Le texte, voté mardi 17 novembre, a pour ambition d’empêcher le décrochage de la recherche française. Mais les moyens déployés sur dix ans pour redresser la barre s’avèrent moindres que les chiffres ne le laissent penser.
La plate-forme logistique d’Amazin, à Lauwin-Planque (Nord), le 16 avril 2020. DENIS CHARLET / AFP
C’est en terrain miné qu’avance, discrètement, un géant américain du commerce en ligne, dans la banlieue de Rouen, en Seine-Maritime. Dans sa conquête du Grand Ouest, où il n’est pas encore implanté, Amazon – contacté, le groupe n’a pas donné suite – entend ouvrir une gigantesque plate-forme logistique de plus de 160 000 m2, sur trois niveaux, sur les 35 hectares de l’ancien site industriel de la raffinerie Petroplus, à Petit-Couronne, en zone portuaire.
Ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre, cette usine à colis permettrait de distribuer 330 000 paquets par jour et de créer « 1 839 emplois à temps plein en période de pic d’activité ». Le projet est porté par le fonds chinois Gazeley, spécialiste en immobilier logistique, auquel Amazon fait souvent appel. Une promesse de vente a été signée avec la société Valgo, qui avait acheté le site de l’ex-raffinerie, en 2014, pour le dépolluer et le commercialiser.
Si le nom de la firme de Jeff Bezos n’apparaît sur aucun document officiel, il est sur toutes les lèvres depuis des mois. « C’est un secret de Polichinelle », déclare au Monde le président PS de la Métropole Rouen Normandie, Nicolas Mayer-Rossignol, qui a « échangé avec les gens d’Amazon avant l’été ». La récente ouverture d’une petite agence de livraison Amazon, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, témoigne également du fort intérêt du groupe pour ce bout de Normandie.
« Le projet reprend son cours »
La partie s’avère cependant loin d’être gagnée. Au-delà de l’opposition politique, associative et commerçante croissante, le premier caillou dans la chaussure d’Amazon est d’ordre sécuritaire. L’enquête publique a abouti à un avis favorable, fin octobre, mais le risque incendie, dans une métropole marquée par la catastrophe industrielle de Lubrizol, s’est invité dans le dossier. Deux rapports alarmants, rédigés par le service d’incendie et de secours de Seine-Maritime, soulignent que « les sapeurs-pompiers seraient confrontés à une impossibilité opérationnelle de limiter la propagation d’un incendie, en cas de non-maîtrise de ce dernier par le système » d’extinction automatique.
En conséquence, le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, à qui appartiendra la décision finale d’autorisation d’exploitation, a décidé, début novembre, de prolonger de six mois, soit jusqu’à la fin juillet 2021, le délai d’instruction du dossier au plan environnemental. « Afin de permettre à la société Gazeley (sollicitée, sans succès) de répondre à ces interrogations », indique la préfecture. Ce dont ne doute pas le PDG de Valgo, François Bouché : « Ce n’est qu’une affaire de moyens supplémentaires. Le projet reprend son cours. »
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Les discussions à la machine à café… Une de ces habitudes dont la disparition avec la généralisation du télétravail provoquée par la pandémie de Covid-19 n’est pas sans conséquence économique : le suisse Selecta, l’un des leaders du marché, a annoncé un plan de licenciements de 492 de ses 1 552 salariés en France. L’entreprise, propriété du fonds d’investissement américain KKR, prévoit une baisse de 50 % de son chiffre d’affaires pour 2020 et indique n’avoir « aucune assurance d’un retour à la normale en 2021 ».
