Le long cheminement des licenciés de la crise vers le retour à l’emploi

La lettre redoutée est arrivée dans la matinée, ce mercredi 27 janvier. Un courrier avec accusé de réception informant Olivier, 57 ans, directeur commercial dans une industrie aéronautique des Ardennes, de son licenciement économique, comme sept de ses collègues. « Ça n’est pas une surprise », confie-t-il. Il s’y préparait depuis l’annonce, en décembre 2020, et son entretien préalable du 5 janvier. « Mais c’est violent ! Et injuste : si mon entreprise a vu chuter ses résultats en 2020, elle n’a jamais perdu d’argent. Que la sanction tombe sur l’emploi de manière aussi sévère et rapide, je ne l’accepte pas. » Il détaille les profits, fustige la stratégie, pointe la gabegie des aides de l’Etat… La page n’est pas encore tournée. « J’accuse le coup, reconnaît-il. Il va falloir que je prenne du recul pour voir quel sens je vais donner à ma vie. »

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Amertume, désarroi, idées noires, colère parfois, tous les licenciés économiques disent être passés par là. « Quand j’ai appris, j’ai eu les jambes coupées », raconte Alicia (le prénom a été modifié), maquettiste-infographiste parisienne de 43 ans, licenciée en septembre 2020 d’une « toute petite structure » qui éditait un catalogue pour un voyagiste. Elle y travaillait depuis seize ans. « On entend aux infos les plans sociaux à droite, à gauche, on se voit perdue dans la masse des chômeurs de la crise et on pense évidemment au scénario catastrophe, si on ne retrouve rien. »

« Tout s’est refermé »

La Dares, la direction des études du ministère du travail, a annoncé, mercredi 27 janvier, que le nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) avait augmenté de 7,5 % en France en 2020 : ils sont 3,8 millions à chercher un emploi. « Perdre son travail, c’est toujours compliqué, mais, en période de crise, c’est encore plus angoissant », résume Aurélie Feld, directrice générale de LHH (ex-Altedia), qui s’occupe du reclassement des salariés après des restructurations.

Licencié juste avant la crise sanitaire, en janvier 2020, Romain (le prénom a été changé), 43 ans, directeur immobilier d’entreprise d’une multinationale, a vu sa situation s’assombrir en quelques semaines. « Au départ, j’étais confiant. J’avais déjà été chassé par des sociétés du CAC 40, je savais que mon profil intéressait. J’ai eu tout de suite des entretiens. Et puis, en février, tout s’est refermé : projets d’embauche gelés, moins d’offres, plus de concurrence. J’ai compris que ce serait compliqué et que je devrais revoir mes exigences à la baisse », explique-t-il.

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En 2020, une hausse du chômage contenue dans une économie sous cloche

Une agence Pôle Emploi, à Montpellier.

Le bilan est sombre mais il aurait pu être pire. En un an, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) a augmenté de 7,5 % sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris), d’après les données publiées mercredi 27 janvier par la Dares – la direction des études au ministère du travail. Au dernier trimestre 2020, il y avait près de 3,817 millions de personnes en quête d’un poste qui n’avaient pas du tout travaillé, soit 265 000 de plus par rapport à la même période de 2019. Une progression très nette, imputable à la récession déclenchée par l’épidémie de Covid-19.

Cet indicateur se situe toutefois très en dessous de son niveau record, qui avait été relevé pendant le premier confinement : les effectifs de la catégorie A avaient culminé à 4,4 millions en moyenne durant le deuxième trimestre, avec un pic à plus de 4,5 millions sur le seul mois d’avril. A l’époque, des pans entiers de l’économie avaient été mis à l’arrêt, sur injonction des pouvoirs publics, poussant vers la case chômage des centaines de milliers de salariés, pour l’essentiel en CDD ou en intérim.

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Depuis, les inscrits à Pôle emploi dans la catégorie A ont vu leur nombre refluer, sauf en novembre, où celui-ci a rebondi, et en décembre, où il s’est stabilisé. « Après la cassure sans précédent qui s’est produite au printemps, les évolutions ont été très tributaires des mesures sanitaires prises par le gouvernement, certaines d’entre elles ayant eu pour effet de stopper ou de brider l’activité dans plusieurs secteurs, comme l’hôtellerie-restauration, le tourisme, l’événementiel », explique Anne Eydoux, maîtresse de conférences en économie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).

