Dans les restaurants clandestins : « Il fait gaffe quand même, y a toujours quelques poucaves »

Dans un restaurant parisien, le 14 octobre 2020.

En janvier 2021, pas besoin d’aller chercher bien loin pour jouer les gangsters : il suffit de commander un couscous merguez et un bordeaux qui râpe dans un troquet de la banlieue ouest. Quartier pavillonnaire, pas rebelle pour deux sous mais où l’on peut revivre la vie d’avant et qui reviendra bien un jour. Pas avant mi-février, soit au moins quinze semaines de fermeture.

Pour « Tonton Hakim » − les prénoms ont été changés −, l’échéance est trop lointaine. C’est un taxi rencontré avant les fêtes, quand l’on se languissait déjà d’une pause déjeuner. Des « restos clandestins », il pourrait en faire un guide − cela pourrait fâcher. Il faut appeler de sa part. Au téléphone, on décline identité et profession, et l’on réserve pour quatre.

Le bistrot, à quelques minutes d’une station de RER, affiche « Vente à emporter ». Mais le vendredi et samedi midi, c’est aussi couscous sur place. « Tonton Hakim » est là, comme une douzaine de personnes massées dans la petite salle au carrelage blanc. Chacun porte un masque qui protège très bien le menton, moins le reste du visage. On se serre la main et c’est le grand frisson.

Pas de frites, pour éviter les odeurs

Derrière le comptoir s’active Sofiane, seul aux commandes. C’est un zinc pas branché mais fidèle au poste, où chaque chose est à sa place, des bouteilles d’apéritifs à la calculette posée à côté de la caisse. Pour la forme, il a scotché l’arrêté CAB/DS/BSI n° 2020-812, portant sur le renforcement du protocole sanitaire dans les établissements. On avait oublié ces bruits réconfortants, la sous-tasse que l’on pose sur le zinc, le café que l’on moud, les rires gras nourris au ballon d’aligoté. Sofiane n’a jamais fermé : durant le premier confinement, ses tabourets hauts étaient toujours debout face au comptoir.

« Il y a un moment, il faut les soutenir, sinon il y aura une révolution » Une cliente clandestine

Entre deux murs, il a tendu un drap noir comme un cache-sexe, tenu par trois pinces à linge mais entrouvert sur le saint des saints : l’arrière-salle, où l’on peut poser ses fesses sur une banquette en Skaï et son assiette sur une table en bois. Ce midi, Sofiane servira huit couscous généreux. Deux amis que l’on devine retraités partagent une bouteille de champagne, puis deux. Que fêtent-ils ? « La Saint-Bonheur ! » Ils se régalent là plusieurs fois par semaine, sans règle fixe ni mauvais prétexte.

Il dit que, en ville, « ça parle » : son nom circule. Plutôt en bien, assure-t-il, même si « Tonton Hakim » s’inquiète parfois pour lui : « Il fait gaffe quand même, y a toujours quelques poucaves [délateurs] qui vivent en 1939-45. » Le propriétaire des murs est dans le coup, il passe parfois. Pour se protéger des indésirables, le cuisinier, serveur et gérant ne fait pas de frites : trop d’odeurs.

Il vous reste 68.27% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Covid-19 : le couvre-feu à 18 heures alarme les commerçants

Un magasin de fleurs à Paris, le 24 décembre 2020.

Mauvaise nouvelle pour les commerces. Le premier ministre, Jean Castex, a annoncé, jeudi 14 janvier, que sur tout le territoire « le couvre-feu s’appliquera[it] à compter de 18 heures à partir de ce samedi pour au moins quinze jours ». Tous les lieux recevant du public, dont les commerces, devront fermer à 18 heures, a-t-il déclaré. Comme depuis le 28 novembre, ces derniers ne pourront pas accueillir plus d’un client pour 8 m² de surface de vente.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « L’amour soudain des Français pour leur petit commerce confronte le consommateur à ses propres contradictions »

Le secteur est déjà affaibli par deux confinements en 2020 et une diminution de l’envie de consommer chez les Français. « Nous comprenons les raisons sanitaires, mais il y aura un impact fort sur un certain nombre de commerces », estime Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). « C’est une nouvelle mesure qui va d’autant plus affecter la consommation dans son ensemble qu’elle s’étend aujourd’hui à des grandes agglomérations », renchérit Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce.

