« Pour Henri Fayol, l’entreprise est le lieu où le savoir scientifique doit être organisé pour être utile au progrès »

Chronique. La bourde de l’ancien président américain George W. Bush affirmant qu’il n’existait pas en français de mot équivalent au terme américain d’« entrepreneur » (prononcé avec l’accent texan) est bien connue. En revanche les entrepreneurs français, et les écoles qui les forment, ont bien du mal à utiliser un autre mot que « management » – et tous les anglicismes qui l’accompagnent – pour désigner l’art d’organiser les ressources matérielles et humaines de l’entreprise afin d’en obtenir la meilleure productivité possible. En effet, les méthodes qui ont permis à l’industrie américaine de devenir « l’arsenal des démocraties » pendant la seconde guerre mondiale ont été importées en France après 1945 et sont enseignées depuis dans les business schools qui y ont fleuri.

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C’est pourtant une autre histoire que raconte un article d’Eric Godelier, professeur d’histoire et de management des entreprises à l’Ecole polytechnique (« From the “science” of practices to management science : milestones for a history of management education in France (1900s-2000s) », Management and Organizational History, 1er décembre 2020), tout comme la réédition critique des œuvres de l’ingénieur et entrepreneur Henri Fayol, né en 1841 (Le Traité et la Notice. Relire Fayol avec Fayol, Presses des Mines, 2020).

Praticiens de terrain

L’Ecole supérieure de commerce de Paris (ESCP) a ouvert ses portes… en 1819, suivie par celles de Mulhouse (1866), du Havre et de Rouen (1871), de Lyon et de Marseille (1872) et de Bordeaux (1874), à l’initiative de patrons qui souhaitent former des étudiants – souvent leurs propres enfants – aux techniques de direction, en premier lieu la comptabilité.

Un objectif repris dans les années 1880 par les chambres de commerce et d’industrie avec la création de HEC (1881) et d’une quinzaine d’écoles similaires en province. Les effectifs sont minces, et les contenus plus proches de l’enseignement technique que des sciences et des humanités enseignées dans les universités et les écoles d’ingénieurs où est formée « l’élite » de la nation. Ce qui vaudra aux écoles de commerce un mépris durable dans la culture sociale française.

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Mais, avec l’industrialisation, il faut aussi apprendre à maîtriser les techniques et les coûts de production, les flux d’énergie et de matières, et même l’organisation du travail ouvrier dans des usines de plus en plus grandes. Les écoles d’ingénieurs ajoutent à leur programme l’« économie industrielle », mêlant technique, économie et droit, dès le début du XIXe siècle à l’Ecole des ponts et chaussées, au Conservatoire national des arts et métiers, où enseigne Jean-Baptiste Say, à partir de 1819, à l’Ecole centrale en 1854 – où est délivré en 1865 un cours « d’humanités industrielles ». Il s’agit le plus souvent de savoirs transmis aux étudiants par des praticiens de terrain.

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Chômage partiel, confinement, inégalités… les maux de la crise en dix mots

Jamais, depuis la seconde guerre mondiale, l’économie n’avait subi un choc d’une telle ampleur. Si 2020 restera dans les mémoires comme l’année de la pandémie de Covid-19, elle sera aussi celle où les Etats ont déployé des moyens sans précédent pour tenter d’endiguer la crise. Celle-ci laissera derrière elle des mots nouveaux ou revenus de l’oubli, pour décrire une économie bouleversée. « Sur le front économique, le terme “confinement” marquera l’année 2020, comme l’expression “Grande Dépression” avait résumé la crise de 1929 », note la sémiologue Mariette Darrigrand. S’ajoute à cela le vocabulaire accompagnant les mesures déployées pour soutenir les entreprises et les ménages face à la récession. Voici dix mots qui ont marqué l’année économique 2020.

  • Chômage partiel

Dès le premier confinement, les pays européens ont instauré des dispositifs inspirés du Kurzarbeit, le chômage partiel allemand qui, durant la crise de 2008, avait efficacement protégé les emplois outre-Rhin. Les salariés concernés touchent une partie de leur salaire net (84 % en France, 100 % au niveau du smic), dont le financement est totalement ou partiellement pris en charge par l’Etat. « C’est l’une des réussites de cette gestion de crise : cette mesure a amorti le choc Covid et sauvé plus d’un million d’emplois en France », souligne Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures économiques. A l’acmé de la récession, en avril, 8,6 millions de personnes se trouvaient au chômage partiel.

