Dans une tribune au « Monde », le Collège des enseignants des écoles supérieures de paysage alerte les pouvoirs publics sur la forte dégradation des conditions dans lesquelles les professionnels de ce secteur sont aujourd’hui formés.
Image extraite du documentaire « Trop chaud pour travailler » (2023), de Mikaël Lefrançois et Camille Robert. TOURNEZ S’IL VOUS PLAÎT
ARTE – MARDI 20 JUIN À 20 H 55 – DOCUMENTAIRE
Chaleur et travail n’ont jamais fait bon ménage. Et dans un monde en surchauffe, le changement climatique, avec ses épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, devient une menace concrète pour des centaines de millions de travailleurs de « première ligne ».
Santé en danger, productivité en baisse : comment continuer à travailler comme avant dans un monde plus chaud ? Le modèle économique fondé sur une forte productivité peut-il perdurer ? Parce qu’elle nous fait travailler moins vite et moins bien, la chaleur fait perdre plus de 2 000 milliards de dollars (environ 1 830 milliards d’euros) à l’économie mondiale chaque année.
Avec ce documentaire qui, du Qatar à la France en passant par les Etats-Unis, l’Inde, l’Italie ou le Nicaragua, éclaire le redoutable phénomène de stress thermique en analysant les enjeux sanitaires, économiques et environnementaux, Mikaël Lefrançois et Camille Robert ont réalisé un remarquable travail. Ils ont interrogé des médecins, des architectes, des économistes, des responsables d’ONG et des dirigeants politiques dont les analyses, couplées aux récits d’hommes et de femmes décrivant leurs conditions de travail inadaptées aux fortes chaleurs, permettent de mieux saisir l’urgence de la situation.
Décès, graves maladies rénales, évanouissements, les effets du climat sont terribles pour des travailleurs qui subissent souvent des cadences infernales et ne sont pas protégés des températures caniculaires. Principales victimes : les ouvriers du bâtiment, dans les pays du Golfe mais aussi en Europe. En Inde, les ouvrières du textile entassées dans de gigantesques hangars mal climatisés, ou les très nombreuses couturières à domicile, travaillant dans des bidonvilles où tôle et ciment piègent la chaleur.
Accidents cardiaques et maladies rénales
Autres victimes : les ouvriers agricoles, comme ces coupeurs de canne à sucre en Amérique centrale qui travaillent dans des conditions archaïques. Les fortes chaleurs associées au travail musculaire intense et aux pauses trop peu nombreuses provoquent accidents cardiaques et maladies rénales.
Autre exemple frappant, celui des chauffeurs-livreurs de la compagnie UPS aux Etats-Unis : harcelés en temps réel par des manageurs qui traquent la moindre minute perdue, ils doivent effectuer entre cent trente et deux cents livraisons par jour dans un camion non climatisé où la température peut monter jusqu’à 50 degrés ! Accusée à de nombreuses reprises par l’inspection du travail américaine, la direction d’UPS affirme se soucier de la santé de ses salariés en équipant les camions de ventilateurs et les livreurs de nouveaux uniformes plus confortables. Des mesures évidemment insuffisantes dans un pays où, en soixante ans, le nombre de vagues de chaleur a triplé.
La situation est devenue tellement inquiétante que Joe Biden et sa vice-présidente, Kamala Harris, se sont emparés du sujet, demandant à l’agence gouvernementale OSHA de plancher sur une réglementation destinée à prévenir le stress thermique au travail.
Judy Chu, représentante démocrate de Californie, se bat depuis longtemps pour faire entrer la menace du climat dans le droit du travail américain. En 2006, une loi a été appliquée en Californie, imposant aux entreprises des pauses et la mise à disposition d’eau lorsque la température atteint 35 degrés. Suffisant ? Spécialiste du stress thermique, l’épidémiologiste Tord Kjellström estime qu’à la fin du siècle, au rythme actuel du réchauffement, « 15 % des heures de travail vont être perdues ».
Trop chaud pour travailler, de Mikaël Lefrançois et Camille Robert (Fr., 2023, 93 min).
