Emploi et handicap : les salariés « hors normes » de la société Biscornu

Ce qu’il aime, Alexandre, c’est travailler les légumes. Il faut voir avec quel sérieux, quel plaisir même, cet adolescent autiste de 14 ans épluche une carotte ou pèle une courgette. Là, tout à sa tâche, il semble sourire à la vie. Un sourire qui parle pour lui, car Alexandre n’a jamais prononcé un seul mot depuis sa naissance. Avec lui, dans la cuisine du restaurant du personnel de la ville de Colombes (Hauts-de-Seine), quelques adolescents de 14 à 18 ans en situation de handicap sont aussi en formation avec l’association Afuté, autour des deux chefs qui les forment au métier de commis de cuisine.

A quelques rues de là, dans l’unité centrale de production alimentaire des villes de Colombes et de Clichy, d’autres jeunes à peine plus âgés sont à la tâche. L’un nettoie des verrines, l’autre fait cuire des oignons. Une troisième prépare un riz au lait. Certains se font la main, d’autres semblent déjà plus professionnels. Ils sont salariés de Biscornu, une entreprise adaptée qui fabrique et commercialise des verrines dont les recettes ont toutes été imaginées par des chefs étoilés.

Un défi quand on sait que, aujourd’hui, 63 % des jeunes en situation de handicap affirment avoir déjà fait l’expérience de discriminations au cours de leur scolarité et 50 % lors de leur recherche d’emploi, révèle une récente étude de l’IFOP, réalisée avec plusieurs organismes spécialisés (Agefiph, FIPHFP, Ladapt, Union nationale des missions locales, Conseil national consultatif des personnes handicapées, Droit au savoir, et 100 % Handinamique). Ils sont aussi 82 % à estimer que le manque d’offres d’emploi avec un environnement de travail accessible est une difficulté importante.

Le chef de cuisine, Antoine, montre à un apprenti les gestes à effectuer pour la réalisation du plat du jour. Colombes, le 20 octobre 2021.
La petite entreprise prépare six recettes différentes par semaine, inventées par de grands chefs. Colombes, le 20 octobre 2021.

C’est justement pour que la vie d’Alexandre ressemble à une vie et non à un mouroir annoncé, que, en 2020, son père, Olivier Tran, a créé Afuté et Biscornu. Enthousiasmées par son double projet, les villes de Colombes et de Clichy ont d’emblée décidé de le soutenir. Elles lui mettent à disposition espaces et équipements pour la formation et le travail des jeunes. Né en 1976 à Laval, Olivier Tran est le fils d’une professeure de français et d’un architecte. Il aurait voulu vivre dans sa région, mais il en ira différemment.

Olivier Tran, fondateur de Biscornu, et son fils Alexandre, à Colombes, le 20 octobre 2021.

Après des études de commerce à Angers, le jeune homme démarre sa vie professionnelle dans l’automobile puis chez Constellium, ex-Pechiney, où il assurera la gestion d’une division. En 2002, il se marie avec Emilie, en poste au Crédit agricole. Comme voyage de noce, le couple se lance dans un tour du monde. Leur premier enfant, Alexandre, naît en 2006. Très vite, les jeunes parents comprennent qu’il souffre d’un autisme profond. « C’était dur, avoue Olivier Tran, très dur, de se retrouver avec un enfant en boule à la maison, incapable de prononcer un mot. Je souffrais terriblement en pensant à tout ce qu’il ne pourrait pas faire. »

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Le chemin de croix commence. En 2010, ils doivent déménager à Paris, la seule ville où ils pensent pouvoir trouver une place pour leur enfant. La quête durera deux ans durant lesquels ils engageront à temps plein une éducatrice pour garder Alexandre, avant que celui-ci puisse enfin bénéficier de l’aide d’un service spécialisé pour entrer à l’école. Six ans plus tard, en 2018, c’est de nouveau « le vide intersidéral » : plus de place nulle part pour Alexandre.

Que faire ? D’abord ouvrir une belle parenthèse pour se requinquer. La famille, qui s’est agrandie avec la naissance d’Ulysse en 2008 et d’Inès en 2012, décroche les sacs à dos et se met en route pour un nouveau tour du monde. Un petit film montre Alexandre heureux comme jamais, caressant un animal en Australie, plongeant en Polynésie, se roulant dans le sable aux îles Galapagos. « Pour lui, c’était une explosion de vie. Et cela m’a donné du courage », estime son père.

Biscornu, comme bizarre, atypique, saugrenu

De retour à Paris, celui-ci décide de prendre le taureau par les cornes. L’avenir semble sombre pour Alexandre ? Qu’à cela ne tienne : on va lui créer un travail sur mesure ! Il quitte son job et réfléchit à plusieurs modèles économiques. Avec une exigence de départ : maximiser le nombre de postes pour handicapés tout en lançant une activité durable. Il opte alors pour le statut d’entreprise adaptée et passe en revue plusieurs secteurs, de l’ameublement à partir de chutes industrielles aux engrais naturels jusqu’aux textiles écoresponsables avant de choisir la restauration. « C’est un domaine universel, où solidarité et partage nous réunissent, quelles que soient nos différences », explique-t-il. Les dés sont jetés.

L’équipe de la société Biscornu, à Colombes, le 20 octobre 2021.

