Vous avez été licencié pour motif économique, racontez-nous vos recherches d’emploi

Depuis le 1er mars 2020, 84 100 ruptures de contrats de travail ont été annoncées par des entreprises dans le cadre de plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) selon la Dares, le service de statistiques du ministère du travail. Soit près de trois fois plus que pendant la même période l’année précédente. A la fin de décembre, Pôle emploi révélait que le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (sans aucune activité) avait crû de 9,5 % en un an.

Vous faites partie de ces licenciés pour motif économique qui ont perdu leur travail depuis le début de la crise. Racontez-nous vos démarches pour retrouver du travail dans ce contexte particulier de la crise sanitaire, alors que les demandeurs d’emploi sont si nombreux, avec les contraintes ou les avantages de votre territoire. Racontez-nous aussi de quelles aides vous avez pu bénéficier dans vos démarches (accompagnement de Pôle emploi, d’une cellule de reclassement, aides à la formation ou à la reconversion…). Dites-nous comment vous vivez cette période.

Votre témoignage pourra être utilisé dans le cadre d’un article à paraître dans Le Monde. N’oubliez pas de saisir une adresse électronique que vous consultez souvent ou un numéro de téléphone, afin que nous puissions vous contacter pour vous demander des précisions. Votre témoignage pourra être publié anonymement si vous le souhaitez.

VOTRE TÉMOIGNAGE

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée et ne sera utilisée que dans le cadre exclusif de cet appel à témoignage.

Voir les conditions de dépôt

1 – Le Monde.fr, site édité par Le Monde interactif, présente une sélection de témoignages, sous forme d’écrits, de photographies et de vidéos qui lui sont soumis librement par ses internautes. 2 – Les textes, photographies et vidéos sont toujours présentés avec mention du nom de l’auteur. 3 – Les participants autorisent l’utilisation de leurs témoignages pour une publication sur le site Le Monde.fr, dans le groupe Dailymotion du Monde.fr (http://www.dailymotion.com/lemondefr) ou dans le quotidien « Le Monde ». 4 – L’utilisation de ces écrits, photographies et vidéos ne peut donner lieu à un versement de droit d’auteur ou à une rétribution sous quelque forme que ce soit. 5 – Le Monde interactif s’engage à prendre le plus grand soin des œuvres confiées dans le cadre de ce service, mais ne peut en aucun cas être tenu pour responsable des pertes ou dommages occasionnés aux œuvres. 6 – L’équipe du Monde.fr se réserve le droit de refuser des témoignages, notamment : – les témoignages contraires à la loi (racisme, appel à la violence ou à la haine, diffamation, pornographie, pédophilie, sexisme, homophobie, …) ; – les témoignages contraires aux règles de conduite du Monde.fr (mauvaise orthographe, propos non conforme au sujet demandé, forme peu soignée, …) ; – les témoignages dont le sujet ou la forme présente peu d’intérêt pour les lecteurs ; – les témoignages déjà été proposés et publiés ou similaires à un témoignage récemment publié ; – la représentation d’une personne physique pouvant être identifiée, en particulier les personnes mineures ; – la représentation d’une œuvre pouvant relever du droit d’auteur ; – les photographies et vidéos dont la qualité technique est insuffisante (photos floues, vidéos illisibles ou de mauvaise définition, bande son inaudible, …). 7 – Les internautes qui déposent leur témoignage recevront un e-mail confirmant ou infirmant leur acceptation et publication. Les témoignages qui n’auront pas été validés ne seront pas conservés par Le Monde interactif et ne pourront faire l’objet d’une restitution à leur auteur.

RÈGLEMENT

En participant à cet appel à témoignages, vous autorisez la publication totale ou partielle de votre contibution sur le site Le Monde.fr, dans le quotidien Le Monde, dans « M, le Magazine du Monde » ou sur tout autre site où la Société éditrice du Monde publie du contenu éditorial (Facebook, Twitter, Digiteka, Instagram, etc.). Tout témoignage contenant des propos contraires à la loi est proscrit et ne sera évidemment pas publié. Une orthographe et une mise en forme soignées sont exigées (pas de textes en lettres capitales, pas d’abréviations ou d’écrits de type « SMS »). Vous devez impérativement préciser la date et le lieu où ont été pris vos documents photographiques ou vidéo et rédiger une légende descriptive. Votre témoignage doit être signé de vos prénom et nom. Les demandes d’anonymat en cas de publication seront examinées par la rédaction au cas par cas. L’intégralité des conditions de dépôt de témoignage est accessible sous le formulaire ci-contre.