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Depuis l’été, les entreprises tricolores peuvent aussi déposer une demande d’activité partielle de longue durée, applicable sur vingt-quatre mois sous conditions. Certains économistes redoutent néanmoins que ces dispositifs, s’ils se prolongent trop longtemps, « piègent » des salariés dans des secteurs en difficulté, les empêchant d’aller chercher un emploi dans les industries d’avenir.

  • Confinement

Dans le cadre de la pandémie, le mot est mentionné dans Le Monde dès le 25 janvier 2020, à propos de la mise en quarantaine de Wuhan, la ville chinoise où le nouveau coronavirus est apparu. « Cette expression issue du vieux français était déjà employée lors des grandes pandémies, comme celle de la peste noire, en 1348 », rappelle Mme Darrigrand. Le 17 mars, la France se confine à son tour pour deux mois, comme nombre de pays : fermeture des commerces non essentiels, des écoles et des frontières, mise en place du télétravail, limitation des déplacements… En avril, le néologisme de « déconfinement » apparaît pour évoquer la levée des restrictions, qui seront réintroduites dès l’automne en Europe.

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Quatre défis économiques pour la France en 2021

« Prudente et entourée d’incertitudes », comme l’ont souligné les experts de l’Insee dans leurs prévisions pour 2021, la reprise économique l’an prochain devra composer avec plusieurs inconnues majeures. Parmi elles, quatre sont particulièrement surveillées par les conjoncturistes, car elles détermineront en partie le rythme du rebond : l’accélération des défaillances d’entreprises, l’évolution du marché du travail et la hausse du chômage, le niveau de la consommation et de l’épargne. L’accroissement des inégalités, qui résulte notamment des points précédents, revêtira pour sa part une dimension politique.

Affronter le « mur des faillites »

Grâce aux filets de sécurité octroyés par l’Etat, les défaillances d’entreprises ont chuté de près de 40 % cette année par rapport à 2019. Mais que se passera-t-il lorsqu’elles devront rembourser les quelque 127 milliards d’euros de prêts garantis par l’Etat (PGE) déjà accordés, et que, parallèlement, le dispositif de chômage partiel sera réduit ? La situation devrait alors s’inverser, prédisent tous les économistes.

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Selon l’assureur Euler Hermes, le nombre de faillites va passer de 33 000 en 2020 à 50 000 en 2021 puis 60 500 en 2022. Environ 180 000 emplois seraient ainsi détruits en 2021, selon Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’accélération des faillites pourrait même jouer le rôle d’une bulle, en se répercutant sur les divers créanciers des entreprises : banques, fournisseurs, bailleurs, Etat…, analyse David Cayla, chercheur au Groupe de recherche angevin en économie et management (Granem) et maître de conférences à l’université d’Angers. Elle déclencherait alors un redoutable mécanisme de propagation de la crise depuis les secteurs les plus touchés (hôtellerie, restauration, loisirs, tourisme…) vers d’autres pans de l’économie, voire vers la sphère financière.

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Pour éviter cet enchaînement pernicieux, le gouvernement s’emploie à allonger au maximum l’échéancier de remboursement des PGE, qui peut désormais aller jusqu’à cinq ans, avec une année de décalage de remboursement du capital. Bruno de Moura Fernandes, économiste chez Coface, attire l’attention sur l’importance de ne pas enlever prématurément les dispositifs d’accompagnement destinés aux entreprises. Non seulement cela aurait pour effet d’accélérer les défaillances, mais de plus, « si vous retirez le soutien trop tôt, tout ce que vous aurez dépensé jusque-là ne sera pas efficace ».

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« Paroles de lecteurs » – Attention, ces licenciements peuvent en cacher d’autres

Le gros titre du Monde en date du jeudi 3 décembre 2020 (« La France des licenciements ») et son sous-titre dénonçant la destruction de 35 000 emplois en trois mois dénotent un manque de sérieux surprenant de la part d’un journal comme Le Monde. Il y a belle lurette que les licenciements pour motif économique ne témoignent plus que de façon très lointaine des suppressions d’emplois en France et que les ajustements d’emplois se font par d’autres canaux.