Début 2020, il porte une association et une société sur les fonts baptismaux. La première, Afuté (Association pour la formation universelle aux tâches élémentaires) a pour but de former les jeunes en situation de handicap, notamment grâce à une méthode d’apprentissage par illustrations (dessins et vidéos), leur indiquant la marche à suivre pour éplucher un légume, couper une viande, préparer une sauce. La seconde commercialise les produits cuisinés par les jeunes en situation de handicap qu’elle embauche.

Son nom : Biscornu. Biscornu, comme bizarre, atypique, saugrenu. Biscornu, comme ces légumes qui ont comme seul « défaut » de n’être pas calibrés. « Pourquoi les rejeter parce qu’ils sont hors normes ? », interroge Olivier Tran, qui, bien sûr, pense aussi à ces autres « biscornus » que sont les autistes, les trisomiques, les malvoyants… Les jeunes salariés de Biscornu sont engagés au smic. Quant à ceux qui ont intégré l’association Afuté, ils sont en convention de formation et bénéficient d’un enseignement gratuit.

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Autre règle : Biscornu va utiliser uniquement des produits français et écologiquement responsables. Ni café ni chocolat et encore moins d’avocat dans leurs recettes. Avec une seule exception pour certaines épices venues d’ailleurs. Evidemment, tout est bio sans aucun additif ni aucun déchet. « Ce n’est pas toujours facile. Nous avons mis ainsi plusieurs mois à trouver un fromage, le caillé de brebis, susceptible de remplacer la feta », explique Jean-Marie Courtel, qui, avec Antoine Bouaziz, forme les jeunes aux métiers de commis de cuisine.

C'est Jean-Marie Courtel, ancien chef du Café Joyeux des Champs Elysées, qui prépare les verrines dans les cuisines centrales de Colombes avec des jeunes cuisiniers en situation de handicap. Colombes, le 20 octobre 2021.

A 38 ans, cet homme réservé et résolu a toujours travaillé dans la restauration, gravissant un à un tous les échelons. En 2020, c’est en revenant du Qatar, où il était chef exécutif du Train Bleu, à Doha, et après un passage de quelques mois au Café Joyeux sur les Champs-Elysées, à Paris – qui emploie des personnes en situation de handicap mental et cognitif –, qu’il rencontre Olivier Tran. Il est enthousiasmé par son projet, d’autant plus qu’il a aussi dans sa famille proche plusieurs personnes en situation de handicap.

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Olivier Tran et Jean-Marie Courtel contactent alors des chefs étoilés comme Jacques Maximin, Michel Roth ou Christophe Quantin qui leur confient certaines recettes pour composer les verrines qui seront la marque de fabrique de Biscornu. Parmi les musts : duo de carottes et houmous, mousse de burrata au basilic, effiloché de confit de canard.

Le projet solidaire de la société Biscornu propose des recettes conçues par des chefs étoilés avec des légumes invendus et cuisinés par des personnes en situation de handicap. Colombes, le 20 octobre 2021.

« Attention, dès la conception de nos verrines nous devons tenir compte des handicaps de nos employés, prévient Jean-Marie Courtel. Bien sûr, il faut prendre le temps de corriger quelques bêtises. Mais qui n’en fait pas ? A la différence de la plupart des restaurants classiques, où on laisse vite de côté, en les mettant à la plonge ou au café, ceux qui n’avancent pas aussi vite que les autres, nous n’abandonnons personne sur le bord de la route. Il faut qu’ils bossent tous. On les pousse, et ils aiment cela. Parfois même leur handicap leur permet de travailler plus vite et mieux que les autres. »

« Les autres se moquaient de moi »

Les employés de Biscornu nourrissent l’ambition de devenir des « grands » chefs et d’ouvrir, un jour, leur propre laboratoire de production. Comme Thomas Richard, 19 ans, titulaire d’un CAP, qui se définit lui-même comme « autiste léger ». Les yeux brillants, il parle, vite, trop vite, de sa récente dépression. « Les autres se moquaient de moi… Oui, il y avait des moqueries… sans raison… moi, je veux devenir un grand cuisinier… Ici, c’est bien, on nous apprend bien et personne ne se moque de nous ». « Ici, dit-il encore, on m’aide à ne pas rester bloqué sur mes pensées ».

Théo Bel, lui, souffre aussi d’un autisme léger. « Ici, abonde-t-il, on ne perd pas la main. C’est plus décontracté. » Alexandra Goli, elle, se voit comme « une petite surdouée, passionnée de bande dessinée ». Et de citer d’un seul trait tous les personnages nés de son imagination. Timide, Manal, 18 ans, après avoir fait état d’un petit handicap de mémorisation, a la passion de la cuisine et surtout des desserts. « Ici, c’est bien parce que nous nous entraidons. »

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L’équipe de Biscornu est aussi exemplaire par sa diversité. Alors que Moïse Ferreira, chargé de l’approvisionnement, levé à 4 heures du matin, est content d’avoir rapporté d’une coopérative bio une tonne de produits déclassés, Charline Crepaldi, ingénieure agroalimentaire et œnologue de talent, s’occupe de la qualité des produits et se réalise dans ce boulot « qui a du sens ». Titulaire d’un master de droit public, Claire Lequeux, l’assistante d’Olivier Tran qui souffre d’un léger handicap de dystonie musculaire dit, elle aussi, avoir besoin de se sentir utile dans son travail.

