L’électrique, cheval de Troie de l’industrie automobile chinoise en Europe

L’usine Tesla de Shanghaï, en Chine, le 7 janvier 2020.

Chine Nouvelle, l’agence de presse officielle chinoise, en a fièrement rendu compte. Vendredi 27 novembre, les premières Tesla Model 3 (les plus vendues de la marque électrique), fabriquées dans l’usine chinoise du constructeur californien, sont arrivées dans le port belge de Zeebruges. Les 3 500 véhicules destinés au marché européen ont débarqué en provenance de Shanghaï, sur fond de mise en scène médiatique spectaculaire (130 voitures alignées pour former le logo de la marque) orchestrée par la branche chinoise de Tesla.

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Cette première « exportation » ne constitue pour le moment qu’une portion modeste des ventes de la Model 3 en Europe (57 000 immatriculations entre janvier et septembre 2020). N’empêche, elle vient faire écho à un rapport de France Stratégie, institution chargée d’éclairer le gouvernement dans ses décisions économiques, paru mi-novembre et baptisé « Les politiques industrielles en France, évolutions et comparaisons internationales ». Dans le chapitre consacré à l’automobile, la note souligne que la Chine risque « d’envoyer l’industrie européenne au tapis » avec ses exportations de véhicules électriques.

L’alerte rappelle les mises en garde du président du groupe Renault, Jean-Dominique Senard, qui a à plusieurs reprises depuis 2019 prévenu des risques d’un « tsunami chinois » automobile, similaire à celui qu’il a connu sur le marché des pneumatiques lorsqu’il dirigeait Michelin. La part des marques chinoises de pneus en Europe est passée de 5 % à 30 % entre 2012 et 2018.

« La donne change radicalement »

Mais l’une des caractéristiques paradoxales mises en avant par France Stratégie, c’est que cette arrivée chinoise va se faire d’abord à travers des marques occidentales. C’est Tesla, on l’a vu, mais aussi le SUV BMW iX3, les Smart électriques de Daimler, ou encore la Dacia Spring, qui appartient… au groupe Renault. Parfois, lesdites marques occidentales qui s’apprêtent à arroser l’Europe de véhicules électriques made in China sont elles-mêmes propriété d’entreprises chinoises. On compte ainsi la Polestar de Volvo, détenue par le groupe Geely, ou le SUV électrique MG, vieille marque britannique désormais dans le giron du tentaculaire groupe d’Etat Shanghai Automotive (SAIC).

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L’annonce d’une invasion automobile chinoise n’est pas nouvelle. Mais, jusqu’ici, cela n’avait pas été suivi d’effet. Depuis le début des années 2000, quelques marques aujourd’hui oubliées (Brilliance, Ludwin, Qoros…) ont tenté sans succès l’aventure européenne. « L’industrie automobile chinoise était bloquée par les normes européennes sur les émissions polluantes ou la sécurité passive, explique Nicolas Meilhan, économiste, conseiller scientifique de France Stratégie et coauteur du rapport. Mais la voiture électrique est par nature zéro émission et son architecture (structure rigidifiée et alourdie par la batterie, moteur compact) abaisse les contraintes sur les crash-tests. Cela change radicalement la donne. »

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« Le métier devient plus physique, on essaie de perdre le moins de temps possible »

Thomas Donzel, facteur à La Poste, lors de sa tournée de livraison de colis, à Chavanoz (Isère), le 8 décembre.

En cette matinée brumeuse de début décembre, dans le centre de distribution de La Poste de Pont-de-Chéruy (Isère), au milieu d’une valse de chariots débordant de colis, les livreurs s’affairent, trient, scannent les paquets, les chargent dans leurs camionnettes jaunes. Des jouets, du matériel électronique, des bons plans sur Veepee (Vente-privee). A l’autre extrémité du hangar, l’organisation de la tournée de lettres des facteurs se fait au calme. A l’image des activités de La Poste en 2020, dont le métier courrier s’effondre, alors que le colis connaît une croissance exponentielle. L’opérateur public prévoit de traiter en décembre jusqu’à 4 millions de paquets Colissimo par jour, contre 3,1 millions à la même période en 2019.