La crise liée au Covid-19 a accéléré les difficultés des dernières années, liées notamment à une concurrence accrue des sandwicheries dans les gares. Selecta a, en outre, perdu plusieurs marchés-clés, dont celui du métro parisien : ses derniers distributeurs auront disparu des stations fin décembre. « Mais ils n’ont pas mis assez de moyens pour garder les clients. Les plus petits ont été délaissés au profit des grands, déplore Catherine Denis, déléguée FO. Le télétravail n’a rien arrangé. »
« Je crains fort qu’il y ait de nombreux licenciements dans nos entreprises, lorsque les aides dont nous bénéficions seront retirées », prévient Pierre Albrieux, président de Navsa, le syndicat professionnel des ventes et services automatiques, un secteur qui revendique 15 000 emplois directs et 40 000 indirects : « Même si nous sommes autorisés à fonctionner, en pratique, beaucoup d’entreprises, et surtout des administrations, ont condamné leurs machines à café. Elles nous disent craindre les contaminations autour de ces points de rassemblement. »
« La crise la plus violente »
Le millier d’entreprises du secteur, dont 90 % de PME ou TPE, se retrouve ainsi plus ou moins pénalisé, selon que leurs 590 000 distributeurs de boissons ou snacks sont logés dans un supermarché, une usine aéronautique près de Toulouse ou une station-service. « Nous avons subi, pendant le premier confinement, des baisses d’activités variant entre 30 % et 80 %, selon les régions et les emplacements. Le second confinement devrait produire les mêmes effets, poursuit le dirigeant d’une entreprise de 20 salariés à Vaulx-en-Velin (Rhône). Un de nos exploitants a pour seul client [l’école de formation d’artistes le] Cours Florent, dont les locaux sont fermés ».
La filière avait déjà connu deux coups durs par le passé. Le premier, en 2006, lorsque l’interdiction totale de fumer dans les bureaux avait réduit la consommation de cafés pendant la pause cigarette. Le second, en 2015, à l’entrée en vigueur d’une loi prohibant les distributeurs automatiques dans les établissements scolaires, pour limiter l’accès des élèves aux boissons sucrées et confiseries. Quelque 9 000 automates avaient dû être retirés. « La crise liée au Covid est la plus violente jamais subie par la profession », assure M. Albrieux. Pour autant, il ne voit pas la crise se prolonger si le télétravail devient un mode de vie : « on en parle depuis longtemps, mais cette expérience grandeur nature a montré les inconvénients du travail à distance. Après le Covid, la situation va se stabiliser et on aura la visibilité nécessaire pour diriger nos entreprises. »
La secrétaire d’Etat chargée du handicap, Sophie Cluzel, lors d’une réunion sur l’emploi des personnes handicapées organisée dans le quartier d’affaires de La Défense, près de Paris, le 10 novembre 2020. ERIC PIERMONT / AFP
De nouvelles aides pour mieux concilier handicap et parentalité, un soutien prolongé aux embauches, une communication officielle plus accessible : le gouvernement doit présenter, lundi 16 novembre, de nouvelles mesures en faveur des personnes handicapées. Et montrer qu’il ne « ralentit pas » les réformes, malgré la crise sanitaire.
Un « comité interministériel du handicap » (CIH), organisé à Matignon dans la matinée autour de Jean Castex et de sa secrétaire d’Etat chargée du handicap, Sophie Cluzel, doit réunir une vingtaine de ministres, dont Jean-Michel Blanquer (éducation), Elisabeth Borne (travail) et Gérald Darmanin (intérieur), mais également les représentants des associations de personnes concernées.
« L’axe majeur, c’est qu’on ne ralentit pas les réformes, malgré cette crise [du Covid-19] », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) Mme Cluzel, qui entend « réaffirmer haut et fort les chantiers en cours ».
Ce CIH est aussi l’occasion pour le gouvernement d’annoncer certaines mesures nouvelles. Le dispositif de la prestation de compensation du handicap (PCH), qui permet de financer des aides, humaines ou matérielles, sera ainsi étendu dès le 1er janvier 2021 pour couvrir les aides à la parentalité.
Concrètement, les parents concernés pourront rémunérer un intervenant, une heure par jour, pour qu’il les aide à s’occuper de leur enfant. Mais ils auront également droit, désormais, à la prise en charge de certains équipements – comme, par exemple, une table à langer à hauteur réglable, s’ils se déplacent en fauteuil roulant.
Quelque 17 000 parents en situation de handicap sont concernés, et potentiellement bien plus, puisque l’un des objectifs de la réforme est d’éviter que des personnes renoncent à devenir parents en raison de leur handicap.
A l’occasion de la 24e Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, qui débute lundi, le gouvernement doit également annoncer la prolongation des aides à l’embauche mises en œuvre dans le cadre du plan de relance. La fin de ce dispositif, initialement fixée au 28 février, est repoussée au 30 juin. L’aide est de 4 000 euros pour chaque personne handicapée recrutée – en CDI ou CDD de plus de trois mois.