Exaucée a 19 ans. Elle est malentendante. Elle assure le service en salle, pour des cocktails ou au restaurant le Belvédère d'Orange. Issy-les-Moulineaux, le 20 octobre 2021.

Les verrines, concoctées à Colombes, sont ensuite livrées à des sociétés qui ont passé des accords avec Biscornu. La liste s’allonge de semaine en semaine. Biocoop, Room Saveurs, Natixis, et beaucoup d’autres. Au total, 1 200 verrines par semaine. Orange va encore plus loin puisque Biscornu est désormais chargé de la restauration et du service lors des événements organisés par la firme au Belvédère, le magnifique restaurant situé au sommet du siège de la société, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine).

« Chacun avec sa personnalité »

En plus de fournir ses fameuses verrines, Biscornu a aussi formé au service plusieurs de ses employés handicapés. Comme Clémence Khaldi, 17 ans, une pile électrique bougrement sympathique avec ses lunettes rondes sur le nez, qui parle aussi vite qu’elle travaille. Trop vite peut-être. « Quand je lave la vaisselle, il m’arrive d’éclabousser », reconnaît-elle. « Les clients sont sympas, ajoute-t-elle en souriant, parfois ils m’aident quand je suis un peu trop stressée. » Dylan Mohamad, trisomique, a 22 ans. Il est en train de finir son stage et pourrait être embauché par Biscornu. Il hésite encore.

Exaucée assure le service en salle pour Biscornu, pour des cocktails ou au restaurant le Belvédère d'Orange. Issy-les-Moulineaux, le 20 octobre 2021.

Quant à Exaucée Bawele, elle a 10 ans en 2011 lorsqu’elle arrive du Congo avec sa mère. Foyer, hôtel. Malentendante, elle est bien équipée pour comprendre l’essentiel d’une conversation. Encore que les masques anti-Covid ne lui facilitent pas la tâche, en l’empêchant de lire sur les lèvres de ses interlocuteurs. Si elle préfère le service à la confection des verrines, elle aimerait travailler plus tard « avec des enfants ».

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Tous les serveurs de Biscornu sont assistés par Sandra Nsangue, 40 ans, merveilleuse de calme et de gentillesse, qui a suivi une formation d’éducatrice spécialisée. « Il faut prendre son temps. Les aimer. Les observer et les comprendre, chacun avec sa personnalité. Je suis avec toi, tu es avec moi. Si tu n’as pas compris le geste à faire, pas de problème : je le refais avec toi. » Règle d’or chez Biscornu : il faut savoir attendre. Et tous de se souvenir d’un stagiaire particulièrement rétif à son arrivée. « Il nous fuyait. On le cherchait partout. Il n’écoutait personne. Aujourd’hui, il est plus efficace que bien des employés ne souffrant d’aucun handicap. »

Le bilan ? Nous posons la question à Olivier Tran. Première réponse en forme de boutade : « Peut-être que bientôt je pourrais me payer pour au moins récupérer un peu de l’argent que j’ai mis dans le projet. » Plus sérieusement, il ne peut que se féliciter : ça marche ! 1 200 verrines par semaine, des clients fidèles, des perspectives réjouissantes. Voilà même que, fin octobre, ils ont été obligés de dire non à une entreprise qui voulait organiser un cocktail. Au total, ses structures emploient plus de vingt personnes dont quinze en situation de handicap. Avec un objectif de cinquante dans cinq ans. S’il est obligé d’en faire, Olivier ne semble pourtant pas obsédé par les bilans. « C’est le chemin qui est beau, car le projet est sans fin », glisse le chef d’entreprise, qui partage soixante recettes dans l’ouvrage En cuisine avec Biscornu (Albin Michel, 176 pages, 19,90 euros) dont les bénéfices iront à l’association Afuté. Nous ajouterons ce cri du cœur d’une des employées handicapées de Biscornu : « Ma mère est fière de moi depuis que j’ai trouvé un boulot. » Oui, un boulot. Tout simplement.

Cet article fait partie d’un dossier réalisé dans le cadre d’un partenariat avec l’Agefiph, à l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

« Il faut bâtir un système de contrôle des plates-formes et de leurs algorithmes »

Tribune. Aveuglée par le mirage du « capitalisme de plates-formes », mode de production dans lequel un travailleur mal noté par un client peut être déconnecté sans explication, notre société a laissé s’installer un cheval de Troie qui menace notre modèle social. Au cœur de sa matrice, l’opacité d’une « boîte noire » nommée l’algorithme.

Il incombe au législateur de remettre du droit et de définir des mécanismes de protection des travailleurs des plates-formes de travail face à ce contremaître 2.0.

Pour des raisons de sécurité, la puissance publique a su imposer le chronotachygraphe, qui mesure le temps de conduite dans les cabines des chauffeurs routiers. Dès lors, nous proposons que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), autorité indépendante expérimentée et incontestée, puisse pénétrer dans les algorithmes, en dépit du secret des affaires, en certifiant et en contrôlant ceux des plus importantes plates-formes et en produisant des référentiels normatifs par secteurs d’activité auxquels toutes les plates-formes devront se conformer.

