La verrerie Duralex reprise par International Cookware, la maison mère de Pyrex

Malgré sa notoriété, Duralex a connu un dépôt de bilan en 2005 et une faillite en 2008, avant d’être reprise in extremis par ses dirigeants actuels.

C’est la fin du suspense pour Duralex. L’offre d’International Cookware, la maison mère de Pyrex, pour le rachat de la verrerie a été validée jeudi 28 janvier par le tribunal de commerce d’Orléans. Le groupe établi à Châteauroux était le seul candidat encore en lice pour racheter la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), dans la banlieue d’Orléans, en redressement judiciaire depuis septembre 2020 et qui compte 248 salariés.

International Cookware a présenté un ambitieux programme de développement industriel et commercial pour redynamiser Duralex, dont les créations, Gigogne et Picardie en tête, sont connues dans le monde entier, des cantines scolaires à la boutique design du MoMA, à New York.

Série de difficultés

Malgré sa notoriété, Duralex a connu un dépôt de bilan en 2005 et une faillite en 2008, avant d’être reprise in extremis par ses dirigeants actuels. En 2017, ses problèmes se sont aggravés en raison d’un incident lors du remplacement du four ; la situation s’est encore dégradée l’an dernier avec la crise sanitaire.

International Cookware, propriété du fonds d’investissement Kartesia, entend bien redonner à ce symbole du made in France sa place « de leadership dans le monde », selon son président-directeur général, José Luis Llacuna. Le dirigeant propose ainsi d’injecter 21 millions d’euros en quatre ans pour relancer la verrerie, créée après guerre par le groupe Saint-Gobain à La Chapelle-Saint-Mesmin.

Reprise sans casse sociale

International Cookware garantit aussi une reprise sans casse sociale, en maintenant les 248 emplois (excepté deux cadres dirigeants), et promet même des embauches si la production repart à la hausse. Il entend aussi faire naître des synergies commerciales avec Pyrex, autre spécialiste du verre trempé, connu pour ses plats à four et dont l’usine est située à Châteauroux, à 150 kilomètres d’Orléans.

Lors de l’audience du 22 janvier, trois autres offres de reprise avaient été écartées et le tribunal de commerce avait demandé à International Cookware de revoir son offre, jugée un peu faible financièrement. Révisant son offre, le groupe a maintenu son prix de cession, d’un montant de 3,5 millions d’euros, mais en a modifié le périmètre, pour répondre à la demande du tribunal.

La maison mère de Pyrex, qui avait reçu le soutien de la région Centre-Val de Loire et d’Orléans Métropole, propose un ambitieux plan de redressement pour Duralex. Elle prévoit notamment d’investir « à hauteur de 17,4 millions d’euros sur la période 2021 à 2024 » et d’apporter 21 millions de fonds propres sur la même période, dont 12 millions dès cette année, selon le jugement du tribunal.

Le Monde avec AFP

Masques en entreprise : la fin du « fait maison »

La fin des masques « faits maison » en entreprise ? Dans une interview donnée à France Info le 24 janvier, le secrétaire d’Etat chargé de la santé au travail, Laurent Pietraszewski, a annoncé que seul le port de masques grand public industriels ou de masques chirurgicaux sera bientôt autorisé sur le lieu de travail.

Une décision consécutive aux avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), qui recommande d’éviter désormais les masques artisanaux en tissu. Ces protections se révèlent insuffisamment filtrantes face aux nouveaux variants du coronavirus, venus d’Angleterre ou d’Afrique du Sud.

Lire le décryptage : Faut-il privilégier les masques de catégorie 1 face aux nouveaux variants du coronavirus ?

Le protocole sanitaire en entreprise devrait être adapté après discussion avec les partenaires sociaux. Il « prévoira très vite que les masques artisanaux ne sont pas requis en entreprise », contrairement aux « masques grand public industriels » et aux « masques chirurgicaux », a précisé Laurent Pietraszewski sur France Info.

