Un engouement inédit pour l’apprentissage en 2020

Record battu et de loin. En 2020, le nombre de contrats d’apprentissage signés dans le secteur privé a atteint 495 000, soit un accroissement de 40 % par rapport à 2019. En tenant compte des embauches réalisées sous ce statut par des employeurs publics, la barre des 500 000 a été dépassée. Il s’agit d’un « résultat historique », s’est réjouie la ministre du travail, Elisabeth Borne, en dévoilant ces données quasi définitives, vendredi 5 février.

La tendance était déjà orientée – légèrement – à la hausse, à la fin du quinquennat de François Hollande. Elle s’est amplifiée, de façon spectaculaire durant les deux dernières années, illustrant un engouement inédit pour cette filière fondée sur des allers-retours entre séjours en entreprise et cours dispensés dans des centres de formation pour apprentis (CFA).

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D’après le ministère du travail, les contrats d’apprentissage conclus en 2020 l’ont été dans des sociétés de moins de 50 salariés dans deux cas sur trois. Le commerce de détail est le premier secteur à avoir enrôlé ce type de main-d’œuvre, devant le bâtiment et les travaux publics et les industries alimentaires. La dynamique est tirée par les diplômés du supérieur, mais la part des jeunes ayant le niveau du bac ou un niveau de diplôme inférieur progresse aussi un peu, selon Mme Borne.

Vases communicants

Plusieurs facteurs sont à l’origine d’un tel succès. Il y a, tout d’abord, l’instauration, en 2020, d’aides exceptionnelles (de 5 000 ou 8 000 euros, selon les situations) pour les patrons qui embauchent un apprenti. La loi « avenir professionnel » de septembre 2018 a, elle aussi, joué un rôle, en libéralisant le système et en retirant, au passage, des pouvoirs aux conseils régionaux : désormais, l’ouverture d’un CFA n’est plus soumise à une autorisation administrative et les entreprises peuvent créer ce type d’établissement, si elles veulent inculquer à des travailleurs les compétences qu’elles recherchent.

Enfin, comme l’a reconnu Mme Borne dans un entretien aux Echos, l’envolée des contrats d’apprentissage résulte, en partie, « d’un transfert de 80 000 contrats de professionnalisation » – une autre voie de formation qui s’appuie, elle aussi, sur l’alternance entre enseignements et immersions professionnelles. Ce jeu de vases communicants entre les deux dispositifs tient au fait que le premier est devenu plus attractif que le second, du point de vue de l’employeur, depuis la réforme de 2018.

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La « génération Covid », stoppée dans son envol, entre angoisse et résilience

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Publié aujourd’hui à 02h57, mis à jour à 09h28

Il a attendu la fin de la rencontre pour confier son mal-être : « En fait, cette période, je la vis très mal. » D’autant plus mal qu’il se sait « chanceux » : Boran Yildiz, 20 ans, ne fait pas partie de la cohorte d’étudiants privés de cours, enfermés entre quatre murs devant leur écran d’ordinateur, croisant les doigts à chaque prise de parole politique en espérant que soient annoncés sinon un retour à la « vie d’avant » du moins une reprise de la « vie d’étudiant ».

Etudiant, il l’est, en deuxième année de BTS informatique, mais, à la différence de ses camarades à l’université qui ont « basculé » dans l’enseignement à distance, lui, qui suit ses cours dans un lycée de Champigny (Val-de-Marne), continue de venir en classe chaque jour. Son rythme s’est même accéléré : « A cause de la crise sanitaire, on a beaucoup de retard sur le programme, explique-t-il. On n’a pas le temps de respirer. »

Boran Yildiz, au lycée Langevin-Wallon, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), le 3 février.

Il ne s’en plaint pas : les cours sont devenus la « dernière chose » à laquelle il peut « [se] raccrocher ». Sa vie sociale est à l’image de sa pratique sportive, « à l’arrêt ». En guise d’échappatoire, ce fils d’un câbleur de fibre optique et d’une coiffeuse se contente du trajet en bus qui sépare le lycée de son appartement. Une heure de transport, de la musique dans les oreilles et le regard rivé à la fenêtre, il peut être « dans sa bulle ».

