Statut des chauffeurs VTC : le syndicat INV a saisi le tribunal administratif

« Madame la ministre, allez-vous enfin saisir l’inspection du travail pour protéger ces travailleurs plutôt que les plates-formes ? », a lancé Olivier Jacquin, sénateur (groupe socialiste, écologiste et républicain, SER) de Meurthe-et-Moselle, à l’intention d’Elisabeth Borne, ministre du travail, le 10 mars, lors des questions au gouvernement. Depuis début 2020, l’Intersyndicale nationale VTC (INV), qui déclare rassembler 2 000 chauffeurs Uber, tente, en vain, d’obtenir un contrôle de l’inspection du travail dans cette plate-forme.

Lire le reportage : « On prend tout parce qu’on n’a pas le choix » : l’angoisse des chauffeurs VTC

Cette dernière, estime l’INV, pratique du travail dissimulé en recourant à des autoentrepreneurs au lieu de salariés, et ne respecte pas les règles de santé et de sécurité au travail. Après une année 2019 où « trois chauffeurs, qui travaillaient dix à quinze heures par jour selon leurs épouses, sont morts subitement en rentrant chez eux », explique-t-il, Brahim Ben Ali, secrétaire général de l’INV, est très inquiet. En pleine crise sanitaire, et alors que la Cour de cassation a reconnu, le 4 mars 2020, que le statut d’autoentrepreneur d’un chauffeur VTC d’Uber était « fictif », il alerte par e-mail, le 5 juin, l’inspection du travail sur les problèmes de pénibilité et de santé au travail et sur l’existence de travail dissimulé.

La crise du Covid-19 ayant raréfié la clientèle des VTC, ils doivent travailler beaucoup plus pour espérer gagner de quoi vivre. « Enormément de nos collègues sont épuisés, s’alarme M. Ben Ali. Le compteur dans les véhicules limite les heures de conduite à dix heures par jour. Mais les chauffeurs restent connectés dans leurs voitures quinze ou seize heures pour ne pas rater de courses. Certains dorment même dedans ! »

« Décision implicite de rejet »

Il saisit donc officiellement l’inspection du travail pour qu’elle mène un contrôle. « Les services de l’inspection du travail n’ont pas compétence pour intervenir » car « les chauffeurs concernés n’ont pas le statut de salariés », lui est-il répondu dans un mail du 9 juin. Même une « mise en demeure hygiène et sécurité » pour faire cesser un danger, comme cela s’est fait chez Amazon en avril, est impossible. « Après échanges avec ma direction, cette mesure n’est pas envisageable, car les chauffeurs concernés n’ont pas le statut de salariés », écrit l’inspectrice saisie.

Jérôme Giusti, avocat au cabinet Metalaw, qui représente 167 chauffeurs Uber et l’INV, écrit alors à Elisabeth Borne, ministre du travail, le 27 octobre. Il estime que la réponse de l’inspectrice constitue « un raisonnement par l’absurde ». Certes, l’inspection du travail n’exerce en principe sa mission qu’à l’égard d’employeurs ayant des salariés. Mais en cas de soupçon de travail dissimulé, il en va autrement. Sinon, comment pourrait-elle remplir son rôle de contrôle du respect de la législation en matière de travail dissimulé ? Il demande donc à la ministre de diligenter un contrôle.

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Covid-19, un an après : « Il faut construire un néosyndicalisme pour les travailleurs de plate-forme »

Tribune. Ils travaillent souvent dans des conditions difficiles, voire dangereuses, et cela pour des salaires de misère (500 euros par mois pour 250 000 d’entre eux). Ils ne bénéficient d’aucune couverture sociale, donc pas de droit à des congés à de la formation, à des points de retraite. Des sans-papiers ? Non, des sans-statut. Ils sont environ 1,3 million en France : livreurs de repas, chauffeurs ubérisés, travailleurs à domicile réalisant des microtâches sur leur ordinateur, de plus en plus nombreux à l’heure du couvre-feu et du télétravail.