La crise économique déclenchée par les décisions prises en réaction à la crise sanitaire ne fait pas exception. Ce sont d’abord les salariés précaires – travailleurs temporaires et en contrat à durée déterminée (CDD) – qui servent de variable d’ajustement et les suppressions d’emploi se comptent alors en centaines de milliers : de près de 800 000 début février, le nombre d’intérimaires est passé à 470 000 début mars puis à 360 000 début avril. Il était remonté à 710 000 début septembre, mais l’écart avec l’avant-crise est encore de 90 000, soit 2,5 fois le nombre des licenciements annoncés en Une. Et bien sûr le second confinement aura fait croître ce chiffre.

Du côté des contrats courts, la DARES (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail) indique que leur nombre a été divisé par deux au second trimestre 2020, passant d’un peu plus de 6 millions à 3 millions en rythme trimestriel. Enfin, si l’on tient à ne s’intéresser qu’à l’emploi sous contrat à durée indéterminée (CDI), rappelons que les ruptures conventionnelles s’établissaient à 37 000 par mois environ avant la crise sanitaire. Elles sont tombées à 15 000 au cours du second semestre, mais elles sont remontées à environ 45 000 par mois au troisième trimestre.

Les licenciements pour motif économique témoignent bien, comme l’illustrent les deux articles de ce numéro, des problèmes économiques et sociaux d’une France engoncée dans une mauvaise spécialisation internationale et handicapée par une absence désastreuse de politique industrielle depuis plusieurs décennies. Ils sont dramatiques pour ceux qui les subissent mais ne constituent que la part émergée et médiatisée de l’iceberg. Ils ne disent vraiment pas grand-chose de l’emploi et occupent une place marginale dans les ajustements sur le marché du travail.

Bernard Gazier et Frédéric Bruggeman, Paris

« J’ai perdu toute ma trésorerie » : à Bordeaux, les boîtes de nuit en difficultés après neuf mois de fermeture

Le passage à 2021 ne se fêtera pas entre les murs de l’une des 25 boîtes de nuit bordelaises. Elles sont fermées, comme l’ensemble des 1 600 établissements de nuit de l’Hexagone depuis le 16 mars, et l’heure n’est toujours pas à la réouverture. Pourtant, « la soirée du Nouvel An fait partie des cinq plus gros chiffres d’affaires de l’année », explique Anthony Ringuet, propriétaire de La Dame, perchée sur un bateau au niveau du bassin à flot.

Interrogé sur les discothèques lors de sa conférence de presse du 26 novembre, Jean Castex a indiqué que « l’heure n’était pas à la réouverture ». « Je pense que tout le monde en comprend les raisons, mais [les établissements] seront bénéficiaires du fonds de solidarité rénové. » « Nous ne les laissons pas tomber », a assuré le premier ministre.

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Pourtant, ces établissements de nuit n’ont toujours aucune visibilité sur une potentielle réouverture. Les professionnels du secteur se sentent abandonnés par le gouvernement, et ce, alors que leurs entreprises emploieraient environ 25 000 salariés en France, selon M. Ringuet. « On fait travailler ceux qui s’occupent des sonos, des lumières, les musiciens, DJ, performeurs… Tout cela touche des gens qui ont souvent des emplois précaires », argue-t-il.

Avenir incertain

C’est le cas de Lucie Goujes, employée en extra aux vestiaires de La Dame avant que le confinement ne commence. « Quand, en mars, on nous a dit que la boîte allait fermer, comme je n’étais pas en CDI, je n’avais pas le droit au chômage partiel, cela m’a un peu fait paniquer », explique la jeune femme de 23 ans. Elle est alors contrainte de quitter son appartement bordelais pour retourner chez sa mère et accepte un poste de caissière dans un supermarché. Depuis, comme ses collègues avec qui elle garde contact, elle a « hâte de reprendre ». « On y prend goût à ce rythme, à la cohésion qu’il y a entre nous dans l’équipe », confie-t-elle.

Comme à La Dame, au Monseigneur ou à La Plage, boîtes de nuit bordelaises prisées des fêtards, les employés tentent de garder le lien grâce à des groupes de conversation WhatsApp. « On maintient le contact entre nous pour voir s’il n’y a pas des cas qui seraient tendus, pour se soutenir. Ça sauve un peu », explique David Duval, responsable sécurité incendie de La Plage. Aleks Cameron, DJ et producteur, vit d’un maigre reliquat de chômage.

