Concours enseignants 2025 : le ministère dévoile une forte baisse des futurs postes de titulaires dans le second degré

Lors d’une manifestation d’enseignants à Toulouse, le 10 septembre 2024.

Au lendemain de la censure du gouvernement de Michel Barnier et sans communication publique, le ministère de l’éducation nationale a publié, au Journal officiel du jeudi 5 décembre, le nombre de postes ouverts aux concours des enseignants du second degré pour 2025. Les arrêtés, signés par la ministre démissionnaire, Anne Genetet, le 27 novembre, actent une baisse sensible des recrutements de titulaires par rapport à 2024.

Le capes externe, principale voie de recrutement des professeurs de collèges et lycées généraux, proposera 4 890 postes, soit 232 de moins qu’en 2024 – et 1 000 de moins qu’en 2017. Le « troisième concours » du capes, ouvert à des candidats ayant déjà une expérience professionnelle dans le privé, perd un quart de ses postes et en offrira 320 en 2025. Le principal concours de l’enseignement professionnel est aussi concerné (– 8 %, 95 postes), et l’enseignement technologique également (presque − 10 %).

Les postes ouverts à l’agrégation sont stables. Sur l’ensemble des concours externes et troisièmes concours, la session 2025 ouvrira ainsi 500 postes de moins. Les places offertes aux concours internes (destinés aux agents publics) sont, elles, en légère augmentation (+ 73).

En lettres classiques, 60 places contre plus de 130 en 2023

Le détail par disciplines au capes externe donne à voir des situations contrastées. Là où l’histoire-géographie, les sciences de la vie et de la Terre ou encore la philosophie gagnent des postes, d’autres en perdent, parfois dans des proportions considérables, alors qu’elles font partie des matières dites « en tension », celles où les enseignants manquent.

Le nombre de postes en allemand passe ainsi de 165 en 2024 à 101 en 2025 et aura été divisé par deux depuis 2023. Sur la même période, le recul est de plus de 10 % en espagnol, et de plus de 12 % en physique-chimie.

Le capes de mathématiques propose 50 postes de moins par rapport aux 1 040 places de 2024. En lettres modernes, 669 enseignants pourront être recrutés en 2025, 30 de moins qu’en 2024, mais bien moins qu’à la session de 2023 (755 postes). En lettres classiques, le concours n’offre plus que 60 places, contre plus de 130 en 2023.

Cette contraction des futures cohortes de mathématiques et de français semble d’autant plus surprenante que plus de 800 créations de postes avaient été annoncées comme indispensables en 2024 pour mettre en place les « groupes de besoins » dans ces disciplines en 6e et 5e, et que le cabinet d’Anne Genetet anticipait un besoin « d’un millier » de postes supplémentaires pour adapter la mesure aux 4e et 3e à la rentrée 2025.

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La censure du gouvernement accentue l’incertitude des entreprises, des plus petites aux grands groupes

L’année 2024, pour Somater, une entreprise spécialisée dans les emballages, ne sera pas à marquer d’une pierre blanche. Elle n’avait pas très bien commencé, après vingt-quatre mois d’inflation, une énergie très chère, des taux d’intérêt « super élevés », raconte son PDG, Félix Hubin. Mais elle ne s’achèvera pas non plus sous les flonflons.

La dissolution de l’Assemblée, porteuse de nombreuses incertitudes sur le cadre budgétaire et fiscal, a donné un « coup de frein extrêmement net » aux investissements, au ralenti depuis mai, et aux embauches. La nouvelle page politique qui s’ouvre aggrave encore l’incertitude. « Nous n’avons plus aucune idée de ce qui va se passer », s’inquiète M. Hubin.

« Prenez la réforme des retraites : savoir qu’un salarié part dans deux mois ou dans douze mois ne conduit pas aux mêmes décisions en termes de recrutement ». Dans le doute, Somater a mis en place un gel des embauches, qui a déjà conduit à une baisse de 10 % des effectifs environ, sur un millier de salariés.