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Tous, néanmoins, ont un point commun : ils ne peuvent avoir du travail que apr le biais d’une plate-forme. Là aussi, le numérique a transformé les relations du travail. Grâce à la plate-forme, plus aucun lien entre une entreprise qui a ponctuellement un besoin et un demandeur de travail. L’entreprise s’affranchit ainsi des contraintes contractuelles : pas de salariés, donc pas de charges ni contraintes juridiques, pas de problème de recrutement, de formation, de licenciement. C’est la plate-forme qui fixe au travailleur les plages de disponibilité, les critères d’efficacité, de qualité de la prestation. Les optimistes y voient le retour à la liberté de l’artisan. Le coursier répond aux missions qui lui conviennent. Pas de contrat de travail, donc pas de lien de subordination. La liberté oui, mais aussi la précarité. Le coursier qui se retrouve à l’hôpital, jambe cassée, immobilisé pour deux mois, de quelles ressources dispose-t-il ?

Dans tous les pays, le législateur s’efforce de clarifier la situation de ces nouveaux travailleurs. En France, à l’occasion de la loi d’orientation des mobilités, l’Etat s’en est mollement préoccupé. La justice constitue-t-elle une voie de recours ? Des actions sont intentées. Les dossiers se révèlent complexes pour obtenir une requalification en contrat de travail. Aucune action de groupe n’a pour l’instant vu le jour.

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Sans doute pour prévenir une loi plus contraignante, certaines plates-formes tentent d’améliorer la situation, soit en prenant en charge une partie des frais d’entretien des vélos de leurs coursiers, soit, comme Deliveroo, en mettant en place une couverture maladie. Just Eat France vient de secouer le monde des plates-formes en créant un réseau de livreurs salariés, en CDI de surcroît. Quelque 350 coursiers en bénéficient à Paris. La formule pourrait s’étendre aux grandes villes de France, avec 4 500 recrutements possibles. En contrepartie, quelques exigences, comme une tenue et un comportement corrects, l’image du restaurant qui fait livrer étant en jeu.

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« La croyance selon laquelle le mérite détermine la réussite est fausse »

Tribune. Ouvrant une séquence visiblement destinée à rééquilibrer l’axe politique du quinquennat de droite à gauche, le président de la République, Emmanuel Macron, a multiplié les annonces liées à l’égalité des chances : le 11 février, un millier de places supplémentaires créées dans des « Prépas Talents » et des parcours spécifiques dans certaines grandes écoles, le 12 février lancement d’une plate-forme « anti-discriminations », le 1er mars un programme d’incitation au mentorat.

L’intention, à l’évidence, est louable. Oui, il faut permettre à chacun de ne pas être assigné au milieu social dans lequel il est né. Oui, il est absolument nécessaire de redémarrer l’ascenseur social qui, dans notre pays, est en panne depuis des années. Les chiffres sont éloquents. Les deux tiers des étudiants des grandes écoles sont issus des catégories sociales très favorisées (« Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ? », Rapport n° 30, Institut des politiques publiques, janvier 2021).

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A l’inverse, les étudiants issus des catégories défavorisées ne représentent que 9 % des effectifs. Ce ne sont plus des titres de noblesse, mais des diplômes que la classe dominante transmet à ses bambins, et le fossé entre les étudiants riches et pauvres s’apparente aujourd’hui à un véritable apartheid social. Le pire est sans doute que cela dure depuis longtemps.

Le revers de la méritocratie

Ainsi, dans le même rapport, on découvre que les chiffres n’ont que très peu varié depuis vingt ans. Nous vivons dans un système d’héritiers, décrit par le sociologue Pierre Bourdieu en… 1964. Aucun signe, aucune statistique ne peut accréditer une autre thèse. L’échec scolaire est déterminé à la naissance. Fort de ces constats, on pourrait se féliciter que notre président s’empare du sujet.

Mais il n’y a à mon sens aucun motif de s’en réjouir. Car Emmanuel Macron croit en la méritocratie. Pour lui, les privilèges dans la vie sont dus au talent et à l’effort. Moralement, le système méritocratique est présenté comme l’inverse de l’hérédité aristocratique, où les places sociales étaient occupées en fonction de la naissance. Il voudrait nous faire croire, comme tous ses prédécesseurs du reste, que nous sommes dans un système dans lequel les avantages sont acquis grâce au mérite, et sont donc justes.

