Football : à Bordeaux, la chute des Girondins s’annonce « lourde de conséquences »

Samedi 9 juillet, 3 500 supporteurs des Girondins de Bordeaux (FCGB) – un peu plus de 2 000 selon la police – ont marché dans les rues de la ville pour crier leur soutien au club de football.

Le rendez-vous avait été donné samedi 9 juillet à 16 heures, place Pey-Berland à Bordeaux. Pendant près de deux heures, 3 500 supporteurs des Girondins de Bordeaux (FCGB) – un peu plus de 2 000 selon la police – ont marché dans les rues de la ville pour crier leur soutien au club de football, emblème de la ville depuis un siècle – voire cent quarante ans, si l’on prend comme point de départ la création du Club omnisports de Bordeaux –, mais menacé de relégation au niveau amateur.

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Quatre jours plus tôt, la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme du football financier, avait considéré que le club n’avait pas apporté les garanties suffisantes pour évoluer en Ligue 2, où il avait été relégué sportivement au terme de la saison 2021-2022, et qu’il devait donc être rétrogradé encore d’un cran, en National 1.

« C’est une décision lourde de conséquences pour un territoire, des habitants, déplore Pierre Hurmic, maire (écologiste) de Bordeaux. On ne peut pas rayer un club et ses cent quarante ans d’histoire. » Samedi, accompagné d’autres élus, il était en tête du cortège derrière une banderole « Sauvons le FCGB ».

Si la rétrogradation des Girondins au niveau amateur devait être confirmée, cela se traduirait très probablement par un dépôt de bilan et un redémarrage au niveau National 3, la cinquième division, voire au niveau régional, encore un échelon en dessous. Avec un impact économique dévastateur, compte tenu des structures du club, actuellement taillées pour le niveau professionnel.

« Trois cents emplois directs et au moins autant d’indirects en dépendent », ont alerté, lundi 11 juillet, dix parlementaires de Gironde dans une lettre ouverte adressée à la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, dénonçant « l’arrêt de mort » prononcé par la DNCG contre les Girondins de Bordeaux.

Le centre de formation pourrait être amené à fermer ses portes. Quant à l’avenir de l’équipe professionnelle féminine, il serait lui aussi compromis. « Elles sont payées par la société professionnelle qui pourrait être cet été concernée par la liquidation », souligne Thomas Jacquemier, le directeur général délégué des Girondins, rappelant que cette équipe dispose du « troisième budget de la D1 féminine, derrière Paris et Lyon ».

« Pas question de laisser en friche » le stade Matmut Atlantique

Outre l’impact sur le plan économico-sportif pour le club, un dépôt de bilan aurait aussi des conséquences pour les collectivités locales. L’avenir du stade Matmut Atlantique, inauguré en 2015, propriété de l’entreprise Stade Bordeaux Atlantique (SBA), filiale des groupes Vinci et Fayat, et financé dans le cadre d’un partenariat public-privé avec Bordeaux Métropole, est particulièrement au cœur des interrogations des élus locaux.

Lors du conseil de la métropole du 7 juillet, le président, Alain Anziani, en a appelé à « la mobilisation générale ». Les élus métropolitains avaient déjà voté à l’unanimité, le 24 juin, un étalement sur les deux prochaines saisons des dettes des Girondins, et un lissage des loyers à venir pour l’utilisation de l’enceinte jusqu’au terme de la saison 2024-2025.

La métropole assure pouvoir « faire face au manque de recettes si le FCGB ne paye plus son loyer, le budget global de la métropole avoisinant 1,8 milliard d’euros ». « Que la métropole doive renoncer à un loyer pendant deux, trois ou quatre ans, ce n’est pas dramatique », estime Patrick Bobet, chef de file (LR) de l’opposition et ancien président de Bordeaux Métropole.

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« Vous êtes beaucoup dans l’émotion, le drame, le choc, la catastrophe, le patrimoine. On peut aider, mais il faut la protection des salariés en retour, en ne voulant pas qu’il y ait un seul licenciement dans cette entreprise, d’autant qu’on sait qu’il y a de l’argent qui est distribué de manière très opaque », a de son côté lancé Philippe Poutou, conseiller métropolitain (NPA).