Qu’en est-il des masques « corporate », créés par les entreprises avec le logo maison ? Déjà, le protocole sanitaire renvoie indirectement à un nouveau décret.

« Faute inexcusable »

Ce texte paru le 28 janvier restreint considérablement les types de masques reconnus comme « protection suffisante » : seuls entrent désormais dans cette catégorie les masques chirurgicaux (avec une face bleue et l’autre blanche), les masques FFP2, ou FFP3 (sous réserve qu’ils ne comportent pas de valve expiratoire) et enfin tous les masques dont l’efficacité de filtration est supérieure à 90 %, dits de catégorie 1, à condition qu’ils soient exempts de couture sagittale, en forme de flèche.

Les masques industriels en tissu de catégorie 2, moins filtrants, sont désormais proscrits. Quant aux masques lavables, ils doivent conserver leur efficacité après au moins cinq lavages. Dans tous les cas, les capacités de filtration doivent être « vérifiées […] » dans un cadre précis. Cette condition exclut de fait les masques artisanaux, même conçus selon les normes édictées par l’Afnor, y compris donc les masques « corporate » : l’employeur doit contrôler auprès de son fournisseur si ses masques répondent aux normes édictées par le décret.

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Salariés et employeurs sont tenus de suivre les consignes. Le message risque toutefois d’être difficilement audible auprès de ceux qui sont attachés à leurs masques faits maison, jugés plus écolos ou plus confortables. En coulisses, même des collaborateurs du premier ministre admettent cette difficulté : « Je ne pense pas que les forces de l’ordre vont demander à chaque personne le niveau de protection de leur masque », reconnaît une source à Matignon, rapportée par l’AFP.

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Au sein d’EDF, l’opposition au projet « Hercule » se structure

Le siège d’Electricité de France (EDF), à  Paris, en février 2019.

Le contenu de la réorganisation d’EDF n’est toujours pas connu en détail, mais les opposants s’organisent de plus en plus. Mercredi 27 janvier, le Comité social et économique central (CSEC) du groupe a annoncé le lancement d’une campagne de communication de grande ampleur contre le plan « Hercule », porté par le PDG, Jean-Bernard Lévy, avec le soutien de l’exécutif.

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« Nous avons considéré qu’il fallait engager un plan de communication nationale, compte tenu de l’opposition totale des organisations syndicales et du personnel depuis 18 mois, à un niveau de mobilisation historique », a expliqué Philippe Page Le Mérour, secrétaire CGT du CSEC. Les représentants du personnel ont lancé une pétition et un site Internet dédié qui dénonce « le démantèlement d’EDF » et « la destruction d’un de nos derniers biens communs ». Après plusieurs journées de grève bien suivies au niveau interne, ils cherchent à élargir la mobilisation contre « Hercule ».

Ce projet consiste à réorganiser complètement le groupe, à l’issue de tractations en cours avec la Commission européenne. Paris et Bruxelles négocient une réforme de la rémunération du nucléaire français, encadrée par un dispositif particulier. Pour obtenir des conditions plus favorables au groupe d’électricité, la France met dans la balance ce projet de réforme de l’entreprise publique. Il consiste à regrouper toutes les activités nucléaires dans un « EDF Bleu », 100 % public. Et à créer un « EDF Vert », ouvert à des capitaux privés, qui rassemblerait le réseau de distribution, Enedis, les énergies renouvelables et la fourniture d’électricité. Une troisième structure, « EDF Azur », regrouperait les activités hydrauliques.

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Toutefois, les discussions autour de ce mécano géant n’ont pas encore abouti à Bruxelles, et les détracteurs du projet dénoncent un processus qui ouvre la voie à « la privatisation » du groupe public. Le gouvernement et la direction d’EDF assurent que « l’intégrité du groupe » sera préservée et qu’il n’est pas question de privatisation. « L’Etat étrangle EDF depuis près de 20 ans, et on veut maintenant le vendre à la découpe », dénonce Amélie Henri, de la CFE-CGC, pour qui « “Hercule”, c’est une mauvaise solution à un problème mal posé ».

