« Dès qu’il y a une annonce, 1 000 personnes postulent » : dans le secteur du marketing, le cauchemar des jeunes diplômés

Marie-Valentine, jeune diplômée de l’Essec, devait signer en juillet un CDI à la direction marketing d’un grand groupe hôtelier, où elle avait été en apprentissage pendant les deux années de son master. « Quinze jours avant le début du contrat, ils ont annulé mon recrutement, à cause du Covid-19. Il y a eu un plan de licenciement dans l’entreprise qui a préféré me dédommager financièrement plutôt que de m’embaucher. » Pour Marie-Valentine, comme pour nombre de jeunes diplômés en marketing, la quête d’un premier emploi est devenue un cauchemar.

Frappé de plein fouet par la pandémie de Covid-19, le secteur du marketing connaît une perte nette d’emploi depuis le début de la crise. « Face à la contraction de la demande, l’un des premiers réflexes des entreprises a été de couper les budgets dans le marketing et la communication », observe Maurice N’Diaye, coprésident de l’Association nationale des professionnels du marketing (Adetem). Les embauches dans le marketing ne sont donc plus la priorité des recruteurs, a fortiori pour les jeunes diplômés. Les derniers chiffres de l’Agence pour l’emploi des cadres (APEC) sont clairs : entre janvier et septembre 2020, les offres d’emploi dans le marketing ouvertes aux cadres ayant moins d’un an d’expérience ont chuté de 55 % par rapport à la même période en 2019. Une dégringolade brutale pour ce secteur qui figure dans le top 4 des débouchés pour les étudiants des écoles de commerce : 16 % des diplômés 2019 travaillent dans ce domaine, selon la dernière enquête annuelle de la Conférence des grandes écoles qui date de juin.

« Face à la contraction de la demande, l’un des premiers réflexes des entreprises a été de couper les budgets dans le marketing et la communication », Maurice N’Diaye, coprésident de l’Adetem

De la diminution des offres découle l’augmentation de la concurrence entre les candidats. « Dès qu’il y a une annonce, elle reste deux jours en ligne et il y a 1 000 personnes qui postulent », se désole Charlotte, 24 ans titulaire du master 2 en communication et marketing de l’université Paris-Dauphine, qui cherche un emploi dans le retail marketing (commerce de détail), l’une des activités les plus touchées.

La compétition se vit aussi entre les diplômés des grandes écoles de commerce et ceux d’autres formations en marketing, parfois au détriment des premiers. Marie-Valentine s’inquiète que son diplôme de l’Essec ne la pénalise : « A cause du Covid-19 et des coupes budgétaires, les entreprises semblent un peu frileuses vis-à-vis des diplômés des toutes meilleures écoles. Elles craignent que mes prétentions salariales soient inabordables ou que je les laisse sur le carreau. On m’a dit à deux reprises que je trouverai mieux ailleurs. »

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Personnes vulnérables : un nouveau décret déclenche l’ire des associations

Le gouvernement a beau avoir remanié sa copie, elle suscite encore beaucoup d’insatisfaction. Dans le Journal officiel du mercredi 11 novembre a été publié un décret qui modifie les modalités de prise en charge des personnes les plus vulnérables « face au risque de forme grave d’infection au SARS-CoV-2 ». Le texte en question fait suite à un autre décret, en date du 29 août, que le Conseil d’Etat avait suspendu en référé, dans le cadre d’une action de plusieurs requérants qui le jugeaient trop restrictifs. Ces critiques restent entières, puisque la nouvelle mouture qui vient d’entrer en vigueur met en colère plusieurs associations évoluant dans le champ de la santé.

Le décret paru mercredi fixe une nouvelle liste de critères permettant de définir les personnes qui peuvent bénéficier du chômage partiel, au motif qu’elles sont susceptibles de développer une forme sévère du Covid-19. Pour cela, elles doivent remplir plusieurs conditions. Il faut tout d’abord qu’elles se trouvent dans une des situations de fragilité potentielle, dont la liste est détaillée dans le texte : avoir au moins 65 ans, être au troisième trimestre de grossesse, « présenter une obésité », être atteint d’un « cancer évolutif sous traitement », « avoir des antécédents cardiovasculaires », etc. Les cas de figure retenus correspondent – à quelques nuances près – aux dispositions qui prévalaient avant le décret du 29 août – décret que le Conseil d’Etat a donc suspendu, le 15 octobre, dans une ordonnance de référé.

