La solidarité doit être mondiale
Au regard de la situation actuelle l’ouvrage « Mondialisation ou globalisation ? Les leçons de Simone Weil », sous la direction d’Alain Supiot, revisite la pensée de la philosophe Simone Weil (1909-1943) sur l’enracinement, la liberté ou encore l’oppression.
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Le Livre A l’époque de la crise de 1929 et de l’arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne, Simone Weil (1909-1943) s’engage à Paris, en 1934, comme ouvrière dans une usine d’Alsthom. « Les pays où les travailleurs sont misérables exercent par leur seule existence une pression perpétuelle sur les pays de progrès social pour y atténuer le progrès ; et sans doute la pression inverse s’exerce aussi, mais apparemment beaucoup plus faible, car la première pression a pour mécanisme le jeu des échanges économiques, et la seconde la contagion sociale », écrit-elle en 1937.
Témoin lucide des enchaînements mortifères de cette époque, la philosophe nous a laissé une œuvre fulgurante qui éclaire les temps présents. Ses réflexions sur l’enracinement, la liberté et l’oppression sont revisitées, en 2019, dans Mondialisation ou globalisation ? Les leçons de Simone Weil, sous la direction d’Alain Supiot.
L’ouvrage explore, à la lumière de la pensée de Simone Weil, le concept de « mondialisation », distingué de celui de « globalisation ». « Mondialiser », au sens premier du mot, où « monde » s’oppose à « immonde », consiste à rendre humainement vivable un univers physique : à faire de notre planète un lieu habitable, à « maîtriser les différentes dimensions écologiques, sociale et culturelle du processus de globalisation. Et cette maîtrise requiert en toute hypothèse des dispositifs de solidarité, qui articulent la solidarité nationale aux solidarités locales ou internationales », précise le juriste et professeur au Collège de France Alain Supiot.
Issu d’un colloque qui s’est tenu au Collège de France les 11 et 12 juin 2017, le livre aborde la mondialisation « à travers la question de notre écoumène, condition première de notre milieu vital ». Cette question écologique est devenue primordiale avec la destruction du milieu vital.
La deuxième partie analyse la confrontation des civilisations dans le contexte de la globalisation, une question que Simone Weil a abordée tant du point de vue de l’entreprise coloniale européenne que des nouvelles formes de déracinement à l’œuvre dans la culture nord-américaine.
La troisième partie reprend l’interrogation de Simone Weil sur les conditions d’un travail non servile, reposée « à l’aune des transformations techniques et managériales qui ont substitué à la rationalisation taylorienne du travail la gouvernance par les nombres ».