Les syndicats tournent la page de l’union, sept mois après la réforme des retraites

Pendant au moins plusieurs mois, l’intersyndicale ne défilera plus au grand complet dans la rue. Lors d’une rencontre, vendredi 1er décembre, au siège national de la CFDT à Paris, les dirigeants des huit principales organisations de salariés ont tenté de redéfinir les règles de fonctionnement de leur alliance, traversée par des tensions depuis quelque temps après le long combat, en rangs serrés, contre la réforme des retraites.

Il ne s’agit pas d’un divorce, mais les parties en présence tournent une page : elles cessent – au moins provisoirement – de lancer toutes ensemble des appels à manifester, tout en maintenant leurs échanges, à un rythme moins soutenu qu’avant et avec un nombre variable de participants suivant les circonstances ou les dossiers à traiter. Les manœuvres communes dans l’espace public sont mises en sommeil mais pourraient redémarrer à la fin de l’hiver.

« On ne passe pas de tout à rien »

Au cours de leur conclave de vendredi, les numéros un se sont dit leurs quatre vérités et en ont tiré les conséquences pour la suite. « Quand elle sert à organiser des mobilisations contre des réformes régressives comme celle sur les retraites, l’intersyndicale est un bel outil », confie Frédéric Souillot. Mais selon le leader de FO, l’heure est venue de « ranger cet outil dans une boîte », ce qui n’exclut pas, tient-il à préciser, « que nous le ressortions si d’autres lois de grande ampleur, contraires à l’intérêt des travailleurs, sont présentées par le gouvernement ». Plusieurs responsables confédéraux abondent dans ce sens : « Le fait est que l’intersyndicale ne peut pas être la même que lors de la réforme des retraites », estime Cyril Chabanier, le président de la CFTC. Une telle union « est toujours circonscrite à un moment particulier et à un thème précis », renchérit François Hommeril, le patron de la CFE-CGC.

La fin d’une aventure commune ? Non, à ce stade, car M. Souillot affirme que lui et ses homologues vont « continuer de [se] voir et de [se] parler, comme avant la réforme des retraites ». « On ne sait pas encore comment on va organiser les choses, mais on va se rencontrer régulièrement, confirme Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT. Est-ce que cela doit être deux, trois, quatre fois par an ? Je ne sais pas, mais l’important sera de ritualiser ça. » C’est une « nouvelle phase » qui s’ouvre, assure Sophie Binet, la dirigeante de la CGT. « L’existence de l’intersyndicale était liée à la lutte contre la réforme des retraites, mais nous allons prolonger sous une autre forme le travail unitaire qui avait été engagé depuis l’été 2022, ajoute-t-elle. Cela s’inscrira dans un cadre souple, fluctuant suivant les sujets, le but étant de l’installer dans le temps long. » M. Chabanier le résume en quelques mots : « On ne passe pas de tout à rien. »

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Les syndicats des livreurs des plates-formes comme UberEats ou Deliveroo lancent un appel à la grève

« Chaque secteur de la ville est balisé. On aura un gréviste devant chaque grande chaîne de restaurant – McDonald’s, KFC… – pour bloquer les commandes tout le week-end. On a monté ça très vite, en trois semaines, avec l’aide de la CGT, s’enthousiasme Karim (qui n’a pas donné son nom de famille), livreur à Marseille. Nos blocages sont pacifiques. On essaie d’expliquer aux autres livreurs que le but c’est de faire mal à Uber et Deliveroo. On ne veut pas faire de manifestation : l’objectif, c’est zéro commande livrée. »

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L’initiative phocéenne répond à un appel national à la grève des livreurs, samedi 2 et dimanche 3 décembre, lancé par la CGT et Union-Indépendants (affilié à la CFDT), auxquels s’est jointe la fédération SUD-Commerces. Des actions sont attendues dans une cinquantaine de villes françaises, sous la forme de blocages ou de rassemblements, comme samedi midi à Paris, place Stalingrad.