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Affecté à la livraison de colis, Thomas, 40 ans, facteur depuis dix-huit ans, se prépare à livrer 150 colis au pas de charge. Comme il y a deux fois plus de paquets à distribuer en cette période de fête, son circuit a été divisé par deux, la deuxième moitié étant confiée à un intérimaire. « Sur cette plate-forme, on a huit personnes en renfort depuis la mi-octobre, le temps de la “peak period”, jusqu’au 24 décembre », explique-t-il.

L’époque où le facteur faisait une pause-café en distribuant ses lettres paraît bien loin. Ce jour-là, sous la pluie battante, chaque minute compte. Dans les immeubles, Thomas monte les marches quatre à quatre. Il court en petite foulée d’un pavillon à l’autre. « Le métier devient plus physique – ce qui personnellement me va bien – parce qu’on a plus de colis à distribuer. On essaie de perdre le moins de temps possible », dit-il. Son prédécesseur a quitté son poste parce qu’il ne tenait pas la cadence.

Chou blanc

Le postier connaît la plupart des destinataires, en particulier les accros de l’e-commerce, qui commandent presque tous les jours. « C’est le cas de 50 % des gens sur une tournée comme la mienne, indique-t-il, plutôt des jeunes, beaucoup de nounous qui gardent des enfants chez elles. » La fréquence des rencontres avec les riverains a toutefois reflué. D’abord parce que la grande majorité des boîtes aux lettres, aujourd’hui normalisées, disposent d’une contenance suffisante pour recevoir la majorité des colis. Mais aussi parce que le facteur fait régulièrement chou blanc lorsqu’il doit en remettre un en mains propres.

Thomas Donzel, facteur à La Poste, le 8 décembre.

Avant de quitter le centre-ville, Thomas sonne à l’Interphone d’une copropriété. L’appareil, défectueux, renvoie vers un voisin. Le numéro de téléphone de la destinataire n’est pas attribué. « Là c’est pénible, témoigne-t-il, parce que c’est un Chronopost, la cliente a payé pour une livraison express, et je suis dans l’impossibilité de la livrer. » Peu après, il s’arrête devant une villa. Le son de la télé passe à travers la baie vitrée mais personne ne répond aux coups de sonnette, ni aux coups de klaxon. Thomas remplit à la chaîne les avis de passage. A l’issue de la tournée, une vingtaine de colis lui resteront sur les bras et devront être représentés le lendemain.

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Le 4 × 4 d’Ineos va remplacer la Smart de Daimler dans son berceau historique de Moselle

Ineos prévoit de produire à Hambach, à compter de 2022, son 4 × 4 Grenadier, qui marquera l’entrée du groupe chimique britannique dans le secteur automobile.

La société britannique du secteur de la chimie Ineos a racheté, lundi 7 décembre, à l’entreprise allemande Daimler, propriétaire des marques Smart et Mercedes, le site de Smart à Hambach (Moselle) pour y produire son 4 × 4 Grenadier. L’opération a été officialisée mardi.

Le rachat marque la fin d’une longue histoire et le début d’une nouvelle ère. « Cette acquisition est la plus grande étape à ce jour dans le développement du Grenadier », a expliqué Dirk Heilmann, patron d’Ineos Automotive. Jörg Burzer, responsable de la production chez Mercedes, a déclaré avoir trouvé avec Ineos Automotive « un acheteur déterminé à mener le site de Hambach sur la voie du futur ».

« Continuité de l’emploi »

En juillet, Daimler avait laissé les salariés de Smart abasourdis, annonçant son intention de mettre en vente le site mosellan en raison de difficultés financières liées à la crise sanitaire. Le groupe allemand avait pourtant investi quelque 500 millions d’euros sur ce site pour permettre la fabrication de Mercedes électriques.

Le 12 novembre, le comité social et économique (CSE) de l’usine avait donné son accord à la reprise par Ineos et avait dit apprécier « favorablement le projet de cession ». Cette opération devait assurer « la continuité de l’emploi pour les salariés du site de Hambach », même si le CSE estimait que « certains points pourraient être améliorés ».