Les négociations amorcées avec la direction de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) n’ont pas cessé depuis l’annonce, le 14 février, d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui prévoit de supprimer un quart des effectifs : 85 postes dont 62 licenciements sur 240 salariés. « Une phase de dialogue social s’ouvre avec les organisations syndicales »,avait déclaré Séverine Salgado, la directrice générale de la FNMF.
Mais, après la stupéfaction puis la colère exprimées par les salariés, hormis un accord de méthode signé le 26 avril sur le calendrier de la procédure et des négociations, le blocage reste entier sur le fond. La signature par les organisations syndicales « ne marque pas, de leur part, une quelconque acceptation du projet présenté »,précise l’accord de méthode. « On milite toujours pour le retrait du PSE »,a confié au Monde un représentant du personnel.
Syndicats et élus du comité social et économique (CSE), qui devaient présenter les conclusions du rapport d’expertise comptable en conférence de presse mardi 20 juin, contestent le fondement économique du PSE, ainsi que sa motivation, « redresser [l]a situation économique en vue de sauvegarder [l]a compétitivité » de la FNMF. La direction souligne que « les parts de marché des mutuelles santé se détériorent continuellement ».
Une suite de décisions de gouvernance
Depuis vingt ans, les cotisations en contrats de santé passent progressivement aux mains des assurances, et le nombre de mutuelles santé s’est effondré (elles ne sont plus que 300), réduisant d’autant les revenus de la fédération : 85 % des recettes de la FNMF sont basées sur les cotisations des mutuelles adhérentes. Les projections à l’horizon 2025 qualifiées de « prudentes » par la direction annoncent un résultat net en déficit de11 millions d’euros, que le PSE ramènerait à 1,1 million.
L’expertise comptable du cabinet Ethix, désigné par le CSE, ne décrit pas la même réalité. Après avoir rappelé que « la FNMF exerce une activité qui ne rentre pas dans le champ concurrentiel »,le rapport dénonce un scénario construit sur « des hypothèses pessimistes », qui ne tiendraient pas compte des revalorisations des tarifs des mutuelles liées à l’inflation (l’assiette de la cotisation fédérale est constituée à 80 % par le chiffre d’affaires des mutuelles adhérentes), tout en majorant les charges de fonctionnement et la masse salariale de la FNMF de l’impact de cette même inflation. Une inflation prise en compte (ou pas), selon qu’on évalue les recettes ou les dépenses.
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Les groupes de BTP Vinci, Eiffage, Spie Batignolles et GCC, principaux maîtres d’ouvrage des futurs sites olympiques, ainsi que huit sous-traitants, ont été assignés aux prud’hommes de Bobigny (Seine-Saint-Denis) par dix ouvriers sans papiers qui ont travaillé sur les chantiers des Jeux.
Ces travailleurs, qui ont depuis été régularisés, dénoncent depuis plusieurs mois leur « exploitation » sur ces chantiers, où ils ont œuvré sans contrat de travail ni fiche de paie. Ils demandent « la reconnaissance d’un contrat de travail, requalifié en CDI à temps plein », a expliqué à l’Agence France-Presse le syndicaliste Richard Bloch, confirmant une information de Franceinfo. Défenseur syndical à la CGT, ce dernier avait accompagné ces ouvriers dans leur processus de régularisation.
« Emploi d’étranger sans titre en bande organisée »
Dans le dossier déposé le 31 mars, le syndicat et les ouvriers demandent également le versement des « arriérés » de salaires impayés, la reconnaissance d’un « licenciement sans cause réelle et sérieuse », et que soit engagée « la responsabilité des maîtres d’œuvre » dans le recours à ce travail irrégulier. D’autant que, d’ici à ce que l’affaire soit audiencée au conseil des prud’hommes en octobre, selon la CGT, les sous-traitants pourraient tout simplement s’évaporer dans la nature.
Il y a un an, le parquet de Bobigny avait ouvert une enquête préliminaire, notamment pour « travail dissimulé » et « emploi d’étranger sans titre en bande organisée », après que des contrôles avaient permis d’identifier plusieurs travailleurs irréguliers sur un chantier olympique.