Cette mobilisation des coursiers, qui promet d’être la plus suivie depuis l’émergence des plates-formes de livraison de repas en 2016, fait suite à une baisse des rémunérations des 65 000 travailleurs de l’application UberEats, le leader du secteur. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la colère des livreurs, après des années de baisse continuelle, alors que l’inflation flambe », résume Ludovic Rioux, secrétaire de la CGT-Livreurs. « En prenant l’échantillon de 50 livreurs qui nous ont fait remonter les chiffres de près de 3 110 courses avant et après la mise à jour, on observe que 42 gagnent moins qu’avant, constate Fabian Tosolini, délégué national d’Union-Indépendants. La baisse par livreur va jusqu’à 20 %. Le prix d’une course a parfois chuté jusqu’à 40 %. »

« Inquiétudes sur la nouvelle tarification »

Les syndicats imputent cette baisse à un accord signé en avril entre les trois principales plates-formes (UberEats, Deliveroo, Stuart) et la Fédération nationale des autoentrepreneurs (FNAE), qui fixe un revenu minimal horaire de 11,75 euros brut… uniquement sur les temps de course, et sans compter le temps d’attente entre deux prestations.

Les propositions formulées, le 21 novembre, par UberEats n’ont pas donné satisfaction. « Après avoir entendu les inquiétudes sur la nouvelle tarification exprimées par certains livreurs, nous avons mis en œuvre des garanties renforcées, explique au Monde un porte-parole d’UberEats. Nous portons temporairement la garantie minimale de revenu horaire de 11,75 euros à 14 euros et nous prenons nos responsabilités pour nous assurer que le niveau moyen de tarification des courses demeure identique. » Les syndicats exigent un retour au modèle de rémunération en vigueur jusqu’en octobre, et davantage de transparence sur les règles de l’algorithme.

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Emploi : la lutte contre la discrimination des seniors s’intensifie

Avec le décalage de l’âge légal de la retraite, les seniors vont devoir jouer les prolongations sur le marché du travail. Or, celui-ci continue de les discriminer. C’est du moins le sentiment des 1 500 salariés représentatifs du secteur privé sondés dans le cadre du dernier baromètre de perception de l’égalité des chances en entreprise du Medef, publié en octobre 2023.

La moitié des sondés craignent d’être un jour victimes de discrimination au travail, la première crainte étant liée à l’âge – 41 % le mentionnent – devant l’apparence physique (19 %). La délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) pourrait combler cette faille. Le député Renaissance Marc Ferracci a en effet déposé un amendement au projet de loi de finances 2024 pour élargir les missions de cette instance, et lui donner les moyens de lancer des « testings » sur toutes les catégories, dont les seniors.

Ces opérations consistent à envoyer à des employeurs des CV factices de candidats au profil similaire, en faisant varier un seul critère, et permettent d’évaluer l’ampleur de ce type de discrimination. Mais ils font souvent l’impasse sur la variable de l’âge. « Nous prenons ce sujet à bras-le-corps et allons effectuer en 2024 un premier testing consacré à cette classe d’âge, affirme Marc Ferracci. Notre objectif est de faire évoluer les comportement des entreprises par des amendes ou par le “name and shame” en publiant les noms de celles qui discriminent. »

Persistance de la discrimination par l’âge

Au-delà des perceptions des salariés, la discrimination par l’âge renvoie en effet à une réalité, explique Jean-François Amadieu, professeur de sociologie du travail à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne : « Le rejet des seniors lors des embauches est souvent lié à une apparence moins avantageuse. Un poids excessif, un visage fatigué renvoient à des préjugés sur une supposée moindre performance au travail. »

Un testing, réalisé en novembre 2021 par la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques, qui dépend du ministère du travail, permet de prendre conscience de l’ampleur du problème. Focalisé sur les discriminations à l’encontre des Maghrébins, il avait consisté à envoyer 9 600 candidatures à des employeurs. Résultat ? Un candidat au « nom à consonnance française » ayant entre 48 et 55 ans a presque trois fois moins de chance d’être rappelé pour un entretien (14 %) qu’un candidat de la tranche 23-30 ans (39 %), toutes choses égales par ailleurs. Et encore, ce testing excluait les plus de 55 ans, qui sont davantage pénalisés…

