édition La Boîte à bulles (BAB) en 2003, a publié au fil des années plusieurs centaines d’albums de BD. En 2017, il cède l’entreprise à laquelle il a voué toute sa vie à Humanoids Inc., présidé par Fabrice Giger, en espérant se développer, arriver sur le marché américain et diversifier ses albums dans l’audiovisuel. Le prix, presque inespéré pour le vendeur, est fixé à 557 000 euros. Aujourd’hui, Vincent Henry est ruiné.

Son erreur ? Avoir vendu à crédit son entreprise, basée à Tours (Indre-et-Loire). Fabrice Giger n’a versé que 41 000 euros lors de l’acquisition. Les 516 000 euros restants ne seront jamais payés. Un sérieux différend a opposé les deux hommes, chacun s’accusant de tous les maux.

Tout commence au moment où La Boîte à bulles, peu ou prou bénéficiaire depuis sa création, commence à perdre de l’argent en 2022. L’année suivante, selon Libération, Fabrice Giger reproche à Vincent Henry de ne pas avoir atteint l’objectif qu’il lui avait fixé : doubler son chiffre d’affaires pour parvenir au seuil de 1 million d’euros. Il lui fait aussi porter l’échec de l’opération commerciale des vingt ans de La Boîte à bulles.

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Le Medef exhume le smic-jeunes et le contrat première embauche

Des apprentis tailleurs de pierre, dans un atelier du lycée professionnel Hector-Guimard, à Paris, le 17 janvier 2025.

Des idées anciennes pour faciliter le recrutement des jeunes. Mercredi 28 janvier, le Medef a dévoilé des propositions sur l’emploi de cette catégorie de la population lors d’une rencontre qui a eu lieu dans son siège national, avenue Bosquet, à Paris, avec deux autres organisations patronales – la Confédération des petites et moyennes entreprises, l’Union des entreprises de proximité – et les cinq principaux syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO). Révélées par l’agence de presse AEF, certaines de ces pistes comportent de grandes similitudes avec des projets controversés de réforme défendus, il y a deux à trois décennies, par des gouvernements de droite : le contrat première embauche (CPE) et le contrat d’insertion professionnelle (CIP) – aussi appelé « smic-jeunes ».

La réunion de mercredi obéit à la volonté des acteurs sociaux de se doter d’un « agenda autonome », c’est-à-dire un programme de négociations élaboré à leur initiative et conduit sans immixtion de l’Etat. Début juin 2025, ils avaient déjà eu un temps d’échange dans cette optique et avaient commencé à inventorier des thèmes possibles de réflexion collective – dont l’emploi des jeunes. Le président du Medef, Patrick Martin, tient beaucoup à ce que ce sujet soit abordé. Il en parle presque systématiquement, à l’occasion d’interventions médiatiques ou, plus récemment, lors de ses vœux pour 2026 présentés, le 12 janvier, au Conseil économique, social et environnemental.

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Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail : « Toutes les formes d’instabilité ont des effets immédiats sur le marché du travail »

Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, lors de l’inauguration de l’Alliance pour l’inclusion par le sport au complexe sportif Georges-Carpentier à Paris, le 8 avril 2024.

Architecte de la transformation du service public de l’emploi, Thibaut Guilluy est à la tête de France Travail (nouveau nom de Pôle emploi depuis le 1er janvier 2024) depuis le 21 décembre 2023. Il fait le bilan de la transformation de l’opérateur public entamée à son arrivée et « déplore » la baisse de ses effectifs dans le budget 2026.

Quelle analyse faites-vous de la transformation de Pôle emploi en France Travail ?

C’est une réforme très profonde qui ne se fait pas en un ou deux ans, dans la manière dont l’ensemble des acteurs s’organisent pour pouvoir accompagner chaque Français dans son parcours de vie professionnelle et de faire en sorte que chaque entreprise, privée, publique, associative, puisse être soutenue de façon plus efficace dans la recherche de candidats et dans la création d’emplois. Sur les deux premières années, on a pu préparer les conditions de cette transformation. Les bases ont été posées, avec l’inscription de tous les demandeurs d’emploi, la mise en place des comités locaux, la création de France Travail Pro et de nombreuses expérimentations.