Toutes les entreprises, des plus petites aux grands groupes, sont affectées par le manque de visibilité sur le terrain politique, qui vient s’ajouter à quatre années de soubresauts. « Ce que les agents économiques détestent, c’est l’instabilité », rappelle Nicolas (l’anonymat a été requis par l’intéressé). Aujourd’hui incapable de payer les dernières échéances de son prêt garanti par l’Etat, il s’apprête, la mort dans l’âme, à fermer son entreprise créée juste avant le Covid-19, faute d’activité. Ses clients, des acteurs de la distribution, se font tirer l’oreille pour renouveler leurs contrats. « Mon discours est devenu inaudible, déplore Nicolas. Aucune entreprise ne veut entendre parler de mettre de l’argent dans des projets de long terme, elles ne pensent qu’à sauver les meubles au quotidien. »

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Le groupe Societe.com, une entreprise de 35 salariés qui vend de l’information financière et administrative, a aussi fait les frais de cet attentisme. Le chiffre d’affaires a chuté de 75 % entre juillet et septembre par rapport à la même période en 2023. « Cette chute provient uniquement du segment étatique de notre clientèle et des grands groupes », explique Tristan Méneret, directeur de la stratégie.

Investissement des entreprises en baisse

Le rattrapage intervenu mi-octobre « montre que les budgets de nos clients ne se sont pas annulés, mais reportés le temps d’y voir plus clair dans le contexte politique ». Societe.com a décidé de les imiter et a reporté ses propres investissements. « La règle, c’est “wait and see” [attendre et voir] », prévient M. Méneret. « Aujourd’hui, les chefs d’entreprise sont tétanisés, poursuit Denis Le Bossé, président du cabinet ARC, spécialiste du recouvrement de créances. Les directeurs financiers ont pour mission de récupérer un maximum de trésorerie, quitte à allonger les délais de paiement, et à externaliser plutôt que de recruter. »

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Assurance-chômage : l’allocation des travailleurs frontaliers ne sera pas réduite

Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du travail et de l’emploi, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 28 novembre 2024.

Un grand « ouf » de soulagement pour les travailleurs frontaliers. Alors qu’ils devaient être soumis à des règles d’assurance-chômage plus dures à partir du 1er avril 2025, la mesure est finalement abandonnée. La ministre du travail, désormais démissionnaire, Astrid Panosyan-Bouvet, l’a annoncé, mardi 3 décembre, lors d’une rencontre avec trois parlementaires de l’est de la France, qui s’étaient émus d’une telle disposition, prise récemment par les partenaires sociaux avec la bénédiction du gouvernement. Ce rétropédalage laisse en suspens un problème compliqué à résoudre car dépendant très largement de la bonne volonté d’Etats européens, qui est loin d’être acquise.

A l’origine de cet arbitrage, il y a le projet d’accord conclu, le 14 novembre, par les syndicats et par le patronat qui pilotent l’Unédic, l’association gestionnaire du régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Le texte prévoit, entre autres, d’introduire un « coefficient » qui a pour effet de réduire l’allocation versée à certains chômeurs établis en France et ayant occupé un poste dans un pays limitrophe. Sont tout particulièrement pénalisés par le mécanisme ceux qui ont été employés en Suisse et au Luxembourg.

Le choix des partenaires sociaux tient aux normes singulières auxquelles sont soumis les frontaliers domiciliés dans l’Hexagone. Lorsque ceux-ci n’ont plus d’activité, ils sont couverts par le système de solidarité français. Ensuite, l’Etat dans lequel ils ont travaillé rembourse notre pays, selon des modalités issues d’un « règlement » européen. Mais ce défraiement reste inférieur aux dépenses de prestation endossées par le régime tricolore. D’où un surcoût, évalué à quelque 800 millions d’euros en 2023. La facture est d’autant plus lourde que le niveau de l’allocation-chômage tient compte du salaire auparavant perçu, et celui-ci est, en moyenne, bien plus élevé en Suisse ou au Luxembourg qu’en France.