Une autre clientèle

« Les enseignes de l’habillement réalisent jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires au-delà de 18 heures », explique M. Petiot. Les grandes surfaces alimentaires considèrent quant à elles que la nouvelle mesure pénalisera les « 30 % du chiffre d’affaires qui se font après 17 heures », selon M. Creyssel. Car le temps que les gens rentrent chez eux avant le couvre-feu, les enseignes estiment que la fréquentation des magasins baissera dès 17 heures.

Frédéric Merlin, président de la Société des grands magasins, propriétaire de centres commerciaux, explique que ses « centres de Mulhouse et Châlons-en-Champagne sont déjà touchés par des mesures de couvre-feu depuis quelques jours. Nous nous sommes adaptés en proposant à nos commerçants d’ouvrir plus tôt le matin et en communiquant avec les villes sur nos offres, mais cela ne compense pas la fermeture à 18 heures, ni en fréquentation ni en chiffre d’affaires ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : l’analyse des eaux usées annonce un rebond en Ile-de-France

Car en fin de journée, c’est une tout autre clientèle : « Ce sont souvent des clients qui viennent après leur travail, non pas pour flâner comme en journée, mais pour faire des achats, souvent “plaisir” et généralement plus importants une bouteille de vin, un plat au rayon traiteur, un cadeau ou une urgence avant de rentrer… Et ils ne vont pas pouvoir quitter le bureau plus tôt pour passer. » Frédéric Merlin s’inquiète également du « climat de morosité qui s’installe avec chaque période de couvre-feu, inscrivant nos clients dans un schéma de travail uniquement, où les loisirs et les achats “plaisir” ne font plus partie du quotidien ».

Il vous reste 48.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

L’éditeur de « Cyberpunk 2077 » présente ses excuses et promet d’améliorer les conditions de travail de ses salariés

Le cofondateur de CD Projekt, Marcin Iwinski.

Un peu plus d’un mois après la sortie de la superproduction Cyberpunk 2077, jeu vidéo le plus attendu de 2020 et ayant créé la polémique en raison de nombreux problèmes techniques, le studio CD Projekt a de nouveau présenté ses excuses aux consommateurs.

Dans une vidéo publiée mercredi 13 janvier, le PDG de l’entreprise polonaise, Marcin Iwinski, a reconnu que « la version console de Cyberpunk 2077 n’a pas atteint le standard de qualité que l’on voulait ».

Sorti le 10 décembre sur PC et console après plus de cinq ans de développement, Cyberpunk 2077 a fait l’objet de nombreuses critiques en raison du grand nombre de ses bugs et problèmes techniques. Sur les anciennes générations de consoles, et notamment sur les premières PS4 et Xbox One, Cyberpunk 2077 rencontre une foule de défauts techniques, alors même que ces consoles sont parmi les plus vendues et utilisées par les joueurs. Cette situation a conduit Sony a retirer le jeu du Playstation Store, son magasin en ligne pour acheter des jeux dématérialisés. Plusieurs magasins, dont la boutique en ligne de Microsoft, ont même proposé un remboursement sans condition aux joueurs qui avaient acheté le jeu sur PS4 ou Xbox One. « Moi-même et toute l’équipe dirigeante sommes profondément désolés », a assuré mardi Marcin Iwinski.

Lire aussi Un cabinet d’avocats lance une action de groupe contre CD Projekt après la sortie de « Cyberpunk 2077 »

Des versions console montrées au dernier moment

Avant la sortie d’un jeu, le studio envoie généralement en avance des copies à la presse afin que les journalistes spécialisés puissent publier une critique de l’œuvre le jour de la sortie. Dans le cas de Cyberpunk 2077, les premières copies envoyées par CD Projekt étaient exclusivement les versions PC du jeu, qui rencontraient assez peu de problèmes. Les journalistes n’ont reçu que plus tardivement les versions pour consoles, sur lesquels les défauts techniques étaient bien plus importants.

Dans sa vidéo d’excuse, Marcin Iwinski a reconnu que les copies des versions pour consoles (comme la PS4 et la Xbox One) n’ont été envoyées que deux jours avant la sortie du jeu car le studio continuait de travailler dessus « jusqu’au dernier moment ». Cependant, comme le souligne la presse spécialisée, le cofondateur de CD Projekt ne mentionne pas le fait que, deux semaines avant la sortie du jeu, l’entreprise assurait aux investisseurs que Cyberpunk 2077 fonctionnait « très bien » sur les machines d’anciennes générations.

