Guides, extras de l’événementiel, saisonniers : « Vous cherchez quelqu’un qui a touché les 900 euros ? Bon courage ! »

Des employés de la restauration événementielle manifestent devant l’Hôtel de Ville de Paris, le 24 juin.

C’est un rassemblement comme ils ont en fait des dizaines déjà, depuis dix mois. Ce mardi 12 janvier, extras de la restauration, de l’événementiel, guides-conférenciers, saisonniers, tous ces intermittents qui équilibraient leurs revenus annuels entre mois fastes de travail et mois de disette indemnisés par Pôle emploi, se sont retrouvés pour manifester devant le ministère du travail, à Paris.

« Nous vivons une catastrophe complète et rien n’est fait pour nous aider », résumait Danielle, guide-conférencière de 57 ans, chapeau de laine vissé jusqu’aux sourcils. Ceux qui avaient bravé la pluie et le froid pour ce rassemblement décrivaient la lente descente aux enfers des derniers mois, à regarder se rapprocher la date fatidique de la fin de leurs droits aux allocations-chômage, et s’éloigner l’espoir d’une reprise rapide d’activité.

« Depuis le premier confinement, je n’ai travaillé qu’une seule journée, en décembre, une animation pour vendre du champagne dans un supermarché », souligne Danielle, qui faisait jusqu’ici partie de ces guides qui vivaient bien de leur métier. Elle vit désormais à Dieppe (Seine-Maritime) chez son ami, espérant un revenu de la mise en location de son appartement parisien. Autour d’elle, d’autres guides au profil similaire, des quinquagénaires polyglottes employés à la journée par des agences de voyage pour faire visiter Paris et ses musées aux touristes étrangers. « J’ai eu la chance que mes droits au chômage soient recalculés quelques mois avant le Covid, indique Danielle, mais c’est la loterie : une amie guide s’est retrouvée en fin de droits dès mars. Aujourd’hui, elle fait des ménages ! »

« Quatre mois de galère pour demander le RSA »

Derrière elle, il y a Nathalie, 36 ans, que Le Monde avait rencontrée en octobre. Maître d’hôtel dans l’événementiel, elle est en fin de droits depuis septembre. Ont suivi « quatre mois de galère pour demander le RSA » – une demande qui n’a toujours pas abouti. Cette mère célibataire d’un garçon de 2 ans et demi vit actuellement des 500 euros de loyer d’un studio dont elle est propriétaire et des 171 euros de prestation d’accueil du jeune enfant qu’elle touchera jusqu’aux 3 ans de son fils.

Reportage : « Pourquoi aide-t-on tout le monde et pas nous ? » : le désarroi des extras de la restauration événementielle

Et les 900 euros d’aide annoncés par le gouvernement le 26 novembre pour les « permittents » qui enchaînent contrats courts et chômage ? « Si vous cherchez quelqu’un qui les a touchés, bon courage ! », rétorque Nathalie. On ne trouve personne en effet, et pour cause : le décret précisant les modalités de mise en œuvre de cette « prime exceptionnelle » n’a été publié que le 30 décembre. Son versement est prévu, sous certaines conditions, au titre des mois de novembre, décembre, janvier et février. « Je n’ai eu des nouvelles de Pôle emploi [chargé d’attribuer la prime] à ce sujet qu’il y a une semaine ! déplore Ariane, 50 ans, maître d’hôtel en fin de droits depuis septembre. C’est ainsi que j’ai appris qu’il fallait avoir travaillé 138 jours en 2019 pour y avoir droit. Sur ce critère, dans mon métier, on est perdant : on fait souvent des doubles journées avec beaucoup d’heures sur peu de jours. Avec 105 jours travaillés en 2019, je ne vais rien toucher. »

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Football : « Si on ne diminue pas les charges salariales, il n’y aura pas de miracle »

Jean-Pierre Caillot au stade de Reims le 17 août 2018.