Quels en sont les premiers résultats ?

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Dans les banques, l’emploi sous pression entre nouvelle concurrence et nouveaux usages

Devant une agence du Crédit Agricole, sur l’île de Groix (Morbihan), le 19 juin 2019.

Dans les banques, l’heure n’est toujours pas aux saignées dans les effectifs qui lui sont régulièrement prédites depuis les années 1980. L’emploi dans le secteur, qui comptait un peu plus de 373 000 salariés en 2024, est à la « stabilité », assurait, lundi 26 janvier, lors de ses vœux à la presse, le président de la Fédération française des banques, Daniel Baal, ajoutant que « toutes les banques continuent de recruter ».

La France reste à l’abri des plans de départs massifs tel que celui annoncé en novembre 2025  par le néerlandais ABN Amro, qui veut supprimer 5 200 postes d’ici à 2028, soit 20 % de ses effectifs, pour réduire sa « base de coûts » en profitant des gains de productivité promis par l’intelligence artificielle (IA).

Mais les signaux s’accumulent, qui confirment la volonté de plusieurs grands acteurs du secteur d’accélérer l’adaptation de leur organisation aux mutations en cours. Dans les 39 caisses régionales du Crédit agricole, qui emploient quelque 78 000 personnes, les salariés étaient appelés, le 22 janvier, à débrayer pour défendre des revendications salariales et dénoncer les conséquences d’un plan d’« efficacité » présenté à l’automne 2025 par la Fédération nationale du groupe, la FNCA, même s’il n’inclut aucun objectif de suppressions de postes.

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Automobile : fermetures en cascade chez les sous-traitants

Lors d’une mobilisation des adhérents de la CFDT contre la fermeture annoncée de l’usine Sogefi, à Sin-le-Noble (Nord), le 15 décembre 2025.

« C’était comme si on m’annonçait la mort de ma mère… J’ai pleuré, pleuré, pleuré… et je suis pas le seul. » Voilà vingt-six ans que Sami était opérateur chez Lisi Automotive. Une semaine après l’annonce de la fermeture de leur usine à Puiseux-Pontoise (Val-d’Oise), ses collègues et lui sont toujours sous le choc, mardi 27 janvier. « C’est comme si mes parents m’abandonnaient ! », renchérit, autour d’un feu de bois à l’arrière de l’usine, Khalid, régleur à l’injection plastique, 40 ans (les salariés ont demandé qu’on ne publie pas leur nom de famille).

« Tout un cheminement de notre vie s’est brisé d’un coup lorsqu’ils nous ont annoncé la nouvelle, raconte Hakim, père de quatre enfants. Le crédit de la maison, les activités des enfants, les vacances d’été que j’ai déjà réservées, tout a défilé dans ma tête… Comment on va faire ? » « A la télé, on ne voit que ça, les boîtes qui ferment, soupire Khalid. On a l’impression que c’est devenu normal. »

Un jour avant eux, les salariés de Bosch à Moulins-Yzeure (Allier) et à Vénissieux (Rhône) ont subi la même douche froide, avec l’annonce soudaine de la fermeture de leurs sites, 310 postes au total qui disparaissent. Ceux de Mahle à Hambach (Moselle) étaient en grève le 12 janvier pour obtenir de meilleures conditions de départ : ils fermeront en juin (186 salariés). Le 8 janvier, ce sont les 320 salariés de l’usine Dumarey Powerglide à Strasbourg qui apprenaient que c’était la fin – un plan social avait déjà supprimé 234 emplois en 2025. A la veille de Noël, à Douai, dans le Nord, Sogefi (130 emplois) annonçait une fermeture courant 2026, comme chez Allgaier à Faulquemont en Moselle (180 salariés). Cela fait plus de 1 200 postes supprimés.

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