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Un second critère est requis : la personne doit se trouver dans l’impossibilité d’exercer son métier chez elle. Troisième paramètre : il faut que ses conditions de travail accroissent le risque de contracter la maladie. Elle est alors en mesure de demander à son patron d’être placée au chômage partiel, en lui présentant un certificat médical.

En revanche, elle n’a pas le droit de bénéficier de ce système si des « mesures de protection renforcées » ont été mises en place. Le décret énumère celles-ci de façon très précise : « isolement » ou « aménagement » du poste de travail « pour limiter au maximum le risque d’exposition », « adaptation des horaires » afin d’éviter les transports en commun au moment où il y a affluence, respect de « gestes barrières renforcés », etc.

« Manœuvre inique »

La procédure prévue implique donc que le salarié fasse état de « mesures de protection » insuffisantes sur le lieu de travail – ce qui n’est pas forcément l’avis de ses chefs. En cas de désaccord entre les deux parties, la personne a la faculté de se tourner vers le médecin du travail, qui se prononce sur la situation.

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« Le télétravail creuse les inégalités entre les travailleurs, entre les sexes, entre les pays »

C’est reparti. En Europe, à mesure que les pays réintroduisent des restrictions pour lutter contre la pandémie, des millions de salariés reprennent le chemin de la maison. Pour beaucoup, le télétravail va redevenir la norme pendant de longues semaines encore. Il est bien sûr trop tôt pour dire jusqu’à quel point, et à quel degré, celui-ci se prolongera lorsque le Covid-19 sera sous contrôle. Mais le plus probable est qu’il se stabilisera à un niveau plus élevé que celui d’avant-crise. Avec ses avantages : plus de flexibilité pour les salariés, lorsqu’il est bien organisé par l’entreprise. Et ses inconvénients : il est susceptible de creuser un certain nombre d’inégalités, à court comme à moyen terme.

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Plus les restrictions se prolongeront, plus ceux pour qui le télétravail est impossible (en particulier dans le commerce, l’hôtellerie-restauration, le tourisme) risquent de perdre leur emploi, de voir leurs revenus diminuer ou de se retrouver au chômage technique.

Difficultés dans les pays émergents

Dans une publication sur le sujet, des économistes du Fonds monétaire international (FMI) estiment que près de 100 millions de travailleurs au sein de 35 pays développés et émergents, soit 15 % de la population active concernée, sont dans une telle situation. Ils sont plutôt « jeunes, peu diplômés, en contrats précaires, dans des petites entreprises et en bas de l’échelle des revenus », égrènent les trois autrices, Mariya Brussevich, Era Dabla-Norris, et Salma Khalid. Ce qui laisse craindre « que la pandémie exacerbe les inégalités ». Entre les générations, entre les sexes, entre les riches et les pauvres.

Mais aussi, entre les pays. Selon les spécialisations productives, le degré de numérisation, la nature des emplois et l’échelle des revenus, le télétravail se déploie de façon très différente d’une économie à l’autre. D’après les estimations, 40 % des emplois peuvent ainsi être « télétravaillés » dans les pays développés, avec un écart allant, au sein de la zone euro, de 24 % en Italie à 42 % en Allemagne.

Même dans le commerce, la possibilité de travailler depuis le foyer est bien plus forte dans les pays riches

Dans les pays émergents, où plus de la moitié des ménages n’ont même pas d’ordinateur chez eux, jusqu’à 20 % de la population urbaine peut télétravailler, mais le niveau est quasi nul dans les campagnes. Ce n’est pas tout : même dans les secteurs à forte présence physique, comme le commerce, la possibilité de travailler depuis le foyer est bien plus forte dans les pays riches, où le numérique et la vente à distance sont plus implantés.

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Se défaire de la tyrannie des camemberts

« Les entreprises vont mourir de leur obsession du chiffre » : noyées par les logiciels, PowerPoint, ratios ou… camemberts, elles semblent obsédées par leur rentabilité à court terme, sans se soucier d’un futur incertain.