L’objectif est désormais d’étudier ce que pourraient être les usages du stade Matmut Atlantique avec des Girondins de Bordeaux relégués en amateur et n’attirant donc plus autant de supporteurs. « Si nous n’avons plus de club professionnel, on doit l’utiliser au mieux. Il n’est pas question de laisser en friche ce stade qui est là et qui peut rendre service », relève le député (LRM) et conseiller municipal et métropolitain Thomas Cazenave.

Pénurie de main-d’œuvre, démissions à la chaîne… Où sont passés les salariés ?

« Même pas en rêve j’y retournerai. » Le verdict de Mounia Moudjari, 43 ans, est sans appel. Après quinze années harassantes dans la restauration, elle a quitté son job pour devenir cariste dans la logistique. Et pour rien au monde elle ne reviendrait en arrière. « Certes, il faut aussi travailler dur et être polyvalent dans mon nouveau travail, mais j’ai des primes, des jours fériés, un treizième mois, le comité d’entreprise et tout, égrène-t-elle. Pas comme dans les restos où, en plus, on changeait mon prénom. Ceux qui y sont encore, je les plains. »

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Comme elle, des centaines de milliers de salariés ont changé de poste depuis la crise du Covid-19. Un phénomène aussi massif qu’inédit, qui déroute encore nombre d’employeurs et d’observateurs du monde de l’emploi – car ici, la question centrale n’est pas le salaire, ou du moins, pas seulement.

Pour comprendre ses racines, il convient de remonter aux longs mois de confinement, début 2020. Beaucoup de Français ont mis à profit ce temps d’inactivité subi pour prendre du recul. Réfléchir. Faire le point sur le sens du travail, les sacrifices qu’il impose, les pistes pour améliorer le quotidien, même à la marge.

Se recentrer sur l’essentiel : c’est précisément ce qui a incité Marco Miocic à candidater à La Poste. Après avoir monté son autoentreprise dans l’optométrie, ce trentenaire a frisé le burn-out. Alors, il a choisi de bifurquer. Il est aujourd’hui facteur et s’en félicite tous les jours. « Même s’il est physique, ce métier me plaît, raconte-t-il. J’ai retrouvé du temps pour ma famille, et le groupe m’offre beaucoup de possibilités d’évolutions. »

Fins de contrat

Tous les sondages sur le sujet – et ils sont nombreux – confirment cette profonde quête de mieux : 43 % des actifs envisagent de quitter leur emploi dans les deux ans pour un travail qui a plus de sens (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) ; 35 % des salariés n’ont jamais eu autant envie de démissionner (plate-forme d’emploi Indeed) ; les Français afficheraient le taux d’engagement au travail le plus bas d’Europe (Global Workplace Gallup).

Les données sur l’emploi l’attestent également. Au troisième trimestre 2021, les fins de contrats ont bondi de 20 %, selon les derniers chiffres de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, publiés en février – soit + 14,4 % pour les CDI et + 22,8 % pour les CDD. Les ruptures de CDI sont au plus haut depuis 2007.

Dans certains secteurs, l’hémorragie est conséquente. Dans l’hôtellerie-restauration, par exemple, 450 000 salariés présents un an plus tôt avaient quitté leur entreprise en 2021. C’est presque 100 000 de plus qu’en 2019. Et dans la santé, « 30 % des infirmiers quittent la profession dans les cinq ans après avoir obtenu leur diplôme », indique le Syndicat national des professionnels infirmiers.

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Sécurité sociale : les partenaires sociaux se penchent sur la gouvernance de la branche « accidents du travail et maladies professionnelles »

Les syndicats et le patronat veulent jouer un rôle accru dans le pilotage d’un des plus anciens systèmes d’assurance : celui qui indemnise les accidents du travail et les maladies professionnelles. Lundi 11 juillet, les organisations d’employeurs et de salariés lancent un nouveau cycle de discussions sur cette branche du régime général de la Sécurité sociale. Leur but est de parvenir à un accord d’ici à la fin de l’année, au plus tard, à propos des missions et de la gouvernance du dispositif.

La prise en charge des risques professionnels par la collectivité a vu le jour à la fin du XIXsiècle, par le biais d’une loi d’avril 1898 : elle fait porter sur le chef d’entreprise l’obligation de réparer tout accident subi par son personnel, si les faits ont un lien avec l’activité de celui-ci. A la Libération, ces mécanismes ont été intégrés à la « Sécu » pour constituer l’un des quatre piliers de l’édifice – avec l’Assurance-maladie, le réseau des caisses d’allocations familiales et l’Assurance-vieillesse.