Il s’agit peu ou prou d’inventer un « algorithme public » qui contrôle certaines données de l’algorithme privé afin de se conformer au droit : durée du travail, sécurité, santé, règlement général sur la protection des données (RGPD)…

Un pouvoir fort de sanction

Cet élargissement des compétences de la CNIL devra se traduire évidemment par une augmentation de son budget. La nouvelle taxe sur les plates-formes instaurée cette année le permettra.

Aux plates-formes de prouver qu’ils sont bien des indépendants et non à eux de démontrer leur subordination, trop souvent cachée par l’algorithme.

Si l’algorithme est au cœur de la problématique, il est indispensable, en parallèle, de bâtir un système de contrôle des plates-formes et des relations qu’elles entretiennent avec les travailleurs. La création d’une nouvelle autorité indépendante en sera la pierre angulaire. Le rapport Frouin (« Réguler les plateformes numériques de travail », 1er décembre 2020) en a esquissé les premiers contours. Cette autorité agréera les plates-formes de travail.

Elle devra être composée d’inspecteurs chargés de vérifier et de contrôler les mécanismes de protection de la santé et de la sécurité des travailleurs, les modalités de calcul et de versement de la rémunération, le dialogue social, la prévention des risques d’atteinte aux droits et des libertés des travailleurs, des atteintes à l’environnement et de mesurer le degré de vigilance.

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Cette autorité devra, évidemment, disposer d’un pouvoir fort de sanction allant jusqu’au refus de l’octroi d’une licence d’activité, voire la suspension ou la cessation de l’activité d’une plate-forme en France.

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Des « entreprises éphémères » pour des emplois durables

Dans le quartier en plein renouveau de la Joliette, à Marseille (Bouches-du-Rhône), Amandine Papain a pris le tournant qui allait changer le cours de sa vie professionnelle. Il y a encore quelques semaines, cette jeune diplômée d’un master en communication digitale enchaînait les envois de CV sans succès : « Cela faisait deux ans que je cherchais du travail », dit-elle.

En septembre, Pôle emploi l’a invitée à assister à une réunion d’information sur une initiative un peu particulière, implantée provisoirement dans le quartier d’affaires de la cité phocéenne : l’entreprise éphémère.

Le principe : pendant six semaines, de 50 à 80 personnes en recherche d’emploi intègrent cette structure sans statut juridique, qui simule le mode de fonctionnement d’une entreprise classique. Répartis dans différents services – ressources humaines, communication, Web…, ils œuvrent à une mission commune : défricher le marché caché de l’emploi. Chacun travaille à son niveau pour faire connaître l’initiative et démarcher les entreprises du territoire.

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C’est sans trop y croire qu’Amandine Papain se décide à adhérer au projet : « Au début j’y suis allée à reculons, car je ne pensais pas que cela pouvait m’ouvrir des portes dans le secteur que je recherchais. » Après une première semaine d’intégration, la candidate rejoint le service communication de cette vraie fausse entreprise. « Tous les matins, on accueillait des entreprises du territoire. Je m’occupais de toute la partie graphisme, on faisait des communiqués de presse pour faire connaître l’initiative… » Ce « travail » amène la candidate à entrer en contact avec un groupe immobilier, qui finira par la recruter en tant que « community manager ».

Redonner confiance dans sa recherche d’emploi

Depuis leur création, en 2013, les Entreprises éphémères pour l’emploi tournent dans différentes villes. Née de l’idée de deux formateurs en ressources humaines, l’initiative est désormais labellisée par Pôle emploi. « On a souvent des demandeurs d’emploi de longue durée, explique Didier Krief, d’un des deux coachs à l’origine de cette expérimentation. L’objectif est de remettre les personnes dans le rythme et de leur redonner un cadre, tout en créant un apport de compétences qu’elles pourront valoriser. »

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Quatorze entreprises éphémères ont ainsi vu le jour à Calais (Pas-de-Calais), à Arles (Bouches-du-Rhône), à Nanterre (Hauts-de-Seine)… au gré des partenariats montés avec les opérateurs publics et les entreprises locales. Pendant ce programme, les participants restent demandeurs d’emploi. Ils sont accompagnés par les formateurs et rencontrent des entreprises du territoire engagées dans cette expérience.

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« Qui aurait parié en 2019, que toutes les grandes entreprises réussiraient à s’adapter si facilement à l’impératif du confinement ? »

Tribune. Pour certains, les grandes entreprises traditionnelles seraient condamnées au déclin. Incapables de se réinventer, elles devraient céder la place aux start-up qui rêvent de les remplacer. Pour d’autres, c’est le système capitaliste lui-même qui est à bout de souffle, incapable de répondre aux défis qui se dressent devant lui. Les menaces sont bien réelles, certes, mais doit-on confondre le fonctionnement économique d’aujourd’hui et le système lui-même ?

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La forme actuelle, appelée ultralibéralisme, n’est en réalité que la troisième forme historique d’un capitalisme en mutation. Elle a émergé à partir des années 1980 dans un mouvement de bascule du capitalisme managérial vers le capitalisme financiarisé. Le capitalisme managérial avait lui-même remplacé à partir des années 1920 le capitalisme entrepreneurial. Ces différentes bascules ont été autant de périodes de crises dans lesquelles les antagonismes ont été portés à leur paroxysme pendant de longues années.

