Dopé par les aides, l’apprentissage se positionne comme solution « anticrise »

Au centre, le premier ministre, Jean Castex, en visite dans un centre de formation d’apprentis, à Besançon, le 23 juillet.

Avoir une chance de faire ses preuves. C’est tout ce que demande Idris Ben Daali. Depuis novembre 2020, cet élève en BTS électrotechnique à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) contacte une vingtaine d’entreprises par jour pour décrocher un contrat d’apprentissage. « J’ai jusqu’à fin février pour trouver, sinon je serai obligé d’arrêter ma formation », confie le jeune homme de 18 ans, démoralisé.

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En cette année de crise, les jeunes inscrits dans une formation en apprentissage bénéficient d’un délai de six mois, au lieu de trois mois habituellement, pour trouver une place en entreprise. Une mesure annoncée en juin 2020 par le gouvernement, dans le cadre d’un plan de soutien à l’apprentissage.

Ce système mêlant études et activité professionnelle, réservé aux 15-26 ans, assure au jeune une rémunération, et est considéré comme un tremplin vers l’emploi. Ce plan s’accompagne surtout d’une aide à destination des entreprises, pour tout jeune embauché en apprentissage entre juillet 2020 et février 2021 (5 000 euros pour les mineurs, 8 000 euros pour les majeurs). La ministre du travail, Elisabeth Borne, a indiqué vouloir prolonger cette aide, sans donner d’échéance.

Fortes différences

Le dispositif semble porter ses fruits : 440 000 contrats, du CAP au master, ont été signés en 2020, contre 353 000 en 2019. Un « record historique », s’est enthousiasmé la ministre. Trois centres de formation d’apprentis (CFA) sur quatre ont vu leur nombre d’apprentis augmenter par rapport à 2019, pour une hausse totale de 11 % en moyenne, indique une enquête de France Compétences réalisée en octobre 2020 auprès de 600 CFA enregistrés à l’éducation nationale. Cette hausse, plus forte chez les apprentis de l’enseignement supérieur, est également attribuée à la loi « avenir professionnel » du 5 septembre 2018, qui a libéralisé le dispositif d’offre de formations.

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« Sans la prime aux employeurs, on projetait une baisse de 30 à 50 % de nouveaux contrats d’apprentissage pour la rentrée 2020. Aujourd’hui, nous enregistrons une hausse de 19 % par rapport à 2019 », se réjouit David Derré, directeur emploi et formation de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Dans le même temps, le nombre de contrats de professionnalisation, autre dispositif d’études en alternance mais qui ne bénéficie pas de prime versée dans le cadre du plan de soutien, a diminué.

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Covid-19 : la sortie du chômage partiel, un défi pour l’Europe

Un restaurant fermé, à Paris, le 5 janvier.

Au début de la pandémie de Covid-19, les pays européens se sont lancés dans une vaste expérimentation économique pour protéger l’emploi : tous ont mis en place des programmes de chômage partiel d’une ampleur sans précédent, permettant aux entreprises de conserver leurs employés à coût très réduit. En avril, 32 millions d’Européens ont ainsi bénéficié de ce système, trois fois plus que le nombre de chômeurs officiels. La France est le pays qui a le plus utilisé ce système, avec 34 % de ses employés au chômage partiel à son pic, devant l’Italie (30 %), l’Espagne (21 %) et l’Allemagne (15 %). En comparaison, après la crise financière de 2008, le chômage partiel concernait entre 1 % et 3 % des employés.

Une étude de la Banque centrale européenne, publiée le 6 janvier, essaie d’évaluer l’efficacité de cette approche. Cela a-t-il permis de préserver l’emploi, les chômeurs partiels retrouvant leur travail une fois la crise passée ? Ou est-on en train de créer des emplois subventionnés qui n’ont plus de raison d’être économique ?

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L’étude ne tranche pas, mais se veut plutôt encourageante. En octobre 2020, avec la reprise progressive de l’activité, 8 millions de personnes étaient encore au chômage partiel. Soit quatre fois moins qu’en avril. Pendant ce temps, le taux de chômage est resté relativement stable : en zone euro, il a progressé de 7,2 % avant la pandémie à 8,3 % en novembre 2020.