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A l’heure actuelle, la branche des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP) est bien portante sur le plan financier. Selon la commission des comptes de la « Sécu », elle a enregistré en 2021 un résultat positif de 1,2 milliard d’euros, ses recettes provenant quasi exclusivement de cotisations réglées par les employeurs. Le fonctionnement du système obéit à des règles un peu singulières : il est partie intégrante de l’Assurance-maladie, tout en associant une instance, appelée commission AT-MP, dans laquelle siègent des représentants syndicaux et patronaux. Celle-ci vote le budget de la branche, donne des avis sur les taux de contribution, etc.

« Une gestion plus paritaire »

Aujourd’hui, les partenaires sociaux souhaiteraient avoir davantage de latitude sur les prises de décision de la branche. Ils avaient déjà formé ce vœu dans l’accord national interprofessionnel conclu en décembre 2020 sur la santé au travail. « Nous avons du mal à occuper la place qui devrait être la nôtre dans le dispositif », confie Catherine Pinchaut, secrétaire national CFDT. « Nous voulons aller vers une gestion plus paritaire », renchérit Michel Chassang, de l’Union des entreprises de proximité (U2P).

Au cœur des discussions, il y aura notamment les excédents de la branche, dont « une large partie est redonnée à la Caisse nationale d’assurance-maladie [CNAM], alors qu’il faudrait les employer prioritairement au financement d’actions de prévention », souligne Eric Chevée, vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Sa remarque fait allusion aux transferts d’argent effectués de la branche AT-MP vers la CNAM : ils compensent les dépenses induites par des pathologies ou des accidents imputables au travail mais qui n’ont pas été reconnus comme tels et qui, du même coup, sont couvertes par l’Assurance-maladie. Ces versements de la branche AT-MP sont loin d’être anodins : 1 milliard d’euros par an durant la période 2015-2021, selon un rapport d’une commission d’experts. Ces mouvements de fonds s’opèrent dans des conditions et en vertu de critères qui ne sont « pas assez clairs », estime Jérôme Vivenza, chargé du dossier pour la CGT.

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En Espagne, la création de contrats à durée indéterminée bat des records

Le propriétaire du restaurant « Taberna Andaluza », Pablo Gonzalez, sert des clients, à la plage de Levante à Benidorm, le 7 juin 2022.

En vingt ans d’expérience dans la restauration, jamais avant ce mois de juin Daniel Pardo n’avait été embauché en contrat à durée indéterminée (CDI). « La plupart du temps, on me faisait enchaîner des contrats de travaux et services, souvent à mi-temps, même quand je faisais douze heures par jour en partie payées au noir, et rompus pendant les périodes d’inactivité. Cela explique que je ne cumule que trois ans de cotisations sociales à temps plein, alors que j’ai toujours travaillé… », explique ce serveur espagnol de 37 ans. En juin, il a signé son premier CDI, un « contrat fixe discontinu » de quarante heures hebdomadaires, avec deux jours libres par semaine et un « bon salaire », au-dessus de celui que marque la convention collective, dans un bar de la station balnéaire de Benidorm, le Gaztelutxo, dans la région de Valence.

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Six mois après l’entrée en vigueur de la dernière réforme du travail en Espagne, qui a restreint drastiquement la possibilité pour les entreprises d’avoir recours à des contrats temporaires, le nombre de CDI ne cesse de battre des records, mois après mois. En juin, 780 000 CDI ont été signés, du jamais-vu dans toute la série statistique. Au total, durant le premier semestre, ce sont près de 3,2 millions de contrats à durée indéterminée et près de 700 000 emplois net qui ont été créés. Le chômage, lui, est passé, en mai, sous la barre des 3 millions, pour la première fois depuis 2008. Et alors que les contrats temporaires – à durée déterminée, saisonniers, occasionnels ou journaliers – représentaient, jusqu’alors, 90 % des nouveaux contrats signés chaque mois, ils ne constituent plus qu’environ 55 % du total.

Marché du travail dépendant du tourisme

« Juin était un mois de surexposition aux contrats temporaires. C’est un phénomène qui s’est rompu cette année. C’est l’effet le plus immédiat de la réforme du travail », a insisté le secrétaire d’Etat à l’emploi, Joaquin Pérez Rey, le 4 juillet. « La solidarité et la justice sociale sont deux clés de la politique économique pour répondre à la crise de manière efficace, mais aussi équitable », a souligné le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez. « Dans un contexte d’incertitude marqué par la guerre en Ukraine et l’inflation, le marché du travail apporte stabilité et force », a renchéri, sur Twitter, la ministre du travail, issue de la formation de gauche radicale Unidas Podemos, Yolanda Diaz.

