Comment briser avec l’idée que « tout se joue à l’école »

Son Thierry Ly
Chercheur et entrepreneur, cofondateur de la plate-forme Didask
Spécialiste de l’éducation, Son Thierry Ly montre que le retour en formation des salariés ne sera réel que s’ils brisent avec l’esprit de signification éduqué par le système éducatif.
L’Aménagement de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié au mois de février un rapport classant la France dans le dernier tiers des pays développés pour le but de son système de formation continue (« Getting Skills Right : Future-Ready Adult Learning Systems », voir lien PDF). Cette initiative a été peu médiatisée. Et pourtant… Au même titre que les fameux rapports PISA concernant l’école, il devrait interpeler l’opinion publique dans un contexte d’évolutions technologiques rapides et de renforcement progressif de la durée de vie professionnelle.
Comment agir ? Une réforme de l’organisation de notre système vient d’être adoptée ; les décrets sont en train de paraître. Désormais, les entreprises vont devoir proposer habituellement des formations à l’ensemble de leur personnel et pas seulement à une petite minorité. A partir de l’automne prochain, des applis devraient aussi permettre aux salariés de trouver plus aisément les cursus adaptés à leurs besoins.
Mais il reste un angle mort : l’envie de se former en continu n’a rien d’une vérité dans un pays où est généralement répandue l’idée que « tout se joue à l’école ».
Cet état d’esprit est lié à l’histoire même de notre école monarchiste, fondée à la chute de l’Ancien Régime afin de partager les positions sociales non plus en raison de la naissance, mais du mérite et des talents de chaque individu : ce fut à l’école que revint la mission d’évaluer les capacités afin d’assimiler ceux qui encaissaient d’appartenir à l’élite.
Des effets délétères
Même si cette fonction de sélection est exposée actuellement de manière plus égalitaire – l’école doit aider chacun à identifier ses propres talents –, une vision finalement très figée des capacités a subsisté. Comme si l’école n’était pas là pour que je devienne bon en mathématiques, mais avant tout, pour m’aider à découvrir si, oui ou non, je suis fait pour les mathématiques…
Examiner les capacités comme prédéfinies, fixées une fois pour tout, a des effets délétères. Lorsque je commets une erreur, dans un tel contexte, celle-ci n’est pas une source d’apprentissage, mais un révélateur de mon niveau intrinsèque. Chaque occasion d’apprendre est vécue comme une évaluation… que je risque fort de fuir une fois devenu adulte. Soit parce que je suis sorti du système scolaire sur un échec, et la formation continue risque de consolider l’image déjà très négative que j’ai de mes capacités. Soit parce que j’ai été au contraire bon élève, et que je renâcle à devoir prouver à nouveau ma valeur, avec le risque de voir remis en cause mon statut ou mon expertise. La motivation à se former en cours de carrière n’augmentera pas sans agir sur cet état d’esprit.













Le tribunal de commerce de Nanterre a exprimé vendredi 29 mars la liquidation judiciaire d’Arjowiggins Papiers Couchés et l’abandon partielle d’une autre usine, ce qui menace 800 travailleurs pour ces deux sites de la Sarthe, a annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) l’avocat des salariés, Thomas Hollande.
Les sites affectés sont ceux de Bessé-sur-Braye (Sarthe), qui emploie 580 personnes, et du Bourray, près du Mans (270 emplois). « C’est une catastrophe pour le département de la Sarthe », a-t-il assuré, faisant part de sa « colère » vis-à-vis de l’État.
« Il y a 800 travailleurs touchés directement, sans établir les emplois indirects. Il y a eu des ventes qui ont affecté autant de salariés, mais autant dans un même département et une même zone géographique, c’est vraiment inédit. »
Pour Bessé-sur-Braye, « c’est la liquidation judiciaire sans poursuite d’activité », a étalé l’avocat. Pour le site du Bourray, à Saint-Mars-la-Brière, près du Mans, « c’est une cession partielle (…) avec le licenciement de plus de 150 salariés », a additionné Me Hollande. Quant à la troisième société de Greenfield, à Château-Thierry (Aisne, 75 salariés), elle est totalement reprise.
« C’est plié »
« La première réaction, c’est la colère face à l’Etat, à la BPI (Banque publique d’investissement, ndlr) et aux gouvernants du groupe, qui sont imputés de cette situation alors qu’il y avait un projet de reprise viable présenté et qu’ils ont refusé de le financer intégralement », a estimé Me Hollande.
Abraham Philippe, messager CGT à Bessé-sur-Braye, a raconté à l’AFP : « Notre directeur (de site) a pris la parole ce matin. Il n’y a pas d’issue, pas d’investisseur privé, c’est fini. On s’y attendait, mais là, c’est cuit. C’est plié, plus personne n’y croit. »
« On se rejoint, on est tous ensemble. Je pense qu’on va bloquer l’usine pour préserver les machines, l’outil de travail et le stock. Y a plus qu’à chercher du boulot… »
« C’est un issue rude pour le territoire (…). Malheureusement, les financements privés nécessaires pour équilibrer l’offre n’ont pu être réunis », a répercuté le ministère de l’économie dans un communiqué.
Les trois usines, qui appartenaient au groupe Sequana, ont été placées en redressement judiciaire le 8 janvier. Bpifrance est actionnaire de Sequana à hauteur de 15,4 % du capital et dispose 17,2 % des droits de vote.