La pandémie de Covid-19 a fait basculer 114 millions de personnes dans l’inactivité et le chômage

Si la crise économique et sociale engendrée par la pandémie est mondiale, elle ne touche pas avec la même gravité tous les secteurs, tous les salariés ni même toutes les régions. En tirant le bilan de l’année 2020, l’Organisation internationale du travail (OIT) a recensé les heures de travail perdues, les emplois détruits ou encore les revenus amputés. Les chiffres obtenus traduisent l’ampleur de la catastrophe, plus importante encore qu’au lendemain de la crise financière mondiale de 2009.

Dans un rapport présenté lundi 25 janvier, cette agence des Nations unies chiffre à 8,8 % la perte des heures de travail sur l’ensemble de l’année 2020, par rapport au quatrième trimestre 2019, ce qui représente un nombre quatre fois plus élevé que lors de la crise financière. L’OIT a certes revu à la hausse ses dernières prévisions, publiées fin septembre, notamment sur l’activité des troisième et quatrième trimestres, évoquant les « signes d’une timide reprise économique » sur le monde du travail. Mais les différentes statistiques présentées dans le rapport expriment néanmoins un niveau « sans précédent » de pertes d’emplois.

La perte d’heures de travail représente l’équivalent de 255 millions d’emplois à plein temps (sur la base d’une semaine de travail de quarante-huit heures). Ces heures perdues, précise le rapport, « recouvrent à la fois la réduction du nombre d’heures effectuées par celles et ceux qui ont un travail » et les pertes d’emploi sèches, touchant au total 114 millions de personnes. Les effets de la pandémie sont directs, soit en raison des mesures de restriction qui ont poussé des salariés dans le monde entier à quitter le marché du travail, soit en décourageant celles et ceux qui cherchaient un emploi. L’inactivité touche 81 millions de personnes, plus que le chômage, qui en affecte 33 millions. Ainsi, « si l’on s’attache uniquement au chômage, on sous-estime gravement les conséquences du Covid-19 sur le marché du travail », prévient l’OIT.

« Génération perdue »

Les employés du laboratoire Sanofi Pasteur manifestent devant les locaux de l’entreprise à Marcy-l'Etoile, près de Lyon, le 19 janvier. Sanofi, le plus gros laboratoire pharmaceutique français, a confimé des licenciements dans sa branche Recherche et Développement.

L’ensemble de ces pertes s’est traduit par une baisse de 8,3 % des revenus du travail, avant la prise en compte des mesures de soutien, soit l’équivalent de 3 700 milliards de dollars (3 040 milliards d’euros) ou encore 4,4 % du produit intérieur brut mondial.

Lire aussi Covid-19 : la sortie du chômage partiel, un défi pour l’Europe

Les premières victimes de cette crise sont les femmes et les jeunes. Alors que les pertes d’emploi ayant affecté les hommes s’élèvent à 3,9 %, elles atteignent 5 % pour les femmes. Et, chez les jeunes (de 15 à 24 ans), elles arrivent à 8,7 %. Ces derniers ont perdu leur emploi, ont quitté la vie active ou encore ont retardé leur entrée sur le marché du travail. Ce qui, selon l’OIT, « met en évidence le risque plus que jamais réel d’une génération perdue ». Autres victimes, les travailleurs les moins qualifiés ou les plus faiblement rémunérés. Pour l’OIT, ce constat doit amener les gouvernements à mettre en place des stratégies ciblées sur ces populations les plus vulnérables.

Il vous reste 39.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Réforme de l’assurance-chômage : le gouvernement esquisse ses nouvelles pistes

Corriger le tir ? Oui, mais sans renoncer à l’ambition transformatrice du quinquennat. C’est dans cet état d’esprit que la ministre du travail, Elisabeth Borne, devait recevoir, lundi 25 janvier, à tour de rôle, les responsables des huit principales organisations syndicales et patronales. A l’ordre du jour : les ajustements de la réforme de l’assurance-chômage, engagée par des décrets en 2019. Durant ces temps d’échange avec les partenaires sociaux, qui s’inscrivent dans une concertation ouverte il y a cinq mois, Mme Borne a l’intention d’esquisser de nouvelles pistes, en particulier sur la « temporalité » du dossier – l’idée étant de tenir compte de la conjoncture pour appliquer les dispositions envisagées.