Confronté à une double crise, sanitaire et financière (matchs à huis clos et retrait du diffuseur Mediapro), le football français entame, mardi 12 janvier, à 14 heures, des négociations avec le syndicat des joueurs, l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), pour tenter d’obtenir un accord-cadre, préambule obligatoire avant toute éventuelle baisse des salaires. Jean-Pierre Caillot, le président du Stade de Reims, sera l’un des représentants de la délégation « patronale ».

Pourquoi vouloir discuter des salaires maintenant ? La situation des clubs est-elle aussi dramatique ? Les faillites dans le football français restent rares…

J’ai souhaité que cette réunion se fasse une fois que le contrat avec Mediapro a été rompu. J’espérais avoir le plus d’éléments possible avant. J’espérais aussi que la Ligue ait déjà trouvé un nouveau diffuseur, mais ça sera a priori plus long que prévu. Le spectre des discussions va des reports de rémunérations jusqu’aux baisses. Cela s’appelle du dialogue social.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la prolongation du huis clos et à la défaillance de notre diffuseur. Il est opportun de se remettre autour d’une table. Nos revenus sont de zéro en billetterie et en hospitalité, il manque 600 millions d’euros sur les droits télévisuels et pourtant nos charges sont à peu près identiques, puisque la charge principale est la masse salariale. A Reims, elle représente environ 60 % du budget, 55 % à 65 % en moyenne pour les clubs.

Vous parlez de faillites. Les dernières au Mans, à Sedan ou à Bastia étaient liées à des mauvaises gestions. Là, je le répète, nos revenus stade sont à zéro à cause de la crise sanitaire et seulement 41 % des droits télévisuels sont sécurisés. Concrètement pour mon club, j’avais budgétisé pour ce poste 35,458 millions d’euros et ce ne sont que 14,674 millions d’euros qui tombent. Ce n’est pas lié à de la mauvaise gestion.

Si la pandémie n’est pas du ressort du football français, l’erreur du choix de Mediapro l’est bien…

Lorsque j’ai rencontré le président Macron l’année dernière, il m’a également fait cette remarque : en gros, « vous avez cru au Père Noël ». Je rappelle que le contrat des droits TV 2016-2020 était de 816 millions d’euros et que même sans Mediapro, nous aurions flirté avec le milliard. Et puis, quand on les a choisis, Mediapro n’avait rien d’une coquille vide. Les avocats et les conseils qui accompagnent la Ligue ont tous considéré que le dossier était sûr. C’est facile d’être donneur de leçons après.

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En 2021, les employeurs sont invités à plus de générosité

Si les enveloppes budgétaires consacrées aux augmentations salariales risquent d’être plutôt minces cette année, plusieurs changements législatifs entrant en vigueur en 2021 (exonérations d’impôts et de cotisations) pourront bénéficier aux salariés si les employeurs s’en saisissent.

Augmentation des remises accordées aux salariés sur les invendus : nourriture, ameublement, véhicules de transport… les produits que l’entreprise vend à ses salariés à un tarif préférentiel ont toujours bénéficié d’une tolérance en matière de cotisations sociales, dans la mesure où la réduction ne dépassait pas 30 % du prix de vente public normal. La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire entend développer cette pratique, permettant aux employeurs d’écouler leurs invendus au bénéfice de leurs salariés. Depuis le 1er janvier, la réduction peut atteindre 50 % du prix affiché tout en étant exonérée de cotisations sociales.

Extension du forfait « mobilités durables » : depuis mai 2020, les employeurs du secteur privé peuvent soutenir financièrement leurs salariés qui utilisent des transports « doux » pour se rendre au travail (vélo, trottinette, covoiturage…). S’ils se décident à verser une prime – qui était jusqu’alors exonérée d’impôts sur le revenu et de cotisations sociales jusqu’à 400 euros annuels, déduction faite de la prise en charge de l’abonnement aux transports en commun et des éventuels frais de carburant –, la loi des finances pour 2021 porte le plafond de cette exonération de 400 à 500 euros dès cette année.