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« Rien ne m’a été donné. Ce que j’ai arraché, je l’ai conquis et je l’ai fait fructifier », expliquait ainsi François Hollande dans son discours du Bourget (« L’Obs », 22 janvier 2012). Son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, de l’autre côté de l’échiquier politique, ne disait pas autre chose : « Je suis contre l’égalitarisme, l’assistanat, le nivellement ; pour le mérite, la juste récompense des efforts de chacun, et la promotion sociale » (« Le Figaro », 31 Janvier 2007).

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Il faut « remettre le recrutement des fonctionnaires en phase avec son temps »

Tribune. Souvenez-vous, il y a deux ans, l’Ecole nationale d’administration (ENA) était une cible et devait disparaître : trop étroite et élitiste dans son recrutement, faisant des hauts fonctionnaires de grands corps de l’Etat déconnectés des réalités et des besoins, son sort était scellé. On imaginait en même temps ouvrir davantage la fonction publique aux contractuels venant d’horizons divers.

Le discours du président de la République à Nantes, le 11 février, opère un retour en grâce spectaculaire de la grande institution qui forme les élites administratives françaises : symbole d’un ascenseur social grippé, elle deviendra dès la rentrée 2021 source de progrès social en accompagnant l’entrée d’étudiants de quartiers populaires.

D’autres grandes écoles formant des hauts fonctionnaires sont aussi concernées par cette ouverture des concours : l’Institut national des études territoriales, l’Ecole des hautes études en santé publique, l’Ecole des commissaires de police, l’Ecole des directeurs des établissements pénitentiaires.

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Si cette annonce a surpris, cette transformation du recrutement n’est finalement que la poursuite d’un mouvement amorcé à l’ENA depuis près de quarante ans avec l’ouverture des deuxième et troisième voies d’accès : la deuxième voie pour des agents du service public méritants et expérimentés, la troisième voie pour des salariés du privé voulant réorienter leur carrière dans le sens de l’intérêt général.

Un marqueur

Ces deux voies ont permis de former des « hauts manageurs publics » aux compétences et aux parcours plus divers et ont étendu le savoir-faire des diplômés de l’ENA, mais cela s’est fait sur une base sociale encore plus étroite, avec un plus bas atteint en 2019 : la promotion ne comptait qu’un étudiant issu d’une famille d’ouvriers… Le milieu social est devenu un marqueur à l’ENA, mais il n’est pas le seul.

Une autre source d’inégalité est peu évoquée et traitée en tant que telle : la méconnaissance générale de la filière administrative supérieure dans la population au-delà des enfants de fonctionnaires. Emmanuel Macron l’a vécu lui-même, il ne connaissait pas l’ENA et y est arrivé un peu par hasard.

Les énarques naissent dans des familles de fonctionnaires : sans parent dans la fonction publique, l’ENA et l’ensemble des écoles formant les cadres supérieurs des administrations sont au mieux connues – mais négativement, car réputées inaccessibles –, au pire entièrement méconnues. Elles ne constituent en tout cas pas des débouchés naturels.

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En France, le redémarrage de l’économie sera trop lent pour effacer les effets de la crise

A Paris, le 5 janvier 2021.

Un an après le début de la crise, l’économie est convalescente, et la guérison s’annonce encore lointaine. Avec une prévision de croissance de 1 % pour le premier trimestre, le niveau d’activité du pays serait encore en recul de 4 % par rapport à la situation d’avant-Covid, selon les prévisions de l’Insee rendues publiques jeudi 11 mars. A fin juin, après un deuxième trimestre qui verra le PIB augmenter de 1 %, elle aurait regagné encore un peu de terrain, en recul de 3 % par rapport à l’avant-crise. « L’acquis de croissance » pour le premier semestre – c’est-à-dire le taux de croissance obtenu en fin d’année si la croissance est nulle sur le reste de l’année – serait alors de 5,5 % selon l’Insee. Soit un rythme identique à celui attendu pour la croissance mondiale (5,6 % en 2021 selon l’OCDE).