Vente de l’usine Smart : la Moselle industrielle n’a plus confiance en personne

Ineos prévoit de produire à Hambach, à compter de 2022, un 4 × 4 qui marquera l’entrée du groupe chimique britannique dans le secteur automobile. De son côté, Daimler s’est engagé à assurer la transition en poursuivant jusqu’en 2024 la production de Smart électriques sur le site ainsi que celle de la face avant du nouveau SUV électrique de Mercedes.

L’ensemble des emplois chez Daimler et certains partenaires, soit 1 300 personnes transférées chez Ineos, sont « préservés », selon le constructeur allemand. Pour quelque 200 autres employés du site, le ministère délégué à l’industrie assure qu’« une solution a été trouvée pour tous », selon un porte-parole, et ces emplois sont également sécurisés.

Le Grenadier, un véhicule polluant

La ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, a salué le « travail constructif » ayant amené de « réelles avancées » pour « pérenniser l’activité industrielle sur le site ». Un comité sera créé très prochainement pour suivre l’activité et la « charge de l’usine ».

En outre, juste en face du site, REC Solar France, filiale du danois REC Group, prévoit la construction d’une usine de panneaux photovoltaïques, avec à la clef la création d’ici à 2025 de 1 800 emplois. Mais ce projet n’en est pour le moment qu’au stade de la concertation.

Parmi les réserves exprimées à la mi-novembre par le CSE figurait la motorisation du futur Grenadier, un « véhicule thermique fortement émetteur de CO2 » risquant d’être « de plus en plus difficile à vendre à partir de la deuxième moitié de cette décennie ». « Les challenges sont nombreux et nous serons vigilants sur les engagements pris par les parties », « principalement » sur les emplois, a noté Emmanuel Benner, délégué syndical CFTC.

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Dans un communiqué, la CGT avait ainsi demandé au repreneur de « développer d’autres motorisations », estimant que le moteur du 4 × 4 se trouve « à contre-courant de ce qui se fait dans l’automobile », où les motorisations électriques ont le vent en poupe.

Un partenariat a été conclu entre Ineos et le sud-coréen Hyundai le 23 novembre afin d’« explorer les nouvelles possibilités » offertes par la production d’hydrogène et ses applications technologiques. Il pourrait ainsi permettre à Hyundai de fournir sa technologie de piles à hydrogène pour équiper le véhicule d’Ineos.

Le Monde avec AFP

Les candidatures de saisonniers déferlent sur tous les secteurs

Pour les travailleurs saisonniers, les places sont chères cet hiver. Dans les stations de ski, où les remontées mécaniques restent immobilisées, hôteliers et restaurateurs attendent de pied ferme les clients avant de lancer d’éventuels recrutements pour les fêtes. Sans trop y croire. « D’habitude, en hiver, on engage un ou deux extras supplémentaires en cuisine et autant au niveau des chambres, mais, cette année, on attend de voir les réservations », indique Florian Hugonet, directeur délégué aux opérations du groupe hôtelier CFH et gestionnaire du Domaine de Marlioz, à Aix-les-Bains (Savoie).

Habitués de la station, certains de ses saisonniers espèrent encore être rappelés pour cette saison hivernale. « Je sais qu’ils sont là en cas de besoin, rapporte Florian Hugonet. Mais je dois d’abord faire revenir mes équipes qui sont au chômage partiel. » Alors que la saison hivernale offre traditionnellement l’opportunité aux saisonniers de travailler quelques semaines à l’occasion des fêtes de fin d’année, la fermeture des lieux de loisirs a stoppé net leur recrutement cette année.

