Apre bataille pour Solocal et ses 3 546 salariés

Le temps presse pour Solocal. L’ex-PagesJaunes, qui revendique un effectif global de 3 546 salariés, a été durement frappé par la crise due à la pandémie de Covid-19. Le groupe a besoin d’argent frais d’ici à la mi-juin. Il a sollicité un prêt garanti par l’Etat, mais les banques ne se bousculent pas pour le lui accorder, compte tenu de l’endettement déjà très lourd qu’il supporte.

Une procédure de conciliation a été ouverte, et Solocal a lancé une recherche, ces dernières semaines, afin de trouver des apporteurs de capitaux. Selon nos informations, deux schémas sont à l’étude. L’un est très récent. Mercredi 10 juin, de source concordante, le fonds d’investissement Montefiore Investment a déposé une offre ferme pour devenir l’actionnaire majoritaire de Solocal, se proposant d’injecter jusqu’à 200 millions d’euros en capital pour soutenir le plan stratégique engagé en 2018 par la nouvelle direction, visant à bâtir « un champion français du numérique ».

Lire aussi Les Pages jaunes, c’est (bientôt) fini

La société de gestion tricolore, créée en 2005, gère 1,1 milliard d’euros, investis dans le tour-opérateur Voyageurs du monde, le fleuriste en ligne Interflora ou le gestionnaire de noms de domaines Gandi. L’opération passerait par une augmentation de capital ouverte à tous, y compris aux salariés, qui permettrait de rembourser une partie de la dette, avec, en parallèle, des abandons de créances demandés. Solocal pèse moins de 100 millions d’euros en Bourse.

Deux handicaps

L’autre projet émane justement des créanciers. Alors que Solocal affiche une dette obligataire de 398 millions d’euros, certains porteurs ont proposé de convertir en actions un quart de cette dette et d’apporter environ 20 millions d’euros en argent frais. Une part importante de la dette obligataire de Solocal est détenue par le gestionnaire new-yorkais GoldenTree, également actionnaire de l’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu, qui a été placée, le 26 mai, en redressement judiciaire.

Cette piste d’une prise de contrôle par les créanciers est celle qu’a retenue Technicolor, autre vieille gloire de l’économie française passée par de nombreuses vicissitudes, que le Covid-19 a également mise à genoux. L’ex-Thomson Multimedia a annoncé, jeudi 11 juin, vouloir procéder à une sauvegarde financière accélérée, afin de « faciliter la mise en œuvre d’une opération de restructuration ». Si cette opération va à son terme, Bain Capital Credit, Alcentra, Barings, ou Credit Suisse Asset Management – les créanciers de Technicolor à l’origine de ce projet, selon nos informations – pourraient devenir les principaux actionnaires du spécialiste de l’image et du son.

Il vous reste 44.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Fixer le plein-emploi comme objectif prioritaire de l’Union européenne permettrait à la BCE d’agir en toute efficacité »

Tribune. Le plan de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, proposant une relance budgétaire d’un montant de 750 milliards d’euros, semble encore sous-dimensionné au regard de l’ampleur de la crise. Selon les dernières projections de la Banque centrale européenne (BCE), la zone euro devrait connaître une récession de 8,7 % pour cette année 2020.

Face à ce choc, le « Recovery and Resilience Facility », pièce maîtresse du plan d’Ursula von der Leyen, ne représente que 349 milliards d’euros, au titre de transferts budgétaires, soit 2,4 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Union, distillés sur plusieurs années. De plus, l’opposition des pays « frugaux » à ce projet pourrait aboutir à une révision à la baisse de ce montant.

Malgré le caractère historique de la proposition de la Commission, c’est donc bien la Banque centrale européenne qui reste la première et la dernière ligne de défense européenne contre les effets de la crise liée au Covid-19. Or, au contraire de son homologue américaine, la Réserve fédérale (Fed) des Etats-Unis, la BCE dispose d’un mandat unique, celui de la stabilité des prix. L’emploi, contrairement à la Fed, n’est pas sa priorité.