Autre annonce : la « sanctuarisation » de dix millions d’euros pour permettre à l’ensemble des discours des ministres d’être sous-titrés et traduits en langue des signes, afin d’être accessibles aux personnes sourdes et malentendantes.
La librairie Mollat à Bordeaux pratique le click and collect pour le deuxième confinement, le 30 octobre. UGO AMEZ POUR « LE MONDE »
Analyse. Les libraires sont devenus le symbole du deuxième confinement. Ils prétendent incarner l’injustice puisque le gouvernement, en excluant le livre de la liste des biens à caractère essentiel, bafouerait le postulat de l’exception culturelle française. Un dogme sacro-saint depuis André Malraux. Déjà, l’arrêté du 14 mars 2020 n’incluait pas les librairies dans la liste des commerces indispensables.
Cette décision avait certes choqué, mais n’avait pas fait des libraires des sacrifiés sur l’autel de la culture. Emmanuel Macron lançait le 16 mars aux Français : « Lisez, retrouvez ce sens de l’essentiel. » Un appel hédoniste à la lecture, donc. « Comme si tout le monde, plongé dans l’oisiveté, allait voir ses habitants tourner négligemment des pages, se perdre dans les rayonnages de sa bibliothèque et, pourquoi pas, relire ses classiques », s’amuse Tanguy Habrand dans Le Livre au temps du confinement (Les Impressions nouvelles, 144 pages, 14 euros).
Pourtant, Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances, avait proposé le 19 mars un déconfinement des librairies, afin qu’elles puissent fonctionner normalement et recevoir des clients. Cette main tendue avait été sèchement refusée par le Syndicat de la librairie française (SLF). Son président, Xavier Moni, affirmait alors que les livres ne constituaient pas une marchandise vitale et que la santé des salariés primait. A ses yeux, les conditions sanitaires n’étaient pas réunies pour assumer un tel risque. Ce rejet permettait aussi aux libraires de mettre tout leur personnel au chômage technique en profitant des aides de l’Etat, ce qui n’aurait pas été possible si une partie travaillait aux commandes et aux livraisons.
Les libraires ont changé d’avis
Seule une minorité de libraires – 400 sur les 3 300 que compte l’Hexagone – s’était alors lancée dans la livraison à domicile et le « click and collect ». Une violente querelle avait opposé dans la profession partisans et opposants à cette pratique, adoptée sans difficulté par nos voisins européens. Les ventes de livres s’étaient effondrées de 95 % par rapport à 2019 entre mi-mars et le 11 mai, jour de la réouverture des librairies, selon l’Observatoire de la librairie. Mais un plan d’aide gouvernemental de 230 millions d’euros annoncé début juin pour sauver la librairie et l’édition avait calmé les esprits.
Plus organisé, le Syndicat de la librairie française s’est assuré du soutien de toute la chaîne du livre, des éditeurs et des auteurs les plus renommés
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Les plans de suppressions d’emplois se succèdent, mais certains semblent émouvoir plus que d’autres. Loin du fracas provoqué par la fermeture de l’usine Bridgestone, qui compte 863 salariés à Béthune (Nord), la décision des géants de la restauration collective de supprimer près de 4 000 postes en France n’a déclenché aucune émotion publique : 1 888 postes pourraient pourtant disparaître chez Elior, au moins 2 083 chez Sodexo.
« C’est historique, cela ne s’est jamais produit chez nous », souligne Gilles Garnes, coordinateur FO chez Elior. « Alors que nos politiques sont au chevet de l’aéronautique, nos métiers de services passent toujours au second plan », s’indigne Eric Villecroze, délégué syndical central FO chez Sodexo. « L’absence de réaction des politiques nous met très en colère, renchérit Fabienne Dos Santos, coordinatrice CGT chez Sodexo. On est les invisibles, on ne nous voit qu’une heure par jour au déjeuner. Mais, du plongeur au cadre dirigeant, tout le monde est touché. Il va y avoir énormément de casse dans notre secteur. Nous sommes les premiers, mais ce n’est pas fini. »
Selon nos informations, la négociation d’une rupture conventionnelle collective impliquant la suppression de plus d’un millier de postes serait en cours chez Compass, autre multinationale du secteur. Et d’autres plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) se préparent chez de plus petits acteurs, comme MRS, qui pourrait réduire ses effectifs d’un tiers en Ile-de-France. Plus de 20 % des 27 000 salariés de la restauration collective d’entreprises seraient ainsi menacés, selon les estimations des syndicats.