Les discussions en cours portent sur les mesures les plus décriées de la réforme. Trois d’entre elles, dénoncées par les syndicats, concernent les demandeurs d’emploi : augmentation de la durée de cotisation requise pour accéder au régime et recharger les droits ; dégressivité des prestations à partir du septième mois pour certains chômeurs ; nouvelle formule de calcul de l’indemnisation, ayant pour effet de diminuer les sommes versées à ceux qui enchaînent petits boulots et périodes d’inactivité. Une quatrième mesure – critiquée, elle, par le patronat – prévoit un bonus-malus sur les cotisations payées par les entreprises de plus de dix personnes, dans sept secteurs : celles qui se séparent fréquemment de leurs salariés voient ainsi leurs contributions majorées, tandis que les employeurs dont la main-d’œuvre est stable sont assujettis à des prélèvements plus faibles.

Lire aussi Début d’un nouveau cycle de discussions avec les partenaires sociaux, en pleine crise sanitaire

Conçues à une époque où l’économie créait des postes par dizaines de milliers, ces règles cherchaient à inciter les chômeurs à reprendre une activité durable et à privilégier les embauches en CDI ou en CDD de plusieurs mois, tout en réduisant les dépenses de l’assurance-chômage. Mais le gouvernement a modifié ses plans, peu après le début de l’épidémie : la récession frappe, en effet, de plein fouet les salariés « abonnés » aux contrats précaires, tout comme de nombreuses sociétés habituées à embaucher du personnel sur de brefs laps de temps – l’hôtellerie-restauration, notamment. Autrement dit, les quatre mesures au cœur des débats auraient aggravé les difficultés de victimes de la crise si elles avaient été mises en place dans leur version originelle – d’où la décision de l’exécutif de les placer entre parenthèses, au moins jusqu’au 1er avril.

Il vous reste 54.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Joe Biden lance la bataille du salaire minimal aux Etats-Unis

Manifestation en faveur d’un salaire minimum à 15 dollars de l’heure, devant le siège de McDonald’s, le 15 janvier à Chicago.

Joe Biden a décidé de doubler le salaire minimal fédéral à 15 dollars (12,30 euros). Ce salaire fut instauré en 1938 par Franklin Delano Roosevelt pendant la Grande Depression mais il est devenu théorique ; son niveau est si bas – 7,25 dollars de l’heure depuis 2009 – qu’il concerne moins de 2 % des 80 millions de travailleurs américains payés à l’heure, soit 1,6 million de personnes. Si elle était étalée jusqu’en 2025, cette hausse entraînerait une augmentation de salaire directe pour 23 millions d’Américains, soit plus de 15 % de la population active, selon David Cooper, économiste à l’Economic Policy Institute (EPI).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les mesures économiques d’urgence promises par Joe Biden : doubler le salaire minimum, un chèque individuel de 1 400 dollars

La mesure n’est pas acquise, car elle doit être approuvée à 60 % par le Sénat, dans lequel les républicains détiennent la moitié des sièges. Mais la dynamique politique est forte sur le terrain. Depuis des années, faute d’action fédérale, ce sont les Etats et collectivités locales qui ont augmenté le salaire minimum local. En 2021, plus de 20 Etats auront augmenté le leur. Dernière à rejoindre le mouvement, la Floride a décidé par référendum en novembre 2020 de passer de 8,56 à 15 dollars d’ici à 2026.

Les écarts territoriaux restent considérables : la rémunération minimale locale est au plus haut dans les riches régions démocrates (San Franciso, 16,07 dollars, Seattle et New York (15 dollars), Californie (13 dollars) et au plus bas dans le Wyoming ou en Géorgie (5,15 dollars). Entre salaire minimal fédéral et local, c’est le plus élevé qui s’applique. Ainsi, une grande partie du chemin vers les 15 dollars a été de facto accomplie : au total, le salaire minimal « moyen » aux Etats-Unis était en 2019 de 11,80 dollars, selon l’économiste Ernie Tedeschi. Les entreprises ont bougé elles aussi : Amazon a augmenté sa rémunération à 15 dollars sous la pression politique et face au manque de main-d’œuvre.