Front politico-syndical

L’un des points culminants de la mobilisation devrait intervenir le 10 février, lors d’une journée de grève prévue à l’appel de tous les syndicats – le jour même de l’audition de Jean-Bernard Lévy au Sénat sur le sujet. Parallèlement, des associations et des partis politiques ont annoncé la création d’un « collectif national pour un véritable service public de l’énergie ». Cette structure, soutenue par la CGT et Sud Energie, rassemble notamment le PS, le PCF et LFI, ainsi que l’association altermondialiste Attac. « Puisque l’avenir énergétique du pays est intimement lié à celui d’EDF, il nous paraît indispensable que son avenir et sa mobilisation au service des enjeux énergétiques et climatiques du pays fassent l’objet d’un véritable débat social et démocratique », soulignent les organisations fondatrices du collectif dans un communiqué.

Le Parti socialiste a suggéré de déposer un projet de référendum d’initiative populaire si le projet venait à voir le jour

D’autres initiatives pourraient voir le jour. Fin janvier, à l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont rencontré des représentants syndicaux, à l’initiative du député PCF Sébastien Jumel (Seine-Maritime). Parmi eux, des parlementaires de gauche, comme Adrien Quatennens (LFI), lui-même ancien agent EDF, ou Marie-Noëlle Battistel (PS). Mais aussi des anciens membres de la majorité, tels que l’écologiste (ex-LRM) Matthieu Orphelin ou des élus de droite comme Julien Aubert (LR).

« Il y a, parmi nous, des visions divergentes sur l’avenir de la politique énergétique, mais on partage tous l’idée que la décision et les choix appartiennent à la démocratie. Il faut reprendre la main et ne pas la laisser à celle, invisible, du marché », déclare l’ex-ministre de l’écologie Delphine Batho (Génération écologie). Les parlementaires ont posé les jalons de plusieurs initiatives communes dans les semaines à venir. Le PS a notamment suggéré de déposer un projet de référendum d’initiative populaire si le projet venait à voir le jour.

Ce front politico-syndical tire profit de la lenteur des négociations à Bruxelles, reconnaît-on chez EDF et au sein de l’exécutif. « Tant que les discussions ne sont pas terminées, il est difficile de communiquer pour démonter certaines inquiétudes », observe une source interne. Plus ce temps d’incertitude s’allonge, plus les opposants au projet tiennent le haut du pavé.

Un homme armé tue une conseillère à Pôle emploi à Valence et une autre femme en Ardèche

Des membres du SAMU et de la police, devant l’agence Pôle emploi de Valence où un homme a tué une conseillère jeudi 28 janvier.

Un homme armé a tué, jeudi 28 janvier, une conseillère Pôle emploi à Valence (Drôme) et une salariée d’une entreprise ardéchoise où le suspect avait été employé, avant d’être interpellé puis placé en garde à vue. Pour l’heure, aucun mobile n’a pu être établi.

Vers 8 h 30, cet homme, ingénieur sans emploi de 45 ans, est entré dans une importante agence de Pôle emploi à Valence où il a mortellement tiré sur une employée de 53 ans. Il « s’est présenté dans cette agence qui emploie pas mal de salariés, s’est adressé à une employée sans qu’on sache s’il la connaissait, et très vite il a fait feu à une reprise avec une arme, la blessant mortellement au thorax. Le décès a été constaté après une vaine tentative de réanimation », a détaillé le procureur de la République de Valence, Alex Perrin.

L’homme est ensuite parti en voiture en direction des locaux de Faun Environnement, une entreprise spécialisée dans la fabrication de véhicules de collecte de déchets à Guilherand-Granges (Ardèche), sur l’autre rive du Rhône. Sur place, « il a demandé à avoir un contact avec un cadre et a rapidement fait feu sur une employée de 51 ans, qui a été atteinte à deux reprises mortellement », a précisé M. Perrin. Selon lui, l’homme avait été employé dans l’entreprise.