Mesure « injuste » et « discriminatoire »

Un tel déséquilibre ne date pas d’hier. Les gouvernements successifs ont essayé de le corriger à travers des négociations à l’échelon européen, depuis 2016. Elles n’ont pas abouti, pour le moment. Lassé par la lenteur qui prévaut sur ce dossier, le Medef a voulu, récemment, accélérer les choses, en coordination étroite avec le gouvernement. Le sujet a été abordé dans le cadre de discussions plus larges que les syndicats et le patronat ont ouvertes, cet automne, afin de revisiter les règles de l’Unédic. Décision a donc été prise d’instaurer ce coefficient réducteur dans le projet d’accord du 14 novembre, signé par tous les mouvements d’employeurs et par trois organisations de salariés (CFDT, CFTC, FO) – la CGT et la CFE-CGC étant contre le texte.

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Au Kenya, un sénateur veut protéger les entreprises de la tech de poursuites de leurs salariés

Plusieurs dizaines d’anciens salariés de Facebook viennent consulter leur avocate, Mercy Mutemi, devant le tribunal de Milimani, à Nairobi, le 12 avril 2023.

« Une tentative inquiétante de créer un système contemporain d’exploitation de maître à esclave. » C’est par ces mots que le Kenyan Union of Gig Workers (Kugwo), le syndicat des professionnels des « petits boulots », a réagi à une proposition d’amendement du sénateur Aaron Cheruiyot, président du groupe majoritaire à la haute assemblée kényane.

Le parlementaire a proposé, le 26 novembre, d’interdire aux salariés kényans travaillant pour des entreprises de la tech de poursuivre en justice leur employeur. L’amendement était présenté dans le cadre d’un projet modificatif de la loi sur le droit des affaires.

Selon le sénateur, interdire les poursuites judiciaires contre les donneurs d’ordre permettrait de rendre le Kenya plus compétitif sur le marché mondial des technologies, un secteur très concurrentiel dans lequel les sociétés de sous-traitance jouent un rôle clé. Ces dernières emploient « actuellement des milliers de personnes et pourraient en employer des millions [à l’avenir] », a estimé le sénateur dans un long post publié sur X.

« Proposition régressive »

La proposition d’amendement intervient deux mois après qu’une cour de justice kényane a jugé recevable la plainte de 185 anciens salariés de Facebook contre leur employeur pour licenciement abusif. Facebook refusait jusque-là à la justice kényane le droit de juger sur le fond de l’affaire.

« C’est une proposition régressive, dénonce Brian Ellam, le secrétaire général du Kugwo. Qu’il travaille à distance ou sur site, chaque travailleur kényan a le droit à un traitement juste, à la justice et à demander des comptes à ses employeurs. » Dans un communiqué, le syndicaliste a rappelé que la Constitution garantissait à chacun de ses citoyens le droit à « des pratiques de travail équitables » ainsi « qu’une représentation et un accès à la justice (…). Toute tentative pour miner ces garanties n’est pas seulement régressive mais aussi anticonstitutionnelle ».

Dans son post sur X, Aaron Cheruiyot a cherché à expliquer sa démarche : la future loi interdirait aux salariés de poursuivre les sociétés donneuses d’ordre (comme Facebook et sa maison mère Meta) mais non leurs sous-traitants, installés sur le sol kényan. « Dans le cadre des obligations contractuelles que les sous-traitants passent désormais avec le propriétaire du service, il y a l’engagement d’observer certaines normes de travail et de gérer tous les conflits liés aux ressources humaines avec leurs employés dans les pays dans lesquels ils opèrent. Cela signifie-t-il que les Kényans travailleront dans des conditions suspectes ? Absolument non. Puisque les sous-traitants, comme tout autre employeur, sont soumis à nos lois », a-t-il expliqué.

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Ubisoft met un terme à son jeu « XDefiant », avec de nouveaux licenciements à la clé

Dans un mémo interne diffusé sur son site Internet, dans la nuit de mardi 3 à jeudi 4 décembre, l’éditeur français Ubisoft annonce le licenciement de 277 personnes à travers le monde. Sont concernés l’intégralité du studio Ubisoft San Francisco, où travaillent 143 personnes, ainsi que la totalité d’Ubisoft Osaka et une partie d’Ubisoft Sydney, cumulant à eux deux 134 autres employés congédiés.