Lire notre test du jeu sur PC : « Cyberpunk 2077 », le « Blade Runner » du jeu vidéo

CD Projekt s’engage de nouveau à éliminer le « crunch »

Dans la vidéo publiée mercredi, le PDG du studio confirme que le studio va travailler sur les futures mises à jour de Cyberpunk 2077 prévues pour l’année 2021, à la fois pour corriger les problèmes techniques du jeu et pour ajouter du contenu additionnel. Marcin Iwinski a prévenu mercredi que certaines de ces mises à jour ont été retardées de quelques mois.

Dans un communiqué publié le même jour, le cofondateur de CD Projekt a assuré que ce travail s’effectuera sans que les employés aient à faire « des heures supplémentaires obligatoires », ajoutant qu’éviter « le crunch pour nos futurs projets est une de nos principales priorités ». Le studio polonais est réputé pour imposer des conditions de travail éprouvantes à ses employés, et à pratiquer un « crunch » intensif, nom donné dans l’industrie du jeu vidéo à ces périodes où les développeurs peuvent enchaîner de longues journées et faire des semaines de six ou sept jours de travail pour terminer un jeu.

En 2019, déjà, Marcin Iwinski avait promis, auprès du site spécialisé Kotaku, d’améliorer les conditions de travail de ses salariés, en ne rendant plus le « crunch » obligatoire. L’année suivante, le site Bloomberg révélait cependant que le studio imposait des semaines de six jours aux employés travaillant sur Cyberpunk 2077.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi De CD-ROM pirates jusqu’à « Cyberpunk 2077 » : comment le studio CD Projekt a conquis le jeu vidéo

« Il s’agit de permettre une nouvelle implication pour les “décrocheurs de la citoyenneté” »

Tribune. La fracture de confiance démocratique que nous traversons résulte d’un phénomène que l’on pourrait qualifier de « décrochage citoyen ». Ne se sentant pas entendue, une part grandissante de l’électorat se persuade que le système fonctionne contre ses intérêts et cesse de participer à la vie démocratique de la nation.

Face à ce phénomène de désaffection, les pouvoirs publics multiplient les tentatives de démocratie directe… avec un succès mitigé. Ainsi, les déboires du président de la République avec la convention citoyenne pour le climat ont mis en évidence toutes les difficultés de marier la démocratie directe avec l’affirmation d’un pouvoir exécutif efficace.

Des participants frustrés

Les dirigeants publics, qui utilisent sans modération le terme de « pédagogie », semblent aujourd’hui découvrir des sujets pourtant largement théorisés dans les écoles et maîtrisés dans les entreprises – et frustrent ainsi les attentes des participants. Faisons donc un peu de pédagogie !

La convention citoyenne reposait sur une construction bien connue que l’on nomme « apprentissage par les pairs ». Cette approche est effectivement très puissante pour faire émerger des solutions dites « en dehors de la boîte ». Dans ce cas, les différents métiers de l’entreprise (commerciaux, opérationnels, support…) sont sollicités pour résoudre un problème global et faire émerger des approches innovantes.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Les propositions de la convention citoyenne pour le climat portent davantage sur les obligations des citoyens que sur celles de l’Etat »

Le management s’efface d’abord pour encourager la créativité, mais prend ensuite appui sur ces précieux apports pour initier le changement et, surtout, engager les collaborateurs dans la transformation ainsi dessinée. Il s’agit là de la seconde vertu de cette approche, sans doute la plus essentielle.

La limite bien connue de cette pédagogie est toutefois que les solutions proposées peuvent être contraires aux principes fondamentaux de l’entreprise, voire tout simplement illégales. Il est donc nécessaire de ne pas recourir à l’apprentissage par les pairs lorsque les finalités sont normatives, ou alors de poser clairement en amont le principe d’une régulation ex post par la direction. Le « sans filtre » ne saurait donc convenir.

Adapter le message

Cette régulation est d’ailleurs le plus souvent bien comprise des collaborateurs de l’entreprise, comme elle le serait sans doute des citoyens. L’essentiel est que les contributeurs acquièrent la conviction qu’ils ont effectivement et utilement contribué, ce qui rejaillira sur leur propre appropriation de la transformation. Le sujet est bien connu de toutes les directions des ressources humaines d’entreprises, qui mobilisent ensuite ces relais internes pour diffuser la dynamique du changement.