Entreprises. Le 1er juin, quelques semaines après le dixième anniversaire de la catastrophe du Rana Plaza, le parlement européen a voté une directive sur le devoir de vigilance des entreprises multinationales. Après la loi française de 2017 et la loi allemande de 2021, cette prise de position ne garantit pas encore son adoption par l’Union européenne, mais elle manifeste avec force la progression en Europe d’une conception française de l’entreprise et de la mondialisation.
Le 24 avril 2013, dans une banlieue proche de Dacca, au Bangladesh, un bâtiment de neuf étages s’effondre, provoquant, avec plus de 1 100 tués et des milliers de blessés, la catastrophe la plus meurtrière de l’histoire de l’industrie textile. L’immeuble abritait des ateliers de couture travaillant pour les grandes enseignes de la mode. La tragédie déclencha une émotion très forte dans le monde entier et la quasi-totalité de ces donneurs d’ordre reconnurent avoir été aveugles face à la mise en danger de ces travailleurs par leurs sous-traitants.
Cette prise de conscience suscita une innovation française : la loi du 27 avril 2017 sur le devoir de vigilance des entreprises multinationales. Elle impose à celles-ci de mettre en place, sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, un plan de prévention des atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs. Cette loi n’a pas manqué de provoquer des critiques et des oppositions tenaces. On pouvait en effet contester la faisabilité d’un tel plan de vigilance lorsque les chaînes d’approvisionnement sont longues et complexes.
Une nouvelle approche sociale
Mais l’importance des enjeux humains concernés devait alors motiver la recherche de circuits plus maîtrisables. On reprochait surtout à la loi d’imputer aux entreprises des mises en danger qui n’étaient pas de leur fait. Or, la loi ne disait pas cela et rappelait un principe d’une grande force doctrinale. L’Etat est légitime à imposer des normes de « bonne gestion », lorsque l’activité ou le pouvoir d’une entreprise peuvent entraîner des dangers pour autrui.
Le loueur de voitures doit ainsi vérifier que son client possède un permis de conduire ! Ainsi, la loi n’exige de l’entreprise que la preuve qu’elle prend des mesures de prévention documentées et sérieuses pour éviter de travailler avec des fournisseurs qui ne respectent pas ces droits.
Cette conception a d’abord franchi les frontières de l’hexagone avec une loi similaire adoptée en Allemagne en juin 2021. Le vote récent du Parlement européen confirme donc la diffusion à l’échelle du continent d’une conception plus responsable du rôle des entreprises dans la mondialisation. Certes, la taille des entreprises concernées, l’étendue des droits sous vigilance, les sanctions associées au non-respect des prescriptions, sont encore à fixer et rien ne dit qu’une directive exigeante sera adoptée. Mais qui aurait parié en 2017 sur une telle réception européenne quand beaucoup voyaient dans cette loi un errement français ?
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37 % : c’est la part de salariés français qui déclarent avoir travaillé au moins une fois en étant malade, sur une période de douze mois, révèle l’étude Eurofound de 2021. La moyenne de l’Union européenne n’est que de 28 %, et ce chiffre n’est que de 22 % aux Pays-Bas. Autre question issue de cette enquête : « Vous arrive-t-il de travailler sur votre temps libre pour répondre aux exigences de votre travail, tous les jours ou plusieurs fois par semaine ? » C’est le cas de 20 % de Français, soit quatre points de plus que la moyenne européenne. Y aurait-il donc vraiment une « épidémie de flemme » dans l’Hexagone ?
C’est l’idée que bat en brèche un article réalisé pour le projet de médiation scientifique « Que sait-on du travail ? » du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp), diffusé en collaboration avec le Liepp et les Presses de Sciences Po sur la chaîne Emploi de Lemonde.fr.
Les sociologues Maëlezig Bigi et Dominique Méda affirment que c’est la dégradation continue des conditions de travail, depuis près de vingt ans, qui explique une relation plus distanciée des Français vis-à-vis de leur emploi, et non un prétendu refus de travailler.