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De leur côté, les fonctionnaires d’Etat peuvent également bénéficier d’un forfait « mobilités durables » depuis mai dernier. Deux décrets parus en décembre 2020 sont venus préciser les modalités de versement aux agents territoriaux et hospitaliers.

Pour les trois versants de la fonction publique (Etat, territoriale, hospitalière), le montant est limité à 200 euros annuels, en excluant le remboursement mensuel de leurs frais de transports publics ou d’abonnement à un service public de location de vélos.

Concernant les futurs parents : le congé paternité passera de 11 à 25 jours, dont 7 jours obligatoires dès le 1er juillet 2021. C’est la mesure phare de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2021. Le congé pour adoption sera aussi allongé de 10 à 16 semaines pour les familles n’ayant pas d’enfant ou un seul enfant à charge. Enfin, le versement de la prime de naissance par la caisse d’allocations familiales sera avancé au septième mois de grossesse, au lieu du deuxième mois après l’accouchement.

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Face au Covid-19, l’industrie allemande de la viande obligée de réformer ses conditions de travail

L’usine Tönnies de Rheda-Wiedenbrück (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), en avril 2018.

C’est une des conséquences positives de la crise sanitaire due au Covid-19 en Allemagne : l’industrie de la viande, aux conditions de travail largement considérées comme scandaleuses, a été contrainte au changement. Une loi, entrée en vigueur au 1er janvier, impose à la filière de mettre fin au recours aux travailleurs recrutés par le biais d’entreprises en sous-traitance, constitutif de son modèle économique. Au printemps 2020, la découverte d’un important foyer d’infection chez les ouvriers venus d’Europe de l’Est dans un abattoir du groupe Tönnies, puis dans d’autres usines, avait relancé un scandale connu depuis longtemps et permis au gouvernement d’imposer enfin une réforme.

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C’est la fin d’une hypocrisie au pays de la « viande pas chère » : les Allemands s’accordaient à condamner les conditions de travail chez les industriels, mais continuaient d’acheter pour quelques euros leurs saucisses à barbecue chez les discounters ou les marques distributeurs à bas prix. Et pour cause : les entreprises du secteur pouvaient en toute légalité pratiquer des prix faibles, en faisant travailler une forte proportion d’étrangers recrutés par l’intermédiaire de cascades d’entreprises en sous-traitance, aux pratiques peu scrupuleuses, parfois mafieuses, très difficiles à contrôler. Les abattoirs pouvaient ainsi produire en Allemagne en profitant des salaires et des conditions de travail en vigueur dans les pays les plus pauvres d’Europe de l’Est. Ces ouvriers exploités se voyaient le plus souvent proposer un logement dans des foyers collectifs au confort rudimentaire, dont le loyer était prélevé sur leur paye, avec une couverture sociale et sanitaire quasi inexistante.

Un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros par an

Jusqu’au bout, les industriels du secteur ont tenté de repousser la réforme. Leur recours en urgence déposé devant la Cour constitutionnelle allemande a été rejeté fin décembre 2020. Dans la branche de la viande, qui réalise un chiffre d’affaires de 40 milliards d’euros par an, l’année 2021 marquera donc une césure. Les « contrats d’usine » (contrats de sous-traitance entre une entreprise et un prestataire de personnel pour une production donnée) sont désormais interdits dans l’abattage, la découpe et la transformation de la viande. A partir du 1er avril, le travail en intérim ne sera plus autorisé que dans des exceptions très strictes et seulement pendant trois ans. Le recrutement d’intérimaires ne devra pas excéder quatre mois, ils devront être rémunérés au même niveau que le personnel permanent.

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L’édition virtuelle du Consumer Electronics Show, point d’orgue d’une année noire pour Las Vegas

A l’hôtel-casino Le Tropicana de Las Vegas, en septembre 2020.

Gary Shapiro, le président de l’association organisatrice du Consumer Electronics Show (CES) se souvient encore du 27 juillet 2020. C’est le jour où il a passé « des coups de fils douloureux » à plusieurs de ses partenaires à Las Vegas pour leur annoncer que le plus grand salon mondial consacré aux nouvelles technologies ne se tiendrait pas physiquement en 2021. « Beaucoup espéraient la reprise des événements internationaux en janvier 2021 », témoigne-t-il.