Jeff Bezos prône depuis longtemps auprès de ses collaborateurs d’Amazon la suppression des PowerPoint, surchargés de tableaux et de camemberts, pour les remplacer par des notes de quelques pages. Dans quel but ? Mieux hiérarchiser les informations et faire simple. « Les entreprises vont mourir de leur obsession du chiffre » : noyées par les data, logiciels, PowerPoint, ratios ou… camemberts, elles semblent obsédées par leur rentabilité à court terme, sans se soucier d’un futur incertain.

C’est le constat tranché de Clément Berardi, Julien Eymeri et Francis Rousseau dans On ne dirige pas une boîte avec des camemberts ! Manifeste pour l’entreprise du futur. Fondateurs du cabinet de conseil Quartier libre, ils ont accompagné des dizaines d’entreprises dans leurs transformations stratégiques, et affirment leur perte globale de sens et d’identité.

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Pour ouvrir le débat, cet « anti-manuel de management » passe par une critique acerbe du modèle économique libéral. Alors que la crise de 2008 avait laissé entrevoir un « plus jamais ça », les entreprises ont poursuivi leur « rêve prométhéen de la croissance sans limite » sans s’inquiéter des dérives que connaît le monde.

Les dangers de l’accélération

Les deux premières parties développent ce que les auteurs nomment un « déni de responsabilité » des entreprises. A grand renfort de citations d’économistes et de sociologues, ils fustigent avec précision un cycle qui s’est ouvert dans les années 1980 et porte en son sein l’hyperfinanciarisation et la mondialisation.

Un mot revient en permanence dans cette première partie : l’accélération. Des innovations technologiques, de la productivité, de la rentabilité, de la spéculation… Le tout loin du monde réel. Du côté des dirigeants, ce désir d’optimisation est incarné par la multiplication des chiffres et des évaluations (des performances comme des employés). « La technocratie a pris le pouvoir », résument les essayistes. La frénésie d’algorithmes et de mesures mène à la démesure.

Cette démesure s’appuie sur des illusions qui font oublier la gravité de la situation. Avec sarcasme, les auteurs dénoncent dans la seconde partie la vacuité du management dominant. Sous couvert de sens et de « coolitude », ces mirages stratégiques cachent à chaque fois une volonté de profit.

A la recherche d’une valeur pour tous

Par exemple, l’économie collaborative, pleine de bonnes intentions, a été retournée contre son but premier et fait naître l’ubérisation : Airbnb et Blablacar sont devenus des géants. Autre mirage, celui du bonheur : en prônant l’humain et le dépassement de soi, les manageurs cherchent à motiver leurs troupes et à attirer des jeunes diplômés en quête de valeurs. Mais « la revendication du bonheur cache trop souvent le manque de sens de l’entreprise », car l’injonction au bonheur est devenue un nouvel outil des chefs pour mieux museler leurs salariés, nous disent les auteurs.

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Covid-19 : « Le gouvernement ne met pas tout en œuvre pour rendre effective la protection des travailleurs vulnérables »

Tribune. Dans son adresse aux Français du 28 octobre, Emmanuel Macron fixait les objectifs de son action en ces termes : « D’abord, c’est le premier, protéger les plus âgés, les plus fragiles, celles et ceux qui sont atteints de diabète, d’obésité, d’hypertension, de maladies chroniques et qui sont les premières victimes du Covid-19. »

Comme l’a rappelé le président de la République, « 85 % des malades décédés ont plus de 70 ans ». Mais plus d’un tiers des personnes en réanimation ont moins de 65 ans et, parmi elles, la plupart sont atteintes de maladies chroniques [hypertension artérielle, diabète, etc.] ou d’obésité, indiquait Santé publique France le 22 octobre.

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L’hypertension et l’hypercholestérolémie sont les facteurs de risque les plus fréquents des patients entrant en réanimation et sont associées, surtout pour l’hypertension, à un risque accru de décès. Plusieurs pathologies sont également associées à des formes plus sévères de la maladie et des risques de décès plus élevés : maladies respiratoires chroniques, maladies cardio-vasculaires, diabètes, cancers, maladies rénales chroniques, maladies du foie, troubles de l’immunité, transplantations d’organes.