Il vous reste 53.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le Covid-19 provoque le retour en force des préretraites

Maudit Covid-19. A cause des restrictions sanitaires pour juguler l’épidémie, Dominique a dû abandonner l’idée d’un pot de départ digne de ce nom, le jour où il a définitivement arrêté de travailler. C’était le 8 décembre 2020. Une consolation, tout de même : un petit-déjeuner a été organisé dans son service avec « dix à douze » collègues. On lui a remis des bons-cadeaux et le directeur des ressources humaines s’est fendu d’un discours pour le saluer. « C’était fort agréable », confie-t-il.

Alors qu’il fêtera ses 60 ans dans quelques mois, Dominique quitte l’usine Bosch d’Onet-le-Château (Aveyron), à la lisière de Rodez, où il avait été embauché comme technicien de maintenance en 1986. De son parcours chez le fabricant de pièces automobiles pour moteur diesel, il parle avec enthousiasme : « Je me suis éclaté », lance-t-il en évoquant plusieurs déplacements professionnels à l’étranger et l’autonomie dont il jouissait pour accomplir ses tâches.

Mais des nuages menaçants ont grossi au-dessus du site aveyronnais de Bosch. Année après année, la production a décliné avec l’érosion des ventes de véhicules roulant au gasoil. Et la récession en cours n’a rien arrangé. L’hypothèse d’une fermeture a même été évoquée, il y a quelques mois.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « On se sent abandonnés par les politiques » : à Rodez, les salariés de Bosch craignent d’être « les sacrifiés » du diesel

Dominique n’a donc pas hésité longtemps quand la direction a présenté, à la mi-2020, un dispositif dit d’« aménagement de fin de carrière ». Fondé sur le volontariat, celui-ci permet aux salariés les plus âgés de stopper leur activité, tout en continuant d’être payés par Bosch à hauteur, environ, de 80 % de leur rémunération, et d’avoir droit à divers avantages octroyés à l’ensemble du personnel : mutuelle d’entreprise, offre de loisirs et de voyages à tarifs réduits, proposée par le comité social et économique (CSE), etc.

Séduire le plus grand nombre

Le mécanisme fonctionne jusqu’au jour où les intéressés ont suffisamment cotisé pour partir à la retraite, au taux plein. Y sont éligibles tous ceux qui sont nés avant le 1er janvier 1963 et qui se trouvent à 48 mois ou à moins de 48 mois de l’âge auquel ils peuvent prétendre à une pension sans décote. « La mesure pourrait concerner jusqu’à 130 postes, en équivalent temps plein, précise une porte-parole de la direction. Les départs s’effectueront en deux vagues durant l’année 2021, en fonction de l’âge des bénéficiaires. »

Tout a été fait « pour que les gens acceptent », résume Dominique en décrivant un dispositif qui cherche à séduire le plus grand nombre. « Je suis très content de m’en aller et de démarrer une nouvelle vie », poursuit-il, sachant que ses liens avec l’usine ne sont pas entièrement rompus : élu du personnel sous la casquette CFE-CGC, il continuera d’exercer son mandat jusqu’en novembre 2022.

Il vous reste 71.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le personnel du quotidien « L’Equipe » entre dans son cinquième jour de grève

Dans d’autres circonstances, les lecteurs de L’Equipe auraient ouvert leur quotidien sportif, ce mercredi 13 janvier, avec la certitude d’y faire le plein d’infos au sujet de l’affiche du soir, la finale du Trophée des champions qui oppose, en football, le Paris-Saint-Germain à l’Olympique de Marseille. Au lieu de quoi ils constateront que, pour la cinquième journée consécutive, leur journal n’est pas sorti. Lancée vendredi 8 janvier à l’appel de l’intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, UFICT-CGT, SGLCE-CGT) et reconduite chaque jour à 16 heures depuis lors, une grève se poursuit, sans qu’il soit encore possible d’entrevoir son issue.