A l’aide de données issues de programmes de recherche européens, les chercheuses rappellent d’abord que les Français ont toujours été majoritaires à déclarer que le travail est très important dans leur vie, ce qui ne les empêche pas de souhaiter en même temps qu’il prenne moins de place. Cette coexistence n’est pas nouvelle, et démontre simplement une exigence à l’égard du contenu du travail.
De ce fait, la France est un des pays où le fossé entre les attentes placées sur le travail et la réalité de ses conditions d’exercice est le plus grand. Déjà au début des années 2000, le travail était considéré, bien plus en France qu’ailleurs, comme épuisant, mal payé, et ne débouchant que sur de faibles chances de promotions.
Ce constat s’est amplifié : en 2019, l’enquête Conditions de travail de la Dares (ministère du travail) met en évidence que le travail est « insoutenable » pour 37 % des actifs occupés français. La comparaison européenne, à l’occasion de l’enquête Eurofound de 2021, est sans appel : 52 % des Français déclarent que leur travail nécessite de travailler dans des délais très stricts et très courts, contre 37 % des salariés néerlandais par exemple.
La pénibilité physique et psychique du travail est bien plus lourde dans l’hexagone : quand 7 % des Danois et 30 % des Européens disent souffrir d’anxiété, c’est le cas d’un Français sur deux. Cette enquête pointe aussi chez les salariés français le faible soutien des collègues, la faible reconnaissance par la hiérarchie, et un écart plus important qu’ailleurs entre les exigences imposées et les ressources pour y faire face.
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[Les Français ont-ils mis à distance leur travail en un rien de temps, lors du confinement de 2020 ? Pourquoi l’ont-ils fait ? Ce sont les questions que posent deux sociologues : Maëlezig Bigi est maîtresse de conférences au Cnam, chercheuse au Lise et affiliée au Centre d’études de l’emploi et du travail. Elle travaille sur la reconnaissance et l’organisation du travail. Dominique Méda est professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine. Elle dirige l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso) de l’Université Paris Dauphine-PSL.]
C’est sans doute l’une des expressions les plus médiatiques de ces derniers mois : le rapport au travail aurait changé. Les Français ne voudraient plus travailler. La Grande démission serait la preuve qu’un gigantesque mouvement de flemme s’est emparé de nos concitoyens. Dans cet article, nous tentons de prendre une perspective un peu longue pour comprendre ce qui a vraiment changé dans notre rapport au travail, nous revenons sur l’importance accordée au travail par les Français et nous mettons en évidence que la question centrale aujourd’hui est celle des conditions de travail. Nous invitons ainsi nos lecteurs à prendre la mesure de la grave crise du travail française, qui explique en partie l’intensité des réactions à l’annonce du recul de l’âge légal de la retraite de 62 à 64 ans.
1. Les Français sont-ils paresseux ?
Une note de 2019 (Goujard, 2019) commentant les résultats de l’OCDE sur le temps de travail (et revenant sur l’idée que les Français seraient ceux qui consacrent au travail le moins grand nombre d’heures par habitant) a été utilisée par certains journalistes comme une nouvelle preuve du fait que les Français seraient paresseux et n’aimeraient pas le travail, confortant ainsi une théorie partagée et diffusée de longue date par certains économistes : celle de la préférence des Français pour le loisir.
C’est pour mettre à l’épreuve cette théorie, et en particulier l’idée selon laquelle les jeunes seraient les plus atteints par cette épidémie de flemme – un autre poncif du discours voudrait en effet que les jeunes soient particulièrement rétifs au travail, matérialistes, incapables d’engagement… – qu’avait été lancé en 2006 un programme de recherche européen, rassemblant sous la direction de Patricia Vendramin six équipes de chercheurs de France, d’Italie, de Belgique, de Hongrie, d’Allemagne et d’Espagne (Dominique Méda, à l’époque directrice de recherches au Centre d’Etudes de l’Emploi était la responsable de la partie française, avec Lucie Davoine et Béatrice Delay).