Travail « réalloué »

Où sont passés ceux qui étaient chômeurs partiels au deuxième trimestre ? Une large partie a retrouvé leur emploi. Mais une autre a non seulement perdu leur travail, mais a abandonné l’idée même d’en chercher un nouveau : ceux-là sont allés joindre les rangs des « inactifs ». Les chercheurs calculent que le taux de participation au marché du travail a baissé de 2 points au premier semestre 2020.

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En l’état actuel des statistiques, la répartition exacte entre ces deux catégories n’est pas connue. « Il n’est pas clair de savoir combien de ces travailleurs retrouveront leur travail (…) et combien risquent de le perdre », écrivent les chercheurs dans leurs conclusions.

Néanmoins, plus le temps passe, et plus la raison d’être de certains postes risque de disparaître. Les consommateurs achètent de plus en plus en ligne et pourraient ne pas retourner aussi souvent dans les magasins après la pandémie. Les entreprises numérisent leurs activités, transformant les emplois. Progressivement, le travail va être « réalloué ». « Cette réallocation (…) va dépendre de la durée de la crise et des possibles changements structurels de la demande. Plus le choc durera, plus ce sera nécessaire. »

Le chômage partiel pourrait masquer ce processus. Les chercheurs suggèrent de rendre le système progressivement moins généreux et d’y attacher des conditions (par exemple, obliger l’entreprise à prendre en charge une partie plus importante du salaire). Ils proposent aussi que d’importants programmes de formation soient déployés, pour remettre à niveau ceux qui perdraient leur emploi.

Covid-19 : aux Etats-Unis, l’emploi est en baisse pour la première fois depuis avril 2020

Devant un centre pour l’emploi, à Frankfort, dans le Kentucky, le 18 juin 2020.

Joe Biden, le nouveau président américain, va prendre les rênes d’un pays dont l’économie est en pleine rechute. En décembre 2020, pour la première fois depuis le mois d’avril, le solde de créations et de destructions d’emplois a été négatif, selon les données publiées, vendredi 8 janvier, par le Bureau américain des statistiques du travail. Au total, 140 000 emplois ont été détruits, dans la fourchette basse de ce que prévoyaient les économistes. Le taux de chômage est néanmoins stable, à 6,7 %.

Ce recul est la conséquence logique de la reprise de la pandémie de Covid-19 et des reconfinements plus ou moins durs imposés à travers les Etats-Unis en fin d’année. En décembre 2020, 498 000 emplois ont été perdus dans le secteur des loisirs, de la restauration et de l’hôtellerie. Les restaurants et les bars sont particulièrement touchés, suivis des casinos et des magasins de paris.

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« Ces chiffres apportent la plus claire indication que la vague actuelle de Covid-19 a mis fin à la reprise de l’économie américaine, estime Pablo Shah, économiste au Centre for Economics and Business Research. Alors que le nombre de morts du Covid-19 est désormais nettement au-dessus de son pic d’avril 2020, le marché du travail va continuer à souffrir pendant les semaines et les mois qui viennent. » Les Etats-Unis enregistrent actuellement autour de 2 800 décès par jour à cause de la pandémie, contre 2 200 en avril.

Un travail de reconstruction colossal

A travers les Etats-Unis, les mesures de confinement se sont progressivement durcies. A New York, les bars et restaurants sont fermés depuis la mi-décembre 2020, sauf pour la vente à emporter. En Californie, à l’exception de quatre comtés, les habitants ont ordre de rester chez eux, et les écoles sont fermées. A Washington DC, la situation est similaire depuis le 23 décembre.

Contrairement à l’Europe, qui a choisi le modèle du chômage partiel pour limiter les licenciements, les Etats-Unis ont préféré offrir une indemnisation plus généreuse que d’habitude aux sans-emploi. Cette approche a provoqué une explosion du taux de chômage entre février et avril 2020, qui est passé de 3,5 % à 14,8 %, suivie d’un fort retour des embauches dès que les conditions sanitaires l’ont permis. Le taux de chômage a été réduit de moitié, repassant sous la barre des 7 % en octobre. Décembre marque la fin de cette amélioration.

