Grève pour les salaires chez Auchan : « Nous, ce qu’on veut, c’est garder le même niveau de pouvoir d’achat »

Grève pour les salaires chez Auchan : « Nous, ce qu’on veut, c’est garder le même niveau de pouvoir d’achat »

Un supermarché Auchan fermé, dans un centre commercial du quartier d’affaires de la Défense, le 19 avril 2023.

Dans l’allée centrale de l’hypermarché de Brétigny-sur-Orge (Essonne), longue de dizaines de rayons, les clients ont arrêté leurs chariots débordant de victuailles pour regarder passer un cortège inattendu. « Augmentez les salaires, augmentez les salaires ! », scandent, vendredi 29 mars, une trentaine de salariés en tapant des mains dans un vacarme efficace. D’abord surpris, plusieurs clients applaudissent en rythme pour les encourager. « On est mal payés ! On est mal payés ! », clament, une heure plus tard, à 15 kilomètres de là, leurs collègues de l’hypermarché de Villebon-sur-Yvette (Essonne).

Des débrayages d’une heure comme ceux-ci, il y en a eu dans plus de 150 magasins Auchan de France, selon l’intersyndicale, réunissant la CFTC, FO, la CGT et la CFDT, unie pour la première fois dans l’histoire de l’enseigne. Les syndicats ont revendiqué de 3 000 à 5 000 grévistes (sur 59 000 salariés) pour cette troisième journée de protestation en un mois.

Les négociations annuelles obligatoires viennent de s’achever sans accord, sur une décision unilatérale de la direction que les salariés jugent « indécente » : + 1,5 % pour les employés, + 1,2 % pour les cadres. « L’inflation était à 4,9 % en 2023. Donc, nous, ce qu’on veut, c’est 5 %, pour garder le même niveau de pouvoir d’achat. Aujourd’hui, le ressenti des salariés, c’est qu’un salaire, c’est pour trois semaines, plus pour un mois », relève Benoît Soibinet, délégué syndical FO à Brétigny-sur-Orge.

« C’était bien de travailler ici »

Auchan calcule autrement, en additionnant la négociation de 2023 pour présenter une hausse « cumulée » de 8,1 % pour les employés (+ 6,6 % en 2023 et + 1,5 % en 2024). « Ces mesures sont au-delà de l’inflation sur la période, estimée à + 6,4 % », explique le groupe au Monde. Sauf que les syndicats, eux, considèrent que la négociation obligatoire de 2023 ne venait pas anticiper l’année à venir, mais rattraper le niveau de l’inflation d’alors (à 5,9 % sur un an en décembre 2022), qui pesait lourd sur le pouvoir d’achat des employés.

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Longtemps, ces derniers se sont sentis plutôt mieux lotis que leurs collègues de la grande distribution. « Quand je suis arrivée, il y a vingt-quatre ans, c’était bien de travailler ici : on avait plein de primes, on était bien rémunérés », remarque une salariée du rayon boucherie. « Il y avait la prime de progrès trimestrielle en fonction du chiffre d’affaires, différentes primes individuelles… », liste une de ses collègues, à Auchan depuis 1991. « Et puis de la participation, renchérit une autre, là depuis trente-deux ans. Certaines années, c’était plus d’un mois de salaire ! Ça permettait de faire des projets : s’acheter une voiture, faire des travaux chez soi… Mais là, il n’y a plus rien, les gens sont bloqués. »

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