Or, seule une modification structurelle de l’approche économique de la zone euro, intégrant le plein-emploi comme un objectif prioritaire de l’Union, peut offrir la flexibilité nécessaire à la BCE pour que celle-ci puisse agir en toute efficacité face à l’ampleur du choc de cette année 2020, mais également puisse répondre structurellement à la question des inégalités sociales.

Martin Luther King

Le double mandat de la Fed trouve précisément son origine dans le mouvement social américain de lutte pour l’égalité. Après la conquête des droits civiques en 1964, Martin Luther King avait souhaité élargir son action, faisant de la lutte contre les inégalités et pour le plein-emploi le moteur d’une action politique universelle.

Dès août 1963, les pancartes des marcheurs sur Washington affichaient ce slogan : « Droits civiques + plein-emploi = liberté. » Le 8 avril 1968, quatre jours après l’assassinat de son époux, Coretta Scott King (1927-2006) poursuivait son action politique en se joignant à la grève des agents de l’assainissement de Memphis. Quelques semaines plus tard, elle participait à la Marche pour les pauvres.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Nicolas Goetzmann : « La BCE, héritière de la politique du “franc fort” »

En 1974, elle cofondait le Comité national pour le plein-emploi – le National Committee for Full Employment/Full Employment Action Council (NCFE/FEAC) –, qui joua un rôle important dans les discussions préparatoires au Humphrey-Hawkins Act de 1978. C’est cette loi qui a instauré ce qui est aujourd’hui appelé le mandat « dual » de la Fed : au-delà de la maîtrise des prix, la Fed devait désormais poursuivre également un objectif d’emploi maximal.

Il vous reste 48.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La pandémie de coronavirus pourrait entraîner une augmentation du travail des enfants dans le monde

Un enfant empile des briques pour gagner de l’argent, au village de Chilaka, au Malawi, le 7 juin 2019.

Alors que le nombre des enfants contraints à travailler reculait dans le monde, diminuant de 94 millions depuis 2000 – ils restent 152 millions âgés de 5 et 17 ans –, la pandémie mondiale de Covid-19 risque d’inverser la tendance. Dans un document publié vendredi 12 juin, l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Unicef estiment que des millions d’enfants supplémentaires risquent de se retrouver forcés à travailler, « ce qui pourrait conduire pour la première fois en vingt ans à une hausse du travail des enfants ».

« Au moment où la pandémie saborde le revenu des familles, beaucoup d’entre elles pourraient recourir au travail des enfants si on ne leur vient pas en aide », estime ainsi Guy Ryder, le directeur général de l’OIT. Même analyse pour la directrice générale de l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance, Henrietta Fore, qui juge que, « en temps de crise, le travail des enfants devient un mécanisme d’adaptation pour de nombreuses familles ». « Lorsque les écoles ferment et que la disponibilité des services sociaux est en recul, un plus grand nombre d’enfants se retrouvent poussés vers le monde du travail », déclare-t-elle.

Si les deux institutions internationales ne peuvent pas encore chiffrer cette probable augmentation – elles mettent en place un modèle de simulation pour étudier l’impact du Covid-19 et de nouvelles estimations seront publiées en 2021 –, tous les facteurs sont réunis.

Fermeture des écoles et aide sociale en berne

Avec la pandémie, la fermeture temporaire des établissements scolaires touche plus d’un milliard de jeunes dans plus de 130 pays. Si de nombreux établissements scolaires ont pu mettre en place des systèmes d’études en ligne, la moitié des habitants de la planète ne dispose pas d’accès à Internet, rappellent les auteurs de l’étude. Les enfants qui n’ont pas l’âge légal de travailler rejoignent les emplois informels et le travail domestique, soumis parfois, rappellent l’OIT et l’Unicef, aux pires formes d’exploitation.

