Le palmarès des start-up françaises gagne en consistance

OVH, Doctolib ou Swile font partie des poids lourds du French Tech 120.

Progressivement, le rendez-vous devient attendu. Lundi 8 février a été révélée la composition de deux classements de référence pour les start-up françaises : le Next 40, qui désigne l’élite des jeunes pousses françaises, et le French Tech 120, qui englobe leurs homologues les plus prometteuses. Pour les intégrer, trois critères sont retenus : appartenir au cercle fermé des licornes (jeunes sociétés technologiques valorisées à plus d’un milliard de dollars), démontrer une situation d’hypercroissance (plus de 30 % de croissance de son chiffre d’affaires depuis trois ans) ou avoir réalisé une importante levée de fonds (plus de 100 millions d’euros pour le Next 40, plus de 20 millions pour le Next 120).

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Débuté en 2019, l’événement pourrait apparaître comme une simple opération de promotion des entreprises technologiques françaises avec l’attribution d’un énième label dans l’écosystème. Il permet avant tout de constater la formation d’un noyau dur de start-up affichant des résultats consistants.

Ambitions mondiales

A eux seuls, les 120 élus affichent un chiffre d’affaires de près de 9 milliards d’euros pour l’année 2019. Même si ce montant est largement porté par des poids lourds tels qu’OVH, Doctolib ou Swile, il n’en demeure pas moins que le poids économique de cet indicateur a progressé de 55 % par rapport à la première promotion. Autre facteur qui témoigne de la solidité des entreprises composant ce groupe : à elles seules, elles ont capté plus de la moitié du montant des levées de fonds réalisées en 2020, soit 3 milliards d’euros environ, avec une croissance importante des levées de plus de 50 millions d’euros (+ 89 %).

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A Bercy, on veut y voir le signe que la France est désormais capable de faire émerger des sociétés aux ambitions mondiales : « On sort de la start-up garage avec deux personnes en baskets : on a réussi à créer un véritable bouillonnement », explique-t-on dans l’entourage de Cédric O, le secrétaire d’Etat au numérique. Le classement consacre des entreprises à dimension industrielle (27 % du French Tech 120), liées à la santé (23 %) ou appartenant à la fintech (15 %). Les sociétés travaillant sur les sujets environnementaux (12 %) font également une percée remarquable.

L’exécutif reste persuadé que la Bourse peut être un levier puissant de financement pour les start-up

Autre satisfaction, les start-up se répartissent de plus en plus sur tout le territoire : dans le Next 40, sept régions sont représentées. Après Paris et l’Ile de France, Auvergne-Rhône-Alpes, les Hauts-de-France et l’Occitanie se démarquent dans le French Tech 120. Surtout, la croissance de ces entreprises est synonyme de créations d’emplois. Les salariés du French Tech 120 sont aujourd’hui au nombre de 37 500, dont 26 000 en France, et ils prévoient de recruter encore 10 000 personnes en 2021, indicateur le plus important pour Bercy.

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Sur le marché du travail, des jeunes inquiets et des entreprises frileuses

Des employés de l’usine Toyota d’Onnaing, près de Valenciennes, le 23 avril 2020, pendant le premier confinement.

A Télécom Paris, une grande école qui forme les jeunes aux métiers du numérique, l’heure n’est pas à la fête. « Les étudiants sont un état d’esprit négatif, confie Nicolas Glady, son directeur. Ils sont préoccupés, voire très préoccupés, par leurs perspectives en termes d’insertion professionnelle ou de recherche d’un stage ou d’une alternance. » Qu’ils soient de niveau ingénieur ou pas, ces jeunes férus de technologies, en temps normal courtisés par les entreprises, n’ont d’ordinaire pas de souci à se faire pour leur carrière. Mais aujourd’hui, ils observent avec inquiétude grimper la courbe du chômage des jeunes : pour les 16-24 ans, elle a progressé de 2,6 points sur un an, pour atteindre 21,8 % au 3e trimestre 2020.

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Les entreprises, elles, font montre de prudence dans leurs recrutements. En 2020, indiquent les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), les embauches de personnes de moins de 26 ans en CDI ou en CDD de plus de trois mois ont reculé de 14 %, soit 318 000 recrutements de moins. De quoi, en effet, inquiéter les quelque 750 000 jeunes qui font, bon an, mal an, leur entrée sur le marché du travail… et qui vont se retrouver en concurrence d’ici quelques mois avec ceux de la « promotion » 2021, qui chercheront un emploi à compter du second semestre.

