« Cette transmission d’un héritage et d’une excellence made in france, cela résonne parmi les jeunes générations » : les maisons de luxe façonnent des cursus cousus main pour leurs futures recrues

L’atelier de formation de l’Ecole Hermès des savoir-faire, à Pantin (Seine-Saint-Denis), en janvier.

Presque aucun bruit ne retentit dans l’atelier, si ce n’est celui d’un maillet de temps à autre. Les gestes auxquels sont initiés les apprentis artisans de l’Ecole Hermès, en ce jour de février, sont silencieux. Dans ce centre de formation ouvert par la maison de luxe en 2023 à Pantin (Seine-Saint-Denis), le travail du cuir et la broderie s’effectuent principalement à la main, avec très peu de recours à des machines. Sous la verrière de l’atelier flambant neuf, les 70 élèves qui apprennent le métier de sellier-maroquinier piquent, astiquent, assemblent le cuir. Et s’entraînent à la maîtrise du « point sellier », réalisé avec un fil de lin et deux aiguilles, signature historique des sacs de la marque.

« La fabrication de nos objets repose sur des savoir-faire très singuliers, qui nous viennent de l’histoire de la maison et de ses origines de sellier-harnacheur, explique Maxence Baseden, directeur général du pôle maroquinerie-sellerie d’Hermès. Ces techniques ne sont pas transmises au sein des formations en maroquinerie existantes sur le territoire. » Pour répondre à ses besoins en recrues formées à ces gestes, besoins qui augmentent alors que les effectifs sont vieillissants au sein des maisons d’artisanat d’art, Hermès a choisi de se coudre un cursus sur mesure.

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« L’intelligence artificielle fait peser des menaces sur la pratique de la profession d’avocat et sur sa philosophie »

L’irruption de l’intelligence artificielle (IA) induit indéniablement, pour un certain nombre de professions, un bouleversement dont nous ne pouvons pas encore mesurer la portée. Il s’agit, à n’en pas douter, de la fin d’une ère : la technologie n’accompagne plus simplement la pensée, elle prétend la remplacer. Les avocats n’échappent pas à cette révolution technologique : si les applications de l’intelligence artificielle peuvent favoriser l’exécution d’un certain nombre de tâches et accélérer la sacro-sainte productivité, elles n’en demeurent pas moins des menaces pesant tant sur la pratique de notre profession que sur sa philosophie.

Lire aussi (2019) | Article réservé à nos abonnés L’intelligence artificielle, nouvel outil pour faciliter le travail des avocats

Depuis octobre 2024, le barreau de Paris et un éditeur juridique ont signé un partenariat destiné à permettre aux avocats exerçant dans des petites structures de bénéficier gratuitement de l’intelligence artificielle. L’initiative est louable : elle permet une forme de rattrapage technologique, s’agissant d’un instrument qui devient désormais incontournable pour les avocats. Elle limite la possibilité d’une « fracture technologique » au sein même de la profession, alors que de nombreuses structures accusent déjà du retard. Si la maîtrise de l’outil peut concourir à réduire l’écart entre les petites et les grandes structures, il est cependant à craindre que les cabinets les mieux dotés disposeront toujours des outils les plus performants.

Les avocats, pour des raisons économiques et de pérennité structurelle, doivent s’adapter à ce nouvel instrument. En quelques années seulement, ils ont vu leurs ressources documentaires physiques fondre au profit des logiciels. Il n’y a pas si longtemps encore, certains écrivaient encore à la main leurs conclusions. L’intelligence artificielle s’inscrit dans un mouvement déjà à l’œuvre, mais elle ne peut pas se résumer à une simple évolution.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Les avocats, des influenceurs comme les autres ?