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« Partout se dessine une réduction considérable des marges de manœuvre dont disposent syndicalistes et directions dans les négociations sociales »

Depuis les ordonnances travail de 2017, les accords d’entreprise l’emportent dans une majorité de domaines sur les accords de branche. S’agit-il pour autant de renforcer un dialogue social au plus proche des salariés et de développer, comme le souhaitaient les lois Auroux (1982), la citoyenneté au travail ? C’est en réalité tout le contraire qui se produit. La mise en place des comités sociaux et économiques a abouti à diminuer considérablement le nombre de représentants du personnel et à les éloigner davantage des salariés pour en faire des « professionnels » du dialogue social, seule une toute petite minorité d’entreprises (1,6 % en 2021) ayant fait le choix de conserver des « représentants de proximité ».

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Plus qu’un levier du progrès social, la priorité donnée à la négociation collective d’entreprise est d’abord pensée comme le moyen de subordonner encore davantage les règles du rapport salarial aux impératifs de compétitivité des entreprises, qu’elle serve à développer l’intéressement et les augmentations individuelles plutôt que les augmentations générales, à baisser le taux de majoration des heures supplémentaires ou à flexibiliser l’organisation des temps de travail.

Bien sûr, l’usage des dispositifs de négociation et leurs résultats restent variables. Dans les grandes entreprises, quand les salariés sont qualifiés et que les syndicats conservent un réel ancrage militant, leurs représentants restent en mesure de peser sur les décisions patronales. Cependant, sous la pression actionnariale, la nature des compromis se transforme. Les syndicats sont bien en peine, notamment, d’empêcher la généralisation des politiques de rémunérations liées à la performance, individuelle ou collective.

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Dans les grandes entreprises des secteurs du nettoyage, de l’aide à domicile ou de la logistique, les négociations sont encore plus déséquilibrées, tant il est difficile pour les syndicats de mobiliser des collectifs de travail morcelés, précarisés et constitués d’une main-d’œuvre interchangeable. Dans le secteur sanitaire et social, notamment, soumis à des politiques de réduction des coûts, les négociations salariales en entreprise restent purement formelles.

Inégalités amplifiées

En réalité, une même tendance se dessine partout : celle d’une réduction considérable des marges de manœuvre dont disposent les syndicalistes et les directions dans des négociations qui se déploient sous la pression des marchés financiers pour les uns, des donneurs d’ordre pour les autres, ou des contraintes budgétaires que l’Etat impose aux secteurs qu’il subventionne.

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« Le modèle économique et social qui s’est mis en place en France après la seconde guerre mondiale a vécu »

Les syndicats de salariés français sont exclus des décisions économiques, à l’échelon des entreprises comme des politiques gouvernementales, contrairement à ce qui se passe en Allemagne ou dans les pays nordiques, dont le modèle économique et social de codécision donne aux syndicats une place essentielle dans les conseils d’administration des entreprises : les négociations collectives régulent le fonctionnement du marché du travail et l’organisation du travail.

Denis Kessler [1952-2023], ancien vice-président du Medef, parlait de « Yalta implicite » pour décrire le modèle économique et social qui s’est mis en place en France après la seconde guerre mondiale : les patrons se réservaient les décisions concernant le modèle productif, la stratégie des entreprises et l’organisation du travail ; le personnel politique, les politiques publiques ; les syndicats, la gestion de la protection sociale. Comme le disait M. Kessler dans un entretien à la Revue de l’Institut de recherches économiques et sociales, « en France, le pacte social (…) a, en définitive, consacré la non-inclusion des syndicats (…) dans les domaines économiques et une formidable intégration de ceux-ci dans le domaine social » (« Pour une économie du paritarisme », Revue de l’IRES no 24, 1997).

En 1945, les conseils d’administration des caisses de Sécurité sociale comptaient une forte majorité de représentants des salariés, au nom du principe de « gestion par les intéressés ». On parle alors de « démocratie sociale », préférée à la gestion étatique, qui risquait d’imposer une logique budgétaire. Il s’agissait de permettre l’extension des droits sociaux, le financement devant être ajusté aux besoins par l’augmentation des cotisations.