« A 10 % du trafic habituel »
« C’est un drame, alors que nos entreprises jouent un rôle social essentiel en permettant la montée en compétence de salariés sans qualification », soupire Esther Kalonji, déléguée générale du Syndicat national de la restauration collective. Si les hôpitaux, les établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et même les établissements scolaires, depuis la rentrée de septembre, ont quasi maintenu leurs services de restauration, les stades et les salles de spectacle ont baissé le rideau. « Environ 60 % de nos sites dans les entreprises sont ouverts en ce moment. Le problème, c’est surtout la fréquentation : à certains endroits, on est à 10 % du trafic habituel », souligne Sylvia Metayer, directrice de la stratégie de croissance chez Sodexo.
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La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, en septembre 2019, à Paris. JOEL SAGET / AFP
Après avoir consacré les premières semaines de son second mandat à renouveler son état-major, Delphine Ernotte s’attelle désormais à la mise en œuvre du projet qui lui a valu d’être, en juillet, la première dirigeante de France Télévisions reconduite dans ses fonctions par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La présidente du groupe défend ses choix en matière d’information, de rigueur budgétaire et de promotion de la diversité.
Pour votre second mandat, vous vous êtes engagée à faire mieux en matière de diversité. Comment allez-vous faire ?
Nos publics revendiquent d’être mieux représentés, en matière de parité, de couleur de peau, de handicap, d’origine géographique et sociale. La distorsion entre la réalité et sa représentation à la télévision est trop grande. Nous allons donc évaluer la représentation à l’antenne afin de nous fixer des objectifs pour 2021. D’après le CSA, les personnes « perçues comme non blanches » représenteraient environ 25 % de la société française, contre 15 % à la télévision. On a un énorme rattrapage à faire. Ce sera le fil rouge de mon nouveau mandat.
Ma méthode, c’est compter, partager, changer. Aux Etats-Unis, on dit : « No diversity, no commission. » On ne finance pas un projet quand la diversité n’est pas représentée.
Comptez-vous adapter les structures de l’entreprise à ce nouvel objectif ?
Dès 2021, je recruterai 200 alternants issus de la diversité. C’est important d’être représenté devant, mais aussi derrière la caméra. Il faut faire rentrer de nouveaux profils. Nous avons des salariés, en outre-mer, qui doivent trouver leur place sur les antennes nationales. Karine Baste-Régis, que je viens de nommer joker du « 20 heures », a démarré à Martinique la première. La création de Franceinfo a aussi été l’occasion de recruter des parcours plus diversifiés.
Avec 0,7 % de part d’audience en octobre, Franceinfo reste loin derrière BFM-TV, CNews et LCI…
Franceinfo connaît une progression d’audience remarquable, et nous restons leader sur le numérique. C’est le résultat du travail de Laurent Guimier, qui porte cette dynamique. La semaine des élections américaines, nous avons franchi le seuil historique de 1 % de part d’audience, soit en l’occurrence 7,2 millions de téléspectateurs différents en moyenne sur chaque journée. Notre positionnement dans le paysage comme chaîne d’info de confiance, qui ne participe pas à l’hystérisation du débat, me paraît de plus en plus nécessaire. Si les téléspectateurs se tournent vers Franceinfo, lorsqu’ils recherchent du recul sur l’actualité et une information fiable, on aura fait notre boulot.
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EnquêteLa criminalité sur Internet est passée de la petite délinquance au crime organisé. L’agilité et la rapidité d’action de ces organisations complexifient la traque et l’enquête. Mais la riposte aussi s’est mise en place.