L’obésité, en particulier l’obésité sévère (lorsque l’indice de masse corporelle est supérieur ou égal à 35), est également un facteur de risque important et qui semble jouer, indépendamment des maladies chroniques qui y sont associées.

Très peu de recours

Dans une étude publiée le 26 juin [issue d’un travail collaboratif entre l’Observatoire français des conjonctures économiques et le Collège des économistes de la santé], nous estimions à 12,6 millions le nombre de personnes à risque de forme de grave de Covid-19 du fait de leur pathologie, hors critère d’âge [soit un peu moins de 20 % de la population française]. Alors que la protection de ces publics a été fixée comme priorité du président de la République, l’appel à poursuivre l’activité « avec plus d’intensité » qu’au printemps interroge.

Toujours selon nos calculs, 4,8 millions de personnes vulnérables occupaient alors un emploi et, parmi elles, 3,5 millions se trouvaient en incapacité de télétravailler. C’est le cas, par exemple, des personnels de l’enseignement primaire et secondaire, de certains agents de la fonction publique, de travailleurs du secteur de la construction ou de l’industrie mais aussi de certains salariés des commerces qualifiés d’« essentiels », en contact direct avec le public.

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« On ne veut pas d’applaudissements, on veut que les gens respectent les consignes » : la grande fatigue des soignants face à la deuxième vague du Covid-19

Dans une unité de soins intensifs, à l’hôpital de Colombes (Hauts-de-Seine), le 9 novembre.

Retourner à l’hôpital ou protéger les siens ? Virginie Vautrin-Chambon est tiraillée. Infirmière de bloc opératoire à la polyclinique privée Lyon-Nord, de Rillieux-la-Pape, dans la banlieue nord-ouest de Lyon, la quadragénaire travaille actuellement deux jours par semaine, en chômage partiel le reste du temps. D’un côté, la volonté de repartir au combat. De l’autre, le découragement, la conscience de ses limites. Et la peur. « Lors du premier confinement, j’étais volontaire dans un grand hôpital public de Lyon, j’ai vécu des scènes trop dures, un stress quotidien, raconte-t-elle. Le soir, je rentrais avec la boule au ventre, en me demandant si j’allais transmettre le virus à mon mari à la santé fragile et à mes enfants. »

Avant même les chiffres des hospitalisations, qui s’emballent – avec 31 918 patients pris en charge au 11 novembre, le pic de la mi-avril (32 131) est pratiquement atteint –, cette deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 qui submerge les soignants, c’est d’abord une vague d’abattement. A l’élan collectif « extraordinaire » du printemps, qui avait présidé à une crise qui ne l’était pas moins, a succédé une tout autre atmosphère, dominée par l’amertume et le fatalisme. Peu importe la région ou l’établissement.

Entre les deux vagues, l’été n’a pas suffi à recharger les batteries. « On a été touchés émotionnellement au printemps. Il n’y a pas eu de soupape d’évacuation. Cela a été dur de lâcher prise pendant les vacances et on repart dans cette galère… », lâche Marc Paulin, infirmier en soins intensifs dans le service pneumologie du CHU de Besançon, qui affiche déjà plus de 100 % d’occupation en réanimation, avec 49 patients hospitalisés au 9 novembre.

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Forme de déni

D’autant qu’en juillet-août, malgré le reflux épidémique, il a fallu rattraper le retard de prise en charge des patients dont les opérations avaient été déprogrammées. « C’était plus une récréation que des vacances, on savait qu’à notre retour ce ne serait pas joyeux… On s’attendait à ce que l’épidémie reprenne, mais peut-être pas aussi rapidement », renchérit Sophie, 49 ans, infirmière au CHU de Nantes, sous couvert d’anonymat. Début novembre, le nombre de patients infectés par le SARS-CoV-2 hospitalisés dans l’établissement nantais est déjà supérieur au pic atteint début avril.