Dans les années 1920, l’entrepreneur a été progressivement supplanté par le manageur professionnel armé d’une compétence toute nouvelle, le management, pendant que le pouvoir de l’actionnaire se diluait avec la fragmentation du capital des grandes entreprises. La troisième phase a correspondu à l’émergence de l’actionnaire professionnel, armé d’une compétence nouvelle, la finance, et d’un nouveau rapport de force, une concentration du capital à travers les fonds d’investissement.

Les différentes manières de s’adapter

Les difficultés actuelles signent-elles la fin du capitalisme et des grandes entreprises ou la naissance laborieuse d’un quatrième capitalisme enfanté par la mutation des grandes entreprises ? Depuis quelques années les grandes entreprises multiplient les initiatives dans deux directions apparemment très différentes.

La première consiste à retrouver la vitalité entrepreneuriale des origines. C’est le développement du « corporate entrepreneurship ». La totalité des grandes entreprises françaises ont développé des actions d’acculturation massive à la culture entrepreneuriale et à l’innovation ou développé des programmes d’intrapreneuriat ou ont appris à investir dans les start-up, quand ce n’est pas les trois à la fois. Si peu d’entre elles ont réussi à faire émerger en leur sein des entreprises nouvelles de la taille des fameuses licornes, elles sont nombreuses à avoir réussi à développer des start-up viables, un premier succès qui n’allait pas de soi.

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Le deuxième type d’initiatives vise à étendre la responsabilité de l’entreprise, au-delà de son périmètre traditionnel, à l’ensemble des parties prenantes de son environnement avec une perspective de long terme retrouvée. Il s’agit des actions de type « responsabilité sociale de l’entreprise » (RSE), de la notion de « raison d’être », voire du nouveau statut d’entreprise à mission ou B-corp aux Etats-Unis.

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Après le choc de la crise sanitaire, leur nouvelle vie auprès des morts

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Publié aujourd’hui à 16h17

A l’Ecole nationale des métiers du funéraire, à Paris.

Aurore Merchin n’est pas près d’oublier ce matin d’hiver, fin 2018, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Après avoir attendu un certain temps la représentante des pompes funèbres, qui était en retard, elle s’est retrouvée, à l’issue de la cérémonie, les mains recouvertes des cendres de son beau-père parce que l’urne avait été mal scellée. Pour cette ancienne journaliste pétillante et passionnée, tout, dans ce jour de neige, a été douloureux. Des obsèques gâchées qui l’obsèdent.

Deux ans plus tard, lors du premier confinement dû à l’épidémie de Covid-19, elle est sidérée par les images télévisées de centaines de cercueils empilés dans un entrepôt de Rungis en raison de la saturation des chambres funéraires des hôpitaux parisiens. Personne ne sait que faire des morts du Covid-19. « J’ai eu l’intuition que nous vivions une rupture anthropologique majeure, et que la société tout entière allait basculer dans un deuil traumatique », raconte-t-elle. A 42 ans, Aurore décide de changer de vie et de faire de la mort son métier.

Elle se lance dans une formation de conseillère funéraire dispensée par l’Ecole nationale des métiers du funéraire (Enamef). Après un mois de cours théoriques et d’ateliers pratiques, elle décroche haut la main les épreuves écrites et l’oral au printemps dernier. Elle a créé un compte Instagram (@le.chemin.de.traverse_) et dévore des livres sur la mort.

Stage en pompes funèbres

Cet été, elle a arpenté les cimetières de ses lieux de vacances, en Italie et en Tunisie, où des particuliers ont recueilli les corps de migrants échoués sur les plages pour leur offrir des sépultures. A Paris, elle découvre les taphophiles, ces passionnés de cimetières, et leurs histoires fascinantes. Comme celle de ce vieux Maghrébin qui, chaque jour, prend le chemin du cimetière du Montparnasse pour se recueillir sur la tombe de Jacques Chirac qu’il tient à remercier de lui avoir octroyé sa naturalisation française.

Aurore Merchin (ici au Père-Lachaise), 42 ans, ex-journaliste, est devenue conseillère funéraire.

« Les rites funéraires existent depuis la préhistoire, c’est le marqueur de notre humanité, explique Aurore Merchin. Ils ont été niés pendant la Shoah, pendant laquelle mes grands-parents et mes arrière-grands-parents ont été déportés. Ma passion pour ce métier vient aussi de ces vieux fantômes. »

En septembre, elle a fait un stage pratique d’un mois dans une agence de pompes funèbres, qui l’a confortée dans son choix. « Avant, quand j’expliquais que j’étais journaliste, on me regardait presque avec mépris, du style “tu ne sers à rien”. Maintenant, les gens me disent : “conseillère funéraire ? C’est formidable !” Je me sens appartenir à la catégorie des métiers essentiels, comme on dit aujourd’hui. »

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Le salon des MBA et Executive Masters

Organisé par « Le Monde », le salon MBA Fair accueillera des grandes écoles françaises qui proposent des MBA ou des « executive masters », masters destinés aux cadres qui souhaitent progresser dans leur carrière ou se réorienter : Insead, HEC, Essec, Emlyon, Neoma, Audencia, Kedge, ESCP, IESEG, ISC Paris, EHL, HEC Lausanne, Celsa, Epitech Digital…

Deux formats seront proposés aux visiteurs : un salon en présentiel de 10 h 30 à 17 heures organisé samedi 27 novembre 2021, au Palais Brongniart à Paris, suivi d’une version « en ligne » de 17 heures jusqu’à 20 heures. L’accès est gratuit, sur inscription en ligne.