Nom de code : opération DisrupTor. Objet : démanteler un réseau de trafiquants du dark Web, cet Internet de l’ombre, et mettre fin à leur commerce illicite. Au passage, saisir quelque 500 kg de drogues diverses (oxycodone, ecstasy, héroïne…), 63 armes à feu et 6,5 millions de dollars (5,5 millions d’euros) en cash et en cryptomonnaies. Et arrêter 179 trafiquants majoritairement aux Etats-Unis et en Allemagne, ainsi que dans plusieurs pays européens.
Acteurs : le Department of Justice des Etats-Unis, l’agence européenne de police criminelle Europol et des membres du JCODE (Joint Criminal Opioid Darknet Enforcement), qui regroupe différentes agences états-uniennes dont le FBI. Il ne s’agit pas d’un scénario de film, mais d’une opération menée en septembre.
Mi-octobre, c’était au tour de Microsoft, en collaboration avec des sociétés de cybersécurité et de cyberrenseignement, de mettre hors d’état de nuire la quasi-totalité (120 sur 128) des serveurs du « botnet » Trickbot, des ordinateurs piratés pour mener des attaques, notamment de rançongiciels, à l’insu de leurs propriétaires. Microsoft est parvenu à prendre le contrôle des machines et à intercepter le trafic, les empêchant ainsi de mener leurs actions malveillantes.
« Extorsions qui se chiffrent en millions d’euros »
Des opérations de ce genre se multiplient. Car la cybercriminalité a changé de visage. On est aujourd’hui bien loin du cliché du jeune pirate isolé dans sa chambre obscure devant ses écrans et se nourrissant de pizzas. « Au cours des dernières années, il y a eu une réelle transformation de la petite criminalité, qui fait du hameçonnage ou du rançongiciel auprès des particuliers pour quelques centaines d’euros, vers une vraie criminalité organisée, constate Gérôme Billois, associé en cybersécurité du cabinet Wavestone. Celle-ci procède avec une logique criminelle et vise de grandes entreprises pour des extorsions qui se chiffrent en millions d’euros. »
Celui-ci a géré un nombre d’attaques menées contre ses clients, de grandes entreprises, en augmentation de 50 % par an sur les deux dernières années. De plus, la pandémie de Covid-19 et le recours massif au télétravail ont augmenté la surface d’attaque. De nombreuses campagnes ont proposé des masques ou du gel hydroalcoolique à prix réduit, récupérant ainsi identifiants et coordonnées bancaires, qui sont utilisés ultérieurement pour des attaques ciblées. La fréquentation du site d’assistance et de prévention en sécurité numérique cybermalveillance.gouv.fr a été multipliée par cinq depuis le début de l’épidémie, signe que particuliers, collectivités et entreprises ont été également et massivement ciblés.
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Ils sont plus de 110 à alerter, plus de 110 maires à signer une lettre adressée au chef de l’Etat pour défendre « l’égalité républicaine de nos quartiers prioritaires ». Le constat est cinglant : « En dépit des alertes, les villes et quartiers populaires restent un angle mort du plan de relance : aucune mesure ambitieuse n’a été prise pour répondre à la détresse sociale et économique qui frappe nos communes », aggravées par la crise sanitaire.
La requête est directe : pour « renforcer la République » et instaurer « un nouveau pacte de confiance », ces édiles, qui vont du Parti communiste (PC) à la droite en passant par le Parti socialiste (PS) et Les Centristes, demandent à ce que 1 % du plan de relance, soit un milliard d’euros, soient attribués aux « territoires en décrochage » pour répondre à l’urgence sanitaire, économique et sociale, dont 620 millions d’euros dans les semaines qui viennent, dans le cadre du vote à l’Assemblée nationale du projet de loi de finance rectificative.
La date est symbolique : il y a trois ans, le 14 novembre 2017, Emmanuel Macron prononçait son discours de Tourcoing (Nord) appelant à une « mobilisation nationale pour les villes et les quartiers » et priant l’ancien ministre de la ville de Jacques Chirac, Jean-Louis Borloo, de « remettre les gants ». Cette intervention avait fait taire la gronde des maires et des associations de banlieues, baptisée « L’appel de Grigny » et survenue à la suite du gel des emplois aidés, des coupes budgétaires et de la baisse des APL.