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Après des mois de recherche, vous n’y croyiez plus : le job de vos rêves, à deux rues de chez vous, avec douze semaines de congés et des missions passionnantes. Exalté, vous arrivez en bas de l’annonce, et tombez sur sa date de publication : février 2014. L’entreprise a oublié de la retirer. Saperlipopette.
Il arrive que les petites annonces ne soient plus à la page : si l’on tape par exemple « metaverse » dans un moteur de recherche, on tombera sur nombre de postes d’ingénieurs ou « chief metaverse officer » postés à la va-vite lors du buzz de ce terme, il y a quelques mois… Mais qui n’ont jamais été pourvus, devant le fiasco (mérité) de sa mise en place dans les entreprises. Ces annonces sont des « ghost jobs », des « emplois fantômes » : ce sont ces offres d’emploi qui restent en ligne durant des mois après leur publication, sans que le candidat ne puisse savoir si les postes ont été pourvus.
C’est un sondage qui a réveillé les morts et popularisé le terme outre-Atlantique : A l’été 2022, l’entreprise américaine de prêt en ligne Clarify Capital a interrogé plus de mille manageurs impliqués dans des processus de recrutement. Plus des deux tiers (68 %) des manageurs déclaraient que leur entreprise laissait des offres en ligne durant plus de trente jours, et un sur dix qu’une même annonce pouvait « durer » plus de six mois.
Une manipulation multiple
Ce n’est pas forcément volontaire : le département des ressources humaines (RH) pourra oublier de supprimer sa proposition une fois que le ou les embauches auront été réalisées, ou la plate-forme d’emploi pourra publier en plusieurs exemplaires une offre qui ne recrute qu’une seule personne.
Pourtant, l’effet pour l’employeur de cette manipulation est potentiellement multiple : en premier lieu, naturellement, faire postuler du monde et garder une visibilité sur les plates-formes. Si l’intention de laisser traîner l’annonce est bien présente, ces offres peuvent permettre de garnir le « vivier de talents » si précieux pour les RH. En effet, si l’entreprise a payé un budget publicité sur LinkedIn ou Indeed s’étalant d’un jour A à C, et que tous les recrutements prévus ont été faits au jour B, pourquoi se priver d’une visibilité disponible ?
Les recruteurs peuvent aussi utiliser ces petits fantômes pour garder les CV de bons candidats… Afin de les rappeler du tac au tac le jour où une position se libère, notamment un poste réputé « à fort turnover ». C’est la guerre des talents, disent-ils.
Intentions maléfiques et dysfonctionnements
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L’usine de fabrication de fuselages d’Airbus Atlantic, à Meaulte (Somme), le 4 avril 2023. MATTHIEU BOTTE/MAXPPP
« En 2020, l’aéronautique a été balayée de plein fouet [par l’épidémie de Covid-19]. Les recrutements de cadres ont reculé de 29 %. Aujourd’hui, la dynamique a repris. L’aéronautique joue à nouveau son rôle de locomotive », affirme Cyrille Longuépée, la déléguée régionale de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) en Occitanie. A la fin de l’année, les filières aéronautiques et spatiales devraient compter près de 200 000 emplois, selon le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). A la fin de 2021, le secteur représentait 188 000 postes, dont quasiment un tiers en Occitanie, avec un réseau de fournisseurs qui s’étend sur toute la France.
L’impact de l’épidémie de Covid-19 sur l’emploi s’est poursuivi jusqu’en 2021 : cette année-là, le secteur a encore perdu 3 % de ses effectifs, malgré le recrutement de 9 300 personnes, dont près des trois quarts (73 %) en CDI. Puis, 2022 a marqué l’amorce d’un basculement avec le retour à la création nette d’emplois, grâce à une première vague d’embauches « massives » : 18 000 CDI et 6 700 alternants. « Une forte remontée des cadences de production a été enclenchée en 2022 », explique le rapport du Gifas sur les métiers de l’industrie aéronautique et spatiale. Avec une deuxième vague de même ampleur attendue en 2023, « le secteur devrait retrouver son niveau d’emploi d’avant la crise en fin d’année ».