Chez une partie des soignants, il y a même eu une forme de déni jusqu’à la mi-octobre. « Quand la vague a commencé à arriver, on a eu un temps de réaction très lent, reconnaît une cadre supérieure d’un grand hôpital parisien de l’AP-HP. On n’avait pas l’impression qu’on allait devoir déprogrammer et réorganiser à ce point-là. » ll a pourtant fallu repartir, de nouveau changer de locaux, d’étage, et faire cette fois avec moins de renforts.

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La technologie viendra-t-elle au secours des télétravailleurs ?

Avec la pandémie de Covid-19 et les confinements instaurés dans de nombreux pays, le télétravail s’est imposé dans le quotidien de nombreux travailleurs. Un déplacement massif rendu possible grâce à différents outils technologiques. Ceux-ci ont néanmoins des limites : les visioconférences fatiguent, les notifications à outrance déconcentrent et ces outils peinent à répondre à toutes les problématiques liées au télétravail, comme l’isolement social. Qu’y peuvent les entreprises du numérique ? Quelles sont les innovations envisagées pour améliorer le quotidien des travailleurs à domicile ?

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  • Les affres de la visioconférence

La visioconférence concentre beaucoup de critiques, dont celles de Dominique Soler, président du cabinet d’ergonomie Human Design Group (HDG) :

« En visio, l’image et le son sont décalés, cela induit une surcharge cognitive. Cela donne aussi le sentiment que l’interlocuteur n’est pas concerné. On perd des informations corporelles clés, comme la gestuelle des mains. On a beaucoup de mal à déchiffrer ce que l’on nous dit. »

Delphine Donne-Crock, directrice de la division créativité et productivité chez Logitech, le fabricant de souris, claviers et webcams, dresse un constat pessimiste sur les réunions mêlant présentiel et distanciel : « Les personnes assises dans la salle de réunion sont avantagées par rapport aux télétravailleurs. » Dominique Soler ajoute que « les gens ont du mal à prendre la parole. Si l’on n’a pas un excellent chef d’orchestre pour donner et relancer la parole, certains ne participent plus ».

Si aucune solution miracle ne semble se dégager pour résoudre tous ces problèmes, quelques pistes sont avancées. Alex Cho, chef de la division PC de Hewlett-Packard, explique que son entreprise travaille sur la vision et l’ouïe :

« Nos études montrent qu’avec la pandémie les consommateurs veulent mieux entendre, mieux voir en visioconférence, qu’elle soit professionnelle ou familiale, mais aussi lorsqu’ils regardent des films et écoutent de la musique. Nous travaillons à des haut-parleurs multiples, à des groupes de micros qui gomment les bruits parasites par intelligence artificielle, à des capteurs d’image plus performants pour les webcams. »

Logitech réfléchit, quant à lui, à « des boutons de raccourci » qui nous aideraient à mieux participer, rapporte Delphine Donne-Crock – sans donner plus de précision pour des raisons de confidentialité. On imagine, par exemple, un bouton coupant le micro directement depuis le clavier.

D’autres idées plus surprenantes – voire inquiétantes – sont avancées. Concernant la fatigue liée aux visioconférences qui s’enchaînent, Andrew Bowell, qui pilote les investissements du groupe Hewlett-Packard dans les start-up (HP Tech Ventures), imagine ainsi un outil qui nous alerterait « quand notre attention dérive » – sans préciser s’il s’agit d’un projet en développement ou d’une simple idée en l’air.

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  • L’explosion des notifications

Beaucoup se plaignent d’une explosion des notifications, « les manageurs en particulier », souligne Dominique Soler. Celles-ci peuvent parfois se compter en centaines pour une seule journée.

Des innovations sont-elles en cours du côté d’Android, le système d’exploitation mobile le plus utilisé au monde ? Interrogé à ce sujet, un porte-parole de Google – qui développe Android – se contente de renvoyer vers le mode d’emploi du logiciel, qui explique les différents réglages de notifications déjà possibles.

Les chercheurs n’ont-ils vraiment rien à nous offrir de neuf ? Dominique Soler n’est pas optimiste : « Je ne sais combien de start-up travaillent là-dessus depuis des années. » Les machines peinent encore à prendre des décisions si complexes sans faire d’erreur.