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Le travail de reconstruction économique s’annonce colossal. Sur l’ensemble de 2020, 9,8 millions de personnes ont perdu leur emploi. Un peu plus de la moitié sont allés pointer au chômage, l’autre est sortie de la population active, perdant l’espoir de retrouver un travail rapidement. Désormais, plus de 19 millions d’Américains touchent une allocation-chômage.

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Emploi des jeunes : le gouvernement tente de limiter la casse

Des bénéficiaires du « plan jeunes », à l’Ecole hôtelière de Paris-CFA Médéric, le 19 novembre.

Tout faire pour éviter une « génération sacrifiée ». Dans la droite ligne du « quoi qu’il en coûte », le gouvernement ne ménage ni sa peine ni ses deniers, pour tenter de redonner aux 20-30 ans des perspectives, malgré la crise historique que traverse le pays. « C’est à notre jeunesse qu’on a demandé le plus gros effort », avait déclaré le président de la République Emmanuel Macron lors de son allocution du 14 juillet 2020. Sur le plan de l’emploi et du chômage, au moins, l’affirmation est exacte.

Les jeunes ont, jusqu’à présent, payé un plus lourd tribut à la crise économique que leurs aînés. En un an, entre le troisième trimestre 2019 et la même période de 2020, le nombre de chômeurs de moins de 24 ans a bondi de 16 %. Quant au taux d’emploi, il a quatre fois plus reculé dans cette catégorie que pour l’ensemble de la population.

« Les jeunes, qui sont aux marges du marché du travail, subissent plus que les autres les fluctuations conjoncturelles, explique Vladimir Passeron, chef du département de l’emploi et des revenus d’activité à l’Insee, un peu sur le principe du dernier entré, premier sorti. » Dès le début de la crise sanitaire, en effet, les entreprises ont supprimé massivement les missions d’intérim, réduit ou choisi de ne pas renouveler les CDD, où les jeunes sont surreprésentés.

La dimension sectorielle de la crise qui frappe le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, le monde du sport et de la culture, les pénalise également, puisqu’ils sont proportionnellement plus nombreux à travailler dans ces secteurs, ne serait-ce qu’au travers de petits jobs destinés à financer leurs études.

Aides aux employeurs

« Les sorties de crise précédentes nous montrent que lorsque la reprise arrivera, les embauches des jeunes reprendront sur un rythme plus soutenu. C’est ce qu’on a déjà vu à l’issue du premier confinement, lorsque le taux d’emploi des jeunes avait repris 2,1 points en un trimestre », rappelle M. Passeron. En attendant, « prioriser les jeunes dans les plans de soutien n’est pas aberrant », souligne-t-il.

Dès la fin du mois de juillet 2020, peu après l’allocution de M. Macron et alors que le contingent annuel de quelque 750 000 jeunes, leurs études terminées, s’apprêtait à entrer sur le marché du travail, l’exécutif a lancé le plan baptisé « un jeune, une solution ».

Fin juillet 2020, alors que le contingent annuel de 750 000 jeunes s’apprêtait à entrer sur le marché du travail, l’exécutif a lancé le plan « un jeune, une solution »

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Un mouvement de grève perturbe « L’Equipe »

A Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), devant les bureaux de « L’Equipe », en juin 2015.

Un appel à la grève a été lancé ce vendredi 8 janvier, à partir de 16 heures, par les syndicats du quotidien L’Equipe. L’intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, UFICT-CGT, SGLCE-CGT) demande « le retrait des plans de sauvegarde de l’emploi [PSE] », qui touchent le quotidien et ses magazines (L’Equipe Magazine, France Football, Sport & Style…) et qui pourraient se solder par 50 à 60 départs. Fin octobre 2020, les syndicats avaient repoussé l’accord de performance collective qui avait été proposé avant l’été ; la très grande majorité des salariés estimait alors être victime d’un « chantage à l’emploi ».