Lire aussi Un mouvement de grève perturbe « L’Equipe », qui ne paraîtra pas samedi 9 janvier

Les salariés (plus des trois quarts parmi les effectifs permanents hors hiérarchie ont cessé le travail, selon les syndicats) protestent contre le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé cet automne au sein de la SAS L’Equipe, la société par actions simplifiée qui rassemble L’Equipe, L’Equipe Magazine, Lequipe.fr, France Football, Vélo Magazine – mais pas la chaîne de télévision L’Equipe. Entre 50 et 60 emplois sont menacés, tandis qu’une douzaine de postes devraient être créés afin d’accélérer le recrutement d’abonnés payants.

La direction estime que « l’impact social net » se limitera ainsi à 35 postes de journalistes en CDI et 8 postes administratifs (sur un effectif total d’environ 350 personnes), mais les syndicats rappellent que les cinq permanents du supplément Sport & Style (qui relève d’une autre entité juridique), condamné à la disparition, vont également être licenciés, et que des dizaines de pigistes seront touchés.

« Mesurettes »

Au total, ce PSE est censé susciter entre 5 et 6 millions d’euros d’économies et pallier une situation financière dégradée par les circonstances de l’année 2020. « Si rien ne devait être fait, rappelle ainsi la direction, les projections de pertes pour les quatre années à venir seraient de 6 millions d’euros pour 2021, 7 millions pour 2022, et à plus de 10 millions pour 2023 et 2024. » Des prévisions qui tiennent compte du calendrier d’événements sportifs des années à venir, réputé favorable, souligne-t-elle.

Le plan de relance éditorial qui accompagne ce PSE ne convainc pas davantage les salariés. Ils l’ont fait savoir la semaine dernière par le biais de lettres envoyées, service par service, à leur hiérarchie. A leurs yeux, l’ambition affichée se résume à « faire mieux avec moins ». « Les gens lisent L’Equipe parce qu’ils y trouvent des articles de spécialistes, estime Francis Magois, délégué syndical SNJ. Si on écrabouille la force de production, et si on supprime les petits sports, c’est la mort ! »

Il vous reste 52.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Les entreprises pourront vacciner au plus tôt au printemps

Carnet de bureau. Alors que le gouvernement avait dans un premier temps interdit aux entreprises de prendre en charge les campagnes de tests de dépistage du Covid-19, jusqu’au revirement du 29 octobre 2020, il reconnaît aujourd’hui qu’en entreprise ça s’est bien passé. Elisabeth Borne compte désormais avec elles pour organiser la vaccination des salariés sur la base du volontariat et dans le respect du secret médical. « Je pense que les entreprises, qui tous les ans participent à la stratégie de vaccination contre la grippe, pourront le moment venu jouer un rôle dans cette stratégie de vaccination », a déclaré la ministre du travail, sur Franceinfo le 5 janvier. Aurait-on tiré les leçons de la gestion des campagnes de tests ?

« Je me félicite que la ministre reconnaisse la place majeure des entreprises dans la prévention santé des collaborateurs », réagit Jean-Marie Lambert, DRH groupe de Veolia. Le spécialiste de la gestion de l’eau et des déchets avait été un des premiers à organiser une campagne de tests pour l’ensemble du personnel. « Quand on a décidé de les proposer à tous les salariés, on a maintenu notre position [malgré l’interdiction gouvernementale], et le personnel a été ravi. On a envoyé des camions sur site et 4/5e des salariés se sont fait tester. On est tout à fait prêts à vacciner les volontaires quand on aura les vaccins . On s’attend à un effet boule de neige. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Derrière la frilosité de la stratégie vaccinale, les craintes de poursuites judiciaires

Le préalable est évidemment que les vaccins soient à disposition. Environ 1 million de vaccins Pfizer-BioNTech devraient être livrés par semaine à partir du mois de mars, a indiqué le ministre de la santé, Olivier Véran. « On ne sait pas comment les vaccins nous parviendront, remarque M. Lambert. On les attend avec espoir et impatience. »

Légère accélération

Depuis le rappel d’Emmanuel Macron qui lors de ses vœux à la nation a déclaré qu’il ne laisserait pas « pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s’installer », le premier ministre a bien annoncé une légère accélération du calendrier. C’est dès le 18 janvier et non plus au mois de mars que les plus de 75 ans pourront se faire vacciner, a-t-on appris le 7 janvier. « Nous ouvrons la vaccination à 5 millions de personnes et nous nous donnons plusieurs semaines pour le faire», a précisé M. Véran devant la commission des affaires sociales du Sénat, le 12 janvier.