Des conférences

Une journaliste spécialisée du « Monde », animera deux conférences :

  • 11 heures – MBA, un booster de carrière
  • 14 heures – Bien choisir son MBA ou son « executive master  »

Des prises de paroles des écoles sont aussi programmées dans la journée. Ces conférences seront disponibles en replay après 17 heures, sur le site du salon, dans sa version ligne.

Des rendez-vous avec les écoles

Dans la journée, le public pourra rencontrer des responsables de programmes sur les stands, participer aux prises de parole et masterclass des écoles.

De 17 heures à 20 heures, dans la version en ligne du MBA Fair, il sera possible de prendre rendez-vous pour des entretiens individuels en visioconférence. Les cadres pourront participer à des sessions d’information en ligne, dans lesquelles les écoles présenteront leurs formations et répondront aux questions des internautes sur les admissions, financements.

L’entrée au salon du MBA Fair est gratuite sur inscription en ligne. La liste des exposants et les informations pratiques sont à retrouver sur le site du MBA Fair.

Pour préparer votre visite et prendre des rendez-vous en ligne, inscrivez-vous gratuitement :

Le Salon des MBA & Executive Masters

Samedi 27 novembre 2021. De 10h30 à 17h au Palais Brongniart, Paris 2e, et de 17h à 20h en ligne. Inscription gratuite

S’inscrire à l’événement

Le Monde

Les syndicats dénoncent le renforcement annoncé du contrôle des chômeurs

L’exécutif est, de nouveau, accusé de s’en prendre aux chômeurs. Alors qu’il vient d’annoncer une augmentation des contrôles sur les demandeurs d’emploi, plusieurs responsables syndicaux s’indignent, estimant qu’une telle mesure est « démagogique » et recèle des arrière-pensées électoralistes. Ces critiques s’ajoutent à celles lancées depuis des mois contre la réforme de l’assurance-chômage, qui a durci les règles pour accéder au dispositif tout en rendant moins favorable l’indemnisation des travailleurs précaires.

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La colère des organisations de salariés est liée à la dernière allocution d’Emmanuel Macron. Mardi 9 novembre, le président de la République a évoqué les « entrepreneurs » qui peinent à recruter de la main-d’œuvre, faute de candidats. « Au moment où trois millions de nos compatriotes se trouvent encore au chômage, cette situation heurte le bon sens », a-t-il déploré. Pour la « dépasser », le chef de l’Etat a énuméré plusieurs solutions, déjà mises en œuvre – par exemple les investissements massifs dans la formation professionnelle – ou qui se concrétiseront prochainement. Ainsi, « les demandeurs d’emploi qui ne démontreront pas une recherche active verront leurs allocations suspendues », a-t-il dit.

15 milliards pour les formations

Son propos aurait pu laisser penser qu’il s’agissait d’une nouveauté. Il n’en est rien. Au sein de Pôle emploi, il y a quelque 600 agents qui s’assurent que les chômeurs prennent des initiatives afin de décrocher un poste – ces derniers étant tenus de le faire lorsqu’ils s’inscrivent chez l’opérateur public. En 2019, environ 400 000 contrôles ont été réalisés ; 15 % d’entre eux ont débouché sur des sanctions plus ou moins sévères, l’allocation pouvant être supprimée pendant un à quatre mois, voire définitivement s’il y a une fraude.

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Le nombre de ces vérifications va être accru de 25 % durant les six prochains mois. C’est ce qu’a indiqué la ministre du travail, Elisabeth Borne, mercredi matin sur RTL. Le but est de voir si les individus visés « répond[ent] à des offres, se rend[ent] à des entretiens, participe[nt] à des sessions de recrutement ou sui[vent] les formations proposées ». « C’est bien normal », a-t-elle ajouté, en rappelant que, au début du quinquennat, le pouvoir en place a lancé un plan, financé à hauteur de 15 milliards d’euros, pour développer les compétences des demandeurs d’emploi.

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La décision du gouvernement « repose sur le présupposé que les chômeurs ne veulent pas travailler et qu’il faut les y forcer avec les sanctions et les baisses d’allocation », confie Denis Gravouil, en charge du dossier assurance-chômage à la CGT : « Nous y sommes bien sûr opposés. » « On stigmatise les demandeurs d’emploi, s’insurge Michel Beaugas, secrétaire confédéral à Force ouvrière. C’est le même discours que celui consistant à prétendre qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot. Le président de la République cherche à élargir son spectre électoral. » Secrétaire confédéral à la CFTC, Eric Courpotin dénonce une forme de « populisme » : « Nous sommes entrés en campagne. » De son côté, Marylise Léon, la numéro deux de la CFDT, regrette que l’exécutif n’ait pas abordé la « question de la responsabilité des entreprises » dans ce débat qui englobe la thématique des offres d’emplois non pourvues : pour elle, les conditions de travail et les rémunérations sont une des principales données du problème.