Ce rôle gestionnaire des syndicats leur a donné une légitimité pour défendre la Sécurité sociale face aux tentatives gouvernementales de réforme, présentées comme autant de remises en cause des « acquis sociaux ». Dès les années 1950, malgré la faiblesse du taux de syndicalisation, les syndicats démontrent leur capacité de mobilisation sur la question. Elle est restée très forte, comme le montrent les mobilisations de décembre 1995 contre le plan Juppé, et celles de 2003, 2010, 2019 et 2023 contre les projets de réforme des retraites.

Etatisation de la gouvernance

Au fil du temps cependant, les syndicats de salariés perdent leur domination sur la gestion de la Sécurité sociale, au profit du paritarisme (représentation égale des salariés et des employeurs), voire du tripartisme (intervention de l’Etat). Avec le plan Juppé de 1995, l’étatisation de la gouvernance du système s’accélère, au nom du fait que la Sécurité sociale est moins directement liée au travail (universalisation des droits à la santé, retraite de base), que les impôts (notamment la CSG) représentent une part croissante de son financement, et que les partenaires sociaux ne prendraient pas les décisions difficiles… Le plan Juppé prévoit donc une réforme de la Constitution qui, adoptée en 1996, instaure le vote de la loi de financement de la Sécurité sociale par le Parlement.

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Industrie : le grand défi de l’emploi des jeunes

Roland Lescure, le ministre délégué en charge de l’industrie, avec des collégiens venus découvrir les métiers de l’industrie, à l’invitation du ministère de l’économie et des finances, à Paris le 30 novembre 2023.

L’usine occupe un hangar en duplex dans une rue discrète d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, à quelques minutes de Paris. Au centre de l’atelier de 1 500 mètres carrés, des kiosques « mobiles et solaires » sont en présentation. Bienvenue chez PicNic, jeune start-up française, lancée en 2018 par trois amis trentenaires qui rêvaient de « créer du lien social tout en faisant du bien à la planète », explique Raphäel Brochard, un des cofondateurs, casquette de titi sur la tête et sosie goguenard du comédien Félix Moati.

Autour de lui, une vingtaine d’étudiants, garçons et filles, de l’école privée parisienne School of impact, qui forme en alternance après le bac aux métiers du management en développement durable, l’écoutent sagement dérouler son argumentaire. En ossature bois et métal recyclés, dessinés et fabriqués en France, alimentés par des panneaux solaires, les kiosques, de trois tailles différentes, sont proposés à la vente ou à la location à des collectivités locales, à des commerces ou à des entreprises pour organiser des événements éphémères ou offrir des lieux de vente ou d’accueil.

« Ici, on fait de l’industrie, on maîtrise toute la chaîne de valeurs, de la conception à la livraison, le tout en circuit court et en matière recyclable », explique Raphaël Brochard, qui annonce fièrement le doublement du nombre de salariés, de 15 à 30, en 2024, et une future levée de fonds pour « viser notre prochaine étape, le marché européen ».

« L’industrie, ça décarbone, ça embauche et ça paie bien »

PicNic, comme beaucoup d’autres start-up créées en France, incarne une partie de l’industrie moderne, loin de l’image de l’usine à la Zola, avec la cheminée qui fume, le bruit et les cadences infernales. Exactement l’image du nouveau monde industriel que le gouvernement veut montrer à la jeunesse française, à l’occasion de « la semaine de l’industrie », un événement organisé du lundi 27 novembre au dimanche 3 décembre par le ministère de l’économie, avec Bpifrance comme principal opérateur.

« Dans les dix ans qui viennent, la réindustrialisation de la France et la décarbonation de notre industrie vont demander la création de 100 000 emplois par an, soit 1 million de personnes en tout. Il faut absolument que la jeunesse se tourne vers ces métiers », explique Roland Lescure, le ministre délégué en charge de l’industrie, qui a passé la journée du 30 novembre à déambuler parmi la cinquantaine de stands d’entreprises (dont les grands groupes EDF, Siemens, Dassault Systèmes ou RATP) installés au ministère pour faire découvrir leurs activités à 1 500 collégiens et lycéens d’Ile-de-France.