Une hausse moins forte qu’en 2008

Au bout du compte, les chiffres de la catégorie A demeurent plus élevés qu’avant le début de l’épidémie mais la hausse, sur douze mois, est moins forte que lors de la crise des subprimes, souligne Eric Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : « Entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité avait augmenté de 18 %, soit un rythme plus soutenu que celui constaté aujourd’hui, alors que la richesse nationale s’était contractée beaucoup moins qu’en 2020 », rappelle-t-il.

Cet écart met en exergue la singularité de la période actuelle. Avec un produit intérieur brut en recul d’environ 9 %, la catégorie A aurait dû s’étoffer davantage qu’elle ne l’a fait en 2020. Or, tel ne fut pas le cas. Plusieurs explications peuvent être avancées. La plus déterminante tient au déploiement de l’activité partielle, dans des proportions inédites. Ce dispositif a permis à de très nombreuses sociétés, tournant au ralenti ou provisoirement fermées, de garder leurs personnels, sans avoir à les payer. En avril 2020, quelque 8,4 millions de salariés en ont bénéficié, et ils étaient encore 2,4 millions à être pris en charge par ce mécanisme au mois de décembre, selon la Dares.

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Créations et défaillances d’entreprises, une crise décidément pas comme les autres

Un employé d’Urban Logistic Solutions (ULS) livre des colis en vélo électrique, à Strasbourg, en juillet 2020.

A la lecture du bilan de l’année réalisé par les greffiers des tribunaux de commerce, il est difficile d’imaginer que 2020 a vu le déclenchement de la pire crise économique depuis la seconde guerre mondiale. Ce document, publié jeudi 28 janvier, trace un tableau plutôt flatteur du tissu entrepreneurial français : un nombre record de créations d’entreprises et une chute de plus d’un tiers de celui des défaillances, qui tombe ainsi sous l’étiage d’une année ordinaire. Une situation paradoxale – le PIB a plongé d’environ 9 % en 2020 –, qui démontre que la crise du Covid-19 échappe décidément à tous les modèles.

« En règle générale, les crises économiques sont ponctuées d’un bond des défaillances d’entreprises, d’une montée du chômage et, concomitamment, d’un net ralentissement des créations d’entreprises. Or, il n’en n’est rien pour le moment », rappelle l’institut Xerfi, qui a réalisé ce « Bilan national des entreprises » pour le compte du Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce.

Côté défaillances, on dénombre 27 645 ouvertures de procédures collectives, en recul de 37,5 % rapport à 2019. Derrière cette baisse globale se cache toutefois un phénomène plus inquiétant : dans 77,5 % des cas, elles aboutissent à une liquidation, alors que les procédures de redressement ont été divisées par deux en un an. Côté créations, 469 044 immatriculations ont été répertoriées en 2020, soit près de 10 000 de plus que l’année précédente et 50 000 de plus qu’en 2018. L’entrepreneuriat français établit ainsi un nouveau record.

« Tourner le dos au salariat »

Les raisons du net recul des défaillances sont connues : les aides massives de la part de l’Etat, les moratoires ou reports de charges concédés par l’Urssaf et le gel de l’état de cessation de paiements ont permis aux entreprises de se maintenir à flot en attendant la sortie de crise. En revanche, le dynamisme des créations s’explique moins aisément dans un contexte économique très déprimé, avec de nombreux secteurs fermés administrativement. « Les raisons d’entreprendre sont apparues nombreuses et souvent imbriquées en 2020, explique-t-on chez Xerfi. Concrétiser une réflexion stratégique personnelle ou collective, tourner le dos au salariat ou encore créer son propre emploi dans un marché du travail éminemment tendu. »

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De fait, les créateurs se sont le plus souvent tournés vers l’entreprise individuelle – ce qui comprend le statut de micro-entrepreneur – et l’activité relève très souvent du secteur du transport, qu’il s’agisse de la livraison à domicile ou des divers services liés à l’essor du e-commerce. Mais pour Laurent Frelat, directeur général de Xerfi, la bonne santé de l’entrepreneuriat n’est pas alimentée uniquement par le besoin de trouver coûte que coûte un revenu en période de crise. « On est dans une société qui évolue de plus en plus vers ce type d’emplois, au détriment de l’emploi salarié classique », indique-t-il.