  • La maison, lieu de toutes les nuisances

Travailler à la maison signifie partager l’espace, avec les nuisances que cela implique, et parfois déplacer son poste de travail d’une pièce à l’autre. Ce qui appelle des évolutions ergonomiques auxquelles Hewlett-Packard dit travailler. Alex Cho raconte :

« Vous devriez voir ce qu’il y a dans nos labos ! On ressort d’anciens prototypes écartés parce qu’ils ne faisaient pas sens à l’époque, on reprend des concepts qui n’ont pas percé, on réfléchit à des choses nouvelles. »

Confidentialité oblige, Alex Cho ne fera aucune révélation, rappelant juste travailler « à toute sorte de technologies sans fil ». Mais, en l’écoutant, on entrevoit des ordinateurs portables beaucoup plus grands, qui permettent d’afficher plusieurs documents côte à côte et de taper plus confortablement. Alex Cho souligne aussi que les PC de bureau de type monobloc « tout en un » pourraient jouer un rôle dans l’amélioration de nos postes de travail à domicile : « Ils sont à la fois plus confortables que les PC portables et plus faciles à déplacer que les PC de bureau classiques. »

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  • Un lien social distendu

Autre écueil du télétravail : le sentiment d’isolement. Les réponses envisagées sont surprenantes. Harry Moseley, directeur de la technologie (CIO) de Zoom, logiciel de visioconférence, entrevoit une solution : réinventer les pauses-café et déjeuner grâce à la « visio ». Une intelligence artificielle serait chargée de programmer des rendez-vous entre des employés qui ne se connaissent pas, afin de « reproduire les rencontres qui se produisent spontanément dans un environnement de travail présentiel ».

Harry Moseley évoque une autre idée, encore moins consensuelle : laisser nos webcams connectées en permanence. « Ça ne pose plus problème, croit-il savoir. Les gens se sont habitués aux chats qui passent et aux enfants qui déboulent. La visio toujours allumée n’interdit pas de déconnecter de temps en temps pour aller faire un tennis, ou que sais-je. On se fait confiance. Le manageur ne gère plus des gens, mais des “rendus”. »

Pour rompre la solitude des télétravailleurs, les regards sont également tournés vers la réalité virtuelle (VR). L’espoir est qu’en enfilant un casque on ait l’impression de s’asseoir à côté de ses collègues. Mais selon Dominique Soler, la réalité n’est pas à la hauteur de cet espoir : « L’expressivité des avatars en 3D est encore très pauvre. Comment la rapprocher de celle des humains ? Comment réduire les coûts cognitifs induits par cet appauvrissement ? » Andrew Bowell concède :

« La VR en est encore à ses balbutiements. Mais nous travaillons à diverses améliorations. Nous équipons par exemple des casques de VR de capteurs qui transmettent des informations sur les traits du visage ou les mouvements des yeux, ce qui pourrait permettre de déterminer comment une personne se sent et de communiquer l’information à ses collègues. »

  • Le numérique ne peut pas tout

La plupart des problèmes causés par la massification du télétravail seront donc difficiles à corriger. « Les interfaces numériques n’arrivent pas à la cheville des interfaces humaines », souligne Dominique Soler, qui pense que les outils numériques que nous utilisons en télétravail érodent notre productivité. Ainsi estime-t-il que « refaire tout fonctionner avec les outils numériques qu’on connaît aujourd’hui, ou ceux qui arriveront dans un futur proche, c’est illusoire. D’autant que beaucoup de décideurs de grandes entreprises contraintes de recourir au télétravail pensent que la situation n’est pas durable et qu’ils font le dos rond. Le changement n’est pas leur priorité, ils ne font pas de gros investissements ».

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« Les institutions européennes et les décideurs politiques nationaux ne peuvent pas se permettre d’oublier la jeunesse une nouvelle fois »

Tribune. La crise financière mondiale de 2008 avait déjà laissé de profondes cicatrices en termes de pertes d’emploi et de chômage. En Europe en particulier, le chômage des jeunes a persisté. Aujourd’hui, le Covid-19 risque d’avoir le même effet pour les moins de 25 ans. Pourtant, ni les dirigeants français, italiens ou espagnols ni la présidente de la Commission européenne n’ont donné la priorité à ce problème dans leurs récents discours.