Amazon a augmenté sa rémunération
à 15 dollars sous la pression politique
et face au manque de main-d’œuvre

La révolution Biden ne changera rien dans les régions riches au salaire local élevé, mais elle va entraîner une révolution dans les Etats les plus pauvres du Sud et du Midwest et auprès des minorités. Selon l’EPI, la hausse toucherait 28 % des salariés d’Alabama, de Louisiane et d’Arkansas, 26 % en Floride ou dans le Montana, mais personne en Californie et 1,4 % seulement dans l’Etat de New York. Elle bénéficierait à 25 % des Noirs, 20 % des Hispaniques et 13 % des Blancs. Dans la restauration et de l’hôtellerie, 40 % et 33 % des salariés en profiteraient, contre 3,7 % des employés du public et 10 % des salariés souvent syndiqués de l’industrie et de la construction. Le gain annuel moyen serait de 3 580 dollars, soit de 20 %. S’y ajoutent les gains de 2 760 dollars pour 10 millions de salariés payés au-dessus de 15 dollars et dont la rémunération serait poussée à la hausse par la dynamique du smic.

Il vous reste 56.27% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Il existe une divergence des imaginaires au sein de la jeunesse française »

Jean-Laurent Cassely, journaliste, et Monique Dagnaud, directrice de recherches au CNRS.

La jeunesse française est loin d’être homogène, et le critère le plus pertinent pour appréhender cette diversité, c’est le niveau de diplôme. Un marqueur associé à des modes de vie, des aspirations, un rapport au travail ou des choix résidentiels spécifiques. Tel est le constat de Jean-Laurent Cassely, journaliste et essayiste, et Monique Dagnaud, sociologue, directrice de recherches au CNRS, qui publient, le 27 janvier, Génération surdiplômée. Ces 20 % qui transforment la France (Odile Jacob, 304 p., 22,90 €).

Les deux auteurs, qui se sont appuyés sur une enquête et de multiples entretiens, se sont intéressés aux « bac + 5 ». Un groupe social en pleine croissance, issu de la massification de l’enseignement supérieur, et qui représentent désormais 20 % des 25-40 ans. S’il est pertinent d’étudier ces « super diplômés », estiment les auteurs, c’est qu’ils jouent un rôle politique et social majeur dans la société. Ni très riches ni assimilables aux classes moyennes, ils sont les producteurs des normes, des symboles et des modes de vie les plus visibles, qui se diffusent dans le reste de la société… Mais qui divergent parfois des aspirations d’une autre jeunesse, majoritaire, moins ou pas diplômée. Au risque d’alimenter certaines fractures.

Votre livre est consacré à ces jeunes de moins de 40 ans, diplômés bac + 5 ou plus, et du modèle de société auquel ils aspirent. Pourquoi s’intéresser à cette catégorie ?

Monique Dagnaud : Ces « super diplômés » forment un groupe social qui n’existait pas, par son ampleur numérique, il y a vingt ou trente ans. Ils sont le produit de la massification de l’enseignement supérieur. Ce qui est intéressant, c’est qu’en les étudiant, on s’aperçoit qu’ils transforment les modalités de la reproduction sociale – non pas en raison de leurs propres origines, mais en raison de leurs choix professionnels et de leurs orientations, qui se distinguent de ceux de la génération d’avant. Ils inventent et diffusent des normes culturelles dans l’ensemble de la société.

Si l’on additionne les diplômés de masters universitaires et de grandes écoles, ce sont près de 200 000 jeunes qui, chaque année, entrent sur le marché du travail avec ce niveau de titre. Ils représentent désormais un peu plus de 20 % de leur génération.

Parallèlement aux professionnels et cadres des fonctions classiques (enseignants, cadres et autres professionnels), nombre de ces diplômés occupent des postes qui reflètent l’essor d’un capitalisme d’innovation, qui a généré de nouveaux métiers – consultants, chercheurs, ingénieurs et informaticiens, spécialistes des données, fondateurs de start-up, entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire, UX designers, etc.

Il vous reste 76.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

A Tarascon, l’espoir renaît pour les salariés de Fibre Excellence

Vue de l’usine de Fibre Excellence à Tarascon, en 2014.

