Reprise d’Alitalia : les candidats pressentis se retirent

Un Airbus A320 sur le tarmac de l’aéroport Rome-Fiumicino, en mai 2019.
Un Airbus A320 sur le tarmac de l’aéroport Rome-Fiumicino, en mai 2019. ALBERTO PIZZOLI / AFP

Peut-on encore sauver Alitalia ? Placée depuis début 2017 sous la tutelle de l’Etat italien afin d’empêcher une faillite complète, la compagnie aérienne transalpine se débat toujours dans une crise profonde. Ces derniers mois, des contacts ont été noués avec 30 repreneurs potentiels, mais, pour l’heure, aucun d’eux n’a donné suite en formulant une offre jugée acceptable.

Lors d’une audition devant la Commission des transports de la Chambre des députés, mercredi 8 janvier à Rome, Gianfranco Battisti, administrateur délégué de Ferrovie dello Stato (FS), la compagnie publique des chemins de fer italiens, a renoncé. A la demande du gouvernement de Giuseppe Conte, l’opérateur ferroviaire avait formulé une offre, le 31 octobre 2019, tout en l’assortissant de multiples conditions, comme celle de ne pas être actionnaire majoritaire du consortium qu’il s’agissait de créer.

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Cependant, aucun partenaire ne s’est montré intéressé, hormis le groupe Atlantia (propriété de la famille Benetton), que nombre d’observateurs soupçonnent d’envisager un investissement à fonds perdu à seule fin d’obtenir un peu de clémence de la part de l’Etat italien. En effet, le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) exige que lui soient retirées les concessions autoroutières dont dispose l’empire Benetton en raison de l’effondrement du pont Morandi, à Gênes, le 14 août 2018. Pour M. Battisti, « cette procédure est close » et FS est « sorti de l’opération ».

La veille, devant la même commission, Joerg Eberhart, PDG d’Air Dolomiti (filiale de Lufthansa), avait expliqué que, pour le groupe allemand, un temps en discussion avec FS, « un partenariat fort [avec Alitalia était] plus avantageux qu’un investissement ». Selon lui, une « profonde restructuration de la compagnie » est « inévitable », avant de pouvoir envisager une entrée au capital.

Il faut dire que la situation économique d’Alitalia est de nature à refroidir bien des ardeurs. De l’aveu même de Giuseppe Leogrande, nommé administrateur unique de l’entreprise en décembre par le gouvernement, le groupe perd 900 000 euros par jour. Les 900 millions d’euros prêtés par l’Etat pour empêcher la faillite en 2017 ayant été engloutis, la direction a obtenu un autre prêt-relais de 400 millions, malgré les réserves exprimées par la Commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager.

Un sujet politique explosif

Un nouveau directeur général, Giancarlo Zeni, a été nommé mardi, avec pour mission d’enrayer l’hémorragie. L’affaire est très délicate, car les comptes de la société semblent se dégrader de manière accélérée. Selon des informations obtenues par le quotidien économique Il Sole 24 Ore, le groupe aurait perdu plus sur les neuf premiers mois de 2019 que durant toute l’année 2018, et pourrait afficher jusqu’à 600 millions d’euros de pertes pour l’exercice 2019.