Une grande mobilisation à EDF contre le projet de disjonction de l’entreprise

Les syndicats font face au plan Hercule, un projet de la direction et du gouvernement qui envisage de séparer les activités de la société publique.

Selon les syndicats, près de 50 %? Selon la direction, 33 % de grévistes . Quels que soient les chiffres réels de la mobilisation  du 19 septembre, le « tour de chauffe » syndical contre le projet Hercule de découpage de l’entreprise en deux entités a été réussi : à l’appel d’une intersyndicale CGT, CFDT, FO et CFE-CGC, les agents EDF ont engendré des diminutions de production d’un peu plus de cinq gigawatts, soit 9 % de la capacité totale, jeudi matin.

Cette baisse n’a, cependant, causé aucune perturbation sur le réseau français d’électricité – elle devrait, en revanche, avoir un léger conséquence sur les finances d’EDF qui n’a pas pu exporter autant que d’habitude dans les autres pays européens.

Selon EDF, à 12 heures, 33 % de l’effectif total d’EDF SA étaient en grève, soit 20 000 grévistes. Un chiffre remarqué par les syndicats, qui estime qu’il est basé sur le total de l’effectif et non pas sur les agents présents. Ils considérent que la mobilisation a plutôt rassemblé près de la moitié des salariés. L’intersyndicale doit se réunir jeudi soir pour décider d’éventuelles suites à donner au mouvement.

Deux entités prévues : EDF Bleu et EDF Vert

Surnommé « Hercule », ce chantier titanesque consiste à séparer les activités d’EDF en deux concepts. D’un côté, EDF Bleu deviendrait une structure 100 % publique, qui comprendrait toutes les activités nucléaires, les barrages hydroélectriques, peut-être les centrales à gaz et le gestionnaire du réseau de transport d’électricité (RTE). De l’autre, EDF Vert regrouperait la branche commerce, qui offre l’électricité aux clients, les énergies renouvelables, les services et Enedis (ex-ERDF), le réseau de distribution d’électricité.

A Paris, 1 500 travailleurs d’EDF, mais aussi gaziers, salariés d’Engie, d’Enedis (distribution) et de RTE (réseau), selon les syndicats, se sont rassemblés en début d’après-midi devant le ministère de la transition écologique et solidaire, où une délégation devait être reçue (mais pas par la ministre Elisabeth Borne).

Pour Cyril Bédinade et François Faissant, ingénieurs pour EDF : « On défend surtout l’idée d’un service public. Actuellement, le prix de l’électricité est le même pour tous, mais lorsque la distribution sera laissée à des repreneurs privés, le prix de l’énergie risque de ne pas être le même partout sur le territoire. » Un avis partagé par Michel Redouté, 70 ans, ingénieur d’EDF à la retraite : « J’ai commencé à travailler chez EDF en 1973 et la culture du service publique était ancrée. Si le projet passe, on perdra un monument français ! »

« La mobilisation dépasse la défense de nos propres statuts »

La défense du service public est au cœur du sujet, selon Vincent Hernandez, secrétaire général de Force ouvrière énergie et mines. « Sept millions de personnes sont en précarité énergétique, la privatisation d’une partie d’EDF peut avoir un impact sur le prix et aggraver leur situation. La mobilisation dépasse la défense de nos propres statuts », déclare le syndicaliste.

Pour Greg, gazier chez GRDF (le distributeur de gaz naturel, une filiale d’Engie), la question de son statut est au cœur de ses inquiétudes : « Je peux être appelé à toute heure pour intervenir sur des chantiers ou chez des particuliers en cas de fuite de gaz. Notre travail est dur, je sors d’une semaine de soixante-dix-neuf heures avec des astreintes. Si on perd nos avantages liés à notre statut, on ne pourra plus s’accrocher à rien », déplore-t-il.

Des actions ont de même eu lieu dans plusieurs villes. Dans le Bas-Rhin, des agents EDF ont bloqué la circulation fluviale au niveau de l’écluse de Marckolsheim, dans la matinée. A Gérardmer dans les Vosges, les travailleurs ont bloqué l’accès à un site Enedis. A Lyon, une centaines de manifestants ont défilé dans le quartier de La Part-Dieu.