« Vivoter »

Pour Lola et Tom, 19 et 20 ans, la « bulle » qu’ils espéraient former en s’installant ensemble, à Floirac (Gironde), près de Bordeaux, a viré au « huis clos ». « On a l’impression d’avoir 45 ans », glissent-ils à l’unisson. Les deux amoureux ont fait une croix sur leurs projets de séjours à l’étranger – ils rêvaient de pays anglophones – pour une « vie d’adulte », en autarcie. « Travailler, rentrer, manger, regarder la télé : ça sera notre vie peut-être dans quinze ou vingt ans. Mais aujourd’hui ? Etre ensemble, c’est ce qu’on souhaitait, mais H24… », souffle Lola.

Tom, 19 ans, dans son appartement à Floirac (Gironde), le 4 février.

Et c’est presque moins dur pour elle, inscrite en BTS de commerce international, que pour lui, qui a quitté Lyon cet été, diplômé du bac, pour la rejoindre dans cette petite ville de 17 000 habitants. Sans amis. Peu de perspectives, sinon celle de passer, à un moment ou à un autre, le concours de surveillant pénitentiaire. Et même plus de petit boulot : celui de vendeur dans un magasin de baskets qu’il avait décroché a tourné court, avec la fermeture du centre commercial où l’enseigne est implantée. Depuis, le jeune couple vivote, du chômage partiel de Tom et des bourses de Lola.

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« La réglementation de la durée du travail salarié est incompatible avec la nature des activités des plates-formes »

Tribune. La plate-forme de livraison de repas Just Eat a annoncé le 31 janvier son intention de recruter 4 500 livreurs en CDI, dont certains aux 35 heures hebdomadaires. Voilà qui semble conforter l’opinion de certains commentateurs qui, comme la sociologue Dominique Méda dans une chronique, « Un détricotage du salariat s’opère de toutes parts »,publiée dans « Le Monde » du 25 janvier, appellent de leurs vœux une généralisation du statut de salarié pour les travailleurs des plates-formes numériques, le mieux à même selon eux de garantir cohérence juridique et justice sociale.

Si l’évolution préconisée vers le salariat, le cas échéant par l’intermédiaire d’un tiers employeur comme le propose le rapport Frouin (« Réguler les plates-formes numériques de travail », remis le 1er décembre 2020), est cohérente avec l’état actuel du droit, elle risque cependant de se heurter à un obstacle souvent passé sous silence : l’inadéquation de la réglementation actuelle de la durée du travail salarié avec la nature même des activités concernées.

En effet, si Just Eat peut sans doute se caler sur des plages horaires de travail relativement prévisibles, correspondant aux heures de repas, tel n’est pas le cas de la plupart des plates-formes collaboratives, notamment des VTC ou des livreurs de produits non alimentaires. Force est en effet de constater, pour les praticiens du droit social que nous sommes, que la rigidité de certaines règles actuelles de droit du travail constitue un frein au développement du salariat dans ce secteur d’activité et qu’un excès de protection, ou plus exactement une protection inadaptée, risque de pénaliser l’atteinte de l’objectif.

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Des mesures législatives pour adapter les règles du travail

Les plates-formes de services ont vocation à mettre instantanément en relation les fournisseurs d’un service avec les demandeurs de ce même service, ce qui nécessite d’adapter en temps réel la quantité de travail correspondante. Or notre réglementation de la durée du travail impose de prévoir précisément la durée du travail et sa répartition, en particulier dans le cas du temps partiel, dont les variations sont strictement encadrées.

Le régime du forfait annuel en jours, plus souple, se heurterait quant à lui à l’imprévisibilité du nombre exact de jours travaillés par an ainsi qu’à l’insuffisante autonomie dont disposent les travailleurs des plates-formes dans l’exécution du service. Ainsi, le recours par les plates-formes de services à des travailleurs salariés, que ce soit ou non par un tiers, conduirait inévitablement à des violations répétées de la réglementation de la durée du travail, exposant l’employeur à des sanctions civiles, administratives ou pénales significatives.