Aujourd’hui, ils s’inquiètent de « l’avenir de leurs métiers et de leurs conditions de travail », explique l’un d’eux. Les syndicats entendent, en outre, protester contre « le refus de la direction de modifier son projet et les conditions de départs des PSE », qu’ils estiment insuffisantes, notamment au regard des plans de départs conclus les années précédentes. « On a compris que la direction ne bougerait pas d’un iota », explique un délégué syndical, qui parle d’une « très grande colère » des salariés.

Des « variables d’ajustement »

Celle-ci s’est exprimée cette semaine dans de longs courriers envoyés à Jean-Louis Pelé, le directeur général du groupe, et Jérôme Cazadieu, le directeur de la rédaction. Des salariés des services de l’édition, de l’iconographie ou de la correction y détaillent les raisons de leur opposition au projet de réorganisation, qui se ferait « au détriment de [leur] excellence journalistique », estiment ainsi les éditeurs du pôle football. Jeudi 7 janvier, c’était au tour de « 115 reporters de L’Equipe, de L’Equipe Mag et de France Football » (17 des leurs pourraient quitter l’entreprise) d’interpeller leurs dirigeants, afin d’exprimer leurs « sérieux doutes sur le cap choisi ».

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Alors que des échéances olympiques se profilent (2021 et 2024), ils refusent de « négliger » le traitement des « petits sports », ou de voir le rugby moins bien suivi, alors qu’une Coupe du monde sera organisée, en France, en 2023. « Quelle est la cohérence de votre projet, où il est question de faire mieux, mais avec moins de monde ? », résument-ils, s’estimant considérés comme des « variables d’ajustement que l’on déplace et que l’on vire au gré des lignes de comptes à équilibrer ». En tout, 180 salariés auraient signé ces manifestations d’inquiétude, sur environ 220 signataires possibles.

Ce mouvement de vingt-quatre heures, qui pourrait se traduire par une non-parution du quotidien (qui, le samedi, est vendu avec l’hebdomadaire), est reconductible. Preuve que la protestation pourrait se durcir, une caisse de solidarité est en cours de création, indique l’intersyndicale. Sollicitée, la direction du groupe n’a pas souhaité réagir.

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Le gouvernement allemand présente son projet pour féminiser les conseils d’administration

La ministre de la famille, la sociale-démocrate Franziska Giffey, est l’une des instigatrices du projet de loi visant à imposer des femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises du pays.

L’Allemagne prévoit d’imposer la présence de femmes dans les conseils d’administration de grandes entreprises cotées en Bourse, selon un projet de loi présenté mercredi 6 janvier. La première économie du continent accuse un net retard sur la question.

D’après une récente étude de la fondation germano-suédoise Allbright, les femmes ne représentent en effet que 12,8 % des membres des conseils d’administration des trente sociétés cotées du DAX, l’indice-vedette de la Bourse de Francfort. Cette proportion est de 28,6 % aux Etats-Unis, 24,9 % en Suède, 24,5 % en Grande-Bretagne et 22,2 % en France, selon cette même étude.

Au moins une femme au conseil

Selon le projet de loi, qui doit encore être adopté par les députés d’ici à la fin de la mandature, en septembre, au moins une femme devra siéger dans les instances dirigeantes des entreprises allemandes comptant plus de trois administrateurs. Soixante-treize entreprises seraient concernées par le changement de règle, dont trente-deux n’ont actuellement pas de femme dans leur conseil d’administration.

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La nomination de femmes sera également obligatoire dans les conseils d’administration de sociétés où l’Etat est actionnaire et dans plusieurs organismes publics.

« Nous pouvons montrer que l’Allemagne est sur la voie pour devenir une société moderne, porteuse d’avenir », a déclaré la ministre de la famille, la sociale-démocrate Franziska Giffey, qui a porté le texte avec sa collègue de la justice, la sociale-démocrate Christine Lambrecht. Cette dernière a salué un « signal important pour les femmes hautement qualifiées », appelant les entreprises à « utiliser la chance » offerte par ce quota pour accroître la féminisation des postes de direction.