La situation économique au premier trimestre « se situe sur une ligne de crête, ou un entre-deux, avec des signes de lassitude et d’autres de résistance », a commenté Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l’Insee, rappelant que, depuis le déclenchement de l’épidémie, « on peut presque calquer la situation économique sur la situation sanitaire tellement les deux sont liées ».

Réduire les faillites

Cette corrélation transparaît clairement dans la santé relative des différents secteurs de l’économie. Si l’industrie a presque retrouvé un niveau normal d’activité, ce n’est pas le cas d’une grande partie des services en raison des mesures de restrictions − couvre-feu à 18 heures, fermeture des bars et restaurants, confinements localisés… Avec une situation encore détériorée par rapport à l’été 2020, ce sont ces services qui devraient peser sur l’emploi salarié en cette première moitié de 2021.

Cette amélioration « en trompe-l’œil » devrait se dissiper au premier trimestre, le chômage revenant à 8,5 % de la population active

Après une année atypique, le marché du travail devrait retrouver un fonctionnement plus proche de la normale. L’année 2020 s’est traduite par la perte de 323 000 emplois (dont 284 000 emplois salariés), un chiffre contenu par le chômage partiel, qui a permis d’éviter une explosion des licenciements, et par le soutien aux entreprises. Les prêts garantis par l’Etat ont ainsi permis de fortement réduire le nombre de faillites, en chute de 40 % sur un an, selon les données de la Banque de France, mercredi 10 mars.

Il en a résulté une baisse du chômage à 8 % de la population active à fin 2020. Mais cette amélioration « en trompe-l’œil » devrait se dissiper au premier trimestre, le chômage revenant à 8,5 % de la population active, soit 0,4 point au-dessus du niveau de fin 2019. L’Insee estime, en effet, que le caractère durable de la crise conduira « les entreprises à progressivement renoncer à retenir de la main-d’œuvre dans leurs effectifs, en abaissant notamment l’ampleur de leur recours au chômage partiel ».

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Affaire Tefal : la condamnation d’une inspectrice du travail confirmée en cassation

Laura Pfeiffer vient de perdre une manche décisive dans la bataille judiciaire qui l’oppose, depuis un peu plus de sept années, à la société Tefal. Le 3 mars, la Cour de cassation a confirmé la condamnation prononcée à l’encontre de cette inspectrice du travail qui se voyait reprocher deux infractions pénales : la violation du secret professionnel et le recel de documents obtenus au prix d’une atteinte au secret des correspondances électroniques. L’arrêt rendu par la chambre criminelle de la haute juridiction constitue le énième épisode d’un feuilleton hors du commun – souvent présenté comme « l’affaire Tefal » –, qui a déclenché, pendant des mois, de fortes turbulences au ministère du travail. Une histoire à tiroirs, qui n’est pas encore tout à fait terminée.

Les faits incriminés portent sur des e-mails envoyés et reçus en 2013 par la direction de l’usine Tefal à Rumilly (Haute-Savoie). Ils avaient été communiqués à Laura Pfeiffer par un salarié de l’entreprise, Christophe M., qui se les était procurés de façon illicite. Ces courriels pouvaient accréditer l’idée qu’il y avait une collusion entre le fabricant d’articles de cuisine et Philippe Dumont, le supérieur hiérarchique de l’inspectrice du travail, afin que celle-ci change de comportement et se montre plus indulgente à l’égard des patrons du site de Rumilly.

Persuadée que son chef relayait les pressions de Tefal, la fonctionnaire avait communiqué les courriels en question à plusieurs syndicats et la querelle avait fait à la « une » de L’Humanité, en décembre 2013. L’industriel avait déposé une plainte contre X pour « introduction frauduleuse dans un système de traitement automatisé de données ». Les investigations avaient permis d’identifier l’inspectrice du travail et sa « taupe », Christophe M. Tous deux avaient été condamnés, en première instance puis en appel – Laura Pfeiffer se voyant infliger 3 500 euros d’amende avec sursis.