Faun Environnement emploie sur son site ardéchois 200 personnes. Une quarantaine d’entre elles étaient présentes jeudi au moment des faits, selon la mairie. Un important dispositif policier y était déployé jeudi à la mi-journée.

Un cordon policier était déployé jeudi 28 janvier à la mi-journée devant l’entreprise Faun Environnement à Guilherand-Granges (Ardèche), où le suspect a tué une employée.

Mobile toujours inconnu

Tandis que l’homme prenait la fuite en voiture en empruntant à contresens un pont en direction de Valence, son véhicule a percuté une voiture de police qui tentait de l’intercepter. Vers 9 h 15, il a alors été interpellé puis placé en garde à vue.

A l’heure où beaucoup s’interrogent sur cet acte aux airs d’expédition désespérée, le mobile restait inconnu. « A ce stade on ne sait rien de ses motivations », a assuré le procureur, ajoutant avoir confié l’enquête pour « assassinats » à l’antenne de Valence de la police judiciaire de Lyon.

Un cordon policier a été tendu autour de l’agence Pôle emploi, proche du centre-ville, où s’affairaient encore à la mi-journée agents du SAMU et de la police judiciaire. « C’est la stupeur, la tristesse et la sidération face à cet acte totalement imprévisible et gratuit », a réagi le maire Les Républicains (LR) de Valence, Nicolas Daragon. « Cet homme a travaillé il y a dix ans dans la région », a-t-il ajouté. Selon l’édile, le suspect, originaire de Nancy, n’habitait plus à Valence et était inscrit à Pôle emploi Valence jusqu’en 2013.

Pôle emploi a annoncé que l’ensemble de leurs agences seraient fermées au public vendredi 29 janvier et qu’une minute de silence sera observée à midi.

« Mission essentielle et difficile »

A la suite du drame, la classe politique nationale a rapidement réagi. « Le drame survenu à Valence endeuille le pays tout entier. Aux familles et aux proches des victimes, j’adresse mon soutien et les assure de la solidarité de la Nation. Mes pensées accompagnent les personnels de Pôle emploi dans la Drôme dont je partage l’émotion et la tristesse », a écrit dans un tweet le premier ministre, Jean Castex.

De son côté, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a « remercié » les forces de police pour l’interpellation rapide du suspect. La ministre du travail, Elisabeth Borne, qui devait se rendre sur place dans l’après-midi, s’est dite, pour sa part, « très émue par le drame ». « Toutes mes pensées vont aux proches des victimes et aux agents de Pôle emploi », a-t-elle tweeté.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, s’est dit « sous le choc », tandis que son homologue de FO, Yves Veyrier, a fait part de sa « vive émotion », apportant notamment son soutien aux agents de Pôle emploi « dont la mission est, particulièrement aujourd’hui, essentielle et difficile ».

Le Monde

Le long cheminement des licenciés de la crise vers le retour à l’emploi

La lettre redoutée est arrivée dans la matinée, ce mercredi 27 janvier. Un courrier avec accusé de réception informant Olivier, 57 ans, directeur commercial dans une industrie aéronautique des Ardennes, de son licenciement économique, comme sept de ses collègues. « Ça n’est pas une surprise », confie-t-il. Il s’y préparait depuis l’annonce, en décembre 2020, et son entretien préalable du 5 janvier. « Mais c’est violent ! Et injuste : si mon entreprise a vu chuter ses résultats en 2020, elle n’a jamais perdu d’argent. Que la sanction tombe sur l’emploi de manière aussi sévère et rapide, je ne l’accepte pas. » Il détaille les profits, fustige la stratégie, pointe la gabegie des aides de l’Etat… La page n’est pas encore tournée. « J’accuse le coup, reconnaît-il. Il va falloir que je prenne du recul pour voir quel sens je vais donner à ma vie. »