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Les contrats de professionnalisation, aidés mais mis au second plan

Politique de l’emploi

[La politique de l’emploi s’appuie sur des dispositifs créés au fil des besoins, qui restent parfois méconnus longtemps après leur création. Quelle est leur efficacité contre le chômage ? Elle n’est pas toujours évaluée. Le Monde lance une série d’articles sur les aides à l’emploi, pour tenter d’estimer ce qu’on en sait – leur objectif initial, leurs résultats.]

L’objectif du dispositif

Les entreprises embauchant des jeunes en contrat de professionnalisation bénéficient de la prolongation de l’aide exceptionnelle à l’alternance jusqu’en juin 2022, dans le cadre du plan gouvernemental 1 jeune, 1 solution. Contrairement au contrat d’apprentissage, le contrat de professionnalisation relève de la formation continue. Il est souvent d’une durée plus courte et vise d’abord à intégrer un emploi spécifique.

Le salarié en contrat de professionnalisation touche entre 55 % et 100 % du smic suivant l’âge et le niveau d’études, ou 85 % de la rémunération minimale prévue par la convention collective (ou l’accord de branche de l’entreprise si celui-ci est plus favorable).

Le fonctionnement

Comme pour l’apprentissage, l’aide exceptionnelle versée aux employeurs pour le recrutement d’un jeune en contrat de professionnalisation s’élève à 5 000 euros pour un mineur et à 8 000 euros pour un jeune majeur préparant un diplôme de niveau master au maximum. Une limite d’âge est toutefois fixée : le jeune doit avoir moins de 30 ans. Cette aide est accordée uniquement la première année du contrat, éventuellement au prorata de sa durée pour un contrat de moins de douze mois.

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Cette aide exceptionnelle est accordée aux entreprises de toute taille. Les conditions sont similaires à celles de l’aide exceptionnelle à l’apprentissage : les entreprises de 250 salariés ou plus qui souhaitent en bénéficier doivent s’engager à atteindre au moins 5 % de contrats favorisant l’insertion professionnelle dans leurs effectifs ou 3 % si la progression globale de contrats en alternance est d’au moins 10 %. A une différence près : l’employeur (quelle que soit sa taille) doit transmettre chaque mois le bulletin de paie du salarié concerné à l’Agence de services et de paiement.

Comme pour l’apprentissage, l’aide exceptionnelle versée aux employeurs pour le recrutement d’un jeune en contrat de professionnalisation s’élève à 5 000 euros pour un mineur et à 8 000 euros pour un jeune majeur préparant un diplôme de niveau master au maximum

Depuis le 1er janvier 2021, une aide à l’embauche spécifique pour les personnes éligibles à un parcours d’insertion par l’activité économique recrutées en contrat de professionnalisation a également été mise en place. Elle ne peut pas être cumulée avec l’aide exceptionnelle.

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Salaires des patrons : après une baisse en 2020, les PDG entendent se rattraper cette année

Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, s’est vu allouer au titre de 2020 la rémunération variable la plus élevée du SBF 120, soit une enveloppe de 2,5 millions d’euros. Ici, en 2018, à Massy.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Le patron le plus mal payé parmi les 120 premières entreprises cotées françaises est… une femme. Stéphane Pallez, PDG de la Française des jeux (FDJ), a décroché cette palme avec 380 000 euros dus au titre de l’année 2020, selon le rapport sur les rémunérations des dirigeants de l’indice SBF 120 publié mercredi 10 novembre par la société de conseil Proxinvest.

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Comme tous les patrons d’entreprise publique, Mme Pallez est tenue par la limite de 450 000 euros fixée par l’Etat. En outre, au début de la pandémie, elle a consenti un don correspondant à un mois de son salaire fixe au nom de la « solidarité ». Elle n’est pas la seule. Pendant une année 2020 marquée par la crise sanitaire, le chômage partiel, et les aides d’Etat, 58 % des entreprises, selon Proxinvest, ont ainsi réduit les rémunérations de leurs mandataires sociaux, volontairement ou parce que les objectifs qui conditionnent les bonus n’ont pas été atteints ; 6 % des groupes ont aussi différé des hausses de salaires prévues.

Conséquence, la rémunération totale moyenne des patrons du SBF 120 au titre de 2020, à savoir salaire fixe, part variable, actions de performance et autres avantages en nature, marque une baisse historique de 14 %, pour atteindre 3,2 millions d’euros : même pendant la crise financière de 2008, un tel ajustement n’avait pas eu lieu.

Plus spectaculaire, les bonus annuels des patrons du SBF 120 ont plongé de 27 %

« On revient à des niveaux observés en 2014-2015 », constate Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest. Pour les multinationales du CAC 40, la diminution moyenne est un peu moins marquée : le PDG, directeur général ou gérant d’une entreprise de l’indice phare de la Bourse de Paris aura obtenu en moyenne une rémunération totale de 4,6 millions d’euros, en recul de 11 %.

Plus spectaculaire, les bonus annuels des patrons du SBF 120 ont plongé de 27 %. « On n’avait jamais vu une baisse d’une telle ampleur d’une année sur l’autre », souligne M. Dessaint. Quinze parmi les 120 n’ont bénéficié d’aucun bonus en 2020. Certains volontairement à l’image de François-Henri Pinault (Kering) et Benjamin Smith (Air-France KLM) qui avaient annoncé dès le début de l’épidémie qu’ils renonçaient à toute rémunération variable.