Eventuels prolongements de l’affaire

L’agent de contrôle avait saisi la Cour de cassation, en revendiquant le statut de « lanceuse d’alerte » désireuse de signaler un délit : en l’occurrence, la tentative de Tefal d’entraver son action, avec la complicité de son supérieur hiérarchique. La notion de lanceur d’alerte ayant évolué depuis la loi dite « Sapin II » de décembre 2016, la Cour de cassation avait estimé, en 2018, qu’il fallait réexaminer le dossier. Un nouveau procès avait donc eu lieu devant la cour d’appel de Lyon : une fois de plus, les débats avaient tourné en défaveur de Laura Pfeiffer.

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« Longtemps présenté comme un progrès pour les administrations, le numérique n’a pas tenu toutes ses promesses »

Tribune. Injonction paradoxale ou hasard de calendriers ? Le Sénat a adopté, le 12 janvier, la proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique ; dans le même temps, le gouvernement affirme à grand renfort de financements et d’appels à projets son objectif de dématérialiser 100 % des démarches administratives d’ici à 2022.

Le numérique, vecteur du « zéro papier », est souvent présenté comme une solution écologique. Mais le terme « dématérialisation » est trompeur car il y a bien exploitation et création de matière. Derrière la transformation numérique de nos organisations se cachent ainsi des impacts environnementaux et sociaux que nous devons saisir en pleine conscience et responsabilité.

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La crise sanitaire a drastiquement accéléré le mouvement en matière de déploiement des outils informatiques et des usages numériques. Or, selon le think tank [sur la transition énergétique] The Shift Project, le numérique serait déjà responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau national (7 % en 2040 !), alors que seulement 20 % des démarches administratives sont aujourd’hui dématérialisées.

Empreinte carbone

Le numérique est assurément un allié pour améliorer la performance des administrations et la qualité du service rendu aux citoyens. Mais poursuivre l’objectif d’une dématérialisation à 100 % nécessitera de revoir les stratégies numériques publiques (voire de les créer !) afin d’assurer leur soutenabilité au sens économique, social, démocratique et environnemental.

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Dès lors que les deux tiers de l’empreinte carbone du numérique proviennent des terminaux (ordinateurs, smartphones…), en grande partie lors de leur fabrication, les acteurs publics doivent veiller à la systématisation des dotations en matériel. Ils doivent améliorer la qualification des besoins, jouer sur l’allongement de la durée de vie et la réparabilité des matériels, favoriser leur réemploi au bénéfice des usagers fragiles et des associations locales.

Le tiers restant de l’empreinte carbone provient des millions de données publiques stockées dans les data centers. Il convient également de réguler les dispositifs de sauvegarde et l’accès au cloud, en privilégiant les infrastructures locales, moins polluantes.

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S’engager dans la nécessaire sobriété numérique implique de profonds changements dans les usages des agents publics : réduire l’usage excessif des e-mails (un arbre absorbe 20 kg de CO2 par an, 666 e-mails avec un fichier attaché de 1 Mo en produisent autant), revoir la collecte et la sélection des données (41 % des données collectées ne sont pas utilisées pour des analyses), développer les compétences numériques et sensibiliser à la cybersécurité.

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Espagne : les livreurs à domicile seront « présumés » salariés, une première européenne

Le 27 mars 2020, des cyclistes travaillant pour les services de livraison de nourriture Deliveroo et Glovo enfourchent leur vélo à Madrid.

C’est bientôt la fin du statut d’autoentrepreneur pour les livreurs à domicile espagnols. Le gouvernement et les partenaires sociaux du pays de Cervantès sont parvenus à un accord pour introduire dans le code du travail une « présomption de salariat » pour les livreurs à domicile de repas travaillant pour des plates-formes comme Deliveroo ou UberEats, a annoncé jeudi 11 mars le ministère du travail.