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Amertume, désarroi, idées noires, colère parfois, tous les licenciés économiques disent être passés par là. « Quand j’ai appris, j’ai eu les jambes coupées », raconte Alicia (le prénom a été modifié), maquettiste-infographiste parisienne de 43 ans, licenciée en septembre 2020 d’une « toute petite structure » qui éditait un catalogue pour un voyagiste. Elle y travaillait depuis seize ans. « On entend aux infos les plans sociaux à droite, à gauche, on se voit perdue dans la masse des chômeurs de la crise et on pense évidemment au scénario catastrophe, si on ne retrouve rien. »

« Tout s’est refermé »

La Dares, la direction des études du ministère du travail, a annoncé, mercredi 27 janvier, que le nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) avait augmenté de 7,5 % en France en 2020 : ils sont 3,8 millions à chercher un emploi. « Perdre son travail, c’est toujours compliqué, mais, en période de crise, c’est encore plus angoissant », résume Aurélie Feld, directrice générale de LHH (ex-Altedia), qui s’occupe du reclassement des salariés après des restructurations.

Licencié juste avant la crise sanitaire, en janvier 2020, Romain (le prénom a été changé), 43 ans, directeur immobilier d’entreprise d’une multinationale, a vu sa situation s’assombrir en quelques semaines. « Au départ, j’étais confiant. J’avais déjà été chassé par des sociétés du CAC 40, je savais que mon profil intéressait. J’ai eu tout de suite des entretiens. Et puis, en février, tout s’est refermé : projets d’embauche gelés, moins d’offres, plus de concurrence. J’ai compris que ce serait compliqué et que je devrais revoir mes exigences à la baisse », explique-t-il.

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En 2020, une hausse du chômage contenue dans une économie sous cloche

Une agence Pôle Emploi, à Montpellier.

Le bilan est sombre mais il aurait pu être pire. En un an, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) a augmenté de 7,5 % sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris), d’après les données publiées mercredi 27 janvier par la Dares – la direction des études au ministère du travail. Au dernier trimestre 2020, il y avait près de 3,817 millions de personnes en quête d’un poste qui n’avaient pas du tout travaillé, soit 265 000 de plus par rapport à la même période de 2019. Une progression très nette, imputable à la récession déclenchée par l’épidémie de Covid-19.

Cet indicateur se situe toutefois très en dessous de son niveau record, qui avait été relevé pendant le premier confinement : les effectifs de la catégorie A avaient culminé à 4,4 millions en moyenne durant le deuxième trimestre, avec un pic à plus de 4,5 millions sur le seul mois d’avril. A l’époque, des pans entiers de l’économie avaient été mis à l’arrêt, sur injonction des pouvoirs publics, poussant vers la case chômage des centaines de milliers de salariés, pour l’essentiel en CDD ou en intérim.

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Depuis, les inscrits à Pôle emploi dans la catégorie A ont vu leur nombre refluer, sauf en novembre, où celui-ci a rebondi, et en décembre, où il s’est stabilisé. « Après la cassure sans précédent qui s’est produite au printemps, les évolutions ont été très tributaires des mesures sanitaires prises par le gouvernement, certaines d’entre elles ayant eu pour effet de stopper ou de brider l’activité dans plusieurs secteurs, comme l’hôtellerie-restauration, le tourisme, l’événementiel », explique Anne Eydoux, maîtresse de conférences en économie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Une hausse moins forte qu’en 2008

Au bout du compte, les chiffres de la catégorie A demeurent plus élevés qu’avant le début de l’épidémie mais la hausse, sur douze mois, est moins forte que lors de la crise des subprimes, souligne Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : « Entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité avait augmenté de 18 %, soit un rythme plus soutenu que celui constaté aujourd’hui, alors que la richesse nationale s’était contractée beaucoup moins qu’en 2020 », rappelle-t-il.