Face à la précarité de l’emploi, perçue comme une fatalité, liée à un marché du travail très dépendant du tourisme (27 % d’emplois temporaires avant l’approbation de la loi, contre 13,5 % en moyenne dans l’Union européenne), le gouvernement de gauche a trouvé une solution. Utilisés massivement dans le secteur de la construction, mais aussi de l’hôtellerie, les contrats pour travaux et services, dont la fin pouvait donc être signifiée à tout moment, ont été éliminés. Les contrats pour circonstances de production ont été rendus plus coûteux pour les entreprises. Et les CDD ont été limités à six mois, renouvelables jusqu’à un an, pour éviter les abus.

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« Uber Files » : à Paris, Lille ou Lyon, les chauffeurs Uber laissés seuls en première ligne

TémoignagesEntre 2014 et 2016, la société américaine de VTC joue avec la loi en France pour asseoir sa domination sur le secteur. Complices malgré eux, les chauffeurs font les frais d’une insécurité permanente.

« J’ai commencé à rouler avec ma voiture personnelle, sans aucun statut ni assurance pour le transport de personnes. » En 2014, Nadir – le prénom a été changé, comme pour tous les chauffeurs qui ont accepté de témoigner dans cet article – se lance dans UberPop la fleur au fusil. Uber vient de créer en France ce service présenté comme du covoiturage urbain. Le chauffeur débutant, la quarantaine, occupe déjà un emploi salarié dans la maintenance des avions. Le Lyonnais est séduit par l’idée d’amortir ses trajets depuis et vers l’aéroport, même s’il se doute que « tout n’est pas dans les clous ». « Je savais bien que dans le covoiturage, c’est le chauffeur qui fixe la destination, pas le passager…, admet-il. Mais je n’avais pas l’impression d’être hors la loi pour autant. »

Les premiers mois, la demande et l’enthousiasme des clients d’UberPop font taire les craintes des chauffeurs. « Ça se passait très bien, insiste Thierry, qui débute, à Lille, après une période de chômage. On était 10-15 véhicules à se retrouver sur les parkings, il ne se passait pas une demi-heure sans que ça sonne. Les clients étaient sérieux, respectueux. » Pourtant, le vernis du « covoiturage » s’écaille vite. A Lyon, à la sortie du parc des expositions Eurexpo, « pas mal de clients appelaient des taxis, d’autres des Uber, relate Nadir. Il y avait énormément de monde et les taxis avaient du mal à retrouver leurs clients. Aidés par la géolocalisation, on pouvait enchaîner trois fois plus de courses qu’eux ».

En novembre 2014, à Lyon, une soirée « dégénère ». Les « UberPop » affluent à la sortie d’un festival électro. Des taxis réagissent avec violence. « Pneus crevés, rétroviseurs cassés, intimidations… », égrène Nadir. Dans d’autres villes aussi, les incidents se multiplient, obligeant les chauffeurs à des parades pour garantir leur sécurité. Nadir et ses homologues « se signalent sur WhatsApp les endroits où les taxis se regroupent ». A la même période, Thierry, « coincé un jour par un taxi » qui lui bloque la route, prend l’habitude de demander aux clients de monter devant. Les chauffeurs décrochent leur smartphone du tableau de bord pour passer inaperçus. « C’était tendu autour des lieux de fête, complète Abdel, qui roule pour UberPop à partir de l’été 2014. Il y a des endroits où je n’allais plus. »

« Uber Files », une enquête internationale

« Uber Files » est une enquête reposant sur des milliers de documents internes à Uber adressés par une source anonyme au quotidien britannique The Guardian, et transmis au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et à 42 médias partenaires, dont Le Monde.

Courriels, présentations, comptes rendus de réunion… Ces 124 000 documents, datés de 2013 à 2017, offrent une plongée rare dans les arcanes d’une start-up qui cherchait alors à s’implanter dans les métropoles du monde entier malgré un contexte réglementaire défavorable. Ils détaillent la manière dont Uber a utilisé, en France comme ailleurs, toutes les ficelles du lobbying pour tenter de faire évoluer la loi à son avantage.