Ces personnes « sont désormais des salariés et des salariées et pourront profiter de toutes les protections » découlant de ce statut, a annoncé la ministre du travail, Yolanda Diaz, soulignant que l’Espagne était « le premier pays de l’UE à légiférer sur ce thème ».

Ces livreurs à vélo ou à moto, dont le nombre a explosé ces dernières années, ont à de nombreuses reprises dénoncé la précarité de leurs conditions de travail en Espagne.

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Droit à une protection sociale

L’accord conclu entre le gouvernement, les syndicats et le patronat consiste à inclure dans le code du travail cette catégorie de personnes, en reconnaissant « la présomption de salariat pour les travailleurs fournissant des services rétribués de livraison via des entreprises qui effectuent cette tâche grâce à un algorithme gérant le service ou les conditions de travail à travers une plateforme numérique », rapporte un communiqué du ministère.

« J’ai dit de nombreuses fois qu’un travailleur qui parcourt nos rues à vélo avec une appli n’était pas un entrepreneur », a souligné Mme Diaz. Désormais, « des milliers de travailleurs et de travailleuses seront des employés, les entreprises cotiseront pour eux, et ils auront droit à toute la protection sociale qu’ils n’ont pas aujourd’hui », a-t-elle précisé.

Le texte prévoit en outre que les syndicats « devront être informés des règles régissant les algorithmes et les systèmes d’intelligence artificielle pouvant avoir un impact sur les conditions de travail », selon le communiqué. L’attribution d’heures de travail en fonction de profils créés de manière opaque par des algorithmes est très critiquée par les livreurs.

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Trois mois pour se mettre en conformité

Le gouvernement de gauche s’est appuyé sur une décision de la Cour suprême espagnole datant de septembre, laquelle reconnaissait l’existence d’une « relation de travail » entre un livreur et la société espagnole Glovo, après que de nombreux litiges juridiques entre livreurs et plates-formes ont éclaté ces dernières années en Espagne. Les entreprises auront trois mois pour se mettre en conformité avec cette modification du code du travail.

Aucun pays européen ne compte actuellement de législation de ce type. Les livreurs sont considérés comme des autoentrepreneurs en Italie, au Royaume-Uni et en France, où JustEat a récemment annoncé le recrutement de 4 500 livreurs en CDI.

Le Parlement belge a voté en 2016 une loi – entrée en vigueur en mars 2017 – sur les plateformes collaboratives, laquelle a instauré un impôt de 10 % sur les revenus tirés de ce travail. Mais, selon les syndicats, ladite loi n’offrait pas pour autant un statut au livreur ni une couverture sociale – par l’intermédiaire de son employeur.

Lire l’enquête : Pédale ou crève : dans la peau d’un livreur à vélo

Le Monde

Avec Go Sport, l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon se renforce dans la distribution

Devant un magasin Go Sport, à Villeneuve-d’Ascq (Nord), en 2014.

Après le rachat, en août 2020, de la marque de prêt-à-porter Camaïeu, l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon est de nouveau au cœur d’une négociation de taille, révélée mercredi 10 mars. Le patron de la Financière immobilière bordelaise (FIB) est entré en discussion avec Rallye, la maison mère de Casino, afin d’acquérir l’enseigne Go Sport pour… 1 euro.

Ce dénouement est un soulagement pour Rallye, la holding de contrôle de Jean-Charles Naouri, qui va se séparer d’une filiale non stratégique sans avoir à la recapitaliser. Ce prix de 1 euro sur lequel les parties se sont entendues pour mener des négociations exclusives prévoit qu’il n’y aura « aucune garantie de passif à la charge de Rallye ». Et pour cause, le contexte sanitaire et les restrictions d’ouverture, depuis un an, pour les magasins non alimentaires ont nettement alourdi la dette de Go Sport.

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Or, dans les plans de sauvegarde de Rallye et des différentes holdings de M. Naouri, validés en mars 2020 par le tribunal, cette cession future faisait partie du nouvel équilibre, même si rien n’était écrit noir sur blanc.

