« Il faut bâtir un système de contrôle des plates-formes et de leurs algorithmes »

Tribune. Aveuglée par le mirage du « capitalisme de plates-formes », mode de production dans lequel un travailleur mal noté par un client peut être déconnecté sans explication, notre société a laissé s’installer un cheval de Troie qui menace notre modèle social. Au cœur de sa matrice, l’opacité d’une « boîte noire » nommée l’algorithme.

Il incombe au législateur de remettre du droit et de définir des mécanismes de protection des travailleurs des plates-formes de travail face à ce contremaître 2.0.

Pour des raisons de sécurité, la puissance publique a su imposer le chronotachygraphe, qui mesure le temps de conduite dans les cabines des chauffeurs routiers. Dès lors, nous proposons que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), autorité indépendante expérimentée et incontestée, puisse pénétrer dans les algorithmes, en dépit du secret des affaires, en certifiant et en contrôlant ceux des plus importantes plates-formes et en produisant des référentiels normatifs par secteurs d’activité auxquels toutes les plates-formes devront se conformer.

Il s’agit peu ou prou d’inventer un « algorithme public » qui contrôle certaines données de l’algorithme privé afin de se conformer au droit : durée du travail, sécurité, santé, règlement général sur la protection des données (RGPD)…

Un pouvoir fort de sanction

Cet élargissement des compétences de la CNIL devra se traduire évidemment par une augmentation de son budget. La nouvelle taxe sur les plates-formes instaurée cette année le permettra.

Aux plates-formes de prouver qu’ils sont bien des indépendants et non à eux de démontrer leur subordination, trop souvent cachée par l’algorithme.

Si l’algorithme est au cœur de la problématique, il est indispensable, en parallèle, de bâtir un système de contrôle des plates-formes et des relations qu’elles entretiennent avec les travailleurs. La création d’une nouvelle autorité indépendante en sera la pierre angulaire. Le rapport Frouin (« Réguler les plateformes numériques de travail », 1er décembre 2020) en a esquissé les premiers contours. Cette autorité agréera les plates-formes de travail.

Elle devra être composée d’inspecteurs chargés de vérifier et de contrôler les mécanismes de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, les modalités de calcul et de versement de la rémunération, le dialogue social, la prévention des risques d’atteinte aux droits et des libertés des travailleurs, des atteintes à l’environnement et de mesurer le degré de vigilance.

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Cette autorité devra, évidemment, disposer d’un pouvoir fort de sanction allant jusqu’au refus de l’octroi d’une licence d’activité, voire la suspension ou la cessation de l’activité d’une plate-forme en France.

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Des « entreprises éphémères » pour des emplois durables

Dans le quartier en plein renouveau de la Joliette, à Marseille (Bouches-du-Rhône), Amandine Papain a pris le tournant qui allait changer le cours de sa vie professionnelle. Il y a encore quelques semaines, cette jeune diplômée d’un master en communication digitale enchaînait les envois de CV sans succès : « Cela faisait deux ans que je cherchais du travail », dit-elle.

En septembre, Pôle emploi l’a invitée à assister à une réunion d’information sur une initiative un peu particulière, implantée provisoirement dans le quartier d’affaires de la cité phocéenne : l’entreprise éphémère.

Le principe : pendant six semaines, de 50 à 80 personnes en recherche d’emploi intègrent cette structure sans statut juridique, qui simule le mode de fonctionnement d’une entreprise classique. Répartis dans différents services – ressources humaines, communication, Web…, ils œuvrent à une mission commune : défricher le marché caché de l’emploi. Chacun travaille à son niveau pour faire connaître l’initiative et démarcher les entreprises du territoire.

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C’est sans trop y croire qu’Amandine Papain se décide à adhérer au projet : « Au début j’y suis allée à reculons, car je ne pensais pas que cela pouvait m’ouvrir des portes dans le secteur que je recherchais. » Après une première semaine d’intégration, la candidate rejoint le service communication de cette vraie fausse entreprise. « Tous les matins, on accueillait des entreprises du territoire. Je m’occupais de toute la partie graphisme, on faisait des communiqués de presse pour faire connaître l’initiative… » Ce « travail » amène la candidate à entrer en contact avec un groupe immobilier, qui finira par la recruter en tant que « community manager ».