Lire le récit : Les six semaines de flottement qui ont retardé la campagne de vaccination française contre le Covid-19

Mais pour le monde du travail, en dehors des professionnels de santé, ce n’est pas pour tout de suite. Il faudra attendre la phase 3, « quand on vaccinera en population générale », a précisé Mme Borne. L’objectif gouvernemental est de vacciner le maximum de personnes dans le temps le plus court.

Il vous reste 20.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le prêt de salariés entre les entreprises, un dispositif qui peine à s’imposer

« L’UIMM a lancé en septembre 2020 un outil en ligne devant faciliter le prêt de main-d’œuvre. La plate-forme est ouverte aux entreprises dépendant de la fédération patronale, mais aussi d’autres secteurs. »

C’est un dispositif qui, sur le papier, possède de nombreux atouts. Une société subit une baisse d’activité temporaire ? Le prêt de main-d’œuvre lui permet de mettre des collaborateurs à disposition d’une autre entreprise avant de les réintégrer quelques mois plus tard. Cela en lui facturant salaires, charges sociales et frais professionnels. Autre cas de figure : une PME a besoin d’une compétence spécifique pour développer un projet et n’arrive pas à recruter un profil correspondant ? Un grand groupe peut lui « prêter » un salarié doté de l’expertise recherchée.

Voilà pour la théorie. Dans la pratique, de tels exemples sont rares, le prêt de main-d’œuvre peine à émerger en France. Malgré l’impulsion donnée par le gouvernement au cœur de la crise. En effet, face aux conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19, ce dispositif est apparu comme un outil utile pour limiter les licenciements.

« C’est aussi un moyen pour l’Etat de tenter de contenir le recours à l’activité partielle », note le responsable d’une plate-forme de prêt de salariés. Des mesures ont donc été prises temporairement pour simplifier sa mise en place. Les entreprises peuvent, par exemple, conclure une seule convention de mise à disposition pour plusieurs salariés, au lieu d’une convention par salarié auparavant.

Lire aussi : Le gouvernement souhaite bloquer l’arrivée de salariés polonais de PSA

Des acteurs économiques convaincus de son intérêt souhaitent développer le recours au prêt de salariés. « C’est une démarche pertinente, mais elle demande du temps, les entreprises ne peuvent pas mener un tel chantier en six mois », explique Marie Kieffer, déléguée générale de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires. Son organisme travaille au déploiement de tels prêts. Elle a rapidement constaté la nécessité de créer du lien entre les différentes parties prenantes. « Il faut que les entreprises se connaissent, note-t-elle. De même, nous faisons des entretiens avec chaque salarié volontaire. »

Travailler au niveau local

« Le prêt de main-d’œuvre n’est pas un dispositif dont le processus peut être industrialisé, précise David Derré, directeur emploi et formation à l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), la fédération patronale de la métallurgie. Il doit être mené dans le cadre d’une gestion de proximité, avec un accompagnement personnalisé et le respect d’un cadre juridique. » Et de résumer : « C’est de la dentelle. »

L’UIMM a lancé en septembre 2020 un outil en ligne devant faciliter le prêt de main-d’œuvre. La plate-forme est ouverte aux entreprises dépendant de la fédération patronale, mais aussi d’autres secteurs (ameublement, pharmacie, plasturgie…). « Le dispositif reste aujourd’hui relativement confidentiel », reconnaît M. Derré. Début janvier, 54 entreprises se disaient prêtes à accueillir environ 200 salariés. Face à elles, une quarantaine de sociétés proposaient d’en prêter 230. S’il espère une montée en puissance, M. Derré convient que la solution « n’a pas vocation à être l’alpha et l’oméga face à la crise actuelle ».

Il vous reste 47.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Quel accident du travail pour le salarié en télétravail ?

Droit social. Le récent accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020 pour une mise en œuvre réussie du télétravail dispose que « le télétravail étant une modalité d’exécution du contrat de travail, la présomption d’imputabilité relative aux accidents de travail s’applique également en cas de télétravail. Malgré les difficultés de mise en œuvre pratique, c’est ce que prévoit explicitement le code du travail ». Ce point sans portée normative propre et sibyllin – témoignage de l’âpreté des négociations sur ce sujet – mérite explications.