Conseil national des solutions
Six mois plus tard, le 22 mai 2018, le « plan Borloo » et son auteur se faisaient cependant balayer par le président de la République. « En giflant publiquement Borloo, c’est nous tous, qui avions travaillé à l’élaboration de ce rapport, qu’il a blackboulés, et ce sont les quartiers qu’il a lâchés, estime Frédéric Leturque, maire (Les Centristes) d’Arras (Pas-de-Calais), signataire de la lettre. Mais nous ne sommes pas dans la revanche, nous avons perdu du temps, mais nous avons des solutions. »
Au menu, la création d’un fonds d’urgence pour les associations, la mise en place de comités locaux de solidarité, d’un fonds de soutien à la création de maisons médicales et de centres de santé, et la mise à disposition d’une enveloppe de 120 millions d’euros pour mobiliser les acteurs de l’emploi. Proposition-phare : la création d’un conseil national des solutions. Composé de bénévoles (élus, associatifs, entrepreneurs…), il serait chargé de piloter et de suivre la mise en œuvre des projets qui ont fait leur preuve sur le terrain.
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Lancée à la mi-juin dans un contexte de crise sanitaire, la négociation entre partenaires sociaux sur la santé au travail entre dans une phase décisive. Pour la première fois depuis le début du processus, les syndicats et le patronat ont échangé, vendredi 13 novembre, sur un projet d’« accord national interprofessionnel » (ANI) qui avait été élaboré en amont, comme c’est l’usage, par les organisations d’employeurs. Celui-ci ne convient pas, en l’état, aux confédérations de salariés mais l’ensemble des protagonistes pensent qu’un terrain d’entente peut encore être trouvé.
Dans la liturgie des négociations interprofessionnelles, les documents – comme celui qui a été soumis à la discussion, vendredi – portent un nom intrigant : « texte martyr ». Les partenaires sociaux désignent par là un premier jet, qui est ensuite raturé, réécrit, annoté, trituré dans tous les sens, à mesure que les tractations progressent. Le projet d’ANI sur la santé au travail, que Le Monde a pu consulter, balaie en une vingtaine de pages plusieurs thèmes cruciaux : prévention des risques, gouvernance et financement du système, coordination avec la médecine de ville, etc.
Sur la forme, les syndicats ont regretté que le texte leur soit envoyé trop tardivement – jeudi vers 21 heures – pour qu’ils aient le temps d’approfondir leur analyse. « Et comme on le sait, le diable se cache dans les détails », rappelle Catherine Pinchaut (CFDT). Sur le fond, le ton semble un peu plus optimiste que lors des précédents rendez-vous quant à la perspective de parvenir à un compromis, même si tout est loin d’être réglé. « La rencontre fut plutôt positive, le fruit commence à mûrir », vante-t-on au Medef. « Le climat m’a paru constructif, renchérit Eric Chevée, vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Nous n’avons pas senti que des portes se fermaient. »
« Rien qui bouge »
« Des éléments que l’on demandait ont été intégrés », indique Mme Pinchaut : elle mentionne, entre autres, la prévention de la « désinsertion professionnelle », c’est-à-dire les actions permettant de maintenir dans son emploi un salarié dont la santé a été altérée. « Il y a encore du boulot mais l’ensemble des parties expriment la volonté de progresser sur le dossier », souligne Serge Legagnoa (FO).
Subsistent toutefois des points durs pour les syndicats. Parmi eux, pointe M. Legagnoa, il y a « le fait que les employeurs cherchent à s’extraire de leurs responsabilités », en faisant valoir qu’ils adhèrent à un service de santé au travail inter-entreprises. « Le code du travail est pourtant clair : ils sont responsables de la santé au travail de leurs salariés, poursuit-il. Ce n’est pas possible d’acter une telle chose. » Autre pierre d’achoppement : celui de la gouvernance du système, aujourd’hui à la main du patronat alors que les syndicats souhaiteraient qu’elle soit véritablement paritaire. « Sur ce point, il n’y a rien qui bouge », déplore Mme Pinchaut. Le projet d’accord ne parle pas assez « de l’expression des salariés et de leurs représentants », enchaîne Jérôme Vivenza (CGT). Comme si le patronat voulait montrer que « l’organisation du travail demeure la chasse gardée de l’employeur ».
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