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Covid-19 : les grands gagnants de « l’économie du confinement »

Non, le nouveau coronavirus n’a pas tout asséché ni appauvri. La crise économique est sans nul doute planétaire et historique. L’économie française a plongé de 8,3 % en 2020, selon l’Insee. De surcroît, la récession a détruit 255 millions d’emplois dans le monde, d’après l’Organisation internationale du travail. Le marché de l’automobile est exsangue, et accuse un recul de 15 % aux Etats-Unis et de 25,5 % en France. Les avions sont immobilisés au sol, les salles de restaurant et de cinéma, vides.

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Toutefois, l’année 2020 aura aussi été celle d’une boulimie de dépenses de loisirs numériques et d’une fièvre acheteuse en ligne, à la suite de profonds « changements de modes de consommation », observe Simon Borel, chargé de recherches à l’ObSoCo, société d’études et de conseil en stratégie. Cela tient d’abord aux modes de vie casaniers, à cette injonction de rester à la maison, dans ce « refuge » qui préserve et protège. « L’ultime champ de repli » où nos concitoyens « ont pu agir », relève le sociologue.

Le domicile est devenu un bureau, une école, un gymnase, une salle de cinéma, mais aussi un restaurant ouvert matin, midi et soir. Partout, le télétravail a dopé les ventes d’ordinateurs (+ 4,8 % en 2020, soit la plus forte croissance annuelle depuis dix ans dans le monde) et asséché les stocks de fauteuils de bureau chez Ikea.

Les hypermarchés ont été pris d’assaut. Cela a été « une année exceptionnelle », marquée par « une accélération inédite », reconnaît Didier Duhaupand, président du groupement Les Mousquetaires, à la tête d’Intermarché. Dans l’Hexagone, la vente de produits de grande consommation a progressé de 7,7 %, selon Kantar Worldpanel. Du jamais-vu.

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Car la crise a mis hommes et femmes aux fourneaux. Ils ont confectionné des gâteaux et des pains (+ 57 % pour les ventes de levure), à l’aide d’un robot flambant neuf (+ 34 % pour les ventes de modèles multifonctions), et investi dans une boîte Pyrex (+ 30 %) pour transporter leur « gamelle » au bureau. Privés de salles de spectacles, les ménages se sont rabattus sur les téléviseurs. Des grands formats, surtout. Aux Etats-Unis, leurs ventes ont bondi de 19 %.

Le désœuvrement a aussi été le meilleur ami des éditeurs de bande dessinée (+ 9 % en France), de puzzles (+ 63 % entre janvier et novembre 2020 dans l’Hexagone), des fabricants de skateboard (+ 31 % aux Etats-Unis) et de consoles de jeux. Entre avril et décembre 2020, Nintendo a écoulé 24,1 millions de sa Switch et 31 millions d’exemplaires du jeu Animal Crossing : New Horizons, exutoire favori de nombreux confinés.

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Au Royaume-Uni, les professeurs de yoga se syndicalisent

Lors d’un cours de yoga, à Londres, le 25 juillet.

Les professeurs de yoga britanniques ont décidé de lutter contre l’extrême flexibilité. Jeudi 4 février, ils ont créé une branche au syndicat Independent Workers’Union of Great Britain (IGWG). Il s’agit d’une première au Royaume-Uni, et de seulement la seconde section syndicale de ce type au monde, après Unionize Yoga, à New York.

Pour la plupart au chômage technique à cause du Covid-19, mais ne bénéficiant pas du chômage partiel, faute de contrat de travail, les professeurs de yoga souffrent actuellement d’une forte précarité. Leur métier est symbolique du statut de ces nouveaux autoentrepreneurs, qui n’ont presque aucun filet social. Seuls 4 % d’entre eux sont officiellement des employés, selon une étude réalisée par cette nouvelle branche syndicale, et 19 % bénéficient d’un contrat écrit sous une forme ou une autre. En moyenne, 60 % d’entre eux gagnent moins de 11 euros de l’heure.

