Archive dans février 2026

Du recul du salariat à l’essor du microentreprenariat, comment la fragmentation du travail nourrit la précarité

Patricia reprend à peine son souffle lorsqu’elle retrace son parcours de cheffe de cuisine. « En début de carrière, j’ai été en CDD puis en CDI dans plusieurs secteurs, et je l’agrémentais de missions en intérim pour compléter mes revenus », commence la jeune femme de 34 ans (qui n’a pas souhaité donner son nom). Avant de poursuivre : « En 2019, je me suis tournée vers les plateformes de mise en relation pour des missions en restauration, car le salaire paraissait plus attractif. C’était comme de l’intérim, mais plus structuré, plus flexible, ça paraissait révolutionnaire. Jusqu’au jour où la répression des fraudes m’a contactée pour me dire que la plateforme que j’utilisais était poursuivie pour travail dissimulé. » Aujourd’hui, elle continue d’enchaîner les postes dans les restaurants sous le statut de microentrepreneur, jamais très stables, jamais très longtemps, et, dans son secteur comme dans beaucoup d’autres, ils sont des milliers comme elle.

Depuis vingt ans, l’emploi se morcelle en France. Certes, entre fin 2019 et fin 2024, en dépit de la pandémie de Covid-19, des tensions internationales et des incertitudes politiques, le pays a créé quelque 1,7 million d’emplois, soit une hausse de 5,9 %, supérieure à celle de la croissance. Mais ce chiffre masque un phénomène : autrefois considéré comme la norme, le salariat stagne, tandis que les formes de travail non salarié – les indépendants, principalement les microentrepreneurs – prennent de l’essor. Ce n’est pas tout. Les stages de fin d’études ne cessent de s’allonger, les plateformes proposant des jobs à la tâche essaiment et le nombre de « slasheurs », ces personnes contraintes de jongler entre plusieurs petits boulots pour boucler leurs fins de mois, augmente.

Cette « mosaïfication » de l’emploi est lourde de conséquences économiques, sociales et politiques. Elle retarde l’indépendance des jeunes, qui peinent à se loger. Elle fragmente un peu plus encore le rapport au collectif, alors que le taux de syndicalisation est déjà au plus bas. Elle alimente une frustration et un découragement qui ne sont pas sans incidence lorsqu’il s’agit de glisser un bulletin dans l’urne.

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Forts remous au sein de La Boîte à bulles, l’éditeur de BD

Dans la section Le Monde des Bulles lors du 49e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, le 18 mars 2022.

Certains rachats se révèlent de vrais flops. Vincent Henry, créateur de la maison d’édition La Boîte à bulles (BAB) en 2003, a publié au fil des années plusieurs centaines d’albums de BD. En 2017, il cède l’entreprise à laquelle il a voué toute sa vie à Humanoids Inc., présidé par Fabrice Giger, en espérant se développer, arriver sur le marché américain et diversifier ses albums dans l’audiovisuel. Le prix, presque inespéré pour le vendeur, est fixé à 557 000 euros. Aujourd’hui, Vincent Henry est ruiné.

Son erreur ? Avoir vendu à crédit son entreprise, basée à Tours (Indre-et-Loire). Fabrice Giger n’a versé que 41 000 euros lors de l’acquisition. Les 516 000 euros restants ne seront jamais payés. Un sérieux différend a opposé les deux hommes, chacun s’accusant de tous les maux.

Tout commence au moment où La Boîte à bulles, peu ou prou bénéficiaire depuis sa création, commence à perdre de l’argent en 2022. L’année suivante, selon Libération, Fabrice Giger reproche à Vincent Henry de ne pas avoir atteint l’objectif qu’il lui avait fixé : doubler son chiffre d’affaires pour parvenir au seuil de 1 million d’euros. Il lui fait aussi porter l’échec de l’opération commerciale des vingt ans de La Boîte à bulles.

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