Les jeunes, en âge de travailler mais qui poursuivaient des études, eux, rejoignent alors le marché du travail, avec des formations et des compétences diminuées et sont donc plus vulnérables. A la reprise des cours, redoutent les rapporteurs, « certains parents pourraient ne plus pouvoir se permettre d’envoyer leurs enfants à l’école ».

A cette situation inédite, il faut ajouter la récession économique, l’accroissement du travail informel et du chômage ainsi que la baisse générale du niveau de vie. Dans un rapport publié le 18 mars, l’OIT estimait que la perte générée par cette crise pourrait aller jusqu’à 25 millions d’emplois. Le 7 avril, l’organisation tripartite (qui rassemble les représentants des employeurs, des travailleurs et des gouvernements de 187 états membres) enfonçait le clou, précisant que dans la population active mondiale de 3,3 milliards de personnes, plus de quatre personnes sur cinq étaient affectées par la fermeture totale ou partielle des lieux de travail. Et la perte du nombre d’heures travaillées, au deuxième trimestre 2020, équivaudrait à 305 millions d’emplois à plein temps.

Il vous reste 44.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Entre baisse des salaires et préservation de l’emploi, une équation difficile à résoudre

Manifestation de salariés de Renault à Choisy-le-Roi, dans le Val-de-Marne, le 6 juin, contre la fermeture du site annoncée.

Baisser les rémunérations pour sauver des emplois : l’idée peut paraître saugrenue lorsque, comme le martèlent les économistes, la consommation des ménages est l’une des clés de la reprise. « Le comportement d’épargne ou de consommation des ménages est vraiment le point fondamental qui va driver, ou non, une reprise robuste », a rappelé, mercredi 10 juin, Louis Boisset, économiste chez BNP Paribas, lors d’une présentation à la presse. Un argument qu’a parfaitement compris, entre autres, Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière. « Si on baisse les salaires, les salariés dépenseront moins, ils ne vont pas consommer, et cela aura des conséquences pour un certain nombre d’activités déjà en difficulté, comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les voitures, explique-t-il. Si on pèse sur la confiance des ménages et leur capacité à consommer, ce sera contre-productif pour l’emploi. En voulant soigner le mal, on l’aura aggravé. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les entreprises confrontées à un mur de dette historique

Le risque d’une baisse généralisée des salaires, effectivement, serait de provoquer une spirale déflationniste : la baisse des rémunérations entraînant une baisse de la demande qui aggraverait les difficultés des entreprises et ainsi de suite. Mais, alors, faut-il que les sociétés, dont le taux de marge devrait perdre quasiment deux points en 2020 par rapport à 2019, assument seules les pertes occasionnées par la crise, au risque de dégrader encore leurs marges et, à terme, de mettre leurs salariés au chômage ?

« Pas de réponse toute faite »

« En réalité, il n’y a pas de réponse toute faite à cette question », souligne Denis Ferrand, directeur général de Rexecode. Car elle renvoie en effet à une dimension macroéconomique – celle du fonctionnement de toute l’économie – et à des problématiques microéconomiques, à l’échelle des entreprises. Comment réconcilier les deux approches, et permettre aux firmes en difficulté de sortir la tête de l’eau sans recourir aux licenciements et sans baisser les rémunérations ?

Pour Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, « il y a deux façons de s’en sortir » pour une société confrontée au dilemme licenciements ou baisse des rémunérations. « Soit l’Etat subventionne l’entreprise en difficulté pour qu’elle garde ses salariés, soit il compense le manque à gagner pour les salariés ». En tout état de cause, le dispositif induit un coût pour l’Etat qui suppose qu’il soit utilisé à bon escient. « Si l’entreprise ne sait pas où elle va, cela ne sert de toute façon à rien, poursuit l’économiste. Il vaut mieux dans ce cas utiliser l’argent public autrement, par exemple à financer la requalification des salariés pour organiser leur transition vers un autre emploi. »

Il vous reste 39.74% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Scandale ou moindre mal, les accords de performance collective divisent les salariés

Au siège de Derichebourg Aeronautics Services, à Blagnac, près de Toulouse, le 13 mai.