Redonner confiance dans sa recherche d’emploi

Depuis leur création, en 2013, les Entreprises éphémères pour l’emploi tournent dans différentes villes. Née de l’idée de deux formateurs en ressources humaines, l’initiative est désormais labellisée par Pôle emploi. « On a souvent des demandeurs d’emploi de longue durée, explique Didier Krief, d’un des deux coachs à l’origine de cette expérimentation. L’objectif est de remettre les personnes dans le rythme et de leur redonner un cadre, tout en créant un apport de compétences qu’elles pourront valoriser. »

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Quatorze entreprises éphémères ont ainsi vu le jour à Calais (Pas-de-Calais), à Arles (Bouches-du-Rhône), à Nanterre (Hauts-de-Seine)… au gré des partenariats montés avec les opérateurs publics et les entreprises locales. Pendant ce programme, les participants restent demandeurs d’emploi. Ils sont accompagnés par les formateurs et rencontrent des entreprises du territoire engagées dans cette expérience.

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« Qui aurait parié en 2019, que toutes les grandes entreprises réussiraient à s’adapter si facilement à l’impératif du confinement ? »

Tribune. Pour certains, les grandes entreprises traditionnelles seraient condamnées au déclin. Incapables de se réinventer, elles devraient céder la place aux start-up qui rêvent de les remplacer. Pour d’autres, c’est le système capitaliste lui-même qui est à bout de souffle, incapable de répondre aux défis qui se dressent devant lui. Les menaces sont bien réelles, certes, mais doit-on confondre le fonctionnement économique d’aujourd’hui et le système lui-même ?

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La forme actuelle, appelée ultralibéralisme, n’est en réalité que la troisième forme historique d’un capitalisme en mutation. Elle a émergé à partir des années 1980 dans un mouvement de bascule du capitalisme managérial vers le capitalisme financiarisé. Le capitalisme managérial avait lui-même remplacé à partir des années 1920 le capitalisme entrepreneurial. Ces différentes bascules ont été autant de périodes de crises dans lesquelles les antagonismes ont été portés à leur paroxysme pendant de longues années.

Dans les années 1920, l’entrepreneur a été progressivement supplanté par le manageur professionnel armé d’une compétence toute nouvelle, le management, pendant que le pouvoir de l’actionnaire se diluait avec la fragmentation du capital des grandes entreprises. La troisième phase a correspondu à l’émergence de l’actionnaire professionnel, armé d’une compétence nouvelle, la finance, et d’un nouveau rapport de force, une concentration du capital à travers les fonds d’investissement.

Les différentes manières de s’adapter

Les difficultés actuelles signent-elles la fin du capitalisme et des grandes entreprises ou la naissance laborieuse d’un quatrième capitalisme enfanté par la mutation des grandes entreprises ? Depuis quelques années les grandes entreprises multiplient les initiatives dans deux directions apparemment très différentes.

La première consiste à retrouver la vitalité entrepreneuriale des origines. C’est le développement du « corporate entrepreneurship ». La totalité des grandes entreprises françaises ont développé des actions d’acculturation massive à la culture entrepreneuriale et à l’innovation ou développé des programmes d’intrapreneuriat ou ont appris à investir dans les start-up, quand ce n’est pas les trois à la fois. Si peu d’entre elles ont réussi à faire émerger en leur sein des entreprises nouvelles de la taille des fameuses licornes, elles sont nombreuses à avoir réussi à développer des start-up viables, un premier succès qui n’allait pas de soi.

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Le deuxième type d’initiatives vise à étendre la responsabilité de l’entreprise, au-delà de son périmètre traditionnel, à l’ensemble des parties prenantes de son environnement avec une perspective de long terme retrouvée. Il s’agit des actions de type « responsabilité sociale de l’entreprise » (RSE), de la notion de « raison d’être », voire du nouveau statut d’entreprise à mission ou B-corp aux Etats-Unis.

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Après le choc de la crise sanitaire, leur nouvelle vie auprès des morts

Par

Publié aujourd’hui à 16h17

A l’Ecole nationale des métiers du funéraire, à Paris.

Aurore Merchin n’est pas près d’oublier ce matin d’hiver, fin 2018, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Après avoir attendu un certain temps la représentante des pompes funèbres, qui était en retard, elle s’est retrouvée, à l’issue de la cérémonie, les mains recouvertes des cendres de son beau-père parce que l’urne avait été mal scellée. Pour cette ancienne journaliste pétillante et passionnée, tout, dans ce jour de neige, a été douloureux. Des obsèques gâchées qui l’obsèdent.