Les « Uber Files » révèlent aussi comment le groupe californien, déterminé à s’imposer par le fait accompli et, au besoin, en opérant dans l’illégalité, a mis en œuvre des pratiques jouant volontairement avec les limites de la loi, ou pouvant s’apparenter à de l’obstruction judiciaire face aux enquêtes dont il faisait l’objet.

Retrouvez tous nos articles de l’enquête « Uber Files »

« Il fallait qu’on se débrouille »

Début 2015, Thierry se plaint auprès d’Uber de difficultés croissantes, de la part des taxis, mais aussi de « chauffeurs UberPop qui font un peu n’importe quoi, se pointent avec une voiture différente de celle qu’ils déclarent et se refilent les comptes ». Des griefs restés lettre morte, assure-t-il : « Les gens d’Uber nous expliquaient que c’était compliqué, en ce moment, et qu’en gros, il fallait qu’on se débrouille. » Le chauffeur finit par jeter l’éponge après neuf mois au volant. « Se plaindre, c’était comme pisser dans un violon, abonde Nadir. On tombait sur des personnes avec des réponses toutes faites : “On vous garantit que vous avez le droit de rouler”, “Une société comme la nôtre ne serait pas hors la loi”… »

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Des jeunes femmes du centre d’appel d’Assu 2000 à Tanger témoignent d’un harcèlement sexuel institutionnalisé

EnquêteAprès l’incarcération en France de Jacques Bouthier, l’ex-patron d’Assu 2000, une importante société de courtage en assurance, « Le Monde » a rencontré des employées marocaines qui témoignent des violences sexuelles imposées par le PDG.

Ce soir-là, sur la corniche de Tanger, Fatima (tous les prénoms des victimes ont été modifiés) a peur. Autour d’elle, de très jeunes enfants tentent de vendre des paquets de mouchoirs pour quelques dirhams. Les plus grands proposent des confiseries. Les adultes, des escargots. Plus proche d’elle, un homme au visage balafré claudique. « On peut y aller là ?, s’inquiète-t-elle. Mon avocate m’a prévenue, la police de Tanger m’a prévenue, ils peuvent payer un clochard et m’attaquer, et ils diront qu’ils n’ont rien à voir avec ça, que c’était juste un fou. » La jeune femme de 26 ans presse le pas sur le front de mer le plus au nord du Maroc, qu’elle arpentait avant, insouciante, le nez au vent.

Fatima met des masques sur son visage et des casquettes sur la tête pour ne pas être reconnue dans la rue. Elle regarde par-dessus son épaule, fait des tours de pâté de maison pour vérifier qu’elle n’est pas suivie. Son téléphone sonne tout le temps avec des numéros qu’elle ne connaît pas – elle n’y répond plus.

Depuis le 21 mai et la mise en examen et l’incarcération de Jacques Bouthier, l’ex-PDG de la société française de courtage en assurance Assu 2000 – il a démissionné le 24 mai –, pour « traite d’êtres humains mineurs, viols sur mineurs et participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre un enlèvement ou une séquestration en bande organisée » avec cinq autres personnes, Fatima raconte la même histoire trois, cinq, dix fois par jour à ses proches, aux avocats, aux policiers, aux médias marocains et français. Celle d’une jeune Marocaine victime de harcèlement sexuel par l’une des grandes fortunes de France, celle d’une fille de centre d’appels qui a cru à une vie meilleure en rejoignant les bataillons d’ouvriers spécialisés du tertiaire tangérois.

L’une des quatre Marocaines qui portent plainte contre Jacques Bouthier, l’ex-PDG d’Assu 2000, à Tanger (Maroc), le 17 juin 2022.

Le café du Technopark de Tanger bruisse telle une cafétéria d’université. Les étudiants agglomérés derrière leurs ordinateurs portables y suivent distraitement leurs cours en visio. Des filles se cachent pour fumer. Quand elle suivait sa licence en sciences de l’environnement, Nour était comme eux. Comme des centaines de milliers de jeunes Marocains diplômés, elle n’a pas trouvé de travail. Elle a traversé la rue – elle vivait en face du bâtiment d’Assu 2000 à Tanger – pour devenir une fille de centre d’appels. « Au Maroc, les filles qui fument et celles qui travaillent dans les centres d’appels ont mauvaise réputation. On dit qu’elles sont délinquantes, que ce sont des filles de mauvaise vie, alors que, pour elles, travailler, c’est surtout un moyen de s’émanciper », pose-t-elle comme contexte.