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« Ce qu’un patron peut faire », de Michel Offerlé : le pouvoir contrarié des patrons français

« Ce qu’un patron peut faire. Une sociologie politique des patronats », de Michel Offerlé, Gallimard, « NRF essais », 528 p., 22 €, numérique 16 €.

Les patrons seraient-ils de retour ? Il y a peu de doute possible si l’on en juge par l’âpreté avec laquelle leurs représentants défendent le « quoi qu’il en coûte » en matière de soutien aux entreprises en temps de pandémie. Il n’a pas non plus échappé aux observateurs de la vie publique que leur part à l’Assemblée nationale, traditionnellement très faible par rapport à d’autres groupes sociaux, a spectaculairement augmenté depuis 2017.

De là à supposer que les étoiles du capitalisme se sont alignées et que la politique n’exprime aujourd’hui rien d’autre que les intérêts des patrons, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par beaucoup. C’est pourtant cette évidence que le sociologue Michel Offerlé interroge dans son nouveau livre, Ce qu’un patron peut faire, où il aspire à « comprendre comment [les patrons] contribuent, comme chefs d’entreprise et comme chefs d’entreprise en politique, à la production et à la reproduction des rapports sociaux et aux luttes de frontières qui se jouent entre l’Etat, le champ politique et le champ économique ».

Le patronat français, milieu hétéroclite

Le sociologue s’appuie dans cette tâche sur des matériaux constitués depuis plus d’une dizaine d’années avec les étudiants qu’il a accompagnés et guidés dans son projet de cartographie d’un des milieux les plus hétéroclites de la société française et aussi les plus réfractaires à l’enquête. Les patrons ont certes souvent été analysés en sociologie, mais avec une certaine distance, en objectivant leur position dans l’élite économique et politique à partir de leurs caractéristiques sociales, de leur éducation ou de leurs réseaux.

Offerlé préfère la méthode douce, celle qui passe par l’entretien et ses méandres, où l’on pose autant de questions qu’on laisse de place à l’enquêté pour qu’il se justifie. Une méthode qui passe aussi par la lecture des courriers adressés à la présidence de la République par de « petits » patrons qui, comme tout un chacun, n’ont pas d’autre moyen de faire connaître leurs doléances, ou par les relevés, au fil de la presse locale, des grèves de la faim et suicides dans ce milieu.

La méthode paraîtra excessivement bienveillante à certains. Michel Offerlé, qui a rencontré plus de patrons, grands et petits, qu’aucun autre sociologue français, ne cite-t-il pas cette phrase d’un des personnages de La Règle du jeu, de Jean Renoir (1939) : « Tu comprends, sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons » ? La manière de procéder a toutefois paru agressive à certains des principaux intéressés, fâchés de se voir questionner sur leur adhésion aux valeurs chrétiennes, leur salaire ou l’origine sociale de leur conjoint.

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« En matière de parité, l’Islande est une source d’inspiration »

Chronique. En ce mois de janvier, la France fête les 10 ans de la loi Copé-Zimmermann, qui a instauré un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration (CA) des grandes entreprises. Avec succès : aujourd’hui, le seuil est même dépassé dans les grands groupes cotés du CAC 40 (44,6 % d’administratrices) et au sein du SBF 120 (45,2 %), l’indice rassemblant les 120 plus grandes sociétés françaises. Grâce à cela, notre pays peut se targuer d’être le numéro un européen en la matière.

Lire l’entretien : Marie-Jo Zimmermann : « Les quotas de femmes dans les conseils d’administration ont transformé la gouvernance des entreprises »

Sur le Vieux Continent, deux nations enregistrent un score très proche du nôtre : la Norvège (40,4 % pour les grandes entreprises cotées), qui a instauré un quota identique en 2003, et l’Islande (44,4 %), qui a suivi en 2010. En matière de parité, l’expérience de la petite île volcanique est une source d’inspiration, à plus d’un titre. « La loi a été adoptée dans la foulée d’un rapport du Parlement, soulignant que le manque de diversité et la trop forte représentation des hommes au sommet des banques ont contribué aux excès commis durant la crise financière de 2008 », détaille Brynhildur Heidar-og Omarsdottir, de Kvenréttindafélag Islands, l’Association islandaise des droits des femmes.