Laura Hancock, 38 ans, professeure de yoga à Oxford, dans le centre de l’Angleterre, qui préside cette nouvelle branche syndicale, a tenté, en 2018, de se rebeller contre le centre qui faisait appel à ses services. « Je n’avais pas de contrat, tout était fait à l’oral. A un moment donné, ils ne m’ont pas payé pendant sept semaines. Quand j’ai protesté, ils m’ont déclaré que ce n’était pas la peine de revenir. C’est là que je me suis dit qu’il fallait qu’on s’organise. »

Payés en bons d’achat

Simran Uppal a tenté de vivre du yoga, sa passion. « Je faisais des journées qui pouvaient durer jusqu’à seize heures, en comptant les déplacements. Mais cela me permettait à peine de payer mon loyer. » Après des mois à ce rythme, il a fini par craquer physiquement, ce qui lui a valu des mois d’interruption. « Quand on travaille pour une salle de sport, il faut préparer la pièce où on enseigne, essayer de recruter des élèves, ranger les équipements… Une heure de cours prend généralement deux heures, mais on est payé seulement une heure. » Dans le pire des cas, Mme Hancock évoque des professeurs de yoga payés en bons d’achat pour des vêtements de sport.

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Depuis la pandémie de Covid-19, elle bénéficie de l’aide versée aux autoentrepreneurs, qui s’élève à 70 % des revenus moyens des trois années précédentes. Mais M. Uppal, 25 ans, n’y a pas droit, parce qu’il n’est pas à son compte depuis les trois ans requis. « On n’est pas des bonzes protégés par un ashram [un monastère indien] », s’insurge-t-il.

Pour contrer la baisse du recours au télétravail, le gouvernement demande la réunion « sans délai » des instances de dialogue social

Elisabeth Borne sortant du palais de l’Elysée, le 6 janvier 2021.

Dans un courrier envoyé mercredi 3 février aux partenaires sociaux, la ministre du travail, Elisabeth Borne, a demandé la réunion « sans délai » des instances de dialogue social dans les entreprises où le recours au télétravail a diminué de manière « significative » depuis la fin de 2020.

Mme Borne rappelle que le télétravail « doit être la règle pour l’ensemble des activités qui le permettent ». Selon le protocole sanitaire national, destiné à éviter un nouveau confinement, un retour en présentiel n’est possible qu’un jour par semaine pour les salariés qui en expriment le besoin.

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La banque et les activités juridiques parmi les mauvais élèves

Une étude réalisée par Harris Interactive pour le ministère montre une « érosion » du recours au télétravail. Selon cette enquête, parmi les actifs pouvant télétravailler facilement, 36 % n’ont pas télétravaillé la semaine du 18 au 24 janvier, contre 30 % la semaine du 2 au 8 novembre. Et la part de ceux télétravaillant à 100 % est passée de 45 % en novembre à 30 % en janvier.

« Certains secteurs ont connu une baisse particulièrement significative », déplore Mme Borne, qui veut « avoir un échange avec les branches professionnelles concernées dans les tout prochains jours ». Selon le ministère, il s’agit par exemple des secteurs de la banque-assurance, de l’information-communication, de l’audiovisuel, et des activités juridiques et comptables.

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Notre sélection d’articles sur le Covid-19

Le Monde avec AFP

Chez Sanofi, des salariés désabusés face à un nouveau plan social en recherche

La restructuration va concerner « les quatre sites » de cette entité du groupe : Strasbourg, Montpellier (Hérault), Vitry-sur-Seine et Chilly-Mazarin (Essonne), d’après les sources syndicales (Photo: manifestation à Paris, le 4 février).

« Sur mon poste on devrait être cinq, et on est deux. Tous ceux qui partent ne sont pas remplacés. Je suis aigri, il n’y aura plus d’évolution positive chez nous. » Mustapha Yahyaoui, agent de laverie et ex-technicien en zootechnie à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), est désabusé. Comme lui, une centaine de salariés de Sanofi se sont rassemblés ce jeudi 4 février en fin de matinée, devant le siège du groupe, rue La Boétie, à Paris. Au quatrième jour d’une grève reconductible appelée par la CGT, ils ont organisé un « procès » de leur entreprise, sous forme de débat et de prises de paroles, sur une scène éphémère.