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Bruno Le Maire pousse à renouer avec la réforme pour affirmer son identité politique

Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse, à Washington, le 7 février 2023.

Trois jours avant les dernières rencontres de Saint-Denis, Emmanuel Macron sonde, au cours d’un dîner des cadres de la majorité à l’Elysée, mardi 14 novembre, l’opinion des uns et des autres sur d’éventuelles évolutions institutionnelles. L’ancien premier ministre Edouard Philippe se dit favorable au retour du cumul des mandats, et opposé à l’élargissement du champ du référendum, au menu des discussions. De l’autre côté de la table, la réplique du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, fuse : « Tu veux remettre le cumul des mandats, restreindre le référendum… T’as plus qu’à proposer le retour du président du Conseil et c’est bon ! », ironise, grinçant, le numéro deux du gouvernement, renvoyant son possible rival pour 2027 aux institutions d’un autre temps. Emmanuel Macron, impassible, savoure.

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La scène est à l’image de l’automne de Bruno Le Maire. Après une rentrée atone, au cours de laquelle il a laissé ses jeunes collègues Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, et Gabriel Attal, le ministre de l’éducation, occuper le devant de la scène, le ministre de l’économie, 54 ans, donne à son tour de la voix. Se pose en père Fouettard de l’orthodoxie budgétaire, après avoir distribué les chèques. S’offusque des « cadeaux » distribués par Elisabeth Borne aux oppositions dans le projet de loi de finances pour 2024. Propose de réduire la durée d’indemnisation chômage des plus de 55 ans, provoquant un front uni des partenaires sociaux. Convie un millier de maires à Bercy pour leur dire que la France a « un besoin criant d’autorité ». Bref, Bruno Le Maire a entrepris, dit-il au Monde, de « secouer le cocotier ».

L’objectif du plein-emploi fixé par Emmanuel Macron, « absolument stratégique pour la société française », est impossible à atteindre sans entreprendre des réformes structurelles potentiellement impopulaires, pense-t-il. « Le plein-emploi, ce n’est pas 7 % de chômage, c’est 5 % », énonce le ministre, alors que le chômage stagne autour de 7 %, voire remonte légèrement. Or « cela ne viendra pas tout seul, il faut remettre du charbon dans la machine ». A un moment où Emmanuel Macron cherche un second souffle, un an et demi seulement après le début de son second mandat, Bruno Le Maire l’exhorte à « tenir la ligne de la transformation », au lieu de se cantonner à la simple « gestion ».

« Il faut continuer de pédaler »

S’il tient ce discours volontariste, voire alarmiste, c’est que le ministre n’ignore rien, explique-t-il, de cette « tentation, qui touche tous les gouvernements et toutes les majorités », de lever le stylo une fois les premiers résultats engrangés. « La pente la plus naturelle, une fois qu’on a fait des réformes courageuses, c’est de se dire : on s’en tient là », philosophe l’ancien député Les Républicains de l’Eure, du haut de ses « vingt ans d’expérience politique ».

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Avec les futurs agents de sécurité des JO 2024 en formation : « Ceux qui me parlent de boxe thaïe, je les calme d’entrée de jeu »

Mike est instructeur chez Nouvel R Formation. Aujourd’hui, il coordonne une mise en situation liée à l’activité d’agent de protection rapprochée, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), le 26 octobre 2023.

Le décor est dépouillé : une concession automobile désaffectée à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), devenue lieu de formation aux métiers de la sécurité privée, de vigile à agent de protection rapprochée, en passant par la surveillance vidéo. On y trouve des portiques utiles aux exercices de fouille et de palpation, des tatamis pour réviser les bases de l’autodéfense, des bureaux d’écolier. « Ceux qui me parlent de boxe thaïe, je les calme d’entrée de jeu. Le cadre légal ne permet pas de toucher les gens n’importe comment », affirme Mike, qui n’a pas souhaité donner son nom comme les autres personnes interrogées, ancien policier intervenant chez Nouvel R, à la fois école et entreprise de sécurité privée.