La grève a commencé mardi 9 juin sur le site de Derichebourg Aeronautics Services, à Toulouse. Près de 300 salariés ont cessé le travail pour dénoncer l’accord de performance collective (APC) proposé par la direction, et que FO, syndicat majoritaire, avait bien l’intention de signer, vendredi 12 juin. « Cet accord est scandaleux. Pour nous, c’est une perte sèche de près de 500 euros par mois, quand le salaire moyen est de 1 900 euros. On ne pourra pas vivre avec ce salaire-là ! On aurait préféré un PSE [plan de sauvegarde de l’emploi] », s’emporte le délégué syndical UNSA de l’entreprise.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La tentation des accords de performance

Créés par les ordonnances Macron de 2017, ces APC permettent, par la négociation, de modifier le salaire, le temps de travail et la mobilité au nom de la préservation de l’emploi. Le 31 mai, sur LCI, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, lançait un « appel aux entreprises » à s’en saisir : « Il y a un risque pour l’emploi. Mais il y a des alternatives. Il faut se serrer les coudes pendant cette période. On peut négocier des accords de performance collective ».

Plus de 300 de ces accords ont ainsi été signés depuis la création du dispositif. Mais combien sont en discussion depuis la crise du Covid-19 ? « On a des difficultés à les retracer, dans la mesure où les entreprises n’ont aucune obligation de les publier. Mais dans tous les secteurs, qu’elles soient cotées ou non, des entreprises y réfléchissent comme solution de dernier recours », explique Laurent Termignon, directeur Talents du cabinet de conseil Willis Towers Watson.

Chez Derichebourg, l’APC prévoit la fin du treizième mois pour ceux qui touchent plus de 2,5 smic, la suppression des indemnités de déplacement, la baisse de celle des repas. Et une incitation financière pour envoyer des salariés de Toulouse sur les sites de Bordeaux, Saint-Nazaire et Marignane. Mais, hormis le treizième mois, ces concessions sont demandées pour une durée indéterminée.

« Chantage »

Dénoncé par une partie des salariés, l’APC apparaît au délégué Force ouvrière Jean-Marc Moreau comme « la moins pire des solutions » face à la menace de 700 suppressions d’emplois. « Nous ne sommes pas dans une situation normale. L’APC nous permet d’obtenir qu’aucun licenciement économique n’ait lieu jusqu’en juin 2022, plus une prime d’incitation à la mobilité, une prise en charge des frais de déménagements et une indemnité supralégale pour ceux qui refuseraient l’APC et seraient licenciés. »

Des APC sont à l’étude dans plusieurs compagnies aériennes. Chez Air Caraïbes, Air Caraïbes Atlantique et French Bee, du groupe Dubreuil, où des accords viennent d’être signés, c’est le syndicat des pilotes de ligne qui, le premier, a émis l’idée. « Dans ma récente formation syndicale, on nous a bien dit qu’il fallait manier ça comme la poudre. Mais vu les circonstances, j’y ai vu l’outil qui pourrait nous être utile », raconte Rodrigo Lopez, délégué du SNPL chez Air Caraïbes Atlantique.

Il vous reste 54.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Il est urgent de repenser le métier de soignant en réanimation »

Tribune. En 1952, une épidémie de poliomyélite frappa le nord de l’Europe. La maladie entraînait une paralysie des muscles respiratoires et les patients mouraient d’asphyxie dans plus de 80 % des cas. A Copenhague (Danemark), une équipe mit en place une technique d’assistance respiratoire qui consistait alors à insuffler manuellement de l’oxygène dans les poumons par l’intermédiaire d’une trachéotomie. Pendant des semaines, des centaines d’étudiants en médecine et d’infirmières, venus de toute la ville, se relayèrent auprès de ces patients dont un nombre élevé fut sauvé. La réanimation était née.