« Oui, il y a eu un fort impact de la crise sur l’emploi des jeunes », reconnaît David Beaurepaire, directeur délégué de HelloWork, une entreprise qui rassemble plusieurs jobboards – des sites Internet spécialisés dans le recrutement – tels ParisJob, RegionsJob, Cadreo… soit aujourd’hui 200 000 offres d’emploi. « Les petits jobs, notamment, sont les plus impactés à la fois en valeur absolue et en pourcentage. Il y a eu 18 millions d’offres en 2019, il n’y en avait plus que 12 millions en 2020. Soit une baisse de 33 % et 6 millions en moins. »

Un an d’expérience au moins

Cette dégradation du marché du travail pour les jeunes doit cependant être remise en perspective. « On partait d’un point très haut, rappelle Antoine Lecoq, directeur général de l’agence d’intérim Page Personnel. L’année 2019 avait été extrêmement dynamique pour les emplois qualifiés, avec beaucoup de postes vacants. » De plus, après le véritable plongeon intervenu en début d’année 2020 – les embauches ont baissé de 80 % au moment du premier confinement –, le marché s’est redressé pour n’être en retrait que de quelques points de pourcentage à l’automne. Mais beaucoup de jeunes « ont préféré prolonger leurs études pour reporter leur entrée sur le marché du travail », observe David Beaurepaire.

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L’« effet cicatrice » ou les carrières abîmées des jeunes diplômés de la « génération Covid »

Moins d’entretiens de recrutement décrochés, un recul des embauches, un salaire d’entrée plus faible qu’anticipé et, finalement, un grand sentiment de frustration. L’étude menée, fin décembre 2020, par Syntec Conseil, l’organisation professionnelle représentant les métiers du conseil, laisse peu de place au doute sur les difficultés que rencontrent les jeunes diplômés qui font leur entrée sur le marché du travail.

Sur 750 jeunes ayant décroché leur diplôme en 2020, 55 % avaient trouvé un emploi à la fin de l’année. Un ratio qui, sans être catastrophique, est nettement inférieur à celui d’avant la crise. Le taux d’insertion se situait alors à 74 %, six mois après l’obtention du diplôme. Surtout, ces jeunes ont dû faire des « compromis à tous les niveaux », souligne l’organisation, qui représente 120 000 salariés en France.

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Ces concessions portent d’abord sur le type de contrat : seulement la moitié des diplômés ayant trouvé un emploi ont été embauchés en CDI, contre 69 % en temps normal. Ensuite, sur la rémunération : une part « significative » d’entre eux ont dû accepter un salaire inférieur à leurs attentes. Enfin, bien des jeunes ont dû réviser leurs aspirations en termes de fonction, de secteur d’activité ou de localisation. C’est particulièrement le cas de ceux qui visaient un début de carrière à l’étranger : plus des deux tiers de ces derniers ont renoncé. Selon le cabinet Syntec Conseil, le risque est de voir émerger une « génération coronavirus » sur le marché du travail : autrement dit, des jeunes actifs durablement marqués par cette crise et les efforts consentis pour décrocher leur premier emploi.

« Après quatre ans, les différences s’estompent »

Combien de temps faudra-t-il pour surmonter ces difficultés rencontrées lors des premiers pas dans la vie active ? Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) a mené des travaux sur la génération arrivée sur le marché du travail en 2010, juste à la sortie de la crise de 2008-2009. Ces études démontrent qu’entrer dans la vie active dans un contexte de crise a bien une incidence négative sur les parcours professionnels.

Selon le cabinet Syntec Conseil, le risque est de voir émerger une « génération coronavirus » sur le marché du travail

Au bout de sept ans de vie active, ces jeunes avaient passé 73 % de leur temps en emploi, contre 80 % pour les jeunes sortis de formation en 1998. Pour 13 % d’entre eux, le Céreq évoque même une trajectoire professionnelle « dominée par le chômage », contre 7 % seulement pour les jeunes de 1998.

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L’avenir du régime de garantie des salariés inquiète les syndicats

Le personnel des entreprises en faillite – ou au bord de la faillite – va-t-il cesser d’être rétribué ? Cette préoccupation monte chez les partenaires sociaux, en raison d’un projet de réforme susceptible, d’après eux, de fragiliser le mécanisme qui prend sous son aile les salariés employés dans une société liquidée ou en difficulté. La CFDT s’en est fait l’écho, lundi 8 février, dans un communiqué, en évoquant un « risque de non-paiement des rémunérations ». Dès 2020, le patronat était monté au créneau à ce sujet auprès de Matignon et Force ouvrière a, plus récemment, interpellé le premier ministre, Jean Castex, sur le même thème, dans une lettre datée du 3 février.

