Le travail empêché se répand dans la fonction publique
Carnet de bureau. « Il faut faire attention à ne pas priver le service public de l’emploi des moyens nécessaires de faire le job », alertait Thibaut Guilluy, auditionné le 11 février par la commission des affaires sociales du Sénat. Si le directeur général de France Travail estime que la baisse d’effectifs annoncée par le gouvernement ne va pas « empêcher » l’opérateur public de « poursuivre la dynamique des progrès engagés », le risque est bien réel en revanche d’empêcher les agents de faire leur métier.
Charge de travail accrue, inscription de demandeurs d’emploi à la chaîne, les salariés de l’opérateur public parlent de « perte de sens ». Tout ce que l’on n’arrive pas à faire et qui fait qu’on ne se reconnaît pas dans son travail, c’est ce qui définit « la qualité empêchée » théorisée par le psychologue du travail Yves Clot (Le Travail à cœur, La Découverte, 2010), et qui se diffuse actuellement dans la fonction publique sous la pression des restrictions budgétaires.
Réduction de 515 équivalents temps plein pour France Travail, ralentissement de l’emploi dans la fonction publique hospitalière, augmentation de contractuels à l’éducation nationale, d’un bout à l’autre du secteur, des agents témoignent de la difficulté grandissante de bien faire leur travail. « On assiste à une forme de désespérance. Nous sommes au service des usagers, mais avec la pression du chiffre, le traitement de masse, le contrôle… Tout cela mis bout à bout représente une perte de sens », constatait fin janvier Guillaume Bourdic, représentant syndical CGT au comité social et économique central de France Travail interrogé par l’agence d’informations AEF.
Risque de désengagement
A l’hôpital aussi, depuis des mois, Marie (qui témoigne sous le couvert de l’anonymat) se dit empêchée de bien faire son métier. Elle reste bloquée entre deux postes par les restrictions budgétaires dans la santé publique. Fraîchement requalifiée en « pratiques avancées », la reconnaissance de son nouveau diplôme par l’hôpital a été mise en attente pour raisons budgétaires. « Le premier poste d’économie des hôpitaux, c’est le paramédical », commente-t-elle. Marie cumule donc sa fonction initiale d’infirmière psychiatrique et la pratique de son nouveau métier à domicile. Elle s’explique : « Pour mon nouveau travail que je n’exerce pas, je continue à bosser les week-ends : mises à jour des réglementations, fiches, PowerPoint de présentation pour les collègues. »
Il vous reste 23.33% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.