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Celui qui a travaillé pour les plus grandes discothèques bordelaises raconte que « c’est très difficile mentalement ». S’il continue de « garder le contact » avec sa communauté par le biais des réseaux sociaux « pour ne pas être oublié une fois que ça reprendra », il s’interroge sur la réouverture des clubs. « Les habitudes ne vont-elles pas changer ? Les gens restent chez eux, s’habituent à être enfermés, à faire des soirées entre eux, ne vont-ils pas désormais changer leur façon de faire la fête ? », s’inquiète-t-il, ne cachant pas « se remettre en question » face à un avenir incertain.

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Quel est l’impact du chômage partiel sur la retraite ?

Les périodes de chômage partiel ne permettent pas en temps « habituel » de valider des trimestres de retraite.

Face à l’épidémie de Covid-19, de nombreuses entreprises ont eu recours au dispositif d’activité partielle, plus communément appelé « chômage partiel ». Les indemnités versées au titre de ce dispositif n’étant pas soumises aux cotisations sociales, ces périodes de chômage partiel ne permettent pas, en temps « habituel », de valider des trimestres de retraite à la différence des périodes de chômage indemnisé par Pole emploi (chaque période de 50 jours de chômage indemnisé donne droit à un trimestre).

Tant que les périodes de chômage partiel ne s’éternisent pas, le fait qu’elles ne soient pas prises en compte dans le calcul de la durée d’assurance n’a pas de réelles conséquences pour la plupart des salariés en contrat à durée indéterminée à temps plein.

Explication : la durée d’assurance des assurés n’est pas décomptée, de date à date, à partir des trimestres civils effectivement travaillés, mais à partir des cotisations versées. Or pour valider quatre trimestres au titre d’une année civile, il faut avoir cotisé sur la base de six cents heures de smic.

Concrètement, cela veut dire que ceux qui ont perçu un salaire annuel au moins égal à 6 090 euros, ont validé quatre trimestres en 2020, même s’ils n’ont pas travaillé toute l’année ou ont été en chômage partiel une partie de l’année.

Déficit de trimestres

Et les autres ? Ceux qui ont eu des contrats à durée déterminée très courts ou des temps partiels très réduits – leur rapportant au total moins de 6 090 euros – avant d’être placés en chômage partiel risquent de se retrouver avec un déficit de trimestres en 2020.

Pour corriger le tir, la loi du 17 juin 2020 prévoit que les périodes de chômage partiel comprises entre le 1er mars 2020 et le 31 décembre 2020 soient retenues dans le décompte de la durée d’assurance. Le décret du 1er décembre précise que chaque période correspondant à deux cent vingt heures d’indemnités de chômage partiel permet de valider un trimestre, sans que cette mesure puisse « avoir pour effet de porter à plus de quatre le nombre de trimestres d’assurance valable au titre de l’année 2020 ».

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Pour les assurés ayant commencé à travailler avant 20 ans et qui peuvent partir en retraite dès 60 ans, ces trimestres validés gratuitement sont retenus – dans la limite de quatre – pour apprécier s’ils remplissent la condition de durée d’assurance requise pour bénéficier de ce départ anticipé.

Côté régime complémentaire, le régime Agirc-Arrco prévoit de manière pérenne l’attribution de points gratuits – sans contrepartie de cotisations – aux salariés du secteur privé pour les périodes d’activité partielle dépassant soixante heures par an. Un arrêté du 16 décembre 2020 étend ce dispositif dans le régime complémentaire des agents non titulaires de la fonction publique (Ircantec), au titre des périodes courant à compter du 1er mars 2020.

Avec « L’entreprise des possibles », Alain Mérieux prend sa part dans la lutte contre la grande précarité

Le patron de l’Institut Mérieux, Alain Mérieux, à Veyrier-du-Lac (Haute-Savoie), en septembre 2017.

A l’ouest de Lyon, on dirait un village reconstitué. Sept petits chalets disséminés dans un grand parc boisé avec des animaux en semi-liberté accueillent des femmes et des enfants, victimes de violences, de pauvreté, ou des deux. Le temps de se ressourcer et de prendre un nouveau départ. Ouvert en novembre 2020 près de Tassin-la-Demi-Lune, ce havre de paix fait partie d’une des réalisations de « L’entreprise des possibles », un modèle inédit de mécénat social, lancé par l’industriel Alain Mérieux.