A l’origine de leurs inquiétudes, il y a un projet d’ordonnance, qui vient percuter les procédures collectives, applicables aux sociétés placées en redressement ou en liquidation judiciaires. Le texte peut également avoir des incidences sur un dispositif méconnu mais dont le rôle est essentiel : le régime assurantiel de garantie des salaires, désigné sous le sigle AGS. Administrée par des organisations patronales, cette structure avance les rémunérations des personnes qui travaillent dans une entreprise battant de l’aile, si celle-ci n’est plus en mesure de le faire ; le versement s’effectue par le biais des mandataires judiciaires, qui accompagnent les sociétés défaillantes.

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En 2019, l’AGS a alloué 1,5 milliard d’euros à des salariés dont l’employeur était suivi par le tribunal de commerce. Le système français est « le plus généreux au monde, ce qui constitue une excellente chose », souligne François-Xavier Lucas, professeur de droit à l’université de Paris-I : « Il remplit une mission indispensable, qu’il convient de sécuriser en garantissant un bon niveau de couverture. » « C’est une pépite », comme le résume François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises.

Equilibre remis en cause

Une autre précision s’impose : les ressources du régime ont deux origines. La première : une cotisation patronale égale à 0,15 % de la masse salariale. L’autre source de recettes est issue des « récupérations » – c’est-à-dire des sommes restituées dans le cadre de la procédure collective : elles peuvent provenir de la trésorerie de l’entreprise, si son activité se redresse, ou de la vente de ses actifs ; ainsi, l’AGS est, en partie ou totalement, remboursée des avances faites.

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L’Opéra de Paris veut œuvrer pour la diversité

Une répétition en costumes du ballet « Giselle », le 30 janvier 2020, à l’Opéra national de Paris.

Il était attendu avec impatience. Le rapport sur la diversité à l’Opéra national de Paris a enfin été rendu public, lundi 8 février, sur la plate-forme Zoom. Chacun dans son bureau, Alexander Neef, directeur général, Aurélie Dupont, directrice de la danse, Martin Ajdari, directeur adjoint, et bien sûr, les deux chargés de mission sur la diversité, Constance Rivière, secrétaire générale du Défenseur des droits, et Pap Ndiaye, professeur d’histoire à Sciences Po, ont décliné les points chauds du dossier et dialogué sur les enjeux soulevés par cette question complexe.

Lire l’enquête : A l’Opéra, la diversité entre en scène

Lancée dès l’été 2020, parallèlement au manifeste De la question raciale à l’Opéra écrit par un groupe de cinq personnes noires et métisses de la maison, cette enquête a été officialisée par Alexander Neef, le 22 septembre. Ses objectifs : formaliser les difficultés internes liées à la discrimination raciale à l’Opéra et réfléchir sur les œuvres sensibles du répertoire, qu’il s’agisse d’opéras ou de ballets, problématiques du point de vue des stéréotypes raciaux. Avec, en ligne de mire, des idées précises pour faire progresser un débat « en cours et qui n’est pas près de se terminer », selon Alexander Neef.

Lire le récit : Un manifeste pour supprimer la discrimination raciale à l’Opéra de Paris

Ce rapport a exigé trois mois de travail à Constance Rivière et Pap Ndiaye. Parallèlement à une recherche sur les œuvres piliers de l’affiche de l’institution parisienne, des entretiens ont été menés avec une centaine de salariés de la maison, artistes et techniciens, mais aussi des personnalités extérieures. « C’est l’ensemble de l’écosystème de l’Opéra qui a été pris en compte, précisent Constance Rivière et Pap Ndiaye. Tous ceux et celles qui le souhaitaient ont pu nous parler. Il y a une vraie curiosité sur le sujet et il n’y a pas eu de polémique, ce qui nous fait penser que nos propositions trouveront un chemin utile. »

« Une grande absente »

Concrètement, la diversité est « une grande absente à l’Opéra national de Paris à tous les étages », selon les conclusions de Constance Rivière et Pap Ndiaye, qui précisent que « le constat est similaire dans d’autres opéras aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en Hollande et que la plupart sont engagés dans la même réflexion ». En ce qui concerne le ballet, ils préconisent de faire évoluer le concours d’entrée à l’école de danse en « rencontrant des jeunes dans la France entière mais aussi dans les territoires d’outre-mer ». Un examen des critères physiques de sélection, « hérités d’une anthropologie ancienne », doit aussi être envisagé.