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Aides à l’emploi de travailleurs occasionnels agricoles : l’éternel retour

Politique de l’emploi

[La politique de l’emploi s’appuie sur des dispositifs créés au fil des besoins, qui restent parfois méconnus longtemps après leur création. Quelle est leur efficacité contre le chômage ? Elle n’est pas toujours évaluée. Le Monde publie une série d’articles sur les aides à l’emploi pour tenter d’estimer ce que l’on en sait – leur objectif initial, leurs résultats.]

L’objectif du dispositif

Sera-t-il finalement pérennisé ? Mis en place par Bruno Le Maire lorsqu’il était ministre de l’agriculture sous Nicolas Sarkozy, le dispositif TO-DE (travailleur occasionnel-demandeur d’emploi) aide les agriculteurs à recruter des saisonniers sans que cela pèse trop sur leurs finances, face à la concurrence des pays à bas coût. Faisant doublon avec la réduction Fillon, ce dispositif d’allègement de charges s’est trouvé maintes fois sur la sellette, mais la crise sanitaire lui a permis d’obtenir un nouveau sursis, au moins jusqu’au 31 décembre 2022. Lors du Salon de l’agriculture en février 2022, Emmanuel Macron a annoncé que ce dispositif « continuera à être utilisé », sans plus de précisions.

Le fonctionnement

Grâce au dispositif TO-DE, l’employeur d’un saisonnier agricole bénéficie d’une exonération de ses cotisations patronales plus avantageuse que la réduction Fillon. Ces exonérations sont totales pour les rémunérations égales ou inférieures à 1,2 fois le montant mensuel du smic, puis dégressives, et disparaissent pour les rémunérations égales ou supérieures à 1,6 fois le smic. Cette exonération s’applique au maximum quatre mois (cent dix-neuf jours, consécutifs ou non) par salarié et par année civile.

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Un comparatif établi par la revue France Agricole montre que le dispositif TO-DE est plus intéressant que la réduction Fillon pour les contrats courts : sur un salaire brut chargé (ce que dépense l’employeur, soit l’addition du salaire brut et des charges patronales) de 2 373 euros, l’exonération TO-DE sera de 576 euros, contre 480 euros pour la réduction Fillon. La plupart des employeurs relevant du régime de protection sociale agricole (MSA) sont en mesure de réclamer cette exonération spécifique de charges : cultivateurs, éleveurs, pisciculteurs… En revanche, ceux qui n’exercent pas une activité liée à la production animale ou végétale, comme les artisans ou les paysagistes, ne peuvent pas en bénéficier.

Tous les CDD

Cette exonération s’applique à l’embauche de travailleurs recrutés en CDD saisonnier, mais aussi pour toutes les autres formes de contrats à durée déterminée : CDD d’usage, CDD d’insertion, contrat initiative-emploi… et même pour un CDI conclu avec un groupement d’employeurs du secteur agricole. Le salarié peut être recruté pour effectuer des travaux relevant de la culture, de l’élevage ou des travaux forestiers. Les saisonniers participant à la transformation, au conditionnement ou à la commercialisation de la production de l’exploitant entrent aussi dans le cadre de cette exonération.

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Les pompiers des aéroports parisiens lèvent leur préavis de grève après un accord

Des grévistes manifestent devant un terminal, vendredi 1er juillet 2022, à l’aéroport de Roissy - Charles-de-Gaulle, au nord de Paris.

Les pompiers, salariés du gestionnaire des aéroports parisiens, Groupe ADP, ont levé leur préavis de grève pour ce week-end après un accord entre Groupe ADP et la CGT, a-t-on appris jeudi 7 juillet de sources patronale et syndicale. Le préavis qui courait de vendredi à dimanche « a été levé suite à la signature d’un accord » entre la direction et la CGT, a précisé Groupe ADP à l’Agence France-Presse. Cet accord a été confirmé par l’organisation syndicale.

En revanche, « les négociations se poursuivent » avec les représentants d’autres catégories de salariés qui ont déposé un préavis distinct pour la même période, selon l’entreprise. Groupe ADP n’a pas souhaité donner davantage de détails sur l’accord scellé au sujet des revendications des soldats du feu.