Pays le plus égalitaire au monde

Dix ans après, la finance islandaise n’a plus le même visage. « Deux de nos plus grandes banques sont désormais dirigées par des femmes, note Aslaug Gunnlaugsdottir, de l’Association des femmes entrepreneuses d’Islande (FKA), également avocate à Reykjavik. Nous pensons qu’avoir plus de femmes au sommet a renforcé l’éthique au sein du secteur. » Pour le reste, il y a encore du chemin à parcourir : pour l’ensemble des entreprises islandaises de plus 50 salariés, la part des femmes dans les CA tombe à 34,7 %. « De plus, la loi n’a pas eu l’effet d’entraînement escompté sur les autres postes de direction », ajoute Aslaug Gunnlaugsdottir. Un constat tout aussi valable pour les entreprises tricolores.

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Si l’Islande n’est pas exactement un paradis paritaire, elle affiche malgré tout de bons résultats sur la plupart des indicateurs : d’après les données d’Eurostat, le taux d’emploi des Islandaises s’élève à 83 % (61,5 % en France), elles sont mieux représentées au Parlement, dans les ministères et les administrations que dans n’importe quel autre Etat, et le congé parental est presque pris à parts égales entre les deux parents. Le Forum économique mondial la classe en tête des pays les plus égalitaires au monde, devant la Finlande et la Norvège, dans son rapport 2020. La France, elle, est quinzième.

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Brexit et Covid-19 provoquent l’exode des expatriés européens du Royaume-Uni

A Londres, le 26 janvier.

LETTRE DE LONDRES

Il ne s’agit que d’un billet de blog et ses conclusions restent à vérifier plus amplement, mais il a quand même fait sensation ces derniers jours au Royaume-Uni car il corrobore un sentiment diffus : les expatriés résidant dans le pays l’ont quitté en masse sous l’effet conjugué du Brexit et de la pandémie. Le très sérieux Financial Times en a tiré deux articles, titrant le premier « L’exode des non-natifs du Royaume-Uni ».

A en croire donc l’article daté du 14 janvier paru sur le site de l’Economic Statistics Center of Excellence (un centre de recherche satellite de l’ONS, l’Office national des statistiques britannique), jusqu’à 1,3 million de personnes nées à l’étranger et vivant au Royaume-Uni auraient quitté le pays entre l’été 2019 et l’été 2020. Ils seraient 700 000 rien qu’à Londres, qui aurait donc perdu 8 % de sa population en un an ! Il s’agirait de la plus forte chute depuis la seconde guerre mondiale, soulignent les auteurs de l’étude, les statisticiens Michael O’Connor et Jonathan Portes.

Perte d’emploi

La capitale britannique, tant réputée pour son cosmopolitisme, ses emplois faciles à décrocher et son ouverture d’esprit, n’attirerait donc plus les jeunes actifs ?

Il faut dire que, comme d’autres métropoles en confinement, elle a perdu beaucoup de son charme. La vie avait un peu repris à l’été 2020, mais la plupart des pubs, bars et restaurants ont refermé en novembre, lors du deuxième confinement et n’ont pas rouvert depuis (un troisième confinement a été décrété début janvier). Buckingham Palace a été déserté par la famille royale, Oxford Street est vide, les théâtres de West End n’ont plus levé le rideau depuis presque un an… Seuls les parcs sont pleins – et encore, surtout le week-end.

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« C’est clair qu’on est à un point bas. La City est complètement morte. J’étais à Covent Garden, il y a quelques jours, ça pouvait encore aller : au moins, il y avait des food-trucks. Le bon côté, c’est qu’on peut se promener comme jamais, la ville est à nous, on peut y faire du vélo, c’est super », témoigne Fabrice Boraschi, installé dans la capitale britannique depuis 2006.

Le Français travaille à la City pour une banque européenne. Comme la plupart des employés des grandes sociétés, il œuvre de chez lui depuis mars 2020 et ça lui pèse, comme tant d’autres, surtout depuis la fermeture des écoles, en janvier. « Deux enfants à la maison, comme des lions en cage quand vient le soir, ce n’est pas simple. » Pas question de partir cependant pour M. Boraschi.