Cet écart met en exergue la singularité de la période actuelle. Avec un produit intérieur brut en recul d’environ 9 %, la catégorie A aurait dû s’étoffer davantage qu’elle ne l’a fait en 2020. Or, tel ne fut pas le cas. Plusieurs explications peuvent être avancées. La plus déterminante tient au déploiement de l’activité partielle, dans des proportions inédites. Ce dispositif a permis à de très nombreuses sociétés, tournant au ralenti ou provisoirement fermées, de garder leurs personnels, sans avoir à les payer. En avril 2020, quelque 8,4 millions de salariés en ont bénéficié, et ils étaient encore 2,4 millions à être pris en charge par ce mécanisme au mois de décembre, selon la Dares.

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Créations et défaillances d’entreprises, une crise décidément pas comme les autres

Un employé d’Urban Logistic Solutions (ULS) livre des colis en vélo électrique, à Strasbourg, en juillet 2020.

A la lecture du bilan de l’année réalisé par les greffiers des tribunaux de commerce, il est difficile d’imaginer que 2020 a vu le déclenchement de la pire crise économique depuis la seconde guerre mondiale. Ce document, publié jeudi 28 janvier, trace un tableau plutôt flatteur du tissu entrepreneurial français : un nombre record de créations d’entreprises et une chute de plus d’un tiers de celui des défaillances, qui tombe ainsi sous l’étiage d’une année ordinaire. Une situation paradoxale – le PIB a plongé d’environ 9 % en 2020 –, qui démontre que la crise du Covid-19 échappe décidément à tous les modèles.

« En règle générale, les crises économiques sont ponctuées d’un bond des défaillances d’entreprises, d’une montée du chômage et, concomitamment, d’un net ralentissement des créations d’entreprises. Or, il n’en n’est rien pour le moment », rappelle l’institut Xerfi, qui a réalisé ce « Bilan national des entreprises » pour le compte du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce.

Côté défaillances, on dénombre 27 645 ouvertures de procédures collectives, en recul de 37,5 % rapport à 2019. Derrière cette baisse globale se cache toutefois un phénomène plus inquiétant : dans 77,5 % des cas, elles aboutissent à une liquidation, alors que les procédures de redressement ont été divisées par deux en un an. Côté créations, 469 044 immatriculations ont été répertoriées en 2020, soit près de 10 000 de plus que l’année précédente et 50 000 de plus qu’en 2018. L’entrepreneuriat français établit ainsi un nouveau record.

« Tourner le dos au salariat »

Les raisons du net recul des défaillances sont connues : les aides massives de la part de l’Etat, les moratoires ou reports de charges concédés par l’Urssaf et le gel de l’état de cessation de paiements ont permis aux entreprises de se maintenir à flot en attendant la sortie de crise. En revanche, le dynamisme des créations s’explique moins aisément dans un contexte économique très déprimé, avec de nombreux secteurs fermés administrativement. « Les raisons d’entreprendre sont apparues nombreuses et souvent imbriquées en 2020, explique-t-on chez Xerfi. Concrétiser une réflexion stratégique personnelle ou collective, tourner le dos au salariat ou encore créer son propre emploi dans un marché du travail éminemment tendu. »

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De fait, les créateurs se sont le plus souvent tournés vers l’entreprise individuelle – ce qui comprend le statut de micro-entrepreneur – et l’activité relève très souvent du secteur du transport, qu’il s’agisse de la livraison à domicile ou des divers services liés à l’essor du e-commerce. Mais pour Laurent Frelat, directeur général de Xerfi, la bonne santé de l’entrepreneuriat n’est pas alimentée uniquement par le besoin de trouver coûte que coûte un revenu en période de crise. « On est dans une société qui évolue de plus en plus vers ce type d’emplois, au détriment de l’emploi salarié classique », indique-t-il.

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« Ce qu’un patron peut faire », de Michel Offerlé : le pouvoir contrarié des patrons français

« Ce qu’un patron peut faire. Une sociologie politique des patronats », de Michel Offerlé, Gallimard, « NRF essais », 528 p., 22 €, numérique 16 €.