Constituée de quatre salariés, la structure sollicite les entreprises pour venir en aide aux plus pauvres. En deux ans, elle a réuni un budget de 1,1 million d’euros, pour financer une quinzaine de projets concrets. Cette brigade entrepreneuriale d’un genre nouveau a aidé près de 1 550 personnes en situation de grande précarité, par une activité, un soutien ou un logement transitoire.

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En 2021, elle prévoit d’appuyer onze projets, afin de tendre la main à plus d’un millier de personnes, en mettant l’accent sur le soutien aux jeunes et aux femmes en difficulté, qui représentent 30 % des personnes sans abri. « Dans la région lyonnaise, plus de deux cents femmes sortent de maternité sans toit. Elles sont plus vulnérables et invisibles », confirme Maud Bigot, directrice du Samusocial de Lyon.

« On ne peut pas réussir de façon égoïste »

L’entreprise des possibles puise ses ressources exclusivement dans le secteur privé. L’idée est de colliger des fonds pour soutenir des projets concrets et efficaces, dont la mise en œuvre et le suivi sont assurés par des organismes ou associations spécialisés dans la lutte contre la grande précarité. Cinquante-cinq sociétés, représentant 32 000 collaborateurs, ont répondu à l’appel de L’entreprise des possibles pour fournir des moyens utiles.

« Nous n’en sommes qu’au début. Il faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort. Nous avons rapproché deux mondes que je connais bien : le monde de l’entreprise, que j’ai longtemps servi, et le monde associatif, particulièrement actif dans la région lyonnaise », confie Alain Mérieux. Le patron de l’Institut Mérieux, treizième fortune française selon le magazine Forbes, a lancé ce concept solidaire par conviction personnelle et avec la liberté de parole de ceux qui ont traversé les plus dures épreuves familiales. En 1975, son fils avait été enlevé par un gang, puis libéré contre rançon.

« L’entreprise des possibles » développe une méthode professionnelle de mécénat, en parlant le langage des entreprises

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Logistique urbaine : l’impact social et environnemental de la livraison

Un livreur de la plate-forme Uber Eats, à Paris, le 24 avril.

Les grands sites d’e-commerce, d’Amazon à Cdiscount, en font un argument de vente : la livraison est le plus souvent « gratuite ». Cette mention figure en bonne place à côté du prix de vente des articles. Les supermarchés Monoprix ou Casino promettent également de livrer les courses sans frais si le montant du chariot atteint un certain montant. Début décembre, le service de livraison de plats cuisinés Uber Eats lançait aussi un abonnement mensuel « pour des frais de livraisons gratuits ».

Pourtant, comme le rappelle Lydia Mykolenko, géographe-économiste chargée des études sur la logistique à l’Institut Paris Region, « la livraison gratuite n’est pas gratuite, elle a un coût social et environnemental ». « On ne veut plus de pollution ni de camions en ville, mais on exige son colis tout de suite, ajoute-t-elle. Cette schizophrénie nous concerne tous. Il faudrait que les gros consommateurs de colis connaissent l’impact de leur clic sur leur cadre de vie. »

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A titre d’exemple, le prix du colis livré par La Poste s’établit en moyenne autour de 4 à 5 euros. Le patron de FM Logistic estime, lui, à une trentaine d’euros – 15 euros de préparation de commande et 15 euros de transport – le chariot de supermarché livré à domicile. La livraison, loin d’être gratuite, est donc « offerte » par le marchand, qui limite ses frais et ferme souvent les yeux sur les conditions de travail et les revenus des livreurs, sous-traitants pour la plupart. « A l’inverse du transport routier par gros camions, le transport léger n’est soumis à aucune règle. Les prix défient donc toute concurrence », précise Mme Mykolenko.

« Conflit entre le consommateur et le citoyen »

Parmi les plus précaires figurent les livreurs de repas, de courses alimentaires et de colis qui travaillent pour une application smartphone. En menant une enquête de terrain, en janvier 2020, auprès de 300 livreurs de l’Est parisien, la chercheuse Laetitia Dablanc, associée au Laboratoire ville, mobilité, transport, a découvert que 37 % d’entre eux partageaient un compte d’autoentrepreneur, et se répartissaient donc les recettes, a priori parce qu’ils se trouvent en situation irrégulière.