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A la date du 26 novembre, le site de Pôle emploi recensait seulement 1 600 contrats de saisonniers. Pour ceux qui enchaînent les missions dans la restauration, l’hébergement et les loisirs, qui habituellement recrutent près de la moitié des travailleurs saisonniers, les embauches sont au point mort. « Au niveau des recrutements, l’hôtellerie et la restauration sont bien sûr sinistrées, confirme Alexandre Pham, cofondateur de Mistertemp’. Mais il y a aussi des secteurs qui connaissent une poussée extrêmement forte des taux d’activité et donc des recrutements, comme la logistique. »

Un recrutement plus local

Alors que le confinement a incité les Français à faire leurs achats de Noël en ligne, La Poste distribue 30 % de volume de colis supplémentaires depuis le déconfinement. Afin de pallier le rush de fin d’année sur ses plates-formes de tri et dans les bureaux de poste, l’entreprise recrute 9 000 saisonniers sur des postes de facteur, opérateur de tri et chargé de clientèle. Ces offres ont attiré près de 43 000 candidatures fin novembre. Noyées sous les CV, les équipes de recrutement ont dû suspendre plus tôt que prévu la majorité des offres.

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Confrontés à un raz de marée de candidatures, les employeurs ont l’embarras du choix. « Le recrutement est facilité par l’arrivée d’une nouvelle population travaillant habituellement dans l’hôtellerie et la restauration », confie Roland Gomez, directeur général de Proman. En Charente-Maritime, les ostréiculteurs peinent habituellement à recruter des saisonniers pour préparer les huîtres à l’occasion des fêtes de fin d’année. Les producteurs font donc appel à des travailleurs venus de l’étranger, principalement du sud de l’Europe.

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Vale annonce la vente de son usine de nickel en Nouvelle-Calédonie

Le groupe brésilien Vale a annoncé, mercredi 9 décembre, la vente de son usine de nickel en Nouvelle-Calédonie à un consortium calédonien et international, incluant le négociant en matières premières Trafigura, qui suscite sur place une forte hostilité des indépendantistes et des autorités kanak.

« Le consortium mené par la direction et les employés de Vale Nouvelle-Calédonie, (…) avec Trafigura comme actionnaire minoritaire, est heureux d’annoncer qu’il a conclu un accord ferme aujourd’hui pour l’achat des parts de Vale Nouvelle-Calédonie, détenues par Vale Canada Limited, une filiale de Vale SA », a fait savoir mercredi dans un communiqué Vale-NC.

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« Trois mille emplois directs et indirects garantis »

L’industriel précise que « cette solution de reprise assurera la poursuite de l’exploitation et du développement de l’usine [située dans le sud de l’archipel] dans le respect de ses responsabilités sociétales et environnementales par une nouvelle société [baptisée] Prony Ressources, détenue à 50 % par des investisseurs calédoniens ». « Le projet d’entreprise de Prony Ressources permettra de garantir plus de 3 000 emplois directs et indirects », a déclaré Antonin Beurrier, actuel président de Vale Nouvelle-Calédonie.

Cette annonce est intervenue après plusieurs jours de barrages, de blocages et d’affrontements avec les forces de l’ordre, en raison de « la totale opposition » des indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), du collectif Usine du Sud = usine pays et de l’Instance coutumière autochtone de négociation (ICAN) à cette reprise avec Trafigura.

Mercredi, les violences sont montées d’un cran avec des barrages tenus par ces opposants et des contre-barrages dressés par des loyalistes à Païta, au nord de Nouméa. Dans la nuit, une station-service a été incendiée au Mont-Dore.

Le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, doit réunir jeudi en visioconférence les principaux acteurs politiques calédoniens sur ce dossier, mais les indépendantistes ont fait savoir qu’ils boycotteraient le rendez-vous.

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Le Monde avec AFP

L’insécurité juridique du travail à domicile

Droit social. L’électrochoc organisationnel des télétravaux forcés et confinés du printemps 2020 a fait tomber nombre de tabous, et obligé les entreprises à sortir de ce modèle industriel illustré par Les Temps modernes, de Charlie Chaplin. Avec la révolution numérique, le travail intellectuel a acquis le don d’ubiquité, permettant aujourd’hui d’échanger aisément avec des collègues du monde entier.