Deux ans plus tard, lors du premier confinement dû à l’épidémie de Covid-19, elle est sidérée par les images télévisées de centaines de cercueils empilés dans un entrepôt de Rungis en raison de la saturation des chambres funéraires des hôpitaux parisiens. Personne ne sait que faire des morts du Covid-19. « J’ai eu l’intuition que nous vivions une rupture anthropologique majeure, et que la société tout entière allait basculer dans un deuil traumatique », raconte-t-elle. A 42 ans, Aurore décide de changer de vie et de faire de la mort son métier.

Elle se lance dans une formation de conseillère funéraire dispensée par l’Ecole nationale des métiers du funéraire (Enamef). Après un mois de cours théoriques et d’ateliers pratiques, elle décroche haut la main les épreuves écrites et l’oral au printemps dernier. Elle a créé un compte Instagram (@le.chemin.de.traverse_) et dévore des livres sur la mort.

Stage en pompes funèbres

Cet été, elle a arpenté les cimetières de ses lieux de vacances, en Italie et en Tunisie, où des particuliers ont recueilli les corps de migrants échoués sur les plages pour leur offrir des sépultures. A Paris, elle découvre les taphophiles, ces passionnés de cimetières, et leurs histoires fascinantes. Comme celle de ce vieux Maghrébin qui, chaque jour, prend le chemin du cimetière du Montparnasse pour se recueillir sur la tombe de Jacques Chirac qu’il tient à remercier de lui avoir octroyé sa naturalisation française.

Aurore Merchin (ici au Père-Lachaise), 42 ans, ex-journaliste, est devenue conseillère funéraire.

« Les rites funéraires existent depuis la préhistoire, c’est le marqueur de notre humanité, explique Aurore Merchin. Ils ont été niés pendant la Shoah, pendant laquelle mes grands-parents et mes arrière-grands-parents ont été déportés. Ma passion pour ce métier vient aussi de ces vieux fantômes. »

En septembre, elle a fait un stage pratique d’un mois dans une agence de pompes funèbres, qui l’a confortée dans son choix. « Avant, quand j’expliquais que j’étais journaliste, on me regardait presque avec mépris, du style “tu ne sers à rien”. Maintenant, les gens me disent : “conseillère funéraire ? C’est formidable !” Je me sens appartenir à la catégorie des métiers essentiels, comme on dit aujourd’hui. »

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Le salon des MBA et Executive Masters

Organisé par « Le Monde », le salon MBA Fair accueillera des grandes écoles françaises qui proposent des MBA ou des « executive masters », masters destinés aux cadres qui souhaitent progresser dans leur carrière ou se réorienter : Insead, HEC, Essec, Emlyon, Neoma, Audencia, Kedge, ESCP, IESEG, ISC Paris, EHL, HEC Lausanne, Celsa, Epitech Digital…

Deux formats seront proposés aux visiteurs : un salon en présentiel de 10 h 30 à 17 heures organisé samedi 27 novembre 2021, au Palais Brongniart à Paris, suivi d’une version « en ligne » de 17 heures jusqu’à 20 heures. L’accès est gratuit, sur inscription en ligne.

Des conférences

Une journaliste spécialisée du « Monde », animera deux conférences :

  • 11 heures – MBA, un booster de carrière
  • 14 heures – Bien choisir son MBA ou son « executive master  »

Des prises de paroles des écoles sont aussi programmées dans la journée. Ces conférences seront disponibles en replay après 17 heures, sur le site du salon, dans sa version ligne.

Des rendez-vous avec les écoles

Dans la journée, le public pourra rencontrer des responsables de programmes sur les stands, participer aux prises de parole et masterclass des écoles.

De 17 heures à 20 heures, dans la version en ligne du MBA Fair, il sera possible de prendre rendez-vous pour des entretiens individuels en visioconférence. Les cadres pourront participer à des sessions d’information en ligne, dans lesquelles les écoles présenteront leurs formations et répondront aux questions des internautes sur les admissions, financements.

L’entrée au salon du MBA Fair est gratuite sur inscription en ligne. La liste des exposants et les informations pratiques sont à retrouver sur le site du MBA Fair.