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Flunch flanche et se sépare de 1 300 salariés

Dans un restaurant Flunch, en 2013, à Villeneuve-d’Ascq (Nord).

Quand Flunch flanche, l’addition est lourde. « Nous sommes sous le choc » : la réaction des représentants des salariés de l’enseigne de restauration était unanime suite à l’annonce, mercredi 27 janvier, d’un plan de restructuration drastique.

L’entreprise envisage de se séparer d’une soixantaine d’établissements et de 1 300 salariés. Pour se faire, la chaîne de cafétérias, détenue par la société Agapes Restauration, propriété de la famille Mulliez, a demandé l’ouverture d’une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce de Lille.

L’enseigne évoque la crise sanitaire, et les six mois de fermeture administrative décrétés par le gouvernement, soucieux de juguler la pandémie due au coronavirus pour justifier son plan d’urgence. Elle estime que son chiffre d’affaires a plongé de 57 % en 2020 à 212 millions d’euros. D’ailleurs, même si, en décembre, une offre de vente de produits traiteur à emporter a été proposée, les portes des établissements se sont depuis refermées. Actuellement, les 227 restaurants, dont 66 en franchise, sont mis en sommeil et la quasi-totalité des effectifs, soit 5 000 collaborateurs, sont en chômage partiel.

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Toutefois, les syndicats ne partagent pas totalement cette analyse. « Dire que c’est la crise du Covid qui justifie ce plan, c’est faux. On utilise la conjoncture pour faire des réformes de structure. Avant la crise, il y avait déjà des fermetures d’établissements programmées », affirme Philippe Delahaye, délégué syndical central CFE-CGC. Il espère que l’ensemble des soixante restaurants dont veut se délester Flunch trouveront preneur, même s’il juge cette option peu probable. La société évoque la possibilité de reprise par des salariés, des franchisés ou des acteurs de la restauration.

Crise de la cinquantaine

Tous s’accordent sur un point : le concept Flunch, symbolisé par l’ours Flunchy, était en perte de vitesse avant le coup d’arrêt de la crise sanitaire.

Créée en 1971, l’enseigne, qui plaisait aux familles séduites par l’offre de restauration en self-service, traverse la crise de la cinquantaine. « Il y a quarante ans, on ouvrait les portes et les clients entraient en nombre. Les familles avec enfants aimaient cette cantine améliorée. Maintenant, ce n’est pas brillant-brillant. Le modèle est has been », raconte un salarié d’un établissement breton. « Notre concept est resté dans son jus, nous n’avons pas su le renouveler », ajoute M. Delahaye. D’autant qu’entre-temps, les groupes de restauration rapide se sont multipliés. Et le menu enfant avec cadeau n’est plus l’apanage de l’enseigne nordiste.

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« Ni le fric, ni le temps, ni la reconnaissance », les sages-femmes dénoncent des conditions de travail « infernales »

Manifestation de sages-femmes, à Paris, le 26 janvier 2021.

Elles se battent depuis des années, avec le sentiment de ne pas être entendues. La crise sanitaire et le sentiment d’être laissées pour compte pendant le Ségur de la santé ont servi de détonateur à la colère des sages-femmes. Des centaines d’entre elles (ce sont majoritairement des femmes) ont fait grève mardi 26 janvier, partout en France, à l’initiative de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF), de l’Union nationale et syndicale des sages-femmes (UNSSF) – les deux syndicats professionnels –, et de la Confédération générale du travail.

Devant les maternités et les agences régionales de santé, qu’elles travaillent dans l’hôpital public, dans le privé, ou en tant que libérales, elles se sont mobilisées pour que leur profession soit mieux reconnue et rémunérée. 

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« Sages-femmes : méconnues, méprisées, oubliées », « Métier formidable, statut fort minable ! », et « Cigogne, mais pas pigeonne », pouvait-on lire sur les banderoles et pancartes de la centaine de sages-femmes qui protestaient mardi à quelques pas du ministère de la santé à Paris. Bonnets et capuches sur la tête pour se protéger du froid glacial, les maïeuticiennes ont rappelé que leurs compétences ne se limitaient pas au suivi de grossesse et que leur mission ne se résume pas à l’accouchement. Depuis 2009, elles font également du suivi gynécologique. Et depuis 2016, elles peuvent pratiquer une interruption volontaire de grossesse médicamenteuse.