Cette décision accompagne une autre annonce inattendue : celle de l’arrêt de leur jeu de tir en ligne gratuit XDefiant, lancé le 21 mai. Il n’est d’ores et déjà plus possible de télécharger le titre ou de créer un compte, et la fermeture définitive des serveurs est prévue le 3 juin 2025.

« Le jeu est loin d’atteindre les résultats requis pour permettre d’autres investissements significatifs, et nous annonçons que nous allons y mettre fin », déclare Marie-Sophie de Waubert, responsable des studios de l’éditeur. Cet arrêt brutal contraste avec les commentaires récents de Mark Rubin, le producteur exécutif du jeu, qui expliquait le 15 octobre sur le réseau social X qu’il « n’y avait aucun projet d’arrêter le jeu ».

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Une mauvaise passe qui se poursuit

D’après le site Game Industry Layoffs, qui recense les différents plans de licenciements du secteur, Ubisoft se serait déjà séparé d’au moins 378 personnes en 2023 et en 2024, et ce sans compter les nouvelles suppressions de postes annoncées mardi. Ubisoft, qui dit employer encore 18 666 personnes, déclarait également à ses investisseurs, fin octobre, avoir réduit ses effectifs de plus de 2 000 personnes sur les 24 derniers mois (ce qui inclut les licenciements mais aussi le non-renouvellement de postes après des départs).

Si la crise touche l’intégralité de l’industrie du jeu vidéo, qui connaît un nombre de licenciements record depuis 2023, la séquence que traverse Ubisoft semble particulièrement difficile. L’éditeur a subi une succession d’échecs commerciaux – à l’image de son dernier titre Star Wars Outlaws dans lequel il plaçait beaucoup d’espoirs –, d’annulations et de reports provoquant une défiance grandissante des actionnaires envers la direction et surtout Yves Guillemot, fondateur et patron historique de l’entreprise. Ubisoft doit également faire face à un mécontentement général de sa base salariale, qui proteste notamment contre les nouvelles révisions de la politique de télétravail au sein du groupe.

La situation de XDefiant rappelle dans une moindre mesure celle du jeu Concord, brusquement retiré des étals le 6 septembre par Sony, à peine quinze jours après sa sortie, à cause de ventes catastrophiques. A la fin d’octobre, l’éditeur avait fermé le studio Firewalk qui l’avait développé, provoquant la destruction de 50 à 200 emplois.

Rectificatif le 4 décembre à 12 h 40 : correction d’une erreur dans le nombre total de personnes concernées par les derniers licenciements.

Le Monde

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Sous pression judiciaire et financière, Glovo promet de salarier ses livreurs en Espagne

Des livreurs travaillant pour les entreprises Glovo et Uber Eats, à Madrid, le 2 décembre 2024.

Des inspections du travail massives, de lourdes amendes et l’ouverture d’une procédure pénale : en Espagne, le gouvernement aura dû employer les grands moyens pour faire plier Glovo. Lundi 2 décembre, la plateforme espagnole de livraison de repas à domicile a finalement annoncé, dans un communiqué, sa décision de passer « d’un modèle de travailleurs indépendants à un modèle fondé sur le salariat pour ses livreurs en Espagne », comme l’exigeaient les tribunaux espagnols et la loi « Riders » approuvée en 2021. Près de 15 000 coursiers pourraient être concernés.

Le fait que le fondateur et patron de Glovo, Oscar Pierre, avait le lendemain un rendez-vous important avec la justice, n’est probablement pas étranger à ce revirement. Mardi 3 décembre, le chef d’entreprise de 32 ans a été entendu par un juge d’instruction de Barcelone, en vertu d’une plainte déposée par le parquet pour des délits contre les droits des travailleurs, passibles de six mois à six ans de prison. A la sortie du tribunal, son avocat a nié que la décision de salarier les livreurs soit « une stratégie de défense ».