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Pour les jeunes, des discriminations à l’emploi décuplées en temps de crise

La jeunesse est la population qui paie le plus lourd tribut à la crise économique engendrée par l’épidémie. En un an, le nombre de chômeurs de moins de 24 ans a bondi de 16 % au troisième trimestre 2020, selon les chiffres de l’Insee. Leur taux d’emploi a, lui, quatre fois plus reculé pour le reste de la population. Et pour les jeunes qui trouvaient déjà portes closes avant le Covid-19 en raison de leurs origines, de leur couleur de peau ou encore de leur handicap, les phénomènes de rupture s’accentuent encore davantage.

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« A chaque fois que l’économie se dégrade, les discriminations à l’emploi sont décuplées », souligne le sociologue Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations. « Lorsque les employeurs ont plus de latitude de choix, avec un déséquilibre de l’offre et de la demande, et font face à des impératifs d’urgence induits par la crise, l’influence des biais liés notamment au physique, au poids ou à l’origine explose de manière mécanique à l’embauche », complète le chercheur.

En dehors des périodes de crise, ces biais discriminants agissent déjà grandement sur le choix des recruteurs. Ainsi, les candidats ayant un prénom à consonance maghrébine ont 25 % de chances en moins de recevoir une proposition positive à l’envoi d’un CV, a montré une vaste enquête du CNRS, rendue publique en 2020. Les femmes obèses ont, elle, 7 points de moins de probabilité de trouver un emploi, indique une note de l’Insee de 2016.

« Subjectivité du recruteur »

« Les jeunes font partie d’une catégorie déjà défavorisée sur le marché de l’emploi », soulève Yamina Meziani, chercheuse en sociologie au centre Emile-Durkheim de l’université de Bordeaux et coautrice de l’ouvrage à paraître La Jeunesse fantôme, jeune âge et discrimination dans le recrutement (éditions le Bord de l’eau). « On les traite différentiellement sur un marché du travail français où l’accumulation d’expérience est de plus en plus valorisée pour juger des compétences du candidat, et notamment de ses soft skills, montre-t-elle. Comme les jeunes ne peuvent que peu mobiliser cette notion d’expérience, ce sont d’autres éléments, davantage basés sur la subjectivité du recruteur, qui vont venir nourrir la sélection. »

« Il y a une recherche d’idéaux types : le jeune qui aura fait la même école que le recruteur, qui aura été recommandé… Avec l’idée qu’il s’agit de minimiser le risque, ou ce qui est perçu comme tel » Yamina Meziani, chercheuse

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Il faut « donner une valeur aux impacts écologiques et sociaux de l’entreprise »

Tribune. Si les rapports scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de la ­Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) appellent les sociétés humaines à moins produire, ils nous exhortent surtout à produire autre chose et autrement.

Assurément, un milliard d’euros investi dans les centrales à charbon n’a pas les mêmes impacts sanitaires, écologiques et sociaux qu’un milliard investi dans l’agroécologie. Pourtant, dans le bilan des entreprises, les bénéfices ne reflètent pas toujours les externalités positives ou négatives. Détruire le monde peut-il rester une activité rentable ? Le rendre meilleur peut-il demeurer un acte gratuit ?

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Certes, des dispositifs de soutien public (défiscalisation, subventions, etc.) permettent de favoriser certains types d’activités, ce qui a notamment permis le développement, en France et ailleurs, de l’économie sociale et solidaire (ESS), dont les structures concourent par leur activité à l’intérêt général. Pour autant, ce soutien reste marginal à l’échelle d’une économie dont les flux reposent essentiellement sur les mécaniques de rentabilité financière.

Des variables extra-financières

Les entreprises de l’ESS n’ont pas attendu la prise en compte des données extra-financières (sociales et écologiques en particulier) pour développer des modèles innovants, porteurs de sens et d’impacts positifs pour le monde. Pour autant, ces impacts positifs leur donnent peu d’avantages en matière de trésorerie, de bilan, de capacités d’investissement et autres variables financières déterminantes.

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Pour faire grandir une économie vertueuse à travers et au-delà de l’ESS, il apparaît nécessaire d’incorporer au plus vite des variables extra-financières au bilan des entreprises : l’entreprise à impact positif ne doit pas être simplement le meilleur choix éthique, mais aussi la meilleure option économique.