Il est temps que les dirigeants se concentrent sur le risque de perdre une génération. Des politiques audacieuses seront nécessaires. Pendant la crise financière mondiale, le taux de chômage des jeunes était passé d’environ 10 % à 19 % aux Etats-Unis, et de 16 % à 26 % dans l’Union européenne (UE). Il n’est revenu à son niveau de 2008 qu’en 2018 dans l’UE, beaucoup plus lentement qu’aux Etats-Unis. En Grèce, en Espagne et en Italie, il était en 2019 toujours plus élevé qu’avant 2008.

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Une nouvelle flambée du chômage des jeunes pourrait également mettre une décennie, voire plus, à se normaliser. Les premiers signes sont déjà visibles : le chômage des jeunes aux Etats-Unis était environ deux fois plus élevé en juillet 2020 qu’en juillet 2019. En Europe, il a moins augmenté, mais il est quand même passé de 15 % à plus de 16 % au cours des deux premiers trimestres de 2020, alors que le chômage des plus de 55 ans a diminué.

Ne pas oublier une nouvelle fois la jeunesse

Plus inquiétant encore, le pourcentage de jeunes qui ont renoncé à chercher un emploi a augmenté de cinq points. Certains pays comme l’Espagne et la Croatie sont plus durement touchés. Alors que l’Europe entre dans sa deuxième phase de confinement significatif, ces chiffres risquent de se détériorer rapidement.

Le chômage des jeunes cause des dommages sur le long terme. Les travailleurs qui ont été au chômage dans leur jeunesse ont tendance à gagner beaucoup moins au cours de leur vie et envisagent l’avenir avec moins d’optimisme. Ils ont également tendance à quitter le domicile parental et à fonder une famille plus tard. En moyenne, les Italiens ne quittent le domicile de leurs parents qu’à l’âge de 30 ans. Il n’est donc pas surprenant que le taux de fécondité des Italiens et des Espagnols soit parmi les plus bas d’Europe.

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Les institutions européennes et les décideurs politiques nationaux ne peuvent pas se permettre d’oublier la jeunesse une nouvelle fois. La première grande priorité est de s’assurer que la politique macroéconomique européenne soit appropriée. Une des explications de la lenteur de la reprise de l’emploi chez les jeunes après la crise financière a été la deuxième récession subie par l’Europe en 2011-2013.

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Télétravail : la négociation au point mort

Sitôt engagée, sitôt enlisée. La deuxième séance de négociation sur le télétravail, que les partenaires sociaux ont organisée mardi 10 novembre, a, une fois de plus, montré la profondeur des désaccords entre les protagonistes. « Jeu de dupes », « théâtre d’ombres », « grand n’importe quoi »… A l’issue d’une rencontre qui a duré cinq heures, plusieurs responsables syndicaux ont reproché au patronat de camper dans son refus de parvenir à un accord national interprofessionnel (ANI), s’imposant à l’ensemble des entreprises.

Un immobilisme que les organisations de salariés jugent regrettable à l’heure où le gouvernement souhaite que ce mode d’organisation soit utilisé au maximum par les employeurs depuis le deuxième confinement, instauré le 30 octobre. Pour les centrales syndicales, il y a urgence car le calendrier est serré : à ce stade, il ne reste plus que trois réunions, d’ici au 23 novembre, pour permettre au processus de déboucher, le cas échéant, sur un compromis.

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Le 3 novembre, lors de la première séance de négociation, le patronat avait proposé une sorte de sommaire pour un projet d’accord avec sept grands chapitres qui balayent toutes les problématiques liées au télétravail : mise en place, accompagnement des personnels et des managers, préservation de la relation de travail avec le salarié ou encore « circonstances exceptionnelles » comme celles de la pandémie, etc.