Las, comme la plupart des grands événements qui rythment le calendrier de « Sin City », le CES non plus n’aura pas résisté au séisme du Covid-19. Un coup dur économique pour la ville : ce sont près de 200 000 visiteurs qui, en ce début d’année, n’occuperont pas les chambres des hôtels, n’iront pas dépenser leur argent sur l’avenue du Strip, dans les casinos, ou les restaurants. Idem avec l’annulation du rodéo, qui attire chaque année 170 000 fans dans la ville.

Fort taux de chômage

Sur les onze premiers mois de l’année 2020, le nombre de visiteurs a chuté de 55 %, pour atteindre 17,8 millions de personnes. La ville devrait ainsi connaître, en 2020, sa plus faible fréquentation depuis plus de trente ans. Avec un effet direct sur l’emploi. Le groupe MGM Resorts, qui possède les principaux hôtels de la ville, a annoncé, fin août 2020, la suppression de 18 000 postes.

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Selon les derniers chiffres fournis, en janvier, par le bureau américain de statistiques du travail, Las Vegas est la métropole américaine qui affiche le plus fort taux de chômage (11,5 %), après avoir connu un pic au plus fort de la crise à plus de 30 %. Et les perspectives ne sont guère encourageantes : malgré les restrictions limitant les rassemblements, le nombre de personnes positives au Covid-19 s’est envolé depuis septembre 2020, pour atteindre plus de 2 600 nouveaux cas quotidiens à la fin de l’année dernière.

Ironie du sort, 2021 s’est ouverte à Las Vegas avec la livraison de l’extension du Convention Center, où devait se tenir le CES. « Nous serons de retour en 2022 », promet M. Shapiro. De nombreux spécialistes estiment, eux, que Las Vegas ne retrouvera pas le niveau de fréquentation de 2019 avant 2023 ou 2024.

Radio France veut davantage ressembler à la société française

Pour Sibyle Veil, l’occasion est « historique ». Alors que Radio France est engagée dans une rupture conventionnelle collective qui se soldera par 340 départs volontaires à l’horizon 2022, l’« accord emploi 2022 », conclu avec les organisations syndicales en octobre 2020 (seule la CGT n’a pas signé), prévoit de compenser un départ sur deux. La présidente du groupe radiophonique a décidé d’y voir « une opportunité pour diversifier le recrutement », annonce-t-elle au Monde.

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Elaboré et porté par Bruno Laforestrie, directeur du Mouv’ et président du comité « Diversité et égalité », le programme « Egalité 360° » de Radio France vise à inclure dans la maison des profils plus représentatifs de la société française – et donc des auditeurs. Quinze leviers d’actions, qui s’appuient sur 60 mesures, ont été définis, parmi lesquelles figure la poursuite des efforts déjà engagés en matière de parité et de handicap.

En clair, assurer une meilleure diversité des salariés, aujourd’hui trop formatés, ayant suivi souvent les mêmes formations et de mêmes origines sociales.

270 embauches en trois ans

En trois ans, 270 embauches devront être réalisées dans le respect de ce plan : outre les 170 remplacements et la régularisation d’une trentaine de CDD d’usage (les contrats liés aux grilles de programmes, sources de précarité) stipulés dans l’accord, une soixantaine d’emplois dans le développement du numérique sont concernés.

Une goutte d’eau parmi les 4 400 équivalents temps plein que compte Radio France, mais qui est censée irriguer la maison de manière durable. « Quand on entre à Radio France, on y reste parfois vingt ou trente ans », rappelle M. Laforestrie. Le programme contribuera à rétablir certains équilibres : à France Bleu, les 60 à 70 embauches planifiées devront participer du rattrapage en matière de parité. Idem pour les métiers de la technique, majoritairement masculins.