Fortes résistances du patronat

Malgré l’appui de la chancelière, Angela Merkel, le texte suscite de nombreuses résistances au sein de son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui gouverne avec les sociaux-démocrates du SPD. « Nous ferons tout pour empêcher les quotas féminins », a lancé Hans Michelbach, député de la CSU, proche des milieux économiques. Le projet est aussi critiqué par une partie du patronat qui dénonce une ingérence dans la gouvernance des entreprises et argue d’une « pénurie de candidates » à ces postes.

Ces fortes résistances ont conduit quarante femmes à lancer une campagne pour sensibiliser l’opinion publique du pays en novembre, car, comme l’estime l’Institut de recherche économique allemand (DIW), la participation des femmes aux instances dirigeantes des groupes du pays évolue à un « rythme d’escargot ».

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Le Monde avec AFP

« Nous sommes choqués, sonnés » : Michelin réduit encore ses effectifs en France

L'usine Michelin de Cataroux, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) en 2012.

Drôles de vœux de début d’année 2021. Michelin a annoncé mercredi 6 janvier le lancement d’un plan de restructuration de ses quinze sites français l’amenant à supprimer « jusqu’à 2 300 postes » dans l’Hexagone d’ici trois ans, sur les 21 000 que compte Michelin en France.

Ce « projet de simplification et de compétitivité » prévoit une amélioration de la compétitivité de Michelin « pouvant aller jusqu’à 5 % par an » précise le communiqué de l’entreprise. Les suppressions de postes toucheront aussi bien les activités tertiaires (1 100 emplois supprimés), des activités essentiellement à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) mais aussi à Paris pour le célèbre Guide rouge. Les activités industrielles seront aussi affectées à hauteur de 1 200 emplois.

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C’est ce mercredi 6 janvier que les représentants des salariés ont été informés de ce plan. Une négociation va être ouverte pour mettre en place un accord de méthode visant à lancer trois ruptures conventionnelles collectives, pour 2021, 2022 et 2023. « Les départs se feront dans le cadre du plein volontariat, précise une porte-parole de Michelin. Nous estimons que 60 % de ces départs se feront sous la forme de préretraites. »

« Evolutions stratégiques »

« Michelin s’engage à recréer autant d’emplois qu’il y en aura de supprimés », a déclaré à l’AFP Florent Menegaux, le président du groupe clermontois. Le nombre de départs site par site sera précisé dans les prochains mois : la direction du groupe souhaite ouvrir « rapidement » des négociations avec les organisations syndicales autour d’un « accord-cadre d’une durée de 3 ans ».

Le groupe est « confronté depuis une dizaine d’années à de profondes transformations structurelles du marché mondial du pneumatique, marqué notamment par l’arrivée massive de produits à bas coûts », poursuit M. Menegaux. Il doit donc « accompagner les évolutions stratégiques de ses activités pour préparer l’avenir. C’est le cas notamment en France où la vitalité de ses positions passe par un renforcement significatif de sa compétitivité », souligne-t-il. « Michelin n’abandonne pas la France » et « va réinvestir une partie des économies réalisées dans le développement de nouvelles activités. »

L’entreprise a déjà supprimé près de 1 500 postes depuis 2017 dans le cadre de sa réorganisation

Du côté des salariés, c’est le choc et l’incompréhension alors que le groupe soumis à la concurrence des pneus à prix cassés a déjà supprimé près de 1 500 postes depuis 2017 dans le cadre de sa réorganisation, notamment à son siège historique de Clermont-Ferrand. Il a également fermé les sites de La Roche-sur-Yon (Vendée) et Bamberg en Allemagne.

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Bridgestone, Continental, Michelin, Schaeffler, Mahle… : les équipementiers et manufacturiers automobiles européens souffrent

Devant l’usine Bosch d’Onet-le-Château (Aveyron), en janvier 2018.

Bridgestone, Continental, Michelin, Schaeffler, Mahle… Depuis l’été 2020, les équipementiers et manufacturiers automobiles multiplient les plans de restructuration en Europe, supprimant des dizaines de milliers d’emplois et fermant des usines sur le Vieux Continent. Et le Covid-19 n’explique pas tout.