« Les lois sont faites pour être respectées », s’est félicitée Yolanda Diaz, ministre du travail et cheffe du mouvement de la gauche radicale Sumar, qui gouverne en coalition avec le Parti socialiste ouvrier espagnol. « Aucune grande entreprise n’est au-dessus des lois. La démocratie gagne. Un jeune avec un téléphone portable dans la main n’est pas un entrepreneur », a-t-elle ajouté, se félicitant que la loi « Riders » aura permis de salarier près de 60 000 livreurs en Espagne depuis 2021.

265 millions d’euros de cotisations non versées

Selon le groupe allemand Delivery Hero, qui a racheté Glovo en 2022, le changement de modèle devrait supposer un impact négatif de 100 millions d’euros sur le revenu brut d’exploitation en 2025. Cependant, il espère ainsi mettre fin à une « incertitude juridique » autour de ses activités en Espagne bien plus coûteuse. Celle-ci l’a obligé à augmenter ses fonds de contingence pour qu’ils puissent couvrir entre 440 000 et 770 millions d’euros de « contributions à la Sécurité sociale, d’amendes, de réclamations de TVA et autres charges correspondant à la période allant jusqu’à la fin de 2024 ». Selon le ministère espagnol du travail, Glovo doit 265 millions d’euros de cotisations sociales non versées. La compagnie a, en outre, écopé de nombreuses amendes ces dernières années, qui s’élevaient, début 2023, à plus de 200 millions d’euros.

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Comment l’après-Tavares se dessine pour Stellantis

Carlos Tavares (au centre), PDG de Stellantis, et John Elkann, président de Stellantis, à Douvrin (Pas-de-Calais), le 30 mai 2023.

Il s’est écoulé un long moment après la réunion du conseil d’administration de Stellantis, dimanche 1er décembre, avant que le constructeur automobile puisse confirmer « la démission avec effet immédiat » de son emblématique directeur général, Carlos Tavares. Ce dernier a discuté pied à pied les termes du communiqué. Négociateur connu pour sa rudesse et son exigence, il a posé des conditions sur son indemnité de sortie.

Le montant n’a pas été révélé. Mais tout le monde a en tête le chèque encaissé par le patron américain de Fiat Chrysler, Mike Manley, lorsque ce dernier a quitté le groupe après la fusion avec PSA, laissant la place de numéro un au patron européen : 51 millions d’euros. On connaît aussi les rémunérations faramineuses accordées à Carlos Tavares : 36,5 millions d’euros en 2023, 23,5 millions d’euros en 2022 et 19 millions en 2021, selon le rapport financier du constructeur.

Ces sommes contiennent toutefois des éléments variables qui ne sont effectivement dus que si certains objectifs – sur l’évolution du cours de Bourse notamment – sont atteints. C’est donc l’heure des comptes. « L’indemnité ne va pas au-delà de ce qui est prévu dans son contrat », assure une source proche des actionnaires de référence de Stellantis. Mais le sujet du chèque de départ n’est pas la seule question levée par cette éviction choc. Passage en revue.

Comment Stellantis va-t-il fonctionner sans son directeur général ?

Le processus de sélection du successeur de Carlos Tavares étant en cours, c’est le président du conseil d’administration, John Elkann, représentant de la famille Agnelli, qui assure par intérim la direction du groupe. Ce dernier est tout de suite parti à Detroit (Michigan), à la rencontre des équipes américaines de Stellantis. Il a surtout voulu présenter dès lundi la nouvelle organisation de la direction, « pour montrer qu’il n’y a pas de latence opérationnelle », insiste un porte-parole du constructeur.

John Elkann a commencé par faire revenir un homme de confiance : l’ancien directeur financier de Fiat Chrysler (FCA), Richard Palmer, qui sera son conseiller spécial. Il avait quitté le groupe en 2023. Carlos Tavares l’avait remplacé par Natalie Knight, venue de la grande distribution, pour améliorer la communication financière. Elle n’a tenu que quelques mois, remerciée en octobre.