Soixante-huit ans plus tard, l’épidémie d’infections au SARS-CoV-2 – affection qui elle aussi entraîne une insuffisance respiratoire aiguë – a montré combien la réanimation était désormais essentielle à tout système de santé. Entre ces deux épidémies, la réanimation, s’est construite et développée pour devenir une médecine ultraspécialisée dont on mesure aujourd’hui l’importance.

Compétences particulières

Les médecins travaillant dans les services de réanimation doivent disposer de compétences particulières dont atteste leur diplôme. Pourtant, la compétence du seul médecin diplômé en réanimation ne suffit pas, loin de là, à prendre en charge un patient dans sa globalité.

Les personnels paramédicaux, infirmières et infirmiers, aides-soignantes et aides-soignants, kinésithérapeutes et psychologues, sont tous des acteurs-clés de cette prise en charge. L’un ne peut aller sans l’autre, car la réanimation est un travail d’équipe : c’est de la qualité de cette équipe que dépend la qualité de la prise en charge des patients (et donc leur survie) et de leurs proches.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Hôpitaux en crise : « Changer de méthode, c’est réintégrer la logique des acteurs et de leurs pratiques professionnelles »

Alors que beaucoup de pays européens reconnaissent et valorisent ces compétences essentielles aux soins et à la sécurité des patients, aucune reconnaissance spécifique du métier d’infirmière ou d’infirmier de réanimation n’existe en France, où les compétences s’acquièrent uniquement par le compagnonnage et avec le temps.

Dans le meilleur des cas, les services de réanimation organisent d’eux-mêmes une période dite « d’adaptation à l’emploi » des « nouveaux ». Cette période « d’intégration » n’est pas prise en compte dans le calcul des effectifs et se réduit parfois à quelques jours, conduisant de jeunes infirmières et infirmiers à exercer un métier exigeant pour lequel ils n’ont pas encore été suffisamment formés.

Détresse psychologique

Au plan individuel et collectif, il s’agit d’une faillite du système avec de jeunes diplômé(e)s dont on éteint l’enthousiasme par manque de formation et d’accompagnement. Il s’agit aussi d’un contresens médical et économique puisque les départs de nombreux personnels entraînent la fermeture de lits, la surcharge de travail pour celles et ceux qui restent, la diminution de la qualité des soins ainsi que l’augmentation des évènements indésirables.

Il vous reste 65.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La crise sanitaire oblige les journaux à repenser leur avenir

Un marchand de journaux lit le journal local « La Provence », à Marseille, le 13 mai.

La « crise de la presse » est un fait tellement établi que, comme les vedettes, elle dispose d’une page Facebook. Comment, dès lors, qualifier la situation actuelle, alors que les nuages s’accumulent au-dessus d’elle à la vitesse de la marée montante en baie du Mont Saint-Michel ? « Je ne pense pas qu’il faille parler de crise de la presse”, ergote Christian Delporte, professeur d’histoire et responsable de la revue Le Temps des médias. Elle subit un long déclin qui a commencé il y a cinquante ans. »

Du Parisien à L’Equipe ou Libération pourtant, de Grazia à Paris-Normandie, au Nouveau Magazine littéraire, à La Recherche, et au groupe Paris Turf, les projets de refonte, de reprise, ou de rachat et leurs présages de réductions d’effectifs s’ajoutent les uns aux autres, quand il n’est pas question de crédits pour assurer les trésoreries ou de mesures d’économies. « Cela fait tant d’années que la presse a un pied au-dessus du gouffre qu’on ne va pas dire aujourd’hui qu’elle va tomber dans un précipice tel qu’elle ne pourra pas remonter », s’efforce de tempérer Jean-Clément Texier, président de Ringier France et ex-banquier d’affaires.