Cela fait plusieurs années que Jean-Charles Naouri souhaitait se séparer de Go Sport, qui a intégré Rallye lors du rachat du groupe Genty-Cathiard, en 1990. Céder donc, mais pas auprès de n’importe qui : en le proposant à un acteur qui pourra poursuivre son développement. Créé en 1978, ce spécialiste de la distribution d’articles de sport exploite, en France, 85 magasins en propre et 48 magasins en franchise, mais aussi l’enseigne Endurance Shop (45 magasins affiliés), et possède 45 franchisés à l’international. Avec ses 2 000 salariés, Go Sport a réalisé un chiffre d’affaires de 625 millions d’euros en 2019.

Coincé entre Decathlon et Intersport

Cependant, pour pouvoir donner des perspectives de rentabilité future aux acheteurs, il fallait au préalable remettre l’entreprise sur les rails. Or, Go Sport a du mal à trouver sa voie, coincé avec ses 5 % de parts de marché en France entre les deux géants : d’un côté, Decathlon, très puissant sur ses propres marques, et, de l’autre, Intersport, fort dans le textile et les promotions.

Tout s’est accéléré en 2019. Go Sport a d’abord cédé, en février, sa filiale Courir au fonds Equistone. Au même moment, un management de transition du cabinet Prospheres a été nommé à la place du PDG André Ségura, en poste depuis 2013, pour remettre à plat la stratégie. Et, en septembre, Go Sport a vendu sa filiale polonaise au groupe russe Sportmaster.

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A « L’Equipe », la validation du plan de sauvegarde de l’emploi se fait attendre

Manifestation de salariés de « L’Equipe », devant le siège du groupe, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 13 janvier 2021.

Alors qu’à L’Equipe, le bout du tunnel social devait coïncider avec les premiers jours de mars, c’est au contraire une nouvelle phase d’incertitude qui s’ouvre. Au terme des vingt-et-un jours dont elle disposait pour avaliser le plan de réorganisation présenté par la direction, début février, la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) a estimé qu’elle ne pouvait l’homologuer en l’état.

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Pour se prononcer, elle « sollicite un complément d’informations sur les conséquences du projet en termes de conditions de travail », a fait savoir la direction du quotidien sportif à ses salariés, mardi 9 mars, en fin de journée. Un délai inattendu, qui allonge encore la période d’instabilité ouverte il y a dix mois, lorsqu’un projet de plan d’économies avait été connu.

Seul le plan de sauvegarde de l’emploi élaboré pour la SAS L’Equipe (L’Equipe, L’Equipe Mag, L’Equipe.fr, Vélo Magazine, France Football), qui vise la suppression d’une cinquantaine de postes, dont 8 administratifs, est concerné.

Développements numériques

Attendue pour le 5 mars au plus tard, la validation de l’inspection du travail devait permettre aux candidats au départ de commencer à se manifester. Ils devront encore attendre, tandis que, de leur côté, les salariés de la filiale Presse Sports Investissement (PSI), éditrice du supplément « Sport & Style », qui n’a pas reparu depuis juin 2020, sont fixés sur leur sort : le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui les touche (5 postes) a, lui, été homologué.

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Pour ces derniers, et bien que les calendriers des deux PSE soient désormais dissociés, la direction du groupe précise qu’il « observera ses obligations en matière de reclassement au sein de L’Equipe et de l’ensemble du groupe Amaury, en fonction des postes disponibles ». Pour rappel, une douzaine de postes doivent, en outre, être créés pour soutenir les développements numériques.

« Pour le rapport de confiance, ce n’est pas top »

« La direction va retravailler son dossier, mais sans nous dire sur quels points exactement, regrette Francis Magois, le délégué syndical SNJ, qui s’exprime au nom de l’intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, UFICT-CGT, SGLCE-CGT). Pour le rapport de confiance, ce n’est pas top. » Elus et salariés entretenaient l’espoir, certes ténu, que le remplacement du directeur général Jean-Louis Pelé, devenu le PDG de Nice-Matin, le 1er mars, par Laurent Prud’homme, augure d’un nouveau dialogue social au sein de l’entreprise.

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