Alors, où en est-on de la mesure d’impact des entreprises ? Entrepreneurs, chercheurs et experts-comptables développent en permanence de nouveaux systèmes. Il y a les grands points de référence, comme le modèle « care », qui partent du principe que la valeur « comptable » d’un capital (financier ou non) est toujours égale au niveau de ressources (humaines et écologiques notamment) nécessaires pour maintenir ce capital.

Rien qu’en France, quantité d’outils de mesure et de méthode se développent pour évaluer l’impact des entreprises, de leurs activités et infrastructures : Valor’ESS, Impact Track, Zei, Commune Mesure, l’Impact Score et The Gallion Project illustrent le volontarisme et la créativité dans le domaine.

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Pour les futurs cuisiniers, un apprentissage entravé par la crise liée au Covid-19

Dans les cuisines de l'école Médéric à Paris.

Le Prout Prout a fermé ses portes : les clients qui se pressaient pour savourer la ganache chocolat noir, caramel et sable cacao devront patienter. Chez Michel, un autre restaurant de la rue Médéric, à Paris, est aussi fermé, tout comme son voisin, L’Improviste, dont la cuisine est à l’arrêt. Il suffit pourtant de traverser la rue pour entendre chanter des cuissons, humer les parfums des choux à la crème, chaudement sortis du four. Là, des dizaines de jeunes gens toqués s’activent autour des pianos du Centre de formation aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration de l’école Médéric. Malgré la pandémie, la transmission des savoir-faire des métiers de la cuisine se poursuit.

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A la rentrée de septembre 2020, alors que le premier confinement ne semblait qu’un mauvais souvenir, les restaurants tournaient à plein. Les jeunes apprentis en formation avaient, pour la plupart, trouvé un employeur pour l’année. Les patrons de restaurant ont d’autant moins douté de l’opportunité d’embaucher un jeune que le gouvernement, dans son plan d’aide à l’apprentissage publié dans un décret du 24 août 2020, leur accorde une aide substantielle : 5 000 euros pour un apprenti mineur, 8 000 euros s’il a plus de 18 ans.

Apprentissage… du chômage partiel

« La demande en apprentis a été sécurisée par cette prime d’Etat aux restaurateurs », reconnaît Ismaël Menault. « Cela a été un levier extraordinaire », abonde Jean-François Tostivint, directeur de l’école Médéric. Dans le secteur hôtellerie-restauration, 26 575 contrats d’apprentissage ont été signés en 2020 selon le ministère. La mesure, qui devait initialement prendre fin le 28 février, a été prolongée d’un mois.

« Nous devons être vigilants pour éviter une lassitude de nos élèves et un lent décrochage » Jean-François Tostivint, directeur de l’école Médéric

Mais alors que les restaurants sont fermés partout en France depuis le 30 octobre 2020, le temps d’apprentissage a été court pour les 45 000 jeunes qui suivent une formation par alternance. A l’école Méderic, les élèves en bac pro ou en BTS alternent normalement deux semaines à l’école et deux semaines en entreprise. « Ils y ont donc très peu mis les pieds », résume Ismaël Menault. Pour beaucoup de jeunes, cette année scolaire a été l’apprentissage… du chômage partiel. « Nous devons être vigilants pour éviter une lassitude de nos élèves et un lent décrochage », souligne Jean-François Tostivint. Quand un jeune « s’essouffle, on le fait revenir pour plus de présentiel », poursuit Ismaël Menault, le directeur de l’Ecole de Paris des métiers de la table (EMPT).

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Baisse du niveau en maths : « La formation des enseignants est au centre des préoccupations, mais son contenu ne fait pas consensus »

Ce texte paraît dans « Le Monde de l’éducation ». Si vous êtes abonné au Monde, vous pouvez vous inscrire à cette lettre hebdomadaire en suivant ce lien.

Tribune. Deux enquêtes publiées en 2020 ont vivement alerté sur la baisse du niveau des élèves français en mathématiques. L’enquête internationale Timms (pour « Trends in International Mathematics and Science Study ») révèle une baisse de celui-ci dès le primaire et classe nos élèves de 4e au 17e rang sur vingt pays comparables. Depuis la première enquête Timms de 1995, le score moyen des collégiens français a significativement baissé : les élèves de 4e de 2019 obtiennent des résultats équivalents à ceux des élèves de 5e de 1995.