La formation initiale des agents est peu portée sur la force physique, ils apprennent surtout des articles du code de la sécurité intérieure, des notions de secourisme, La Marseillaise – l’hymne est punaisé en classe. C’est l’un des changements induits par la loi « sécurité globale » de 2021 modifiant les règles d’accès aux métiers de la sécurité privée, et notamment l’obligation pour les étrangers de disposer d’un titre de séjour depuis au moins cinq ans. « Cette loi a mis le bazar, on a perdu pas mal de monde », raconte Serdar Yergin, fondateur de la PME.

A la veille des Jeux olympiques, il y a urgence à garnir les rangs : il faudra 17 000 agents sur le terrain chaque jour en moyenne. En Ile-de-France, le secteur y est encouragé par le gouvernement, qui a investi pour l’accompagner dans le recrutement et la formation. Arnaud, 22 ans, est passé par un bac « système électronique », un temps d’errance, puis une école de la deuxième chance à Créteil. Il y a rempli « des tas de QCM » pour s’orienter, jusqu’à choisir la sécurité l’été dernier. La mission locale s’est chargée de l’inscription en formation d’agent de prévention et de sécurité : quatre semaines suivies d’une semaine pour obtenir le premier échelon de la sécurité incendie.

Des années postbac sans réelle direction

« Je m’attendais à être entouré d’armoires à glace. C’est plus varié que ça », remarque le jeune homme, assis dans une classe de onze élèves, dont trois femmes. Arnaud est « réaliste » : « Ce qui nous attend, c’est d’être au PC de sécurité et de faire des rondes. Evidemment que j’aimerais gagner plus que le smic, mais c’est déjà pas mal pour cette tâche. »

Mouhnir, 26 ans, vit à Epinay-sur-Seine ( Seine-Saint-Denis) et suit la formation sur les traces d’un ami. A Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), le 26 octobre 2023.

A ses côtés, Mouhnir, 26 ans, a l’ambition d’intégrer la protection rapprochée de l’Etat. Il est arrivé dans le secteur inspiré par un ami aperçu en costume d’agent événementiel sur Snapchat cet été, « je l’ai trouvé classe ». Mounir est passé par un DUT en sciences des données, interrompu par la pandémie de Covid-19 et jamais repris. « Après, j’ai tout fait : de la livraison, de l’inventaire, agent de piste à l’aéroport… Je n’en peux plus de ce manque de stabilité. »

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L’économie française plonge dans le rouge au troisième trimestre, l’inflation ralentit nettement

Dans un supermarché, à Toulouse, le 4 septembre 2023.

Le coup de frein enregistré dans certains secteurs a pesé sur la croissance française. Initialement estimée faible, mais positive par l’Insee, l’activité a finalement basculé dans le rouge au troisième trimestre. Les chiffres définitifs publiés jeudi 30 novembre font état d’un produit intérieur brut (PIB) en recul de 0,1 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, sur fond de baisse du pouvoir d’achat des ménages. L’inflation, elle, continue de ralentir. En novembre, la hausse sur un an s’est établie à 3,4 %, après 4 % en octobre.

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Malgré cette révision à la baisse de la croissance, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a indiqué, jeudi, sur France Inter maintenir sa prévision pour 2023 à 1 % et à 1,4 % pour 2024. Après un premier trimestre en stagnation (0 %), un second plus dynamique (+ 0,6 % ) et le coup de froid sur le troisième trimestre, l’acquis de croissance pour la France s’établit aujourd’hui à 0,8 %.

Ce qui signifie schématiquement que pour atteindre l’objectif de Bercy, le quatrième trimestre devra afficher une croissance d’un « gros » 0,6 %. Atteignable à la condition que l’économie reprenne de la vigueur sur les trois derniers mois de l’année, ce qui semble loin d’être simple. « Sur le fond, le diagnostic reste un peu gris », estime ainsi Nicolas Carnot, directeur des études et synthèses économiques à l’Insee. « L’activité reste, molle, peu allante. » Pour sa part, la Banque de France parie sur une hausse du PIB de seulement 0,9 % cette année. Et concernant 2024, l’Organisation de coopération et de développement économiques mise sur une croissance limitée à 0,8 %.