« Les accidents survenus par le fait du travail ou à l’occasion du travail », selon la formule de la loi du 8 avril 1898 (qui a créé le régime spécial d’indemnisation des victimes d’accidents du travail), ouvrent à tout salarié une prise en charge de l’intégralité des dépenses de santé engendrées sans que la victime n’ait à faire l’avance des sommes, tout comme, le cas échéant, au versement de revenus de remplacement plus généreux que ceux versés hors accident du travail. La formulation de 1898 est reprise telle quelle dans l’article L411-1 du code de la Sécurité sociale.

Tout accident du travail se traduit également par une majoration pour l’employeur des cotisations relatives aux risques professionnels. Les accidents survenus durant l’exécution de la prestation du salarié sont légalement présumés imputables au travail.

Une protection efficace ?

Cette fiction juridique, parfaitement adaptée à un travail réunissant plusieurs personnes en un même lieu sous la direction de l’employeur ou de son représentant, a vu, du fait de l’évolution de l’organisation du travail, sa portée élargie par les tribunaux à « tout accident survenu à un travailleur alors qu’il est soumis à l’autorité ou à la surveillance de son employeur ». Tel est, par exemple, le cas si l’accident se réalise hors du temps de travail lors d’une mission à l’étranger.

L’article L1222-9 du code du travail, qui organise le statut du télétravailleur, a ajouté une seconde présomption aux règles de sécurité sociale : « L’accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail pendant l’exercice de l’activité professionnelle du télétravailleur est présumé être un accident de travail. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Covid-19, un risque pénal pour l’employeur

Ainsi, ni le critère du lieu d’exercice du salarié « utilisant les technologies de l’information et de la communication », ni celui de l’autorité patronale, ni la surveillance de l’employeur importent. La protection peut sembler efficace.

Il vous reste 32.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Le Pouvoir de la destruction créatrice » : le capitalisme en pleine crise d’identité

« Le pouvoir de la destruction créatrice », de Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel, aux éditions Odile Jacob, 448 pages, 24,90 euros.

Le livre. La pandémie de Covid-19 aura eu le mérite de révéler avec éclat les faiblesses du capitalisme. En Chine, elle a montré les limites d’un capitalisme sans liberté d’expression. Aux Etats-Unis, elle a mis à nu le drame de tous ces individus qui ne sont pas assurés contre une perte d’emploi et contre la maladie.

En France, elle a montré « la vulnérabilité d’une économie qui est allée trop loin dans la délocalisation de ses chaînes de valeur, y compris dans les secteurs stratégiques comme la santé ; elle a également fait apparaître les limites d’un Etat trop centralisé, trop bureaucratique, et qui ne faisait pas assez confiance à la société civile et à aux territoires », analysent Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel dans l’ouvrage Le Pouvoir de la destruction créatrice.

Le capitalisme affronte une crise d’identité comme il n’en a jamais connu auparavant. Face à la montée des inégalités, à la précarisation du travail, à la détérioration de la santé et de l’environnement, faut-il changer radicalement de système économique et abolir le capitalisme ? Pas selon les auteurs de l’essai Le Pouvoir de la destruction créatrice : plutôt que de vouloir le dépasser, il faut chercher à mieux le réguler. « Le capitalisme est un cheval fougueux : il peut facilement s’emballer, échappant à tout contrôle. Mais si on lui tient fermement les rênes, alors il va là où l’on veut. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Réformer l’entreprise : mission impossible ?

Aboutissement de cinq années de cours au Collège de France, l’ouvrage souhaite permettre à un public sans expertise préalable d’accéder aux travaux de recherche récents en économie de l’innovation et de la croissance. Comment diriger la destruction créatrice vers l’objectif d’une croissance plus verte et juste ? Comment faire en sorte que les innovateurs d’hier n’utilisent pas leurs rentes pour empêcher de nouvelles innovations ? Quelles sont les forces qui permettent d’orienter la destruction créatrice ? s’interrogent le professeur au Collège de France Philippe Aghion, l’économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques Céline Antonin, et l’administrateur de l’Insee Simon Bunel.

Corriger les excès

Si le Covid-19 entraîne des destructions d’emplois et des faillites en masse, il incite aussi à innover. Le secteur de la distribution va, plus que jamais, recourir à l’intelligence artificielle et à la robotique, car les consommateurs ne perdront pas l’habitude prise de commander en ligne. Le confinement nous a fait découvrir les mérites du télétravail et des consultations médicales à distance.

Il vous reste 34.67% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.