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L’autre enquête, celle du dispositif Cedre (pour « cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon »), est interne à l’éducation nationale et a concerné les élèves de 3e en 2019. Elle confirme la baisse du niveau, révélant notamment que, depuis 2008, la proportion de bons élèves dans l’échantillon a régressé de 29 % à 22 %, tandis que celle des élèves faibles a augmenté de 15 % à 25 %.

« Contenu de la formation relativement flou »

La première explication de cette régression concerne, selon les experts, la formation des enseignants, particulièrement à l’école primaire. Plus de 80 % des professeurs des écoles ont suivi des études littéraires ou de sciences sociales et n’ont donc plus fait de maths depuis la fin du lycée lorsqu’ils entrent en formation.

Ils auraient donc besoin d’une formation conséquente, mais il semble que ce ne soit pas le cas. En 2015, une conférence de consensus sur l’enseignement des maths dans le primaire organisée par le Centre national d’étude des systèmes scolaires et l’Institut français de l’éducation avait conclu que « le contenu de la formation des enseignants est relativement flou, il n’y a pas de référence à des contenus précis ».

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La principale raison de cette insuffisance tient à la lourdeur du cursus des instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé, ex-IUFM) : en deux ans, les futurs professeurs doivent rédiger un mémoire de master, préparer un concours sélectif et enseigner en seconde année à mi-temps dans un établissement.

Ce cumul rend les conditions actuelles d’entrée dans le métier particulièrement difficiles. Confirmant ce constat, le rapport rédigé en février 2018 par Cédric Villani et l’inspecteur général de mathématiques Charles Torossian (« 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques ») insistait sur la nécessité d’améliorer la formation initiale et continue des enseignants.

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Les couturières de masques anti-Covid ont le « sentiment d’être oubliées, après avoir été exploitées »

Tribune. Le 21 janvier, le gouvernement annonçait par décret la préconisation de ne plus porter de masques « artisanaux ». Ces mêmes masques qui ont souvent été confectionnés pendant des mois par nous, couturières bénévoles. Ces masques pour lesquels le gouvernement lui-même nous a massivement mobilisées pour sauver des vies. Nous, couturières professionnelles et amateures, sommes abattues devant une telle décision.

Si nous ne contestons pas la validité de cette décision sanitaire, nous refusons d’être à nouveau ignorées. Cette décision contribue à accentuer encore la situation dans laquelle nous nous trouvons et elle nous frappe d’autant plus cruellement que notre travail n’était pas rétribué lorsque nous étions encore autorisées, voire appelées, à coudre.

Solidarité

Rappelons-nous la stupeur dans laquelle nous étions toutes et tous plongés au mois de mars 2020. Le virus est là, nous perdons nos proches, nous applaudissons les soignants à défaut de pouvoir les aider. L’Etat révèle ses failles structurelles : pas de masques, pas de blouses, manque d’équipement et de médicaments.

Nous demandons que notre travail soit rétribué et que le cadre dans lequel nous exerçons soit renforcé en termes de droits

Le souffle de solidarité part alors du bas : parmi d’autres, nous, les couturières, pallions les manquements de l’Etat et nous mobilisons massivement pour équiper les personnels soignants ou infirmiers, ceux des caisses de supermarchés, les commerçants, les proches, les personnes fragiles…

Armées de nos tissus, de nos machines et de notre savoir-faire, nous aidons, sans compter notre investissement. Professionnelles, amateures, retraitées, intermittentes, sans-papiers, détenues, nous cousons les protections de celles et ceux qui combattent en première ligne sur le front de l’épidémie.

La stupeur laisse ensuite place à l’organisation : de nombreuses entreprises, avec l’aide du gouvernement, reconvertissent leurs chaînes de production pour la confection de masques et de blouses. Il faut produire vite, beaucoup et à moindre coût : pour cela, la nouvelle niche des bénévoles est sollicitée par certaines de ces entreprises. Dans l’engrenage du passage à l’échelle industrielle, les masques sont parfois vendus à prix coûtant. Tous les maillons de la production sont payés… sauf les couturières extérieures aux entreprises et travaillant pour elles en sous-traitance.

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Les entreprises se reposent alors sur tous les chaînons de solidarité pour donner l’illusion de relancer une industrie locale piétinée depuis des années au profit de la « fast fashion » et des délocalisations. Elles proposeront par la suite des contrats d’insertion et des contrats aidés mais sans qualification, car faire des masques, coudre, n’est apparemment pas un métier valorisable.

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