En cause, les 364 postes supprimés en recherche et développement en France à l’horizon 2022, la fermeture du site de Strasbourg (Bas-Rhin) et l’arrêt de plusieurs activités, en particulier en chimie. Verdict de l’audience : Sanofi est « coupable », scandent plusieurs fois les manifestants, accompagnés par des élus et une poignée de salariés de la raffinerie Total de Granpuits (Seine-et-Marne).

Le groupe pharmaceutique français est au cœur d’une période troublée : place forte du médicament, Sanofi a annoncé d’importants retards dans ses projets de vaccins contre le Covid-19, et va produire des doses pour son concurrent Pfizer. En parallèle, depuis douze ans, Sanofi France a allégé plusieurs fois ses effectifs en recherche : « Il y a aujourd’hui 3 312 CDI actifs sur quatre sites, contre 6 350 sur onze sites en 2008 en France », affirme Thierry Bodin, coordinateur CGT. Le dernier plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui avait supprimé 300 postes, date de moins d’un an.

Incohérences stratégiques

Pour justifier ce nouveau plan, Sanofi évoque une réorganisation de sa politique de recherche. En juin 2020, l’entreprise avait annoncé la suppression de 1 700 emplois en Europe sur trois ans, dont 1 000 en France, dans le cadre de la stratégie mise en place par le nouveau PDG, le Britannique Paul Hudson. A terme, elle prévoit d’arrêter la recherche dans les maladies cardio-vasculaires et le diabète pour se recentrer sur de nouveaux domaines thérapeutiques, comme l’oncologie, l’immunologie ou les vaccins.

La direction a confirmé les modalités de ce plan le 28 janvier, lors d’une réunion du comité social et économique central (CSEC) de l’entité Sanofi Aventis recherche et développement. La restructuration va concerner « les quatre sites » de cette entité du groupe : Strasbourg, Montpellier (Hérault), Vitry-sur-Seine et Chilly-Mazarin (Essonne), d’après les sources syndicales. Les 56 salariés de Strasbourg devraient être déplacés à Vitry. On évoque même en interne que des salariés mutés du site d’Alfortville (Val-de-Marne), fermé il y a un an, vers le site de Chilly-Mazarin, seraient à nouveau déplacés vers le site de Montpellier ou de Vitry-sur-Seine.

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« Vaccinons tous les soignants ! »

Tribune. Les soignants de l’hôpital public, ces héros précédemment applaudis et médaillés, ne sauraient plus se protéger du virus et seraient dès lors responsables de sa transmission à la population ? C’est ce que certains donneurs de leçons épidémiologiques suggèrent publiquement, laissant croire que ces soignants de la première ligne auraient failli à leur mission, par exemple en tombant le masque pour s’abreuver dans les salles de pause.

Dans de nombreux hôpitaux, ces soignants réputés irresponsables, ainsi devenus positifs, auraient déserté, délaissant les patients et obligeant les directions et les maires à faire appel aux réservistes de la réserve sanitaire, en nombre insuffisant.

La perspective trop lointaine d’un vaccin pour tous a sans doute pu conduire à ce mode de stigmatisation de la part de certains de nos concitoyens, apeurés par la nouvelle vague d’un variant dont on ne sait pas encore grand-chose. C’est pourquoi le Collectif inter-hôpitaux, collectif de défense de l’hôpital public, a demandé dans un communiqué que tous les soignants proches des patients contaminés puissent bénéficier de la vaccination, réservée pour l’heure aux soignants de plus de 50 ans ou présentant des facteurs de risque.

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Vaccinons tous les soignants ! Certains pays l’ont fait. Nos décideurs français n’ont pas jugé utile de s’engager dans une telle politique vaccinale, conduisant fatalement à ce que les hôpitaux ne puissent plus soigner correctement les patients par défaut de combattants. La direction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a été dans le même sens, en rédigeant, au nom de l’éthique, une charte vaccinale interdisant la vaccination des soignants de moins de 50 ans sans facteurs de risque de développer une forme grave du Covid-19.

