Le modèle économique polonais en question

Le modèle économique polonais en question

La Pologne ne veut plus être « l’atelier d’assemblage de l’Europe » et veut remonter dans la chaîne de valeur.

Par Publié aujourd’hui à 08h45

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Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, durant une convention du parti Droit et Justice, à Kielce (centre-est du pays), le 9 octobre.
Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, durant une convention du parti Droit et Justice, à Kielce (centre-est du pays), le 9 octobre. WOJTEK RADWANSKI / AFP

Le parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), large vainqueur des élections législatives du 13 octobre, doit sa victoire, comme en 2015, à des promesses économiques et sociales qui bousculent la doxa libérale en vigueur dans le pays depuis la chute du communisme. Lors de la précédente législature, le parti de Jaroslaw Kaczynski a mis en place une révolution sur le marché du travail, en introduisant pour la première fois un salaire minimum horaire à 13 zlotys (3 euros), qu’il a promis de porter à 17 zlotys au 1er janvier 2020. Un tournant, dans un pays où un serveur de café pouvait, il y a encore peu, être rémunéré l’équivalent de 90 centimes d’euro de l’heure.

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La promesse phare de la campagne qui a mené à la réélection du PiS a été de quasi doubler le SMIC mensuel brut à l’horizon 2022, pour le porter à 4 000 zlotys (933 euros), contre 2 250 zlotys actuellement. L’intention affichée par le parti ultraconservateur est claire : la Pologne voudrait sortir d’un modèle économique qui consiste à attirer massivement les investisseurs étrangers – parmi lesquels l’industrie allemande occupe une place de premier plan – avec, pour principal atout, le bas coût de sa main-d’œuvre. Un modèle qualifié, par certains économistes, de « capitalisme périphérique », qui a contribué au développement spectaculaire du pays d’Europe de l’Est depuis 1989, mais qui est sur le point de montrer ses limites.

Eviter le plafond de verre

Lors d’un débat à l’Université économique de Poznan (ouest), le 3 octobre, la ministre des entreprises et des technologies, Jadwiga Emilewicz, candidate aux législatives, expliquait ce point de vue. « La Pologne se développe très vite, mais nos moteurs de croissance se tarissent. Nous sommes devenus l’atelier d’assemblage” de l’Europe. Nous avons bien intégré la chaîne de production globale de richesses, mais à un très bas niveau. Tout ce qui est matière à haute plus value, l’innovation, la propriété intellectuelle, et qui doit être source de croissance pour les décennies à venir, se trouve en dehors de nos frontières. »

L’objectif du plan Morawiecki était d’éviter ce que les économistes polonais appellent le « piège du revenu intermédiaire »

Ce constat n’a rien de nouveau. Il était déjà au cœur de la première législature du parti ultraconservateur. En 2016, Mateusz Morawiecki, le ministre de l’économie et des finances, devenu depuis premier ministre, présentait sa « stratégie pour un développement responsable », rapidement appelée « plan Morawiecki ». Son objectif était d’éviter ce que les économistes polonais appellent le « piège du revenu intermédiaire », et qui est devenu une véritable hantise sur les bords de la Vistule. Il s’agit de l’impossibilité de rattraper le niveau de développement des Etats les plus riches, pour cause d’incapacité à produire des richesses autrement que par les sources de croissance à faible plus-value. En d’autres termes : éviter le plafond de verre auquel se sont heurtés Espagnols, Portugais ou Grecs, et réussir ce qu’ont pu faire le Japon ou la Corée du Sud.

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LJD

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