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Les façons d’intégrer le groupe radiophonique sont appelées à se multiplier. Une « académie » ouvrira à l’été, qui dispensera une formation à de futurs animateurs, chroniqueurs, mais aussi producteurs ou assistants de production (jeunes ou non, venus de radios associatives ou repérés sur TikTok), en vue d’une intégration sur les antennes. Une unité de production réservée aux moins de 30 ans, baptisée « RF9³ », sera installée en Seine-Saint-Denis, dans l’espoir d’un recrutement au moins en partie local, qui produira des contenus audios et vidéos destinés aux réseaux sociaux.

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L’horlogerie touchée de plein fouet par la crise liée au Covid-19

Montre de luxe présentée lors de l’exposition  « Montres et bijoux » à Doha, (Qatar), en 2019.

L’horloger suisse Breitling, l’une des dernières maisons indépendantes de ce secteur, a été mis en vente en 2017. Les grands groupes de luxe l’ont laissé filer entre les mains du fonds d’investissement CVC. L’issue aurait été différente s’il s’était agi de son compatriote Rolex, mais un tel scénario est hautement improbable. Cette entreprise privée au statut de fondation domine largement l’horlogerie de luxe avec 1 million de pièces vendues par an en moyenne (soit environ 20 % du marché des montres à plus de 500 francs suisses – 460 euros), et elle ne sera jamais à vendre. Même les banquiers d’affaires, prompts à imaginer des fusions et acquisitions, s’accordent sur ce point.

Raz de marée des montres connectées

« Dans les montres de luxe, il y a Rolex et le reste du monde ! », résume l’analyste Erwan Rambourg, ancien cadre de Richemont et de LVMH. Les autres ? Ce sont Swatch Group, les groupes Richemont et LVMH, présents dans les montres mécaniques et de joaillerie. Mais aussi Patek Philippe et Audemars Piguet, deux entreprises familiales incontournables au sommet de la pyramide des prix. Elles aussi tiennent à leur indépendance. « Imaginez l’émoi en Suisse. Si l’un d’eux passait sous pavillon français ou américain, achèterait-on encore leurs montres ? », plaisante un bon connaisseur du secteur.

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Les aléas de ce secteur incitent de toute façon à la prudence. Le raz de marée des montres connectées a tout emporté dans le segment le plus accessible du marché, et l’Apple Watch est devenue la montre la plus vendue au monde. Seuls les modèles les plus haut de gamme, les plus rares et les plus sportifs cartonnent, y compris sur les multiples plates-formes de vente d’occasion. Une alternative plébiscitée par les amateurs face aux habituels longs mois d’attente pour entrer en possession d’un modèle neuf.

Resserrer le contrôle de la distribution

L’apparente stabilité des ventes sur le long terme masque de véritables montagnes russes. La crise financière de 2008 a été suivie d’un fort recul, vite oublié grâce à l’appétit des nouvelles classes moyennes des pays émergents. Nouveau choc en 2015, sous l’effet de la dévaluation du rouble et, surtout, de la politique anticorruption mise en place par la Chine. La dépendance du secteur à ce dernier pays, où se vend une montre de luxe sur deux aujourd’hui, ne cesse de croître cependant.

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Sans surprise, la crise liée à la pandémie de Covid-19 a touché de plein fouet l’horlogerie de luxe. En 2020, ce produit a connu la pire performance de toutes les catégories (avec la mode). Le chiffre d’affaires a dégringolé de 30 % à 27 milliards d’euros, selon les estimations du cabinet de conseil Bain & Company. Et ce, malgré l’appui de l’e-commerce et un rétablissement des ventes en Chine à partir du mois de juin pour les marques suisses les plus haut de gamme.

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Dans une tribune, le secrétaire général de la CFDT appelle à une hausse de 15 % des salaires dans le médico-social

Aux yeux de Laurent Berger, les salariés du secteur social et médico-social devraient être « LA grande cause du quinquennat ». Le secrétaire général de la CFDT appelle, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche (JDD) du 10 janvier, à une hausse immédiate de 15 % de leurs salaires.