Pour préparer votre visite et prendre des rendez-vous en ligne, inscrivez-vous gratuitement :

Le Salon des MBA & Executive Masters

Samedi 27 novembre 2021. De 10h30 à 17h au Palais Brongniart, Paris 2e, et de 17h à 20h en ligne. Inscription gratuite

S’inscrire à l’événement

Le Monde

Les syndicats dénoncent le renforcement annoncé du contrôle des chômeurs

L’exécutif est, de nouveau, accusé de s’en prendre aux chômeurs. Alors qu’il vient d’annoncer une augmentation des contrôles sur les demandeurs d’emploi, plusieurs responsables syndicaux s’indignent, estimant qu’une telle mesure est « démagogique » et recèle des arrière-pensées électoralistes. Ces critiques s’ajoutent à celles lancées depuis des mois contre la réforme de l’assurance-chômage, qui a durci les règles pour accéder au dispositif tout en rendant moins favorable l’indemnisation des travailleurs précaires.

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La colère des organisations de salariés est liée à la dernière allocution d’Emmanuel Macron. Mardi 9 novembre, le président de la République a évoqué les « entrepreneurs » qui peinent à recruter de la main-d’œuvre, faute de candidats. « Au moment où trois millions de nos compatriotes se trouvent encore au chômage, cette situation heurte le bon sens », a-t-il déploré. Pour la « dépasser », le chef de l’Etat a énuméré plusieurs solutions, déjà mises en œuvre – par exemple les investissements massifs dans la formation professionnelle – ou qui se concrétiseront prochainement. Ainsi, « les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues », a-t-il dit.

15 milliards pour les formations

Son propos aurait pu laisser penser qu’il s’agissait d’une nouveauté. Il n’en est rien. Au sein de Pôle emploi, il y a quelque 600 agents qui s’assurent que les chômeurs prennent des initiatives afin de décrocher un poste – ces derniers étant tenus de le faire lorsqu’ils s’inscrivent chez l’opérateur public. En 2019, environ 400 000 contrôles ont été réalisés ; 15 % d’entre eux ont débouché sur des sanctions plus ou moins sévères, l’allocation pouvant être supprimée pendant un à quatre mois, voire définitivement s’il y a une fraude.

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Le nombre de ces vérifications va être accru de 25 % durant les six prochains mois. C’est ce qu’a indiqué la ministre du travail, Elisabeth Borne, mercredi matin sur RTL. Le but est de voir si les individus visés « répond[ent] à des offres, se rend[ent] à des entretiens, participe[nt] à des sessions de recrutement ou sui[vent] les formations proposées ». « C’est bien normal », a-t-elle ajouté, en rappelant que, au début du quinquennat, le pouvoir en place a lancé un plan, financé à hauteur de 15 milliards d’euros, pour développer les compétences des demandeurs d’emploi.

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La décision du gouvernement « repose sur le présupposé que les chômeurs ne veulent pas travailler et qu’il faut les y forcer avec les sanctions et les baisses d’allocation », confie Denis Gravouil, en charge du dossier assurance-chômage à la CGT : « Nous y sommes bien sûr opposés. » « On stigmatise les demandeurs d’emploi, s’insurge Michel Beaugas, secrétaire confédéral à Force ouvrière. C’est le même discours que celui consistant à prétendre qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot. Le président de la République cherche à élargir son spectre électoral. » Secrétaire confédéral à la CFTC, Eric Courpotin dénonce une forme de « populisme » : « Nous sommes entrés en campagne. » De son côté, Marylise Léon, la numéro deux de la CFDT, regrette que l’exécutif n’ait pas abordé la « question de la responsabilité des entreprises » dans ce débat qui englobe la thématique des offres d’emplois non pourvues : pour elle, les conditions de travail et les rémunérations sont une des principales données du problème.

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Les contrats de professionnalisation, aidés mais mis au second plan

Politique de l’emploi

[La politique de l’emploi s’appuie sur des dispositifs créés au fil des besoins, qui restent parfois méconnus longtemps après leur création. Quelle est leur efficacité contre le chômage ? Elle n’est pas toujours évaluée. Le Monde lance une série d’articles sur les aides à l’emploi, pour tenter d’estimer ce qu’on en sait – leur objectif initial, leurs résultats.]