Ce « fait social total » bouscule notre droit du travail conçu pour l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. Un exemple ? Nombre de travailleurs du savoir – mais pas les premiers de corvée – pourront demain choisir entre plusieurs lieux de travail : l’entreprise, le domicile, et les « tiers-lieux ».

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Pour le juriste, les tiers-lieux comme les « télécentres » situés aux quatre coins de nos vastes agglomérations, ou les « bureaux-satellites » (d’autres établissements de l’entreprise), permettant aux salariés de grande banlieue d’y travailler ponctuellement ne posent guère de problèmes. Temps de travail, règles sur la santé-sécurité mais aussi sécurité informatique : la situation n’est guère différente du bureau. Mais un télécentre reste très onéreux, avec des collaborateurs finissant parfois par s’y sédentariser et par bloquer tout le système.

Le coworking (et les cybercafés) à la journée ou au mois est évoqué dans l’accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020. Il est certes peu adapté à la période actuelle de crise sanitaire, mais le collaborateur y retrouvera en d’autres temps une vie collective, dans un environnement confortable : très haut débit, imprimantes, restauration.

Espaces coûteux

Mais dans ces espaces coûteux, il y a peu de salariés et beaucoup d’indépendants soucieux de vie sociale et d’échanges professionnels. Une forte proximité parfois redoutée par les sociétés soucieuses de confidentialité. Le télétravail à domicile a donc de beaux jours devant lui.

Mais il reste juridiquement insécure. Temple de la vie privée du collaborateur et de sa famille, le domicile est très légitimement protégé par de nombreux textes, y compris supranationaux : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, et de son domicile », indique l’article 8 de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le refus d’y travailler est donc un droit pour tous, sauf « circonstances exceptionnelles » (L.1222-11), quelle que soit la clause de mobilité géographique ou les avantages mis en avant (trajets, frais de transport…).

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Favoriser le pouvoir d’agir au travail

« Ethique et travail collectif. Controverses », d’Yves Clot, éditions Erès, 200 pages, 23 euros.

Le livre. Lorsque l’épidémie de Covid-19 a bouleversé la vie de chacun de nous, le travail collectif a révélé toute sa puissance. Il a fallu, au moins pendant un temps, rendre justice à l’activité ordinaire, aux pouvoirs d’agir de ceux qui soignent, nettoient, enseignent, fabriquent, transportent et cultivent. « Ils ont enduré des efforts démesurés, parfois consentis dans la plus grande injustice, en exposant leur santé. Accepteront-ils d’être remis à leur place ? Voudront-ils retourner d’où ils viennent, dans le continent silencieux de la parole inutile ? », s’interroge Yves Clot dans Ethique et travail collectif. Controverses (Erès), un essai qui était en cours d’édition début 2020, quand l’épidémie a ébranlé le monde du travail.

L’ouvrage se soucie de l’action auprès, avec, et au sein des collectifs du travail. Il est conçu comme un dialogue sur le métier de clinicien du travail, dans un champ où plusieurs disciplines sont à l’œuvre, mais comme un dialogue « au sens fort, susceptible de cerner les obstacles et de trouver les meilleurs moyens possibles pour les surmonter ».

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L’auteur privilégie la discussion avec d’autres intervenants ou chercheurs : sociologues, philosophes, gestionnaires, juristes… « L’investigation et l’investissement collectif ont sans doute été à la mesure des bouleversements que l’industrie et les services connaissent ; et aussi des épreuves sociales et subjectives subies par celles et ceux qui travaillent. Voilà qui mérite bien le dialogue entre ces disciplines. Mais il y a plus pour le justifier : la psychologie, même à son corps défendant, peut se faire si facilement complice des engouements managériaux qu’elle a un besoin vital du contrepoids des autres disciplines. »

Une question de liberté

Les collectifs professionnels sont considérablement malmenés dans l’organisation du travail. « Ils sont pourtant le ressort de la santé au travail, entendue comme un développement du pouvoir d’agir. » A quelles conditions ce développement du pouvoir d’agir peut-il rester envisageable ?