La coopérative Olvo s’est associée avec des restaurateurs parisiens qui ont décidé de boycotter les Deliveroo, Uber Eats et autres Amazon Prime

« Il existe un conflit entre le consommateur et le citoyen, confirme le patron d’un opérateur logistique. Des gens bien-pensants commandent à des livreurs qui sont des marchands d’esclaves. » La coopérative Olvo s’est associée avec des restaurateurs parisiens qui ont décidé de boycotter les Deliveroo, Uber Eats et autres Amazon Prime. La livraison coûte 5 euros, mais les livreurs sont tous salariés.

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Des livreurs de repas remettent le couvert de la grève

Un livreur de la plate-forme Uber Eats, à Paris, le 22 mars 2020.

Après des mouvements de grève de livreurs de repas dans quelques villes, dont Lyon, le 12 décembre (avec la CGT) et le 13 décembre à Strasbourg ou Saint-Etienne – deux cités où les applications Uber Eats et Deliveroo ont dû être fermées –, certains de ces travailleurs de « seconde ligne » ont remis le couvert, ce week-end.

Dimanche 20 décembre, à 18 heures, en face du complexe commercial Centre Deux de Saint-Etienne, une quarantaine de livreurs sont rassemblés pour écouter Sami, 20 ans, leur porte-parole, qui leur annonce de bonnes nouvelles : Uber Eats s’est engagé à garantir, dès le 21 décembre, à Saint-Etienne, un minimum horaire de 10 euros pour les courses effectuées entre 11 h 30 et 13 h 30, et de 12 euros entre 19 heures et 21 heures, tous les jours de la semaine, à condition de réaliser deux courses minimum dans l’heure. Corollaire : le blocage prévu ce soir-là est annulé. La plate-forme a également promis de rétablir la « prime de pluie » : 15 euros nets par créneau, de 11 heures à 15 heures et de 19 heures à 23 heures, sous réserve d’avoir effectué au moins trois livraisons et trois heures de connexion.

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Il n’aura fallu que sept jours à ces jeunes livreurs pour obtenir ces concessions de la part d’Uber Eats, qui couvre 75 % des commandes passées à Saint-Etienne, le reste étant partagé entre Deliveroo et Stuart, filiale de La Poste. Tout s’est joué en deux étapes. D’abord, une grève surprise lancée le 13 décembre, à 18 heures. « La rémunération de la commande a baissé d’au moins 50 % depuis que j’ai commencé », explique Marwan, 26 ans, livreur depuis plus de deux ans. Un constat corroboré par ses collègues. « Je gagne environ une dizaine d’euros de l’heure, souligne Sami. Et comme les plates-formes embauchent plus de livreurs qu’il y a de commandes, je passe une vingtaine d’heures par semaine à attendre ». Pendant ce temps, il ne gagne rien.

Alors, le 13 décembre, ils ont entrepris de faire la grève des commandes. Avec un outil, WhatsApp, et un objectif : chaque livreur gréviste devait en « recruter » un autre. Résultat, leur groupe WhatsApp a atteint 180 membres en quelques heures, sur un total d’environ 250 livreurs à Saint-Etienne, d’après leurs estimations. Les chaînes de fast-food ont perdu des dizaines de commandes et les médias ont donné de l’écho au mouvement, jetant une lumière crue sur leurs conditions de travail.

Vulnérables face aux pressions des plates-formes

Percevant une très faible rémunération, les livreurs ont le statut d’autoentrepreneur qui ne leur garantit quasiment aucun droit social et les rend vulnérables face aux pressions des plates-formes. Vendredi 18 décembre, une grève avait déjà été organisée entre 18 heures et 21 heures. Samedi, à 14 heures, la pression était cette fois en leur faveur, pour une étape décisive du mouvement : rassemblés autour de Sami, ils étaient cinq sur le parking d’un Burger King de la périphérie de Saint-Etienne, à négocier âprement au téléphone avec le responsable régional d’Uber Eats.