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Il déplore des professions « sous-payées » : « Leurs fiches de paie sont inférieures à la moyenne de plus de 25 % » et « leurs conditions de travail et d’emploi sont marquées par un fort recours au temps partiel et aux contrats précaires, une sinistralité élevée, un taux important d’arrêts de travail et une absence de reconnaissance de la pénibilité de leurs emplois ».

Une augmentation est, pour lui, « nécessaire pour réduire ces écarts abyssaux, et rendre à ces professionnelles un peu de cette valeur républicaine qu’est l’égalité ».

« Sortir de logiques à court terme »

Dans cette tribune, le leader syndical fustige « l’absence de cohérence nationale dans le financement et le pilotage » des secteurs du social et du médico-social. « Cela crée une rupture du principe d’égalité de traitement et d’accès au service public », relève-t-il.

« Ces secteurs sont essentiels à la cohésion sociale. Il est urgent de les sortir de logiques à court terme. La prise en compte d’un cinquième risque à travers une nouvelle branche de la Sécurité sociale va dans ce sens. Encore faut-il en assurer un financement pérenne et suffisant. »

Mais, souligne aussi M. Berger, « derrière ces politiques, il y a des professionnels, aux trois quarts des femmes, qui, au quotidien, s’engagent auprès des plus fragiles ».

Le Monde avec AFP

Emploi : vers la mise en place d’une « garantie jeunes universelle »

La ministre du travail, Elisabeth Borne, à l’Elysee, à Paris, le 6 janvier.

Pour soutenir les moins de 25 ans en situation de grande précarité, il faut donner plus d’envergure aux dispositifs qui donnent des résultats. C’est au nom de ce principe que la ministre du travail, Elisabeth Borne, a réaffirmé, vendredi 8 janvier dans un communiqué, son intention de bâtir la « garantie jeunes universelle ». Des propos tenus vingt-quatre heures après qu’elle a reçu un rapport sur le sujet, de la part du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ). Le gouvernement cherche ainsi à promouvoir une solution qu’il juge préférable à la création d’un revenu de solidarité active (RSA) pour cette catégorie de la population.

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Lancée à la fin 2013, la garantie jeunes est destinée aux 16-25 ans qui ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni au travail – les « NEET », en anglais (« neither in employment nor in education or training »). Mise en œuvre par les missions locales, cette mesure se déploie sous plusieurs formes : octroi d’une allocation (pouvant aller jusqu’à près de 500 euros par mois), priorité donnée aux immersions professionnelles, etc. Son bilan s’avère plutôt encourageant : le taux d’emploi des personnes concernées s’est accru de dix points onze mois après le début de leur prise en charge, selon une étude du ministère du travail publiée en 2019.

Aller plus loin

Pour faire face aux conséquences de la crise, qui frappe durement les NEET, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé, le 26 novembre 2020, que le nombre de bénéficiaires de la garantie jeunes sera porté à « au moins 200 000 » en 2021, au lieu des 100 000 prévus initialement. Autre décision prise à l’époque : l’instauration d’aides financières dans le cadre des autres procédures consacrées à l’insertion professionnelle de cette tranche d’âge (notamment celles proposées par Pôle emploi et par l’Association pour l’emploi des cadres).

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Aujourd’hui, l’exécutif entend aller plus loin, à travers une « garantie jeunes universelle », dont les contours restent à préciser. Selon l’entourage de Mme Borne, l’un des objectifs est d’« unifier » plusieurs dispositifs, en veillant à ce qu’ils assurent un accompagnement vers un métier et le versement d’un pécule, en cas de besoin. « C’est mieux que le RSA jeunes », a indiqué la ministre, vendredi, se plaçant dans le droit-fil de récentes déclarations d’Emmanuel Macron : le 4 décembre 2020, lors de son interview par le média en ligne Brut, le chef de l’Etat a dit qu’il n’était « pas un grand fan » de l’extension du RSA aux moins de 25 ans, réclamée depuis des années par de nombreuses associations.