John Elkann a mis fin à l’organisation en râteau de Carlos Tavares. Celui-ci avait une top executive team de 35 personnes, qui lui rapportaient tout directement. Cet automne, pour plus d’efficacité, elle avait été resserrée à… 29 personnes. Carlos Tavares la réunissait tous les mardis à distance, convaincu qu’il pouvait déceler leurs humeurs et les contrariétés de chacun en scrutant les petites vignettes de sa tablette de visioconférence.

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L’intelligence artificielle envahit doucement le monde de l’édition

Un livre pour enfants qui a l’air totalement anodin, voire un peu gnangnan, mais se vend au prix fort chez tous les libraires en ligne. On ne trouve pourtant nulle trace de biographie de son autrice. A-t-il été écrit par une femme en chair et en os ? Ou entièrement par une intelligence artificielle (IA) ? Au cours des 25es Assises du livre numérique, qui se sont tenues jeudi 28 novembre à la Bibliothèque nationale de France, Arnaud Robert, secrétaire général d’Hachette Livre et président de la commission juridique du Syndicat national de l’édition (SNE), a clairement penché pour la seconde hypothèse, en présentant la couverture de ce livre sur un écran de 4 mètres sur 3. Même si rien ne l’indique sur la couverture. M. Robert a souligné l’avalanche de livres écrits par IA, « au point où les “vrais” ouvrages risquent de disparaître dans un magma d’ouvrages qui ne sont pas écrits par des humains ».

D’autant plus que ces derniers sont systématiquement soutenus par des centaines de commentaires élogieux, eux aussi élaborés par des IA. Même si Amazon a imposé, en décembre 2023, qu’une même « personne » ne puisse pas publier plus de trois livres par jour sur sa plateforme d’autoédition Kindle Direct Publishing, le flux de production ne cesse d’augmenter. Face à cette menace, le SNE a décidé de porter l’affaire sur un terrain juridique et vient de mandater un avocat qui analysera la licéité de ce type de livres.

L’IA investit déjà de nombreux champs de l’édition. Selon Virginie Clayssen, directrice du patrimoine et de la numérisation chez Editis et présidente de la commission numérique du SNE, « tous les éditeurs travaillent depuis deux ans avec de l’IA, le plus souvent dans des phases de test ».

La société américaine Veristage a ainsi créé Insight, une plateforme d’IA qui leur est destinée. Lancée par deux pointures de l’édition, Thomas Minkus et Thomas Cox, elle permet, selon ce dernier, d’analyser des documents et de « rationaliser l’ensemble du cycle de vie de la publication ». Insight comprend des outils permettant d’extraire des données dans un manuscrit (résumés sur les personnages, l’intrigue, les lieux…), de traduire des livres en cinq langues et de produire à vive allure des livres audio. La plateforme suggère également des textes pour les quatrièmes de couverture, des campagnes de marketing destinées aux réseaux sociaux, des légendes et des images… Et elle peut aussi analyser les ventes d’un ouvrage. Des pans entiers de l’édition sont donc concernés. « J’entends beaucoup de gens avoir des inquiétudes sur les emplois. Moi, je ne connais pas un seul éditeur qui ne soit pas surchargé de travail », affirme M. Cox, qui se veut rassurant, sans convaincre pour autant.

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Hausse de 4 % du coût moyen par poste de travail

C’est la hausse du coût moyen par poste de travail en 2023 sur toute la France. Après une progression marquée et continue du coût de l’environnement de travail depuis 2020, la tendance haussière semble ainsi doucement ralentir avec un coût de 11 051 euros par poste de travail en 2023, contre 10 668 euros l’année précédente, a révélé l’IDET, l’association des professionnels des environnements de travail, lundi 2 décembre. « Mais la hausse du coût de l’environnement de travail serait bien supérieure s’il n’y avait pas eu le “flex office”. Pour cet exercice, on a eu moins de postes de travail – (105 000) que de collaborateurs (126 000) – », commente Hubert Labouche, secrétaire général adjoint, chargé des études de l’IDET.