« Ne pas quitter le ring au premier round »

Le problème, c’est que les échanges tardent à décoller, d’après Catherine Pinchaut (CFDT). « Il ne va pas falloir qu’on nous mène en bateau trop longtemps », s’est-elle indignée. A l’en croire, les mouvements d’employeurs n’ont fait que répondre par la négative à ses demandes sur plusieurs points cruciaux – par exemple la définition des postes éligibles au télétravail. « Ça commence à bien faire, on tourne en rond », a-t-elle ajouté, en précisant qu’elle n’avait nullement l’intention de prolonger l’exercice « si on n’a pas de biscuit ». Il est nécessaire, selon elle, de poser « un cadre ». Elle en est d’autant plus convaincue que, à l’heure actuelle, des entreprises « ne jouent pas le jeu » et rechignent à recourir au télétravail, alors que les pouvoirs publics le réclament, pour contenir la propagation du Covid-19.

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Du côté de Force ouvrière, on se veut plus mesuré. Sa représentante, Béatrice Clicq, a cependant jugé que cette négociation était « un combat de boxe ». « On y va avec la volonté d’avancer et de ne pas quitter le ring au premier round », a-t-elle complété. Selon la dirigeante confédérale, il s’agit de ne pas « laisser la main à l’arbitre » – comprendre au gouvernement – et de ne pas « siffler la fin du match ». Elle a cependant reconnu que, « à chaud », le patronat opposait « beaucoup de non » aux propositions syndicales. « Il faut obtenir des avancées très rapidement », a-t-elle insisté, en prévenant : « Ce n’est pas parce qu’on négocie un texte qu’à la fin, on le signera. » Son but reste de conclure un accord qui soit normatif.

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Printemps annonce la fermeture de sept magasins du groupe

A l’entrée du magasin Printemps Haussmann, le 28 mai à Paris.

Le groupe Printemps s’impose un régime sec. Le distributeur qui détient l’enseigne de grands magasins Printemps et la chaîne Citadium a présenté « un plan de relance » à ses partenaires sociaux, mardi 10 novembre. Il consiste à fermer quatre de ses 19 magasins Printemps et trois de ses huit boutiques Citadium exploitées en France.

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D’ici à janvier 2022, le groupe détenu depuis 2013 par le fonds Disa, aux mains de personnalités du Qatar, va tirer le rideau de ses magasins Printemps du centre Italie 2 à Paris, du Havre, de Strasbourg et de Metz, ainsi que les adresses qu’exploite Citadium à Paris, sur l’avenue des Champs-Elysées et la place de la Nation, et à Toulon. Le plan porte également sur une réorganisation des services au sein du siège du Printemps.

Baisse chronique de fréquentation

Ces mesures sont destinées à « réduire les pertes opérationnelles du groupe », avance une porte-parole du Printemps, sans toutefois en chiffrer le montant. Elles déboucheront sur la suppression de 428 emplois au sein de l’entreprise, d’ici à juillet 2021 ; 70 % des suppressions d’emplois concernent des postes de collaborateurs employés en magasins et le reste relève d’une réorganisation de ses services au sein de la centrale d’achat. Le groupe s’engage d’ores et déjà à « éviter les licenciements » en favorisant des mesures de reclassement. En interne, les salariés s’inquiètent sur un plan qui porte sur « plus de 10 % des effectifs ».

Le groupe est dans le rouge depuis 2016, précise une porte-parole

Les difficultés du groupe, dont les ventes ont atteint 1,7 milliard d’euros l’an dernier, ne sont pas nouvelles. L’enseigne Printemps est confrontée à la mauvaise santé du marché de l’habillement en France et à la baisse chronique de la fréquentation des grands magasins. Bien que le groupe revendique 70 millions de visiteurs par an, les ventes sont « en recul de 17 % sur les cinq dernières années », précise-t-il.

La mise à l’arrêt du marché du tourisme en France, depuis le début de la pandémie de Covid-19, a exacerbé sa dépendance à la clientèle locale, notamment à Paris, où il exploite le grand magasin Printemps du boulevard Haussmann. Le groupe est dans le rouge depuis 2016, précise une porte-parole.

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Manifestement, après avoir financé des rénovations spectaculaires au sein de l’enseigne, ses actionnaires ont perdu patience. Fin février, Paolo de Cesare, président du groupe depuis 2013, avait été remercié. Il n’a été remplacé que huit mois plus tard, lors de la nomination de Jean-Marc Bellaïche. Cet ancien associé du cabinet de conseil Boston Consulting Group et directeur de la stratégie de la marque américaine Tiffany est entré en fonction le 1er octobre.