Ces derniers réclamaient, selon le texte de leur préavis publié par la CGT, des revalorisations, dont une évolution de la grille de salaires, l’instauration d’une « prime de technicité » et « un vrai plan de recrutement (…) permettant d’organiser le travail conformément aux nécessités opérationnelles ».

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Annulation de vols au départ ou à l’arrivée de Roissy

Le mouvement social des pompiers, entamé le 30 juin, s’était traduit la semaine dernière par l’annulation de centaines de vols au départ ou à l’arrivée de Roissy – Charles-de-Gaulle, le premier aéroport français. Orly n’était pas concerné.

La direction générale de l’aviation civile (DGAC) avait imposé ces annulations préventives, représentant jusqu’à 20 % des vols entre 7 heures et 14 heures, au nom de la sécurité : la réduction du nombre des soldats du feu disponibles avait rendu nécessaire de fermer une partie des pistes de l’aéroport.

Cette mesure ne sera donc pas nécessaire ce week-end, qui marque le début des grands départs des vacances scolaires estivales, a confirmé une porte-parole de la DGAC.

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Le Monde avec AFP

Derrière la dette de Recylex, le minier suisse Glencore

Le tribunal de commerce de Paris a validé, mercredi 6 juillet, la cession partielle des activités industrielles de Recylex au belge Campine NV pour 4 millions d’euros. C’est moins de 10 % de la dette de l’entreprise de recyclage de métaux, principalement due au suisse Glencore. Cette décision fait suite à la mise en redressement judiciaire de Recylex en mai. La reprise, par le groupe belge, des sites de recyclage de batteries au plomb d’Escaudœuvres (Nord), de Villefranche-sur-Saône (Rhône) et de leur soixantaine de salariés s’accompagne du transfert à Campine NV de la participation de Recylex dans la société C2P (recyclage de plastiques et polypropylènes), également basée à Villefranche-sur-Saône.

Metaleurop, dont le nom reste lié à l’histoire industrielle du Nord de la France, était devenu Recylex en 2007. C’était quatre ans après la fermeture particulièrement brutale de la plus ancienne fonderie de plomb d’Europe, créée en 1894 à Noyelles-Godault, dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Il n’avait en effet fallu que sept ans à Glencore, un des leaders mondiaux du commerce des métaux, pour vider de sa substance Metaleurop Nord, dont il était devenu l’actionnaire principal via Metaleurop SA, sa maison mère. En janvier 2003, c’est par un fax lapidaire qu’elle provoquait la stupeur en annonçant la fermeture, du jour au lendemain, de la fonderie nordiste. Elle abandonnait à leur sort 830 salariés sans indemnités de licenciement. Jacques Chirac, alors président de la République, avait dénoncé des « méthodes de patrons voyous ». Metaleurop laissait aussi une pollution irréversible des sols au plomb et au cadmium.

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Coté en Bourse sur l’Euronext Paris – son cours a été suspendu en 2020 –, Recylex est détenu à 29,76 % par Glencore Finance Ltd, une société de la galaxie Glencore, immatriculée aux Bermudes. Le client quasi unique pour son activité plomb est Nordenham Metall GmbH, une filiale de Glencore International AG. Recylex est endetté à hauteur de 68,4 millions d’euros, en intégrant les provisions pour risques et passifs environnementaux. Dans cette dette, on retrouve notamment Glencore International AG pour un emprunt de 18,2 millions d’euros (avec les intérêts capitalisés), une clause de retour à meilleure fortune dont le principal créancier est encore Glencore (3,5 millions d’euros), et une amende pour entente de 25,6 millions d’euros infligée par la Commission européenne.

Procédures judiciaires interminables

Enfin, il y a les 5,7 millions accordés à SNCF Réseau par le tribunal administratif de Marseille en juin 2021 pour la remise en état du domaine public ferroviaire autour de l’ancien site industriel de l’Estaque (et ce, à concurrence de 63,3 millions d’euros au fur et à mesure des appels de fonds de SNCF Réseau). Recylex a fait appel de cette décision. Il y a deux ans, Recylex avait annoncé la perte de contrôle de son sous-groupe allemand, constitué de quatre entités déclarées insolvables. Elles ont été reprises par Glencore en avril 2021 via Nordenham Metall GmbH (le principal créancier actuel de l’activité plomb de Recylex). C’est encore Glencore qui avait, à l’époque, accordé un prêt de 16 millions d’euros à ce sous-groupe allemand.

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