« Un gros krach »

Pendant le confinement, les lecteurs ont raréfié leurs déplacements jusqu’aux kiosques, quand ceux-ci n’étaient tout simplement pas fermés ou dotés d’horaires restreints, ce qui a fait baisser la vente au numéro des sept quotidiens nationaux de 42 % en moyenne. A L’Equipe, le directeur général Jean-Louis Pelé a même annoncé aux salariés « une perte de plus de 60 % de la vente au numéro » entre mars et juin. Déjà fortement impactée en mars, la diffusion totale de la presse quotidienne nationale a baissé de 5,98 % en avril (par rapport à avril 2019), selon les déclarations déposées à l’Alliance pour la diffusion de la presse et des médias (ACPM-OJD, l’organisme qui certifie les chiffres du marché).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’accord de performance collective se précise à « L’Equipe »

« On s’attendait à un gros krach, mais les niveaux de diffusion restent forts », assure pourtant Jean-Paul Dietsch, le directeur général adjoint de l’ACPM/OJD. Par aveuglement ? Sous le coup d’un optimisme forcené ? Par principe de réalité, plutôt : « Dans une période comme celle que l’on vient de traverser, baisser de 5 %, c’est avoir largement évité le pire, insiste-t-il. La tendance du marché est malheureusement, depuis une dizaine d’années, à un déclin situé entre 1 % et 5 % de diffusion globale. D’une certaine façon, il n’y a pas eu de sur-décroissance. »

Il vous reste 62.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Arrière-plan, regard, voix… Comment réussir un entretien en « visio »

LA LISTE DE LA MATINALE

Les mains tremblantes, la voix blanche, le regard fuyant… « C’est clair, j’ai raté mes entretiens en visioconférence », reconnaît d’emblée Victor, 17 ans, qui a postulé à l’école de commerce « de ses rêves ». Sans succès. « J’ai cumulé les erreurs de débutant, pourtant, j’avais déjà utilisé la webcam avec mes copains, mais là, ce n’était pas pareil », constate-t-il.

Acquérir de l’aisance sur Zoom ou Skype est désormais une compétence-clé pour réussir, qu’il s’agisse de décrocher un emploi, un stage ou une place dans une école. « Avec le Covid, le monde du travail a vécu un chamboulement, rappelle Hervé Bommelaer, associé au cabinet d’outplacement Enjeux Dirigeants. Pendant le confinement, la quasi-totalité des rendez-vous se sont déroulés à distance et, si cette proportion va baisser au fil des mois, l’outil va rester incontournable. »

1. La technique avant tout

Zoom, Skype, FaceTime, WhatsApp, Teams… Quelle que soit l’application utilisée, il faut s’assurer que l’on dispose d’une bonne connexion Internet et que la batterie de l’ordinateur est chargée. Afin de réduire les éventuels grésillements, échos et autres désagréments auditifs, le micro ou les oreillettes pourvues sont recommandées.

« Tous ces conseils peuvent sembler évidents, mais sont pourtant essentiels pour éviter les problèmes techniques alors que l’échange a commencé », constate Aurélie Jacob, responsable des relations entreprises et élèves à la Web School Factory. S’entraîner en amont est utile, et le jour J, se connecter une demi-heure plus tôt permet de régler sans paniquer les derniers paramétrages.

2. Soigner son environnement

L’éclairage est un autre point sensible. L’ombre peut donner des faux airs de comploteur et la surexposition un teint blafard. Pour obtenir la bonne luminosité, « fenêtre et lumière doivent se trouver devant l’utilisateur et son ordinateur », explique Sabine Salats, coach et consultante en recrutement.

Le fond d’écran, derrière soi, s’avère également important. L’idéal ? « C’est un mur neutre ou une bibliothèque rangée au cordeau ; on évite l’étagère à épices ou l’armoire ouverte sur un fouillis d’objets, il faut proscrire tout ce qui détourne l’attention de notre interlocuteur », explique Carine Nagot, d’Helenor Communication, spécialisée en prise de parole en public. Aurélie Clausel, en master de finance à la New York University et Paris-Dauphine, a ainsi pris soin, de « cacher son lit et son frigo » pour passer ses entretiens avec la Caisse de dépôt et placement du Québec. Et prévenu ses trois colocataires afin qu’ils ne la dérangent pas pendant l’entretien. Quid des fonds d’écran fournis par les applications ? « A l’exception du fond neutre, je ne recommande pas leur utilisation, j’ai déjà vu des palmiers, des paysages enneigés pour des entretiens professionnels, cela ne fait pas sérieux, d’autant que le détour du visage n’est souvent pas très net », témoigne Carine Nagot.