Dès la mi-janvier, une réflexion sera lancée avec les acteurs du monde de la jeunesse, les parlementaires et les élus locaux. Elle s’appuiera, entre autres, sur les 29 préconisations du rapport remis, jeudi 7 janvier, par le COJ. Antoine Dulin, l’un des membres de cette instance consultative, pense que la démarche « peut aller dans le bon sens ». Déléguée générale de l’Union nationale des missions locales, Sandrine Aboubadra-Pauly explique que son organisation comprend « la volonté de mise en cohérence et de simplification » portée par le gouvernement, tout en étant attentive à ce que la garantie jeunes « reste bien identifiée ».

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Emploi : le portail en ligne « 1 jeune, 1 solution » encore en chantier

Lors d’un point presse organisé par la préfecture des Bouches-du-Rhône dans une agence Pôle emploi dans le cadre de l’opération « 1 jeune, 1 solution ».

C’est l’outil censé sauver l’emploi des jeunes : lancé en novembre 2020, le portail en ligne « 1 jeune, 1 solution » vise à faciliter la recherche d’emploi des moins de 26 ans, dans le cadre du plan gouvernemental du même nom. Le 19 novembre, la plate-forme présentait quelque 21 000 offres. Au 8 janvier, on en dénombre 62 000, proposées par 1 000 entreprises, alors que 35 dirigeants ont affiché, dans Le Journal du dimanche du 3 janvier, l’objectif de porter ce chiffre à 100 000 d’ici à la fin janvier.

Une lueur d’espoir pour les jeunes en quête d’un emploi ? Quelque 520 000 d’entre eux s’y sont déjà connectés, selon Benjamin Ducousso, fondateur et PDG de la start-up Wizbii, qui a créé ce portail. Sa mission est partiellement atteinte : la plate-forme agrège en fait des annonces d’autres sites d’emploi (souvent Pôle emploi, mais aussi Direct Emploi, Aladom…). Un candidat à l’offre de CDI de chaudronnier à Paris est ainsi envoyé sur CareerBuilder, qui lui-même diffuse une annonce publiée par le spécialiste en intérim Intek travail temporaire. Il faut alors créer un compte sur le site, saisir une description complète de son profil… avant de pouvoir enfin transmettre son CV à l’entreprise.

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Parmi les milliers d’offres mises en ligne, certains secteurs sont particulièrement bien représentés : services à la personne (17 000 postes environ), santé (11 000), commerce et vente (8 000)… Et seulement 58 dans l’artisanat. Sur les 62 000 postes, environ 45 000 acceptent les débutants, mais les inégalités entre les régions sont grandes ; 10 000 CDI sont à Paris même, contre 1 600 en Centre-Val de Loire ou 73 en Corse.

Des offres incomplètes voire expirées

Certaines offres sont aussi mal référencées : parfois, la nature du contrat ou le temps de travail ne sont pas indiqués. On dénombre environ 20 000 temps pleins et 7 000 temps partiels, ce qui signifie que plus de la moitié des fiches de poste sont incomplètes.

Autre souci, beaucoup d’offres émanant de plates-formes autres que Pôle emploi, en particulier Jobintree, ne sont plus d’actualité. Certaines ne sont plus valables dès leur publication : ajoutée le 7 janvier, une annonce de lead développeur en CDI apparaît le même jour expirée sur son site d’origine… Frustrant.

Thibaut Guilluy, haut-commissaire à l’emploi, invite à l’indulgence. « On a dû répondre à l’urgence. Mon obsession est qu’on ait une interface pour aider le jeune à trouver des opportunités. »

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Le portail ne veut pas se limiter aux offres et propose d’autres options, comme des événements avec des employeurs, des annonces de service civique, de l’information sur tous les dispositifs d’aide à l’emploi existants… M. Ducousso insiste sur cet éventail : « L’idée est que le jeune accède à toutes les solutions disponibles, qu’il fasse quelque chose, même si ce n’est pas un job. » Sauf que pour remplir leur frigo et éviter la précarité, c’est bien un emploi qu’ils cherchent.