A Tarascon, depuis trois générations, on travaille de père en fils à l’usine de pâte à papier. Longtemps, la voie qui menait à Fibre Excellence au bord du Rhône a porté le nom de « Route de la cellulose », ce qui dit combien les lieux sont liés à cette activité depuis 1951. Mais l’histoire pourrait bien s’arrêter.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La crise sans fin des papetiers en France

Le tribunal de commerce de Toulouse – la société mère a son siège en Haute-Garonne – doit statuer, mardi 26 janvier, sur un ultime sursis sollicité par le site des Bouches-du-Rhône, placé en redressement judiciaire depuis le 8 octobre 2020. Confrontés à des carences de trésorerie, les administrateurs judiciaires avaient saisi les juges, début janvier, d’une requête en liquidation. D’autant qu’à la date butoir du 12 janvier, aucun candidat à la reprise ne s’est déclaré et que Paper Excellence, l’actionnaire de l’usine de Tarascon maintient jusqu’à présent son refus d’apporter tout soutien financier.

De nouveaux éléments sont récemment intervenus faisant, selon l’intersyndicale CFDT-CGT, remonter le « yoyo émotionnel » auquel sont soumis les 300 salariés. Début janvier, l’Etat a apporté 1,6 million d’euros à la société afin de permettre la poursuite de la période d’observation jusqu’au 8 avril. Sept millions d’euros de fonds publics avaient déjà été apportés à l’automne.

Embellie sur le marché de la pâte à papier

Ce ballon d’oxygène s’est doublé d’une embellie sur le marché de la pâte à papier. Evoquant « un coup de chance », Jean-François Guillot, président de Fibre Excellence Tarascon, assure avoir décroché ces derniers jours des contrats payables au chargement des bateaux avec des clients asiatiques. Depuis janvier, l’usine de Tarascon ne sort plus que de la pâte écrue UKP. Son coût de revient est inférieur de 80 euros par tonne à la pâte blanchie et son prix de vente supérieur. En Chine, de nouvelles règles sur l’importation de papiers recyclés font que la demande en pâte écrue s’est récemment développée et, après une année 2020 marquée par l’effondrement des prix et une parité dollar euro défavorable, le marché est à la hausse. Fort de ce sursaut de trésorerie, « nous avons l’opportunité de présenter au tribunal un dossier plus positif », estime M. Guillot.

Mais la prolongation de la période d’observation n’offrirait qu’un bref répit. Sans repreneur, le sauvetage de Fibre Excellence Tarascon est loin d’être gagné. L’engagement fort de l’Etat s’explique par les conséquences en cascade qu’aurait la fermeture de l’usine de Tarascon. Au-delà des trois cents emplois directement menacés, c’est toute la filière bois française qui serait fortement impactée car l’usine consomme 1,2 million de tonnes de bois par an provenant de quatre régions, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche Comté.

Il vous reste 47.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« La protection du climat est une opportunité pour renforcer la cohésion européenne »

Veronika Grimm, professeure à l’université de Nuremberg, est depuis mars 2020 membre du très influent SVR, le cercle de cinq experts qui conseillent le gouvernement sur les questions économiques.

Comment analysez-vous les bouleversements qui ont eu lieu en Allemagne en 2020 ?

En 2019, l’industrie allemande était déjà au milieu d’une transformation structurelle. Parallèlement, le débat sur le climat était en train de gagner en intensité, notamment grâce aux manifestations du vendredi pour le climat. Cela a débouché sur un changement de paradigme dans la politique climatique allemande. Puis, en 2020, la pandémie du Covid-19 a d’abord mis un frein aux développements très positifs en cours sur ce sujet, mais elle a aussi accéléré beaucoup de choses.

Lire aussi Angela Merkel, « chancelière du climat » ?

Au début, elle a révélé la fragilité de l’Union européenne [UE] : les frontières se sont fermées rapidement. Cela a ouvert les yeux à nombre d’Allemands, on a compris l’importance de la cohésion européenne. L’interruption des chaînes de sous-traitance a conduit à un effondrement spectaculaire de l’économie allemande au printemps. Aujourd’hui, parallèlement aux initiatives nationales, le plan de relance européen offre une vraie opportunité : en finançant des infrastructures d’avenir, nous avons la possibilité de développer des visions communes pour l’Europe. La protection du climat s’y prête bien.

Lire aussi Les dirigeants de l’Union européenne s’accordent pour réduire d’au moins 55 % leurs émissions de CO2 d’ici à 2030

Pourquoi le mot de « souveraineté » industrielle et technologique s’est-il imposé dans les discours ?