En s’appuyant sur les théories du psychologue russe Lev Vygotski (1896-1934), de l’Ethique de Spinoza et à partir d’une relecture originale de la notion de travail de culture laissée en suspens par Freud avant sa mort, l’ouvrage sonde les paradoxes du collectif de travail : les libertés qu’on peut prendre grâce à lui dans les organisations, mais aussi les libertés qu’il faut prendre avec lui pour se développer comme sujet singulier.

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La difficile équation des congés payés 2020

Carnet de bureau. L’accumulation des congés payés tourne au casse-tête. Début octobre déjà, l’AP-HP adressait une note à ses responsables des ressources humaines pour annuler la majorité des congés payés programmés. En compensation, le personnel mobilisé pour faire face à l’épidémie serait rémunéré au tarif des heures supplémentaires.

A l’image de l’AP-HP, de très nombreuses entreprises publiques et privées sont mises en difficulté en cette fin d’année par les jours de congés payés non pris, à cause de la crise sanitaire. « Il n’y a pas une entreprise qui ne soit confrontée au problème de report. Entre 5 % et 10 % ont des soldes de jours importants », estime Aymeric Hamon, directeur associé du département de droit social du cabinet d’avocats d’affaires Fidal.

Le Covid-19 et l’ordonnance du 25 mars ont produit cette bombe à retardement. Pour soutenir la reprise durant le déconfinement estival, les employeurs ont pu demander à leurs salariés de limiter leurs congés d’été, comme ce fut le cas chez PSA par exemple : « Sur le site d’Hordain, dans le Nord, les congés ont été limités à deux semaines consécutives cet été. C’est compliqué de consommer le reste en fin d’année », reconnaît Olivier Lefebvre, délégué syndical central FO de PSA. « Sur les autres sites, on y arrive bon an, mal an, des congés ont été pris pendant les périodes d’activité partielle », précise-t-il.

0,4 jour perdu par personne

Les entreprises ont abordé le sujet dès le printemps. PSA, comme d’autres grands groupes, a multiplié par accord collectif les possibilités de solder ses congés : poser jusqu’à cinq jours sur un compte épargne-temps, en donner à des collègues pour leur éviter du chômage partiel, d’autres ont organisé un report exceptionnel sur le premier semestre 2021.

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Chez Schneider Electric, le solde était de 10 028 jours au 31 mai. « Contrairement à l’usage maison, on a interdit les reports 2019 sur 2020. Les 14 160 salariés ont perdu en moyenne 0,4 jour par personne », explique Dominique Laurent, le DRH France de Schneider Electric. Avant même l’ordonnance du 25 mars autorisant les employeurs à imposer des jours, « on avait décidé de forcer la prise de congés au printemps, dans l’idée d’assurer la reprise à l’issue du Covid, on espérait reprendre à l’été », témoigne M. Laurent. « Nombre d’entreprises ont fait une note de rappel aux salariés en septembre, les incitant à prendre leurs jours pour ne pas les perdre », se souvient M. Hamon. Mais « on ne voyait pas la deuxième vague arriver », reconnaît Dominique Laurent le DRH de Schneider Electric.

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Covid-19 : les ingénieurs de l’aéronautique, entre désespoir et colère

Le site d’Akka Technologies, à Blagnac (Haute-Garonne), le 6 novembre.

« Je vais être honnête, ne rien vous cacher : je suis sous traitement médical », lâche après quelques instants d’hésitation d’une voix chevrotante Stéphane (prénom modifié à sa demande). Ce salarié d’Akka Technologies à Blagnac, en banlieue toulousaine, se défend d’être en dépression bien que le moral soit au plus bas. Au mois d’octobre, au détour d’une conversation informelle, son manageur l’encourage à partir de l’entreprise après plus de dix ans de bons et loyaux services. « On m’a fait comprendre, à limite de la boutade, qu’une rupture conventionnelle pouvait être envisagée, raconte cet employé d’un service support. J’étais choqué mais je n’ai pas montré mon étonnement. Une fois les talons tournés, ça m’a fait mal. Il m’a fallu trois à quatre jours pour digérer la nouvelle. »

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Néanmoins, ce cadre ne donne pas suite à cette proposition et garde le silence. Mais le cœur n’y est plus. Alors que, durant le premier confinement, il exécute les tâches sans relâche pour « être efficace » et « sauver la boîte », la motivation en ce mois de novembre fait défaut. « Je fais tourner la boutique mais je n’ai plus d’objectif », souffle-t-il, désabusé. Pour aggraver son mal-être, ce salarié ne disposera plus – et ce dès lundi prochain – d’un bureau au sein de la société. A sa disposition un casier, dans lequel le salarié dépose ses effets personnels le matin, et un ordinateur portable.