Cette association professionnelle représentant la filière des environnements de travail analyse chaque année les dépenses des entreprises consacrées à l’environnement de travail (postes de travail, services aux collaborateurs, sécurité, consommables, performance environnementale…) pour établir les « Buzzy Ratios ». Déterminés à partir des budgets des services généraux, ils intègrent les coûts directs (loyers, maintenance, fourniture de services, etc.) et les coûts indirects (fournitures, téléphonie, flotte de véhicules, etc.).

Ce qui permet de suivre l’évolution du coût de l’environnement de travail par poste et d’en comprendre les causes. « Les trois tendances importantes de l’année sont l’inflation, qui a réévalué les coûts des contrats de location, le “green building”, qui nécessite des investissements, et la qualité de vie au travail, qui exige de nouveaux espaces pour le travail hybride », explique M. Labouche. « En surveillant de près les fluctuations des besoins en espace, ces professionnels ont réussi à minimiser la hausse des dépenses immobilières dans les entreprises », commente l’IDET. C’est ainsi que la moindre hausse de 4 % en 2024 recouvre, en fait, une hausse du prix de l’immobilier qui a été compensée par l’usage flexible des bureaux.

La révision des suppressions de postes d’enseignants, un enjeu suspendu à l’instabilité politique

La situation n’a rien de banale pour l’éducation nationale. Alors que le ministère doit présenter, à la mi-décembre, la répartition des moyens humains par académie afin que la rentrée 2025 puisse être préparée au mois de janvier comme il est de rigueur, le nombre de postes prévus dans le projet de loi de finances (PLF) 2025 n’est toujours pas arrêté. Dans son projet initial, le gouvernement a programmé la suppression de 4 000 emplois d’enseignants, faisant supporter à l’éducation nationale 90 % des baisses d’emploi de fonctionnaires. Ce choix suscite cependant une opposition unanimement partagée sur les bancs parlementaires… y compris parmi les composantes du « socle commun », qui soutient le gouvernement.

Lundi 2 décembre, au Sénat, le seul débat en séance publique sur la mission « enseignement scolaire » – après le rejet de la partie recettes du PLF à l’Assemblée nationale, la partie dépenses n’a pas été discutée – a abouti à un vote unanime (340 voix pour, sur 340 votants) des élus pour réduire ces suppressions de postes à 2 000. Cette réévaluation du « schéma d’emploi », selon l’expression budgétaire, ne concerne que le premier degré, pour lequel le PLF prévoit 3 815 enseignants en moins.

Le rapporteur spécial des crédits de la mission, le sénateur de l’Oise Olivier Paccaud (divers droite) avait déposé un amendement en ce sens au nom de la commission des finances. « Cette baisse du nombre d’enseignants du premier degré représente un risque, notamment pour les écoles situées en territoire rural, probablement plus soumises à des enjeux de fermeture de classe », avait-il fait valoir dans son rapport. A l’argument démographique avancé par le gouvernement pour justifier la réduction du nombre d’enseignants, le rapporteur a opposé que « la politique ne saurait se résumer à un exercice purement comptable », rappelé les taux d’encadrement de la France, bien moins bons que dans le reste de l’Union européenne, et fait valoir le risque de « désaménagement du territoire » pour plaider pour « une baisse plus mesurée ».

La ministre « ouverte » à la discussion

Si tous les groupes ont soutenu cette position, il s’agit d’une solution minimale pour les groupes de la gauche de l’Hémicycle (écologistes, socialistes, communistes). Tous avaient déposé des amendements pour rétablir intégralement les postes supprimés, au nom du même argument appelant à faire de la baisse démographique une « opportunité » pour améliorer les conditions d’enseignement. La sénatrice écologiste de Gironde Monique de Marco a également défendu des créations de postes pour compenser les 8 865 suppressions d’emplois décidées dans le second degré depuis 2017, en dépit d’une hausse du nombre d’élèves. Tous ont été rejetés.

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