On a compris qu’il était important de renforcer l’UE et d’afficher une « souveraineté », entendue au sens de capacité d’action, dans le contexte géopolitique. Une industrie tournée vers l’avenir et compétitive au niveau international est essentielle pour relever les défis. La question est de savoir comment on positionne l’UE, avec ses intérêts et ses valeurs, dans les structures géopolitiques actuelles, où les alliances ne sont plus aussi claires que dans le passé. Même après l’élection de Joe Biden, il n’est pas certain que nous pourrons compter à long terme sur une alliance stable des pays industrialisés. L’attaque du Capitole, à Washington, le 6 janvier, l’a clairement montré. La coopération en matière de protection internationale du climat peut ouvrir de nouvelles voies de coopération avec les partenaires commerciaux. Il est important d’inclure les pays en développement et les pays émergents, par exemple en Afrique, dans toutes ces considérations. La croissance future ne doit pas reposer sur les combustibles fossiles, mais sur les énergies renouvelables. Pour cela, les technologies neutres sur le plan climatique doivent être disponibles en temps utile.

Il vous reste 27.49% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Comment Berlin s’est converti à la politique industrielle

Par

Publié aujourd’hui à 18h00

En élisant le centriste Armin Laschet, samedi 16 janvier, à la tête de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le premier parti allemand, les conservateurs ont posé un jalon important du programme économique de l’après-Merkel. S’ils avaient choisi son concurrent Friedrich Merz, plus proche des milieux d’affaires et partisan d’une approche plus libérale des questions économiques, ils auraient implicitement remis en cause les changements majeurs opérés par l’Allemagne en 2020.

A la faveur d’une conjonction unique de facteurs historiques – pandémie du Covid-19, présidence allemande de l’Union européenne (UE), fin du long mandat d’Angela Merkel, faiblesse des taux d’intérêt –, Berlin a tranché une série de débats qui la tiraillaient depuis longtemps. Tous sont liés à un constat sans appel : l’Allemagne a pris conscience de l’érosion de son modèle industriel et commercial classique, et de sa fragilité face aux Etats-Unis et à la Chine. Dès lors, comment réagir pour éviter de décrocher dans le contexte du double défi, numérique et climatique ? Ce qui amène à la question quasi philosophique du rôle de l’Etat dans un pays façonné depuis l’après-guerre par la pensée ordolibérale où l’Etat régule mais se mêle le moins possible des entreprises.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Allemagne : Armin Laschet, fidèle allié d’Angela Merkel et choix de la continuité à la tête de la CDU

A ces questions, l’Allemagne a livré, en 2020, plusieurs éléments de réponse inattendus. Rarement l’analyse des faiblesses du pays avait été suivie de réponses aussi rapides et d’interventions aussi massives du politique dans l’économie. En quelques mois s’est installée, dans les cercles économiques les plus influents et au sein de la CDU, l’idée qu’une « politique industrielle », impliquant une intervention forte de l’Etat, était incontournable pour moderniser l’outil industriel allemand et renforcer l’Europe, seul ensemble ayant une taille critique suffisante pour s’affirmer dans le face-à-face commercial et technologique Pékin-Washington.

Renversement du modèle dominant

C’est un renversement du modèle dominant ces dernières années dans les milieux conservateurs, qui privilégiait la neutralité de l’Etat dans l’économie, un strict équilibre des finances publiques et la confiance dans la bonne marche du libre-échange. « On peut vraiment parler d’un changement de paradigme », confirme Jens Südekum, professeur d’économie internationale à l’université de Düsseldorf. « On ne peut pas encore exclure la possibilité qu’on revienne au statu quo ante après les élections générales de septembre. Mais les chances sont fortes que ces transformations se maintiennent. »

Il vous reste 79.6% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La Deutsche Bank demande plus d’Etat

On ne l’attendait pas dans ce débat, mais son avis pourrait considérablement influencer les débats à venir sur la transformation de l’économie allemande. Deutsche Bank, la première banque du pays, plus connue ces dernières années pour ses scandales à répétition et ses plans de restructuration, recommande de prolonger les dispositifs d’aide publics aux entreprises expérimentés pendant la pandémie de Covid-19 pour améliorer le financement des technologies de rupture, de la numérisation et de la décarbonation de l’économie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Allemagne, triste anniversaire pour Deutsche Bank et Commerzbank

Sur le fond, la Deutsche Bank pose un constat largement partagé par les acteurs publics et privés de l’économie : contrairement aux Etats-Unis et à la Chine, les entreprises allemandes de taille moyenne parviennent difficilement à mobiliser des quantités de capital suffisantes pour financer les investissements les plus risqués. Outre-Atlantique, cette mission est assurée par les fonds de pension ou les grands investisseurs. En Chine, c’est l’Etat ou les institutions financières proches de lui qui s’en chargent. En Allemagne, les entreprises de taille moyenne – le fameux Mittelstand – se financent traditionnellement par les banques, qui ne peuvent, elles, assumer ce risque, car le rendement de ces investissements est trop lointain, ou trop incertain.