« La chute des bonus aurait été encore plus élevée si les entreprises avaient appliqué les critères de calculs qu’elles avaient définis avant la pandémie », poursuit le directeur général de l’agence de vote. Beaucoup de sociétés, en effet, ont demandé à leurs actionnaires de revoir en cours de route leur politique de rémunération afin de pouvoir quand même récompenser leurs équipes dirigeantes, notamment quand la contre-performance de 2020 empêchait la réussite de plans triennaux. « Ce qui nous a le plus choqués, c’est quand Accor et Pierre & Vacances ont modifié les règles du jeu sans même demander à l’assemblée générale ».

Tous les grands patrons ne se sont pas serré la ceinture

Mais tous les grands patrons ne se sont pas serré la ceinture. Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, s’est vu allouer au titre de 2020 la rémunération variable la plus élevée du SBF 120, soit une enveloppe de 2,5 millions d’euros. Daniel Julien, le PDG de Teleperformance, s’est vu attribuer la plus forte augmentation, avec un « package » de 17 millions d’euros, soit près de 4 millions de plus qu’en 2019.

Le patron du géant des centres d’appel n’est, toutefois, pas le mieux payé de la Place : en 2020, comme l’année précédente, c’est Bernard Charlès, le directeur général de Dassault Systèmes, qui monte sur la première marche du podium, avec une rémunération de 20,6 millions d’euros, 4 millions de moins qu’en 2019 : le dirigeant bénéficie, selon le rapport annuel, d’une « démarche d’association progressive au capital visant, à terme, à lui donner une participation au capital en ligne avec celle de ses pairs dans les sociétés de technologie dans le monde ». A noter que si Dassault Systèmes et Teleperformance ont réalisé de très beaux parcours boursiers depuis le mini-krach de mars 2020, ce fut le cas aussi de la FDJ…

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Pour la suite, le suspens n’est guère de mise : la chute des rémunérations entrevue en 2020 ne va pas durer. « Il va y avoir une forme de rattrapage », prévient M. Dessaint. En particulier, même si les « packages » élevés sont de plus en plus contestés en assemblée générale, beaucoup d’entreprises comme Vivendi ou Essilor Luxottica ont d’ores et déjà fait voter lors des assemblées générales 2021 des hausses des salaires fixes pour leurs dirigeants.

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France Loisirs cherche à nouveau un repreneur

A Ajaccio, en avril 2018.

« En six ans, j’ai injecté 30 millions d’euros dans France Loisirs, un projet qui me tenait à cœur. La transformation de l’entreprise est arrivée presque à son terme, mais a été trop lente, et la pandémie de Covid19 nous a mis au tapis », explique au Monde Adrian Diaconu, président d’Actissia, maison-mère de ce club de livres, qui ne compte plus que 800 000 membres.

Le chiffre d’affaires de ce groupe intégré (à la fois éditeur, imprimeur, diffuseur, centre d’appels et de logistique) a fondu de 22 % en 2020 par rapport à 2019, à 65,8 millions d’euros. Or, la dégringolade se poursuit au moins au même rythme depuis le début de l’année. Parallèlement, les pertes de l’entreprise s’aggravent. « Après 8 millions d’euros de déficit au premier semestre, les deux mois de juillet et août ont généré 6 millions d’euros de pertes », constate M. Diaconu.

Une nouvelle fois, France Loisirs cherche un repreneur. Après une déclaration de cessation de paiements, le 29 septembre, au tribunal de commerce de Paris, l’entreprise, qui compte un millier de salariés avec ses filiales, a été placée, par un jugement du 25 octobre, en liquidation judiciaire, mais, fait rare, avec une continuation d’activité, précisément pour pouvoir trouver un repreneur. Mercredi 10 novembre, deux offres de reprise sérieuses, mais insuffisantes, ont été proposées à Hélène Bourbouloux, administratrice judiciaire chargée de ce dossier. Le tribunal devra se prononcer début décembre.

Concurrence d’Amazon, Cultura et de Leclerc

Créé en 1970 par Bertelsmann et les Presses de la Cité, ce club de livres, qui a compté jusqu’à 2 millions d’adhérents, a plusieurs fois évité la faillite. En mars 2015, quand Adrian Diaconu, PDG d’International Technology Solutions, une société luxembourgeoise diversifiée dans les drones, la sécurité des objets connectés et l’intelligence artificielle, a repris Actissia, le groupe était à la dérive et criblé de dettes. Le repreneur a recentré le réseau de boutiques sur les livres, en mettant fin à la vente de produits de beauté et cosmétiques – une diversification qui avait échoué.

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La concurrence d’Amazon, mais aussi celle de Cultura et des librairies Leclerc, a rendu obsolète un modèle qui consistait à vendre au moins cinq ouvrages par an à des abonnés. Quitte à leur envoyer d’office des titres qu’ils n’avaient pas demandés à ceux qui n’avaient pas passé leur commande assez tôt.

Malgré une tentative de remise à flot de France Loisirs, qui comptait encore 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015 et plus de 2 000 employés, Adrian Diaconu a dû déposer le bilan une première fois en décembre 2017. L’entreprise est sortie de son redressement judiciaire en 2019, et Adrian Diaconu, toujours à la tête du groupe après l’approbation de son plan de continuation par le tribunal, a mis fin à l’envoi systématique de livres aux abonnés.

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