Cette très forte demande d’emploi est tirée par trois moteurs : « Le trafic aérien mondial est revenu à ce qu’il était avant le Covid-19, la flotte aérienne doit être renouvelée notamment pour des raisons écologiques, et on a une très bonne conjoncture liée à la défense », explique Philippe Dujaric. « Nos trois grands donneurs d’ordres sont civils et militaires », rappelle le directeur des affaires sociales et de la formation au Gifas.
« Recruter sans se concurrencer »
Sur les 25 000 recrutements (dont 7 000 alternants) prévus pour 2023, les équilibres entre les métiers se maintiennent. Au dernier bilan réalisé dans la filière fin 2021, les effectifs comprenaient, dans des métiers divers à forte compétence technique à partir du niveau bac, à 45 % des ingénieurs et cadres, 31 % des employés, techniciens et agents de maîtrise, et un peu moins (24 %) des opérateurs et techniciens d’ateliers. En 2022, plus de la moitié (58 %) des recrutements ont été des ingénieurs et des cadres. Cette année, les candidats recherchés sont de nouveau pour plus de la moitié des ingénieurs et des cadres, un bon 20 % des techniciens de production et pour le reste des techniciens supérieurs. L’année 2023 sera celle d’« une double bataille de plan de charges en production et en technologie », commente Philippe Dujaric.
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Un employé chargé du nettoyage lors de la réouverture du dernier étage de la tour Eiffel, à Paris, le 15 juillet 2020. FRANÇOIS MORI/AP
« Il y a beaucoup de choses qui n’allaient pas dans cette entreprise. Le fonctionnement était opaque, on ne savait pas comment les CDI étaient donnés. La fin de la collaboration a été brutale pour beaucoup d’entre nous. » C’est ainsi qu’une ancienne agente d’accueil résume son expérience à la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE). Comme elle, une quinzaine d’anciens salariés de la tour en CDD et intérim témoignent au Monde de l’existence de nombreuses irrégularités dans la gestion du personnel ; des anomalies que la direction de l’entreprise reconnaît, mais assure avoir fait disparaître récemment.
Le monument, qui accueille chaque année près de six millions de visiteurs, dont 80 % d’étrangers, et emploie près de 360 salariés, est géré par la SETE, une société publique locale détenue à 99 % par la Ville de Paris (qui perçoit chaque année une redevance de plus de 10 millions d’euros). L’entreprise a particulièrement souffert du Covid-19, avec des pertes de 43 millions d’euros en 2021 et 52 millions en 2020, se sauvant grâce au recours à l’activité partielle, à des prêts et à une recapitalisation.La découverte de forts taux de plomb aux abords du monument a également entraîné des retards sur la dernière campagne de peinture et des surcoûts importants. La SETE est aujourd’hui endettée à hauteur de 110 millions d’euros.
Avant même que la pandémie ne fragilise l’édifice, les comptes et la gestion financière de la société étaient pointés du doigt. La chambre régionale des comptes (CRC) d’Ile-de-France a mis en évidence, dans un rapport publié en 2020, l’augmentation du recours aux emplois précaires (CDD et intérimaires) dans les années 2010, de même que l’augmentation des rémunérations des personnels. La tour embauche des saisonniers lors des périodes de forte affluence ou pour compenser les congés maladie ou de maternité. C’est historiquement la seule porte d’entrée pour travailler à la tour Eiffel, particulièrement en tant qu’agent d’accueil.
« C’était comme être d’astreinte »
« Nous avions des emplois saisonniers, mais on travaillait toute l’année. On enchaînait CDD à la SETE et missions d’intérim pour l’agence Synergie, raconte Elena Riboust, qui a travaillé à la SETE entre 2018 et 2020. En intérim, c’étaient des missions d’une seule journée, on était avertis le matin et le premier qui décrochait obtenait la mission. » Au fil des ans, un vivier de plusieurs dizaines de précaires s’est constitué, pour remplacer les agents en CDI dans les trois équipes qui se succèdent en permanence (une le matin, une le soir, une au repos), rendant de plus en plus incertaine la perspective d’obtenir suffisamment de missions. Parfois, les missions durent seulement trois heures, pour remplacer une pause déjeuner.
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