L’objectif du dispositif

Les entreprises embauchant des jeunes en contrat de professionnalisation bénéficient de la prolongation de l’aide exceptionnelle à l’alternance jusqu’en juin 2022, dans le cadre du plan gouvernemental 1 jeune, 1 solution. Contrairement au contrat d’apprentissage, le contrat de professionnalisation relève de la formation continue. Il est souvent d’une durée plus courte et vise d’abord à intégrer un emploi spécifique.

Le salarié en contrat de professionnalisation touche entre 55 % et 100 % du smic suivant l’âge et le niveau d’études, ou 85 % de la rémunération minimale prévue par la convention collective (ou l’accord de branche de l’entreprise si celui-ci est plus favorable).

Le fonctionnement

Comme pour l’apprentissage, l’aide exceptionnelle versée aux employeurs pour le recrutement d’un jeune en contrat de professionnalisation s’élève à 5 000 euros pour un mineur et à 8 000 euros pour un jeune majeur préparant un diplôme de niveau master au maximum. Une limite d’âge est toutefois fixée : le jeune doit avoir moins de 30 ans. Cette aide est accordée uniquement la première année du contrat, éventuellement au prorata de sa durée pour un contrat de moins de douze mois.

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Cette aide exceptionnelle est accordée aux entreprises de toute taille. Les conditions sont similaires à celles de l’aide exceptionnelle à l’apprentissage : les entreprises de 250 salariés ou plus qui souhaitent en bénéficier doivent s’engager à atteindre au moins 5 % de contrats favorisant l’insertion professionnelle dans leurs effectifs ou 3 % si la progression globale de contrats en alternance est d’au moins 10 %. A une différence près : l’employeur (quelle que soit sa taille) doit transmettre chaque mois le bulletin de paie du salarié concerné à l’Agence de services et de paiement.

Comme pour l’apprentissage, l’aide exceptionnelle versée aux employeurs pour le recrutement d’un jeune en contrat de professionnalisation s’élève à 5 000 euros pour un mineur et à 8 000 euros pour un jeune majeur préparant un diplôme de niveau master au maximum

Depuis le 1er janvier 2021, une aide à l’embauche spécifique pour les personnes éligibles à un parcours d’insertion par l’activité économique recrutées en contrat de professionnalisation a également été mise en place. Elle ne peut pas être cumulée avec l’aide exceptionnelle.

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Salaires des patrons : après une baisse en 2020, les PDG entendent se rattraper cette année

Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, s’est vu allouer au titre de 2020 la rémunération variable la plus élevée du SBF 120, soit une enveloppe de 2,5 millions d’euros. Ici, en 2018, à Massy.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Le patron le plus mal payé parmi les 120 premières entreprises cotées françaises est… une femme. Stéphane Pallez, PDG de la Française des jeux (FDJ), a décroché cette palme avec 380 000 euros dus au titre de l’année 2020, selon le rapport sur les rémunérations des dirigeants de l’indice SBF 120 publié mercredi 10 novembre par la société de conseil Proxinvest.

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Comme tous les patrons d’entreprise publique, Mme Pallez est tenue par la limite de 450 000 euros fixée par l’Etat. En outre, au début de la pandémie, elle a consenti un don correspondant à un mois de son salaire fixe au nom de la « solidarité ». Elle n’est pas la seule. Pendant une année 2020 marquée par la crise sanitaire, le chômage partiel, et les aides d’Etat, 58 % des entreprises, selon Proxinvest, ont ainsi réduit les rémunérations de leurs mandataires sociaux, volontairement ou parce que les objectifs qui conditionnent les bonus n’ont pas été atteints ; 6 % des groupes ont aussi différé des hausses de salaires prévues.

Conséquence, la rémunération totale moyenne des patrons du SBF 120 au titre de 2020, à savoir salaire fixe, part variable, actions de performance et autres avantages en nature, marque une baisse historique de 14 %, pour atteindre 3,2 millions d’euros : même pendant la crise financière de 2008, un tel ajustement n’avait pas eu lieu.

Plus spectaculaire, les bonus annuels des patrons du SBF 120 ont plongé de 27 %

« On revient à des niveaux observés en 2014-2015 », constate Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest. Pour les multinationales du CAC 40, la diminution moyenne est un peu moins marquée : le PDG, directeur général ou gérant d’une entreprise de l’indice phare de la Bourse de Paris aura obtenu en moyenne une rémunération totale de 4,6 millions d’euros, en recul de 11 %.