« Redonner de l’espoir »

Comme Stéphane, ils sont des centaines à être sur la sellette. Car, pour amortir le choc de la crise économique, la direction de ce sous-traitant ne voile pas ses intentions. La société d’ingénierie, qui fait face à baisse d’activité de 38 % sur l’année 2020, envisage de tailler dans les effectifs de sa branche aéronautique « si la reprise ne se matérialise pas », indique la société sur son site Internet. Ses bureaux de Blagnac, où sont employées quelque 2 200 personnes, très dépendants d’Airbus et des équipementiers de rang 1, pourraient se séparer de 1 150 postes.

Et, depuis le 5 novembre, des réunions de consultation autour de l’activité partielle de longue durée (APLD) sont l’épicentre des discussions. La CGT craint qu’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) se dessine en bout de piste. « Il faut utiliser les moyens existants, comme les départs volontaires à la retraite, pour redonner de l’espoir aux salariés, qui sont découragés », martèle Franck Laborderie, son secrétaire général.

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Covid-19 : le modèle américain génère plus de croissance, mais plus d’inégalités

Comment protéger les revenus des ménages face à la crise économique la plus brutale depuis la seconde guerre mondiale ? A cette question, les pays européens et les Etats-Unis ont, dans le sillage de la pandémie due au nouveau coronavirus, apporté une réponse de nature profondément différente. Les premiers ont instauré de généreux dispositifs de chômage partiel, afin de garantir un revenu aux salariés en attendant qu’ils puissent reprendre leur poste. Les seconds ont laissé les entreprises licencier. Mais pour soutenir les demandeurs d’emploi, en complément des indemnisations chômage limitées, Washington leur a, dès le printemps, distribué des chèques de 600 dollars par semaine.

Résultat : le taux de chômage a été multiplié par plus de quatre outre-Atlantique, passant de 3,5 % à 14,7 % entre février et avril, avant de redescendre à 8 % en septembre. Mais, grâce aux chèques, les revenus des Américains ont bondi de 10 % au deuxième trimestre. En Europe, le chômage a seulement progressé de 6,5 % à 7,5 % entre février et septembre. Les revenus des ménages ont, malgré tout, reculé de 1,1 % en Allemagne, 2,3 % en France, 7,2 % en Italie au deuxième trimestre, notamment en raison d’une chute plus violente du produit intérieur brut (PIB) en Europe (− 13,9 %, contre − 9 % aux Etats-Unis). Sur la fin de l’année, en revanche, les économistes estiment que passé l’effet dopant des chèques, les revenus des ménages devraient, cette fois, se tasser aux Etats-Unis, frappés très durement par la seconde vague de la pandémie, alors qu’ils devraient se maintenir en Europe…

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Voilà qui illustre le débat récurrent entre les modèles sociaux américain et européen. Quel est le plus pertinent ? Tout dépend des indicateurs sur lesquels on se penche. L’Europe – en particulier, les pays de l’Ouest – a choisi de tisser un filet de protection limitant les effets les plus douloureux des crises (allocations chômage et diverses protections sociales), plus ou moins efficacement selon les Etats. Les dépenses publiques sociales s’élèvent ainsi à 31 % du PIB en France, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 28,2 % en Italie et 25,9 % en Allemagne, contre 18,7 % aux Etats-Unis. Grâce à ces amortisseurs sociaux, les récessions sont, en général, moins douloureuses pour les ménages, mais l’économie rebondit moins vite.

« Filet social plus limité aux Etats-Unis »

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