Le nombre d’informations utilisées par l’intelligence artificielle oblige à un meilleur contrôle, lequel favorise, par conséquent, une spécialisation et donc une formation plus aboutie. En 2023, la presse révélait ainsi le cas d’un avocat new-yorkais ayant cité, dans le cadre d’un contentieux opposant des requérants à une compagnie aérienne, des décisions qui n’existaient pas : c’était ChatGPT qui avait créé la référence. Si ce cas peut prêter à sourire, il illustre pleinement les limites de l’outil. Même la vigilance d’un avocat a pu être trompée.

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Aux Etats-Unis, légère progression du chômage et de la création d’emplois en février

Des manifestants en soutien aux employés fédéraux, le 3 mars 2025, à Washington.

Le taux de chômage aux Etats-Unis a légèrement progressé en février, atteignant 4,1 %, et moins d’emplois que ce que les analystes prévoyaient ont été créés, a annoncé, vendredi 7 mars, le ministère du travail américain. Le mois dernier, 151 000 emplois ont été créés, soit davantage qu’en janvier (125 000, chiffre révisé en baisse), mais moins que ce qu’attendu (autour de 170 000), selon le consensus publié par MarketWatch.

Il y a un an, en février, la première puissance économique mondiale avait créé 222 000 emplois. Le taux de chômage était de 4 % en janvier. Les chiffres pour février sont publiés alors que plusieurs indicateurs récents ont été interprétés comme des signes que l’économie américaine, globalement florissante encore en fin d’année 2024, commençait à vaciller depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

En quelques semaines, le président Trump, épaulé par le multimilliardaire Elon Musk, a relevé les taxes sur les importations et lancé une cure d’amaigrissement à marche forcée de l’appareil fédéral. Selon le rapport publié vendredi, le nombre de personnes travaillant pour le gouvernement fédéral a diminué, avec 10 000 emplois en moins en février.

Des économistes avaient déclaré à l’Agence France-Presse que les effets de la politique de M. Trump commenceraient à se voir progressivement dans les chiffres de l’emploi. Ils avaient aussi souligné que l’impact pourrait être encore plus important dans le secteur privé, parmi les entreprises travaillant sous contrat avec l’Etat fédéral.

Le Monde avec AFP

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La médiation sociale se développe en entreprise : « on peut traiter plus vite les situations conflictuelles, avant qu’elles ne dégénèrent »

Des mésententes entre équipes amenées à travailler ensemble sur les mêmes projets à l’issue d’une réorganisation ; une salariée en délicatesse avec son manageur qu’elle critique pour son manque de soutien ; une autre qui reproche à son N + 1 un manque de communication ; deux collègues en froid à la suite d’un malentendu lors d’une réunion : autant de situations conflictuelles qui font le quotidien de la vie de bureau mais qui, en l’absence de solution, dégradent l’ambiance et la motivation. Et, in fine, ces litiges interpersonnels ou collectifs affectent la productivité et la qualité du travail fourni.

Conscientes de ce risque, un nombre croissant de grandes administrations et entreprises (Thales, Orange, La Poste, la SNCF, le Crédit agricole, Renault, Axa, la direction générale des finances publiques, la Caisse nationale d’assurance-maladie…) mettent en place des cellules internes animées par des médiateurs formés à la médiation sociale. Le principe ? Les parties prenantes au différend recourent volontairement et en toute confidentialité à ces intermédiaires.

Des raisons économiques

« Leur mission n’est pas de trancher le litige, contrairement à ce qui se passe dans les procédures d’arbitrage, mais de les accompagner vers une solution », précise Sophie Henry, déléguée générale du Centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP), qui conseille les entreprises sur ce sujet et forme des médiateurs internes. A l’issue du processus, les salariés concernés prennent des engagements mutuels pour éviter la résurgence du conflit.

Mais pourquoi monter un dispositif interne, sachant qu’il est possible de recourir à la médiation sociale externe ?

Chez les gros employeurs, le volume des affaires traitées peut justifier d’internaliser la fonction pour des raisons économiques : un consultant externe facture autour de 6 000 euros son intervention, indique le CMAP.