Plus spectaculaire, les bonus annuels des patrons du SBF 120 ont plongé de 27 %. « On n’avait jamais vu une baisse d’une telle ampleur d’une année sur l’autre », souligne M. Dessaint. Quinze parmi les 120 n’ont bénéficié d’aucun bonus en 2020. Certains volontairement à l’image de François-Henri Pinault (Kering) et Benjamin Smith (Air-France KLM) qui avaient annoncé dès le début de l’épidémie qu’ils renonçaient à toute rémunération variable.

« La chute des bonus aurait été encore plus élevée si les entreprises avaient appliqué les critères de calculs qu’elles avaient définis avant la pandémie », poursuit le directeur général de l’agence de vote. Beaucoup de sociétés, en effet, ont demandé à leurs actionnaires de revoir en cours de route leur politique de rémunération afin de pouvoir quand même récompenser leurs équipes dirigeantes, notamment quand la contre-performance de 2020 empêchait la réussite de plans triennaux. « Ce qui nous a le plus choqués, c’est quand Accor et Pierre & Vacances ont modifié les règles du jeu sans même demander à l’assemblée générale ».

Tous les grands patrons ne se sont pas serré la ceinture

Mais tous les grands patrons ne se sont pas serré la ceinture. Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, s’est vu allouer au titre de 2020 la rémunération variable la plus élevée du SBF 120, soit une enveloppe de 2,5 millions d’euros. Daniel Julien, le PDG de Teleperformance, s’est vu attribuer la plus forte augmentation, avec un « package » de 17 millions d’euros, soit près de 4 millions de plus qu’en 2019.

Le patron du géant des centres d’appel n’est, toutefois, pas le mieux payé de la Place : en 2020, comme l’année précédente, c’est Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes, qui monte sur la première marche du podium, avec une rémunération de 20,6 millions d’euros, 4 millions de moins qu’en 2019 : le dirigeant bénéficie, selon le rapport annuel, d’une « démarche d’association progressive au capital visant, à terme, à lui donner une participation au capital en ligne avec celle de ses pairs dans les sociétés de technologie dans le monde ». A noter que si Dassault Systèmes et Teleperformance ont réalisé de très beaux parcours boursiers depuis le mini-krach de mars 2020, ce fut le cas aussi de la FDJ…

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Pour la suite, le suspens n’est guère de mise : la chute des rémunérations entrevue en 2020 ne va pas durer. « Il va y avoir une forme de rattrapage », prévient M. Dessaint. En particulier, même si les « packages » élevés sont de plus en plus contestés en assemblée générale, beaucoup d’entreprises comme Vivendi ou Essilor Luxottica ont d’ores et déjà fait voter lors des assemblées générales 2021 des hausses des salaires fixes pour leurs dirigeants.

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France Loisirs cherche à nouveau un repreneur

A Ajaccio, en avril 2018.

« En six ans, j’ai injecté 30 millions d’euros dans France Loisirs, un projet qui me tenait à cœur. La transformation de l’entreprise est arrivée presque à son terme, mais a été trop lente, et la pandémie de Covid19 nous a mis au tapis », explique au Monde Adrian Diaconu, président d’Actissia, maison-mère de ce club de livres, qui ne compte plus que 800 000 membres.

Le chiffre d’affaires de ce groupe intégré (à la fois éditeur, imprimeur, diffuseur, centre d’appels et de logistique) a fondu de 22 % en 2020 par rapport à 2019, à 65,8 millions d’euros. Or, la dégringolade se poursuit au moins au même rythme depuis le début de l’année. Parallèlement, les pertes de l’entreprise s’aggravent. « Après 8 millions d’euros de déficit au premier semestre, les deux mois de juillet et août ont généré 6 millions d’euros de pertes », constate M. Diaconu.

Une nouvelle fois, France Loisirs cherche un repreneur. Après une déclaration de cessation de paiements, le 29 septembre, au tribunal de commerce de Paris, l’entreprise, qui compte un millier de salariés avec ses filiales, a été placée, par un jugement du 25 octobre, en liquidation judiciaire, mais, fait rare, avec une continuation d’activité, précisément pour pouvoir trouver un repreneur. Mercredi 10 novembre, deux offres de reprise sérieuses, mais insuffisantes, ont été proposées à Hélène Bourbouloux, administratrice judiciaire chargée de ce dossier. Le tribunal devra se prononcer début décembre.