Les patrons seraient-ils de retour ? Il y a peu de doute possible si l’on en juge par l’âpreté avec laquelle leurs représentants défendent le « quoi qu’il en coûte » en matière de soutien aux entreprises en temps de pandémie. Il n’a pas non plus échappé aux observateurs de la vie publique que leur part à l’Assemblée nationale, traditionnellement très faible par rapport à d’autres groupes sociaux, a spectaculairement augmenté depuis 2017.

De là à supposer que les étoiles du capitalisme se sont alignées et que la politique n’exprime aujourd’hui rien d’autre que les intérêts des patrons, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par beaucoup. C’est pourtant cette évidence que le sociologue Michel Offerlé interroge dans son nouveau livre, Ce qu’un patron peut faire, où il aspire à « comprendre comment [les patrons] contribuent, comme chefs d’entreprise et comme chefs d’entreprise en politique, à la production et à la reproduction des rapports sociaux et aux luttes de frontières qui se jouent entre l’Etat, le champ politique et le champ économique ».

Le patronat français, milieu hétéroclite

Le sociologue s’appuie dans cette tâche sur des matériaux constitués depuis plus d’une dizaine d’années avec les étudiants qu’il a accompagnés et guidés dans son projet de cartographie d’un des milieux les plus hétéroclites de la société française et aussi les plus réfractaires à l’enquête. Les patrons ont certes souvent été analysés en sociologie, mais avec une certaine distance, en objectivant leur position dans l’élite économique et politique à partir de leurs caractéristiques sociales, de leur éducation ou de leurs réseaux.

Offerlé préfère la méthode douce, celle qui passe par l’entretien et ses méandres, où l’on pose autant de questions qu’on laisse de place à l’enquêté pour qu’il se justifie. Une méthode qui passe aussi par la lecture des courriers adressés à la présidence de la République par de « petits » patrons qui, comme tout un chacun, n’ont pas d’autre moyen de faire connaître leurs doléances, ou par les relevés, au fil de la presse locale, des grèves de la faim et suicides dans ce milieu.

La méthode paraîtra excessivement bienveillante à certains. Michel Offerlé, qui a rencontré plus de patrons, grands et petits, qu’aucun autre sociologue français, ne cite-t-il pas cette phrase d’un des personnages de La Règle du jeu, de Jean Renoir (1939) : « Tu comprends, sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons » ? La manière de procéder a toutefois paru agressive à certains des principaux intéressés, fâchés de se voir questionner sur leur adhésion aux valeurs chrétiennes, leur salaire ou l’origine sociale de leur conjoint.

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« En matière de parité, l’Islande est une source d’inspiration »

Chronique. En ce mois de janvier, la France fête les 10 ans de la loi Copé-Zimmermann, qui a instauré un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration (CA) des grandes entreprises. Avec succès : aujourd’hui, le seuil est même dépassé dans les grands groupes cotés du CAC 40 (44,6 % d’administratrices) et au sein du SBF 120 (45,2 %), l’indice rassemblant les 120 plus grandes sociétés françaises. Grâce à cela, notre pays peut se targuer d’être le numéro un européen en la matière.

Lire l’entretien : Marie-Jo Zimmermann : « Les quotas de femmes dans les conseils d’administration ont transformé la gouvernance des entreprises »

Sur le Vieux Continent, deux nations enregistrent un score très proche du nôtre : la Norvège (40,4 % pour les grandes entreprises cotées), qui a instauré un quota identique en 2003, et l’Islande (44,4 %), qui a suivi en 2010. En matière de parité, l’expérience de la petite île volcanique est une source d’inspiration, à plus d’un titre. « La loi a été adoptée dans la foulée d’un rapport du Parlement, soulignant que le manque de diversité et la trop forte représentation des hommes au sommet des banques ont contribué aux excès commis durant la crise financière de 2008 », détaille Brynhildur Heidar-og Omarsdottir, de Kvenréttindafélag Islands, l’Association islandaise des droits des femmes.