Salaire moyen de 1 750 euros

« Nos compétences se sont élargies, mais on ne nous donne pas les moyens humains et financiers de pouvoir suivre », dénonce Caroline Combot, secrétaire générale de l’ONSSF. D’un côté, le décret de périnatalité n’a pas été mis à jour depuis 1998, ce qui signifie que les effectifs minimum fixés par l’Etat n’ont pas changé depuis vingt-trois ans, pointe la responsable syndicale. De l’autre, les sages-femmes souhaitent depuis plusieurs années la mise en place d’un statut médical qui leur permettrait une hausse de salaire. « Il n’y a qu’un seul endroit où notre caractère médical est reconnu, c’est dans un tribunal, car on peut être poursuivi en justice », s’agace Caroline Combot.

« On a la vie de l’enfant et de la maman entre les mains, mais on est invisibilisé et si peu considéré », se navre Naïs Mottet, qui exerce dans une clinique privée. « Est-ce que c’est parce qu’on est majoritairement des femmes au service des femmes ? », s’interroge-t-elle.

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Après cinq ans d’études, le salaire moyen d’une sage-femme est de 1 750 euros nets en début de carrière, une rémunération bien inférieure aux médecins et chirurgiens-dentistes, classés dans la même catégorie au regard du code de santé publique. A l’issue du Ségur de la santé, les sages-femmes ont obtenu une revalorisation de 183 euros par mois, une prime similaire à celle accordée aux professions non médicales. Une provocation supplémentaire qu’elles jugent insupportables.

Epuisement émotionnel et physique

L’épuisement émotionnel et physique se fait sentir. En juin 2020, le Conseil national des sages-femmes dressait un bilan inquiétant dans une enquête : 40 % des cliniciennes salariées, 31 % des cliniciennes libérales et 37,5 % des enseignantes sages-femmes françaises souffrent de burn-out, peut-on lire.

Une fatigue généralisée et des conditions de travail dégradées qui finissent par avoir des conséquences sur l’aspect psychologique d’un métier profondément humain. « Par manque de temps, on passe à côté de dépressions postnatales qui pourraient être dépistées », se désole Sophie Nivault, sage-femme depuis 28 ans dans la région parisienne. « Plus le temps de poser une main sur l’épaule d’une patiente pour la réconforter », « d’avoir un regard ou un mot de compassion », toutes disent que ces petites attentions sont essentielles durant un accouchement.

La réalité d’une garde, c’est souvent trois accouchements à gérer, sans compter les urgences. En novembre 2020, la journaliste Clémentine Sarlat et la sage-femme Anna Roy ont donc lancé une pétition « 1 femme = 1 sage-femme », aujourd’hui signée par près de 70 000 personnes. A travers une vidéo, Anna Roy a aussi témoigné de son désarroi en lançant un mouvement de libération de la parole sur les réseaux sociaux à travers les mots-clés #JeSuisMaltraitante et #NousSommesMaltraitees.

« On n’a ni le fric, ni le temps, ni la reconnaissance, c’est normal que ça explose, dit au Monde Anna Roy, chroniqueuse de l’émission des Maternelles sur France 5 et autrice du podcast Sage-Meuf. C’est le plus beau métier du monde, mais je ne le souhaiterais jamais à ceux que j’aime car on travaille à des cadences infernales. »

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L’enseigne de restaurants Flunch demande à être placée sous procédure de sauvegarde

Dans un Flunch de Villeneuve-d’Ascq, le 1er mars 2013.

L’enseigne de restauration française Flunch, qui compte 227 restaurants, a demandé à être placée sous procédure de sauvegarde « pour faire face aux difficultés majeures liées à la crise sanitaire », a-t-elle annoncé mercredi 27 janvier, dans un communiqué.