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Autre justification : les médiateurs internes connaissent bien la culture d’entreprise et les enjeux auxquels sont confrontés les salariés. Par ailleurs, « avec un dispositif interne, on gagne en réactivité et on peut traiter plus vite les situations conflictuelles, avant qu’elles ne dégénèrent », pointe Pierre-Henri Haran, vice-président des ressources humaines de Thales (18 000 salariés en France). Le groupe de défense, qui avait constaté une montée des frictions au sortir du Covid-19, a lancé en 2024 sa propre structure d’une soixantaine de médiateurs, dont dix chargés d’intervenir dans les cas les plus compliqués.

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Cinq ans après le Covid-19, « le télétravail semble déclencher une évolution de la répartition des tâches au sein des couples »

Le télétravail s’est installé dans nos pratiques à la suite d’une conjonction imprévue : les confinements imposés par le Covid-19 et la technologie. Il touche aujourd’hui un quart des salariés en France, deux tiers des cadres. Il est particulièrement répandu chez les personnes en CDI, chez les plus diplômées, chez les plus jeunes et dans le secteur privé, notamment dans les professions impliquées dans le numérique : informatique, information et communication, banque, assurance, études, recherche, encadrement commercial (Dares analyse n° 64, 5 novembre 2024, par Mikael Beatriz et Louis Erb). A l’échelle mondiale, il concerne un tiers des salariés à temps plein, selon l’enquête G-SWA. La pratique la plus courante est le télétravail « hybride », quelques jours par semaine.

Le télétravail a transformé nos pratiques. En 2024, aux Etats-Unis, 40 % des réunions incluaient au moins une personne à distance. Cette révolution organisationnelle, qui s’est produite sans coup férir, fait-elle consensus ?

Pour les entreprises, le travail à distance présente l’avantage majeur de permettre des économies non négligeables de loyer. De fait, le taux d’occupation des bureaux s’est effondré à New York comme à la Défense. Mais au-delà de cette réduction des coûts, il pose la question du collectif et de la productivité.

Reflux paradoxal dans la « tech »

On sait que les interactions entre collaborateurs sont plus fécondes en personne qu’à distance. L’aspect kinesthésique de la communication, le rôle bénéfique du hasard, la circulation fluide des idées, les alliances spontanées, tout cela se produit lorsque nous sommes en présence les uns des autres. D’ailleurs, les salariés français, s’ils plébiscitent le télétravail, essentiellement pour l’autonomie qu’il leur offre dans l’organisation de leur vie (plutôt que de leur métier), reconnaissent qu’ils bénéficient de moins de soutien de la part de leurs collègues, de leur supérieur et du collectif en général lorsqu’ils travaillent à distance (Mikael Beatriz et Louis Erb, « Dares Analyses », n° 65, 5 novembre 2024). D’où l’émergence d’une norme du jour de présence obligatoire commun.

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« Valoriser les emplois. Reconnaître le travail » : la délicate évaluation du mérite individuel

Le sociologue et consultant Philippe Denimal l’a constaté au cours de ses interventions dans les entreprises et au sein des branches professionnelles, la reconnaissance du travail est « aujourd’hui souvent mal traitée ». Aussi s’est-il donné pour objectif de l’améliorer et de renforcer l’équité salariale dans les organisations. Cette « obsession » portée sur le terrain depuis plusieurs décennies se retrouve dans son essai, Valoriser les emplois. Reconnaître le travail. Equité et dialogue social (HDiffusion, 2024). Un ouvrage dans lequel l’auteur pousse la porte de la fabrique des systèmes de rémunération, dénonce leur complexité, voire leur opacité, et donne pour les réorienter quelques clés acquises au fil de son expérience.

L’essai se veut un guide à destination des manageurs. Il propose de les accompagner dans l’édification d’un pilier majeur de la politique salariale : l’appréciation individuelle.