Morale abstraite

La priorisation de la vaccination reste une question difficile, soumise aux expertises scientifiques et au personnel politique soucieux de protéger au mieux la population compte tenu de l’insuffisance des doses vaccinales. Il n’en reste pas moins que refuser de reconnaître le travail vécu des soignants conduit à une forme de mésestime voire de mépris que les Légions d’honneur distribuées récemment ne peuvent cacher.

Si l’on juge – au nom de la défense des plus vulnérables – que la vaccination de tous les soignants n’est pas une priorité, alors les procès en irresponsabilité et les accusations d’abandon de poste ne peuvent se justifier et ressortent d’une morale abstraite, oublieuse des principes mêmes de la discussion supposant que chacun soit entendu.

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« Je suis complètement isolé, je survis pour travailler » : face à la pandémie de Covid-19, les Français peinent à se projeter

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Publié aujourd’hui à 10h05

Affectés par la crise liée au Covid-19, nombre de Français s’efforcent de faire contre mauvaise fortune bon cœur. « Le Monde » a rassemblé les témoignages de ces personnes qui, malgré des restrictions sanitaires de plus en plus pesantes, luttent pour ne pas perdre pied. Morceaux choisis.

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« Je me sens trop seule à la barre »

Florence Bernardin, 59 ans, chef d’entreprise à Nanterre (Hauts-de-Seine)

Florence Bernardin dans les locaux de son agence spécialisée, à Nanterre (Hauts-de-Seine), le 28 janvier.

Elle a le sentiment d’en porter beaucoup sur les épaules. Trop. A la tête d’une agence spécialisée dans la veille marketing de cosmétiques asiatiques, Florence Bernardin a vu son chiffre d’affaires baisser de près de 30 % en 2020 en raison de la crise sanitaire. « Alors que je voyageais toutes les deux à trois semaines en Asie pour suivre les marchés locaux, mon dernier vol date de février 2020. Aujourd’hui, mon horizon de travail est de 500 mètres : la distance entre l’agence et mon domicile », raconte-t-elle.

Dès le premier confinement, ses dix salariés sont passés en télétravail. « Je respecte scrupuleusement les consignes, pour les protéger. » Mais, au fil des mois, les liens avec ces derniers se sont distendus. « Il est difficile de maintenir le collectif uniquement en visio, à distance, parfois sans voir les visages, regrette-t-elle. Dans une petite structure comme la mienne, on porte toutes les casquettes : RH, gestion du risque, manageur… C’est épuisant. Je me sens trop seule à la barre. »

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Au quotidien, elle se démène pour entretenir malgré tout l’esprit d’équipe et poursuivre la diffusion de nouvelles des marchés asiatiques à ses clients. « Eux non plus, je ne peux plus leur rendre visite pour leur présenter les produits que nous avons fait venir d’Asie : tout se fait par écrans interposés. »

« J’ai mis un peu d’argent de côté. Mais pour quoi faire ? »

Pierre Schweitzer, 31 ans, ingénieur logiciel à Paris

Pierre Schweitzer en télétravail chez lui, à Paris, le 28 février.

Il a démarré son nouveau travail dans un groupe informatique lors du premier confinement. Depuis, Pierre Schweitzer n’a été présent en tout et pour tout que trois semaines dans les locaux de son entreprise, en août 2020, celle-ci appliquant à la lettre les règles du télétravail. « Ce n’est pas vraiment l’idéal pour prendre ses marques », reconnaît-il.

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Jusqu’en octobre, il a tenu bon. Mais, depuis le deuxième confinement, il supporte mal l’enferment dans son studio parisien. « Je tiens de moins en moins. Dans 26 mètres carrés, impossible d’aménager un espace de travail à part. » Son ordinateur est installé sur sa table de cuisine. La fermeture des lieux de culture et de divertissement a obscurci son quotidien. « Je suis complètement isolé. Je survis pour travailler. » Par chance, l’un de ses amis habite non loin : il se rend parfois chez lui pour travailler, afin de changer de cadre. Et de rompre un peu sa solitude.

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