Avec l’intégration de certains cancers comme maladies professionnelles, la pénibilité chez les pompiers est reconnue

La nouvelle était attendue dans le secteur, elle a été rendue officielle par un décret du 26 décembre 2025 : deux nouveaux cancers propres aux pompiers apparaissent dans les tableaux de maladies professionnelles. Ce sont les mésothéliomes (plèvre, péritoine) – des maladies liées à l’inhalation de poussière d’amiante – et les cancers de la vessie, dont le lien a été démontré avec la lutte contre les incendies. Ces deux maladies s’ajoutent aux carcinomes du nasopharynx et hépatocellulaire.
Les cancers professionnels sont encore très peu reconnus en France, tous métiers confondus : selon les statistiques de l’Assurance-maladie, qui concernent les salariés du privé au régime général, 312 cancers hors amiante ont été reconnus en 2024, et 862 liés à l’amiante. Selon la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL), seules 46 maladies professionnelles ont été déclarées par les sapeurs-pompiers professionnels en 2024. Le sujet est invisible, car les cancers surviennent parfois après la retraite.
L’apparition de ces deux nouvelles maladies change la donne pour les 250 000 pompiers français, à 80 % volontaires : « Un tableau offre une présomption d’origine professionnelle, et c’est énorme car le cancer est une maladie multifactorielle. Cela veut dire que si les symptômes correspondent au tableau, la maladie doit être reconnue d’origine professionnelle, quels que soient les autres facteurs, par exemple si le pompier est fumeur », explique Anne Marchand, codirectrice du groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle en Seine-Saint-Denis.
Un long processus
C’est le résultat d’un long processus : alors que plusieurs publications scientifiques, notamment anglo-saxonnes, établissent ce lien depuis les années 1990, il a fallu attendre 2022 et un rapport du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour que la profession soit qualifiée de cancérogène.
Depuis dix ans, la connaissance sur les expositions subies par les pompiers s’est améliorée : microparticules, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), benzène, polluants éternels (PFAS) dans les tenues et les mousses d’incendie… Outre la respiration, « les pompiers, quand ils s’engagent dans un feu, ont une protection respiratoire, mais l’air dans la tenue se charge de particules, et comme la peau devient poreuse, elle ravale la transpiration, ce qui augmente la charge de toxiques », ajoute Sébastien Delavoux, responsable de la CGT des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), qui emploient les pompiers.
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