Vendredi 29 janvier aura lieu une audience au tribunal de commerce de Lille, qui examinera l’ouverture de la procédure de sauvegarde. Celle-ci « devrait permettre à l’entreprise de se donner du temps en termes de trésorerie en attendant la reprise de l’activité commerciale dont la date reste toujours incertaine, et de poursuivre son plan de transformation », souligne le communiqué.

Sur près de 5 000 salariés, « un maximum de 1 300 postes devraient être concernés » par le projet de « redimensionnement » du parc de restaurants de l’enseigne, dont une soixantaine d’établissements pourraient sortir, « avec la possibilité d’ouvrir un plan de sauvegarde de l’emploi, après consultation des représentants du personnel », a précisé l’entreprise détenue par le groupe Mulliez dans un communiqué.

« On ne s’attendait pas à un plan d’une telle ampleur »

Ces restaurants seront « proposés à la reprise, en priorité aux collaborateurs de l’enseigne et aux franchisés actuels », puis dans un second temps à d’autres professionnels de la restauration, a précisé une porte-parole à l’Agence France-Presse (AFP). « L’idée est de proposer un projet pour redresser l’entreprise », qui va se recentrer sur ses établissements les mieux placés et les moins déficitaires du fait de la pandémie de Covid-19, afin de redémarrer en position financière plus favorable, lorsque les restaurants pourront rouvrir.

L’option de procéder à un plan de sauvegarde de l’emploi ne serait envisagée que pour certains des collaborateurs des restaurants qui ne feraient pas l’objet d’une reprise, et des « fonctions support », à savoir les salariés du siège, a précisé la porte-parole.

Durement éprouvée par la crise sanitaire, l’enseigne a vu son chiffre d’affaires plonger de près de 212 millions d’euros (− 57 %) l’an dernier, pour les 161 restaurants détenus en propre en France. Sur les 227 restaurants Flunch que compte l’enseigne, 66 sont des franchisés, et ne sont pas concernés par ce projet, a ajouté la porte-parole.

« On ne s’attendait pas à un plan d’une telle ampleur, a déclaré à l’AFP Grégory Dubois, délégué syndical central CFDT. Soixante restaurants, c’est quand même énorme. »

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Le Monde avec AFP

Chômage: embellie au quatrième trimestre 2020

Le marché du travail vient de connaître une embellie, certes très relative mais un peu inattendue. Au cours des trois derniers mois de 2020, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) a baissé de 2,7 % par rapport au trimestre précédent sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris) pour atteindre 3,816 millions, d’après les données publiées, mercredi 27 janvier, par la Dares – la direction des études du ministère du travail.

Un tel recul était loin d’être évident, avec les mesures de reconfinement appliquées durant un mois à l’automne, qui ont pénalisé les entreprises. Pour autant, la situation demeure dégradée, au terme d’une année sans équivalent depuis la seconde guerre mondiale : entre la fin 2019 et la fin 2020, les effectifs des personnes émargeant dans la catégorie A se sont accrus de 7,5 %.

Six millions de demandeurs d’emploi toutes catégories

Le mouvement de baisse enregistré durant les trois derniers mois de l’année écoulée concernent toutes les tranches d’âge, mais il s’avère plus marqué chez les moins de 25 ans :  – 5,2 % en métropole, contre  – 3,1 % pour les 25-49 ans et – 0,5 % chez ceux qui ont au moins plus de 50 ans.

En revanche, le nombre de personnes à la recherche d’un poste tout en ayant travaillé (catégories B et C) a connu la tendance inverse pendant le quatrième trimestre 2020, avec une augmentation de 1,2 % par rapport à la période allant de début juillet à fin septembre 2020, en métropole.

Au total, les effectifs d’individus en quête d’un poste, qu’ils aient exercé une activité ou non (catégories A, B et C), reculent sur les trois derniers mois de 2020 (– 1,3 % par rapport au troisième trimestre), tout en se situant à un niveau plus important qu’à la fin de 2019 : un peu plus de six millions sur l’ensemble du territoire, soit une progression de 4,5 %.

Autre gros point noir : le nombre de personnes à la recherche d’un contrat de travail depuis au moins un an (dans les catégories A, B et C) s’est encore accru : + 1,7 % au dernier trimestre 2020 (+ 8,6 % sur l’ensemble de l’année passée). Il est proche, désormais, des trois millions.

Le Monde