Le climat des affaires s’assombrit

Les indicateurs du climat des affaires, qui s’est encore assombri en novembre, ne semblent pas laisser espérer une fin d’année plus dynamique. La consommation des ménages, l’un des principaux moteurs de la croissance, puisqu’elle représente la moitié du PIB, a encore accusé une baisse en octobre (− 0,9 %), alors que le pouvoir d’achat a diminué de 0,2 % par unité de consommation (ce qui tient compte de la taille des ménages) sur le trimestre, indique l’Insee.

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A noter, toutefois, que sur l’ensemble du trimestre, la consommation reste positive (+ 0,6 %). Contraints par un budget de plus en plus serré, les Français commencent à piocher dans leurs économies. Le taux d’épargne des ménages, un indicateur très regardé, car il constitue une réserve de croissance, est passé de 17,9 % au deuxième trimestre à 17,4 %. Mais il reste supérieur de 2 points au niveau de 2019.

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Paris 2024 : cherche agent de sécurité privée désespérément pour les Jeux olympiques

A quelques encablures de l’autoroute A4, dans l’une des zones d’activités de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), se nichent les bureaux de Nouvel R, une PME du secteur de la sécurité privée créée en 2004 et disposant depuis près de dix ans d’un centre de formation. L’ensemble a des airs de ruche dont on découvre les recoins en suivant Loïc Duval, qui en est le responsable développement et insertion depuis 2020. Il passe la majeure partie de son temps à recruter et à accueillir des apprentis agents : jeunes en quête d’insertion, chômeurs poussés par Pôle emploi à rejoindre ce secteur « en tension », vigiles souhaitant monter en grade en obtenant de nouveaux certificats…

« Je ne leur vends pas du rêve, je parle des avantages et inconvénients, des horaires à rallonge, du salaire bas. Mais ça reste un secteur où l’on peut entrer et évoluer quel que soit son âge, son diplôme, sa nationalité, son genre », raconte celui qui a commencé comme vigile dans un supermarché Lidl, il y a quinze ans. Ici, des hommes, en majorité, sont encadrés par un aréopage de formateurs venus du secteur privé, mais aussi des retraités de la police et de la gendarmerie qui dispensent leur savoir théorique et pratique en classe ou dans la concession automobile désaffectée dont dispose l’entreprise.

En cinq semaines minimum, les apprentis obtiennent – sous condition de validation après enquête administrative par le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) – le titre professionnel d’agent de prévention et de sécurité (cent soixante-quinze heures de formation), les différents échelons du service de sécurité incendie et d’assistance à personnes ou la certification permettant d’encadrer une équipe.

A la mi-décembre, Nouvel R proposera en sus la formation express de cent six heures imaginée par le CNAPS en 2022 pour disposer d’agents dits « grands événements », dotés d’une carte professionnelle temporaire. Autrement dit, du renfort, en urgence, pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

Mikaël, agent de sécurité à l’hôpital Georges-Pompidou, enseigne des notions liées au SSIAP (Service de sécurité incendie et d’assistance à personnes), à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), le 26 octobre 2023.

Ces derniers mettent le secteur de la sécurité privée en ébullition. Depuis deux ans, l’Etat déploie des efforts importants pour que la filière ne souffre plus d’un déficit de main-d’œuvre chronique (quelque 20 000 agents manquent au quotidien, selon les représentants du secteur). Ce sont 46 millions d’euros qui ont ainsi été débloqués par l’Etat depuis 2022 dont 31 millions pour l’année 2021, notamment pour investir dans les formations, comme l’a rappelé le préfet de la région Ile-de-France, Marc Guillaume, fin septembre. L’objectif étant que la sécurité privée puisse être au rendez-vous de Paris 2024. Celle-ci doit fournir la moitié des 17 000 agents qui devront être disponibles chaque jour en moyenne. L’autre moitié étant gérée en direct par les gestionnaires de site partenaires du comité (tel que le stade Roland-Garros, par exemple).

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