Uber Eats indique qu’il poursuit ses échanges avec les livreurs sur d’autres points tels que la notation des livreurs

L’échange a duré près d’une heure, avec comme unique proposition d’Uber Eats un minimum horaire de 12 euros le dimanche de 19 heures à 21 heures. Inacceptable pour Sami et ses amis, qui sont parvenus, au cours des vingt-quatre heures suivantes, à faire céder le géant américain. Uber Eats indique qu’il poursuit ses échanges avec les livreurs sur d’autres points tels que la notation des livreurs, pour qu’elle soit basée sur les 500 dernières livraisons, et non plus les 100 dernières.

Autres points de friction : la revendication d’un tarif minimum de 5 euros par commande et des négociations avec Deliveroo et Stuart. Aucun responsable de ces deux sociétés n’a contacté les livreurs stéphanois. Des actions sont envisagées à leur encontre. En revanche, à Strasbourg, dimanche, le résultat a été contrasté : « On a défilé dans le centre-ville à une quarantaine seulement. C’est un peu décevant, estime Marine. Beaucoup ont travaillé car Deliveroo avait mis un bonus de 3 euros par commande, un montant jamais vu. »

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Ces bonus sont appelés « bonus antigrève » par les livreurs car les plates-formes les décident fréquemment dès qu’une action se profile. « Il y a eu des bonus partout en France le 13 décembre chez Deliveroo, de 1, 2 ou 3 euros », un mouvement national ayant été annoncé, précise Jérôme Pimot, président du Collectif des livreurs autonomes de Paris, qui fait office de trait d’union entre les collectifs locaux. Leurs revendications, qui incluent celles des livreurs stéphanois, portent notamment sur la « régulation des recrutements et l’instauration d’un protocole de déconnexion plus juste » avec des motifs clairs et des possibilités de recours contre ces décisions.

« Les entreprises ont tout à gagner à embrasser une transformation volontaire vers des modèles d’affaires décarbonés »

Tribune. L’année n’est pas terminée, mais pour tous elle restera l’annus horribilis. Pourtant, en parallèle d’une économie à genoux, certains décideurs politiques semblent se réengager dans la dynamique qui a suivi la COP21, les quatre premières économies mondiales ayant désormais confirmé leurs ambitions vers la neutralité carbone. Mais que valent ces engagements ?

Rappelons que l’entrée en vigueur de l’accord de Paris de 2015 n’a eu aucun effet sur les émissions de CO2 mondiales, qui continuent d’augmenter. Seuls 16 pays sur les 197 signataires ont engagé une stratégie carbone crédible. Les autres – dont la France – n’ont rien fait. Notre système économique étant configuré pour la prédation du vivant, son efficacité dépend de sa capacité à faire dysfonctionner le climat !

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Joe Biden, le nouveau président démocrate des Etats-Unis, ne remettra pas en cause l’American way of life, qui produit de la valeur économique de manière inversement proportionnelle à sa capacité à détruire le capital naturel. Et en France ? Affirmer vouloir contribuer à sauver l’humanité du péril climatique implique de remettre en question nos modes de vie… Ce qui concerne en premier chef ceux qui, précisément, portent l’essentiel des responsabilités du dérèglement climatique.

Un sujet abstrait pour des décideurs publics et privés

Raison pour laquelle les décideurs proposent plus de discours que de radicalité. Peur du changement, travail de sape des marchands de doute et propension à aller vers la facilité et le court terme en tant que citoyen, entreprise ou Etat… tout est bon pour remettre les actions à plus tard sans pour autant cesser de claironner des engagements à 2050, qui fixent en réalité un nouvel horizon pour ne rien faire de concret jusqu’en 2049 minuit moins le quart, à part peut-être créer des instances de réflexion.

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Force est de constater que pour la plupart des décideurs, privés comme publics, le sujet du climat est encore abstrait. Il provoque toujours les haussements d’épaules de ceux qui pensent que la technologie et le « génie » humain triomphent de tous les défis. Quant au sujet de l’avènement du « monde de demain », poussé par une jeune génération, il fait encore sourire les cyniques et les gens dits sérieux.

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Comment sortir de l’inaction alors que l’évidence est sous nos yeux ? Ne rien faire aujourd’hui pour le climat et la destruction des écosystèmes, c’est précipiter les mouvements sociaux, les migrations désespérées, les décès par maladies respiratoires et auto-immunes, c’est abattre des pans entiers de nos libertés, encore plus sournoisement que ne l’aura fait le virus, et c’est faire le lit du populisme en même temps que celui d’autres Covid.

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