Alors que les ventes d’automobiles ont chuté lourdement en 2020, du fait de la pandémie et des confinements (− 27 % en France), forçant les groupes à réduire drastiquement leurs coûts par le biais de plans d’économies, l’industrie connaît, en parallèle, une transformation radicale, avec une transition des véhicules thermiques vers l’électrique.

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Les équipementiers spécialisés sur les pièces pour moteurs diesel sont particulièrement en difficultés, à l’image des allemands Mahle, Schaeffler ou Bosch. En Aveyron, l’avenir de l’usine d’Onet-le-Château de Bosch, qui emploie quelque 1 200 personnes, serait menacé, du fait de la chute des commandes d’injecteurs. D’autres équipementiers, comme le français Valeo, ont préféré négocier avec leurs salariés un gel des rémunérations pour sauvegarder l’emploi.

Concurrence asiatique

Contrairement à ces équipementiers, les manufacturiers ne connaissent pas les mêmes tourments. Même électriques, les véhicules auront toujours besoin de quatre pneus. Les fermetures de site de production de Michelin de La Roche-sur-Yon (619 salariés) en 2019, de Bridgestone de Béthune (863), dans le Pas-de-Calais, ou de Continental d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne (1 800 salariés), annoncées à l’automne 2020, s’expliquent à la fois par la baisse du marché, conjoncturelle, et l’arrivée massive des pneus asiatiques à bas coûts.

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« Nous avons trop de capacités dans la production de pneus », alors que le « marché baisse », expliquait, en septembre 2020, un porte-parole de Continental. Bridgestone, Michelin, Continental ou Goodyear font face, depuis dix ans, à la montée en puissance des producteurs chinois – le pays compte une centaine de fabricants –, indiens ou sud-coréens, qui inondent le marché. Selon Florent Menegaux, le président de Michelin, alors que les manufacturiers occidentaux ou japonais détenaient les deux tiers du marché mondial, leur part a chuté sous 50 % en 2020.

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Dans le même temps, les marques chinoises ont capté un quart des ventes mondiales, contre 6 % au début des années 2000, selon les chiffres de Bridgestone. Cela a entraîné une forte pression sur les prix, poussant les Occidentaux à réduire le nombre de leurs sites, pour regrouper leur production dans des usines géantes, souvent déployées en Europe centrale, où les coûts de main-d’œuvre restent plus faibles qu’en France ou en Allemagne.

Aux Etats-Unis, le retour au bureau se fait progressivement

« A New York, les transports en commun font peur. Le groupe Bloomberg, expert en information financière, propose jusqu’à 75 dollars par jour pour venir au bureau »

Les quarante employés de 1Huddle Inc. ont découvert leurs nouveaux bureaux à Newark, près de New York en septembre 2020. « Les jeunes employés de la génération Z avaient besoin de rencontrer leurs chefs, explique Sam Caucci, le fondateur de cette start-up technologique, experte en formations par le jeu. Ils venaient juste de sortir de l’université. Certains vivaient encore chez leurs parents, ce qui n’est pas l’idéal pour travailler chez soi. Et ils avaient du mal à gérer leur temps, ils n’ont pas encore la discipline des salariés plus matures. » M. Caucci a donc organisé le retour au bureau, dans un espace plus grand, différent de ce qu’il avait imaginé au départ.

Pour rassurer ses troupes, la climatisation a été doublée, le nettoyage s’est intensifié et les grandes salles de réunion ont été remplacées par des lieux de rencontre pour deux à trois personnes, disposant de télé, caméra et microphone dernier cri. Le design des meubles a changé. Initialement, M.Caucci avait commandé des petites tables rondes. Elles ont été remplacées par de longues tables de pique-nique où l’on s’assoit loin les uns des autres. Et les canapés ont laissé la place à des fauteuils mobiles. L’esprit start-up est toujours là. On boit et l’on mange ensemble souvent. Mais on utilise des tasses jetables et des snacks sous cellophane.