Pays le plus égalitaire au monde

Dix ans après, la finance islandaise n’a plus le même visage. « Deux de nos plus grandes banques sont désormais dirigées par des femmes, note Aslaug Gunnlaugsdottir, de l’Association des femmes entrepreneuses d’Islande (FKA), également avocate à Reykjavik. Nous pensons qu’avoir plus de femmes au sommet a renforcé l’éthique au sein du secteur. » Pour le reste, il y a encore du chemin à parcourir : pour l’ensemble des entreprises islandaises de plus 50 salariés, la part des femmes dans les CA tombe à 34,7 %. « De plus, la loi n’a pas eu l’effet d’entraînement escompté sur les autres postes de direction », ajoute Aslaug Gunnlaugsdottir. Un constat tout aussi valable pour les entreprises tricolores.

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Si l’Islande n’est pas exactement un paradis paritaire, elle affiche malgré tout de bons résultats sur la plupart des indicateurs : d’après les données d’Eurostat, le taux d’emploi des Islandaises s’élève à 83 % (61,5 % en France), elles sont mieux représentées au Parlement, dans les ministères et les administrations que dans n’importe quel autre Etat, et le congé parental est presque pris à parts égales entre les deux parents. Le Forum économique mondial la classe en tête des pays les plus égalitaires au monde, devant la Finlande et la Norvège, dans son rapport 2020. La France, elle, est quinzième.

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Brexit et Covid-19 provoquent l’exode des expatriés européens du Royaume-Uni

A Londres, le 26 janvier.

LETTRE DE LONDRES

Il ne s’agit que d’un billet de blog et ses conclusions restent à vérifier plus amplement, mais il a quand même fait sensation ces derniers jours au Royaume-Uni car il corrobore un sentiment diffus : les expatriés résidant dans le pays l’ont quitté en masse sous l’effet conjugué du Brexit et de la pandémie. Le très sérieux Financial Times en a tiré deux articles, titrant le premier « L’exode des non-natifs du Royaume-Uni ».

A en croire donc l’article daté du 14 janvier paru sur le site de l’Economic Statistics Center of Excellence (un centre de recherche satellite de l’ONS, l’Office national des statistiques britannique), jusqu’à 1,3 million de personnes nées à l’étranger et vivant au Royaume-Uni auraient quitté le pays entre l’été 2019 et l’été 2020. Ils seraient 700 000 rien qu’à Londres, qui aurait donc perdu 8 % de sa population en un an ! Il s’agirait de la plus forte chute depuis la seconde guerre mondiale, soulignent les auteurs de l’étude, les statisticiens Michael O’Connor et Jonathan Portes.

Perte d’emploi

La capitale britannique, tant réputée pour son cosmopolitisme, ses emplois faciles à décrocher et son ouverture d’esprit, n’attirerait donc plus les jeunes actifs ?

Il faut dire que, comme d’autres métropoles en confinement, elle a perdu beaucoup de son charme. La vie avait un peu repris à l’été 2020, mais la plupart des pubs, bars et restaurants ont refermé en novembre, lors du deuxième confinement et n’ont pas rouvert depuis (un troisième confinement a été décrété début janvier). Buckingham Palace a été déserté par la famille royale, Oxford Street est vide, les théâtres de West End n’ont plus levé le rideau depuis presque un an… Seuls les parcs sont pleins – et encore, surtout le week-end.

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« C’est clair qu’on est à un point bas. La City est complètement morte. J’étais à Covent Garden, il y a quelques jours, ça pouvait encore aller : au moins, il y avait des food-trucks. Le bon côté, c’est qu’on peut se promener comme jamais, la ville est à nous, on peut y faire du vélo, c’est super », témoigne Fabrice Boraschi, installé dans la capitale britannique depuis 2006.

Le Français travaille à la City pour une banque européenne. Comme la plupart des employés des grandes sociétés, il œuvre de chez lui depuis mars 2020 et ça lui pèse, comme tant d’autres, surtout depuis la fermeture des écoles, en janvier. « Deux enfants à la maison, comme des lions en cage quand vient le soir, ce n’est pas simple. » Pas question de partir cependant pour M. Boraschi.

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