Il vous reste 66.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Coronavirus : Lufthansa veut supprimer 22 000 emplois à travers le monde

La pandémie a touché de plein fouet les compagnies aériennes. Plombé par la chute du trafic aérien mondial, Lufthansa va fortement réduire la voilure, alors que la reprise du transport ne s’opère que très lentement dans le monde. Le premier groupe aérien européen a l’intention de supprimer 22 000 postes dans le monde, soit 16 % de son effectif, a indiqué, mercredi 10 juin, l’entreprise à l’Agence France-Presse.

Le groupe, qui détient également les compagnies européennes SWiss, Austrian, Brussel Airlines et Eurowings, compte 135 000 salariés. « Nous allons avoir 22 000 postes équivalent temps plein en moins au sein du groupe Lufthansa, dont la moitié en Allemagne », a estimé le groupe. Le transporteur allemand assure toutefois vouloir éviter, « dans la mesure du possible », des licenciements secs, grâce à des mesures de « chômage partiel » et des accords avec les syndicats.

Une demande qui reprend « très lentement »

La direction a revu ses propres estimations à la hausse : début juin, le patron de Lufthansa, Carsten Spohr, avait estimé à seulement 10 000 le nombre d’employés en trop. Mais « la demande dans le trafic aérien va visiblement reprendre très lentement », estime l’entreprise, qui compte également se séparer de 100 avions, sur les 763 appareils que compte sa flotte.

Au plus fort de la crise, le groupe n’offrait que 3% du nombre habituel de sièges sur ses vols, proposant ainsi le même nombre de liaisons que dans les années 50. Sept cents avions ont été cloués au sol au pic de la pandémie, tandis que le nombre de passagers s’est effondré de 98 % en avril sur un an. La crise a coûté à Lufthansa une perte nette jamais vue de 2,1 milliards d’euros au premier trimestre 2020.

Polémique en Allemagne

Ces suppressions d’emplois s’inscrivent dans un plan de restructuration, annoncé début juin par la direction du groupe, et qui suscite la polémique en Allemagne. Pour éviter la faillite, Lufthansa a en effet reçu 9 milliards d’euros d’aides publiques et de crédits garantis par l’Etat allemand, moyennant une entrée de Berlin au capital à hauteur de 20 %. L’Etat devient ainsi le principal actionnaire du groupe, mais il a renoncé à intervenir dans la gestion de l’entreprise.

Lire aussi Berlin et Bruxelles s’accordent sur les conditions du plan du sauvetage de Lufthansa

Du coup, Berlin se voit à présent accusé de co-financer les coupes claires dans les effectifs. « Neuf milliards d’euros pour une entreprise qui en vaut 4 milliards (en Bourse), tout en renonçant à avoir son mot à dire sur les décisions prises : lorsque Lufthansa annonce supprimer 22 000 postes, le gouvernement fédéral est responsable ! », s’est ainsi indigné sur Twitter le chef du parti Die Linke (gauche radicale), Bernd Riexinger.

« Sans une réduction significative des coûts de personnels pendant la crise, nous gâcherons la possibilité d’un meilleur redémarrage, et risquons d’affaiblir Lufthansa », justifie Michael Niggemann, responsable des ressources humaines au conseil exécutif du groupe.Dans les prochains mois, le groupe va monter en puissance après avoir déjà relancé certaines liaisons en juin, mais son offre de sièges ne dépassera pas d’ici à septembre 40 % de ce qui était prévu avant la pandémie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Avions au sol, production suspendue et pertes d’emploi : le secteur aéronautique à l’arrêt presque total

Le Monde avec AFP