En Bretagne, la ville de Pipriac conjugue salariat et handicap

PHILIPPE SALARIE ENTREPRISE TEZEA LIEU ATELIER BOIS DEMONTAGE PALETTES POUR CREATION OBJETS ET MOBILIER TERRITOIRE ZERO CHOMEUR PIPRIAC ILLE ET VILAINE FRANCE 25 NOVEMBRE 2019

Thierry Pasquet pour « Le Monde » / Signatures

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Publié aujourd’hui à 08h00

C’est un rond-point comme tant d’autres, le long de la départementale 777, animé par une pizzeria et une grande surface. Mais il est flanqué d’un bourg tout droit sorti d’un album d’Astérix : à Pipriac, en Ille-et-Vilaine, le vieux village résiste. Fin octobre, la localité bretonne a même reçu une dizaine de parlementaires de l’Ouest ainsi que Ludovic Magnier, Haut-Commissaire à la lutte contre la pauvreté pour la Bretagne. Le groupe s’est dirigé vers la poste, ou plutôt un étage au-dessus, où siège Tezea. Cette entreprise a vu le jour en 2016, dans le cadre de l’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD).

Atelier de blanchisserie de Tezea, à Pipriac, le 25 novembre 2019.
Atelier de blanchisserie de Tezea, à Pipriac, le 25 novembre 2019. Thierry Pasquet pour « Le Monde » / Signatures

Lors de leur venue, les parlementaires n’avaient pas de colis à récupérer, mais une révolution à observer : le territoire de Pipriac-Saint-Ganton revendique aujourd’hui le plein-emploi. Et Tezea s’avère désormais la quatrième entreprise de la commune. Avec 30 % de ses salariés en situation de handicap, elle envoie valser nombre de préjugés sur cette population. « Au quotidien, nous prouvons que nous pouvons vivre et fonctionner comme une boîte classique », souligne Serge Marhic, son directeur.

« On m’a accusé de concurrence déloyale, on m’a aussi reproché de servir des CDI sur un plateau à des chômeurs paresseux. » Denis Prost

Gestion d’une recyclerie, désherbage écologique, petite maintenance en établissement scolaire ou location de vélos électriques… Dans cette entreprise à but d’emploi (EBE), ce sont les savoir-faire et les envies des personnes longtemps privées de travail qui déterminent les tâches à effectuer. L’argent habituellement versé sous forme de prestations sociales est, ici, utilisé pour créer des emplois à destination des chômeurs de longue durée présents depuis au moins six mois sur le territoire. Sur la base du volontariat, ils se voient proposer un contrat à durée indéterminé (CDI). Et sur les 71 recrues, 22 sont en situation de handicap, qu’il s’agisse de troubles musculo-squelettiques ou psychiatriques. Longtemps jugé utopique, le dispositif affiche pourtant des résultats encourageants. En 2018, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 224 000 euros et devrait générer 291 000 euros cette année.

Pourtant, lorsqu’en 2014 Denis Prost, chef de projet TZCLD à Pipriac et Saint-Ganton, communique pour la première fois sur le dispositif dans sa région, il essuie des tirs de barrage d’entreprises locales. Le responsable de l’équipe de Pipriac et Saint-Ganton résume : « On m’a accusé de concurrence déloyale, on m’a aussi reproché de servir des CDI sur un plateau à des chômeurs paresseux. »