Crédits aux entreprises

« En Allemagne, si vous êtes une entreprise de taille moyenne, que vous réalisez un chiffre d’affaires entre 50 et 100 millions d’euros par an et que vous n’êtes pas coté en Bourse, il est très difficile de trouver des sources de financement privées », explique au Monde un porte-parole de la Deutsche Bank. « Si nous trouvons le moyen en Allemagne de transformer les conditions d’investissement de sorte que ces entreprises aient un meilleur accès au capital-risque privé, nous aurons fait un grand pas en avant. »

La banque a constaté pendant la pandémie que le système adopté par l’Etat pour soutenir ses entreprises pouvait facilement être étendu au financement des technologies d’avenir. Les banques privées ont pu accorder des crédits aux entreprises, en bénéficiant d’une garantie partielle de la banque publique d’investissement KfW contre le risque encouru. « Cela a très bien fonctionné et pourrait être adapté. En tant que banque de dimension mondiale, nous voyons que nos entreprises de taille moyenne et les jeunes entreprises, faute de financement approprié, sont souvent tentées de se financer à l’étranger pour grandir, notamment aux Etats-Unis », poursuit cette source.

Il vous reste 19.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Entre l’Assemblée nationale et le siège du Medef, manifestation à Paris contre les licenciements

Lors de la manifestation contre l’interdiction des licenciements en France, à Paris, samedi 23 janvier.

Entre mille et deux mille personnes, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP), ont manifesté samedi 23 janvier, à Paris, pour réclamer « l’interdiction des licenciements » à l’initiative du syndicat CGT du voyagiste TUI, rejoint par d’autres syndicats et soutenu par des responsables politiques de gauche.

Le cortège est parti peu après 14 heures de l’Assemblée nationale, en direction du siège du Medef, dans le 7e arrondissement. « Soixante-six millions de procureurs antilicenciement », pouvait-on lire sur une pancarte faisant référence aux propos d’Emmanuel Macron, selon qui « nous sommes devenus une nation de soixante-six millions de procureurs » face à la gestion de crise du Covid-19 par le gouvernement.

« Les salariés licenciés s’invitent dans les beaux quartiers », a tweeté la CGT TUI France, tandis que retentissait le slogan « de l’argent, il y en a dans les caisses du patronat ».

Alors que le groupe TUI, numéro un mondial du tourisme, prévoit de supprimer jusqu’à six cent un postes sur neuf cents au sein de sa branche française, les élus CGT de l’entreprise avaient lancé cet appel à manifester.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Tourisme : chez le tour-opérateur TUI, « on est passé des amoureux du voyage aux financiers »

Des dizaines de sections CGT mais aussi SUD-Solidaires de branches ou d’entreprises touchées par des plans sociaux, comme Sanofi, Cargill, SKF ou General Electric, se sont jointes à l’initiative.

Appel à décréter « l’état d’urgence sociale »

Quelques dizaines de « gilets jaunes » et plusieurs élus de gauche participaient également à la manifestation, dont les députés de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain et Adrien Quatennens.

Evoquant devant la foule les conséquences économiques et sociales de la crise du Covid-19, le président du groupe LFI à l’Assemblée nationale a relevé que « beaucoup de gens croyaient que, dans le malheur commun, chacun prendrait sa part ». Or « tandis que les riches se sont enrichis, nous avons marché à quatre-vingts plans de licenciements par mois, un million de personnes sont devenues pauvres » et « des centaines de milliers » de Français n’ont plus accès à l’eau, à l’électricité, voire à la nourriture, a énuméré M. Mélenchon. Il a réitéré son souhait que soit décrété « l’état d’urgence sociale », assorti d’une « interdiction des licenciements pendant toute la période de pandémie ».

Lire l’entretien : « Pour les plus démunis, le système tient mais avec de graves insuffisances »

Le Monde avec AFP