Après une première partie consacrée à la classification professionnelle, qui définit entre autres des niveaux de salaire minimal, Philippe Denimal détaille les différentes étapes pour mettre en place ce « levier de rétribution », qui vise « la prise en compte de la manière de travailler dans la fixation du salaire réel ».

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L’auteur souligne que, pour mener à bien cette appréciation individuelle, les dispositifs doivent être élaborés en « coconstruction » avec les salariés. Ils impliquent la définition d’indicateurs pour évaluer l’atteinte des objectifs fixés, mais aussi la « qualité du travail effectué au quotidien ».

Les pièges à éviter

Si « l’efficacité quantitative » apparaît comme un élément de mesure « incontournable », bien d’autres critères doivent être mis en avant, comme la capacité d’« organisation personnelle dans l’intérêt du collectif de travail », la capacité d’adaptation face aux changements ou les qualités relationnelles… L’auteur appelle, dans le même temps, à se méfier des indicateurs « flous », comme l’évaluation de la motivation.

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Plein-emploi : les pistes du Conseil d’analyse économique

Dans une agence France Travail, à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne), le 23 avril 2024.

Le plein-emploi n’est pas forcément une chimère mais pour l’atteindre, les pouvoirs publics auraient intérêt à repenser leur action vers les jeunes, les femmes, les seniors et les moins qualifiés. C’est l’un des enseignements qui se dégagent d’une très intéressante étude présentée, mardi 4 mars, par le Conseil d’analyse économique (CAE), un groupe d’experts indépendants placé auprès du premier ministre. Elle montre qu’il existe des « marges de manœuvre » susceptibles, à terme, de réduire le chômage, dont le taux en France – 7,3 % à l’heure actuelle – demeure plus élevé par rapport à la moyenne des Etats membres de l’Union européenne (5,8 %).

La note publiée mardi retrace des évolutions sur un peu plus d’un demi-siècle en procédant à des comparaisons internationales. Elle remet en lumière une situation à l’origine de controverses aussi anciennes qu’inextinguibles : dans l’Hexagone, le nombre d’heures travaillées par habitant (de 16 à 74 ans) est plus faible que dans d’autres pays. En 2023, il était de 980 heures par an en moyenne, contre 1 070 en Allemagne, 1 100 au Royaume-Uni et 1 270 aux Etats-Unis. Une « divergence historique » qui est apparue à partir de la fin des années 1970, écrivent les auteurs de cette recherche.

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Au CCF, la peur d’une restructuration « tsunami »

Ils sont encore une centaine de salariés du CCF, l’ex-Crédit commercial de France, en cette fin de matinée glaciale du 4 février, devant la tour Cœur Défense du quartier des affaires de l’Ouest parisien, dont les plus hauts gratte-ciel ont la tête dans la brume. Pour se réchauffer, les manifestants dansent sur I Will Survive, de Gloria Gaynor. Les banderoles critiquent les propositions de la direction de la banque lors des négociations annuelles obligatoires et les évaluations des salariés, jugées injustement sévères, mais surtout le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Annoncé le 4 décembre 2024, il prévoit la suppression de 1 428 postes sur 3 912, soit 36 % des effectifs, et la fermeture de 84 agences sur 235.

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L’annonce a été éclipsée par le vote de censure du gouvernement de Michel Barnier le même jour, mais l’intersyndicale du groupe dénonce « le PSE le plus important en France » en proportion des effectifs. Le retentissement avait pourtant été bien plus important, un mois plus tôt, lors de l’annonce d’une réduction d’effectifs chez le distributeur Auchan (2 389 postes sur 53 000) et chez l’industriel Michelin (1 254 postes sur 19 000 en France).

Une différence de traitement qui rajoute à la rancœur de certains salariés, même plus de deux mois après. « Les gens ne se rendent pas compte que perdre son travail dans une banque, c’est pareil que dans l’industrie : on a tous des factures à payer, on a tous une famille », regrette Valentine, chargée de l’accueil en agence (son prénom a été changé, comme celui des autres salariés qui témoignent dans cet article).

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