Concurrence d’Amazon, Cultura et de Leclerc

Créé en 1970 par Bertelsmann et les Presses de la Cité, ce club de livres, qui a compté jusqu’à 2 millions d’adhérents, a plusieurs fois évité la faillite. En mars 2015, quand Adrian Diaconu, PDG d’International Technology Solutions, une société luxembourgeoise diversifiée dans les drones, la sécurité des objets connectés et l’intelligence artificielle, a repris Actissia, le groupe était à la dérive et criblé de dettes. Le repreneur a recentré le réseau de boutiques sur les livres, en mettant fin à la vente de produits de beauté et cosmétiques – une diversification qui avait échoué.

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La concurrence d’Amazon, mais aussi celle de Cultura et des librairies Leclerc, a rendu obsolète un modèle qui consistait à vendre au moins cinq ouvrages par an à des abonnés. Quitte à leur envoyer d’office des titres qu’ils n’avaient pas demandés à ceux qui n’avaient pas passé leur commande assez tôt.

Malgré une tentative de remise à flot de France Loisirs, qui comptait encore 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015 et plus de 2 000 employés, Adrian Diaconu a dû déposer le bilan une première fois en décembre 2017. L’entreprise est sortie de son redressement judiciaire en 2019, et Adrian Diaconu, toujours à la tête du groupe après l’approbation de son plan de continuation par le tribunal, a mis fin à l’envoi systématique de livres aux abonnés.

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Médias : un climat social glacial au sein du Groupe Moniteur

L’ambiance n’était pas aux réjouissances, mercredi 10 novembre, au sein du groupe de presse spécialisée Moniteur. Le comité social et économique (CSE) extraordinaire, qui s’est tenu dans l’après-midi, s’est vu restituer un document intitulé « Expertise risque grave relative à la charge de travail et les risques psychosociaux », aux conclusions sévères, du cabinet Alterventions. Dans la foulée, les élus du CSE ont voté à l’unanimité une résolution demandant un « plan d’action » à la direction dans un délai d’un mois. Une journée aux allures de point d’orgue, après des mois de climat social tendu dans le « pôle construction », l’une des entités d’Infopro Digital.

Pour le plus important groupe français de presse professionnelle (Libre services actualités, L’Usine nouvelle, L’Argus de l’assurance, etc.), également connu pour son activité d’éditeur de logiciels et son expertise dans l’événementiel (Le Salon des maires), cette étude tombe à un moment charnière. Son propriétaire, le fonds Towerbrook, a décidé de se séparer des 74 % de parts qu’il possède, ainsi que l’ont révélé Stratégies et Les Echos, début octobre. La banque Morgan Stanley a été mandatée pour trouver un successeur à l’investisseur, revenu au capital de l’entreprise en 2016.

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Présent dans l’automobile, la distribution ou l’assurance, le groupe se porte bien. A tel point que le fonds le valorise pour 2 milliards d’euros, contre 700 millions d’euros lors de son acquisition. Entre 2001, date de la création de la société, et 2019, le chiffre d’affaires est passé de 23 millions à 445 millions d’euros. « Avec un Ebitda [excédent brut d’exploitation] tombé à 110 millions d’euros en 2020, à cause de l’arrêt des salons et de la baisse des ventes de logiciels, cette valorisation nous paraît énorme », estime un journaliste de l’un des 30 titres d’Infopro Digital. « On pensait plutôt qu’une entrée en Bourse interviendrait bientôt, ajoute Jérôme Ribault, secrétaire du CSE et délégué syndical FO. On ne sait pas ce qui est le mieux, ou le pire, pour nous. »

Augmentation des licenciements et des démissions

Cette prospérité doit beaucoup à la politique d’acquisitions – notamment l’allemand Docu Group, les britanniques Haynes et Barbour ABI (annoncée le 2 novembre) –, mais aussi, toujours selon le document, à la santé des salariés du groupe Moniteur. Dans cette partie d’Infopro Digital, la croissance relèverait « d’une stratégie de maximisation financière assurée pour l’essentiel par la compression continue des moyens des entités acquises (baisse quasi permanente des effectifs, faibles investissements internes) ».

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