Les longs mois de vie au temps du coronavirus ont forcé les entreprises en tous genres à revoir leur approche du travail collectif. Le bureau est toujours nécessaire pour les médias, l’édition, certaines industries high tech dont les équipements essentiels ne peuvent être rangés dans le cloud. En plus, « la collaboration à distance est difficile », souligne la consultante Carrie Duarte, experte en travail du futur chez PwC. Et de citer un sondage réalisé en juin, selon lequel 39 % des salariés avouent avoir du mal à travailler en équipe, loin de leurs collègues. « C’est la raison numéro un invoquée pour aller au bureau », assure-t-elle.

Convaincre le plus possible

Mais ce retour se fait à petits pas. L’enquête menée en octobre 2020 par l’agence Partnership for New York City auprès des grands employeurs de Manhattan montre qu’à l’été 2020, seulement 8 % des salariés avaient retrouvé leurs locaux, 10 % à l’automne. Et l’on espère 48 % en juillet 2021. Pour convaincre, il faut employer un gant de velours. Bank of America (211 000 employés) prévient ainsi ses employés d’un éventuel retour un mois à l’avance et leur promet toutes les précautions sanitaires.

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2021 : les perspectives retrouvées

« Dans le brouillard 2021, les projets se construisent dans un espace temps discontinu. »

Carnet de bureau. Quand Gaston Bachelard réfute la thèse d’Henri Bergson selon laquelle « c’est vraiment la durée qui explique la vie », il écrit : « La perspective des instants désigne seule le passé et l’avenir » (L’Intuition de l’instant), avant de démontrer que c’est l’instant qui affirme le réel. Voilà une réflexion séduisante pour s’engager dans la très incertaine année 2021 et sortir de l’attentisme.

L’absence de visibilité sur le moyen ou long terme ne serait donc plus synonyme d’absence de perspectives. Entrepreneurs, manageurs ou salariés, tous ont des projets en ce début d’année. Il serait présomptueux de se prononcer sur leur durée, menacée tantôt par les faillites ou le chômage déjà à 9 %, tantôt par les réglementations fluctuantes au gré de la pandémie. Les théâtres et les salles de spectacle resteront ainsi fermés après le 7 janvier, le porte-parole du gouvernement l’a confirmé vendredi 1er janvier, mais les projets vivent.

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Les acteurs et les orchestres continuent de jouer, éloignés de leur public. Les musées ne rouvriront pas non plus, mais les visites virtuelles sont organisées au Louvre, au Musée d’Orsay, au château de Versailles, etc. Pour un résultat non négligeable : en deux mois de confinement au printemps, le Louvre avait enregistré plus de 10 millions de visites virtuelles.

Une pratique des petits pas

Mais faute d’anticipation possible sur le long terme, les projets s’inscrivent dans un temps perçu comme une succession de moments présents. On invente en marchant. L’innovation se fait au jour le jour et les projets avancent pas à pas.

Une pratique des petits pas qui a fait ses preuves auprès des chercheurs, comme des coachs. Juste un exemple : pour aider les cadres à se réaliser, l’artiste-coach Odile Crouïgneau, qui accompagne les reconversions professionnelles depuis 2013, les invite au spectacle. Dans une mise en scène interactive, elle leur demande d’abord d’exprimer leur rêve, puis d’identifier un « premier pas » à programmer tout de suite. Ce petit pas n’est autre que l’amorce du projet de reconversion.

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Dans le contexte d’incertitude de ce début d’année, les entreprises peuvent compter à la fois sur cette dynamique de l’action et sur la résilience organisationnelle qu’elles ont appris à développer tout au long de l’année 2020, en trouvant des stratégies d’adaptation pour limiter les conséquences négatives des changements liés au Covid.

Les sociologues Thomas Reverdy et Alicia Roehrich, qui ont analysé la conduite de projet en contexte d’incertitude (Incertitude et résilience dans les projets technologiques, Fondation pour une culture de sécurité industrielle, 2016), soulignent deux points-clés pour assurer cette résilience : définir les risques assurables et surtout organiser la réversibilité des décisions. Dans le brouillard 2021, les projets se construisent dans un espace temps discontinu.