« La valeur perçue en marketing »: un outil de décision

Livre. Parmi les courants qui balaient l’histoire du marketing, une notion a su résister au fil du temps : la valeur perçue. Mise en lumière par certains travaux pionniers dans les années 1980, celle-ci est devenue une notion centrale de la recherche en marketing. Contrairement à d’autres concepts, l’intérêt du monde académique pour cette notion n’a pas faibli. Tour à tour, les chercheurs se sont interrogés sur ce qu’est la valeur perçue pour le client, sur la manière de la mesurer, sur ce qui peut contribuer à l’accroître ou encore sur ses impacts en matière de satisfaction, de fidélité ou de profitabilité.

La valeur perçue n’a pas cessé d’évoluer au gré des approches théoriques qui la mobilisent ou en fonction des contextes empiriques dans lesquels elle a été étudiée. Cette plasticité a également contribué à « l’émergence d’une littérature dense et complexe, débouchant sur de nombreuses confusions autour de cette notion », estiment Rémi Mencarelli et Arnaud Rivière dans leur essai sur La Valeur perçue en marketing.

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L’ouvrage, réalisé sous la direction des professeurs des universités en marketing à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) Savoie-Mont Blanc et à l’IAE de l’université de Tours, présente une vue d’ensemble des recherches et met en avant les dernières avancées scientifiques sur le concept.

La quête de sens

Sur le plan managérial, la valeur perçue est reconnue comme un outil de décision puissant pour les praticiens quel que soit le secteur ou le type d’organisation analysé : dans la presse, les musées, les organisations sportives, le secteur agroalimentaire ou encore celui du tourisme. Lydie Bonnefoy-Claudet a, par exemple, étudié le cas des stations d’hiver, confrontées à des défis majeurs liés aux effets du changement climatique : les consommateurs cherchant à s’inscrire dans d’autres formes de tourisme.

La maîtresse de conférences à l’IAE Savoie-Mont Blanc a ainsi analysé ce qui fait la valeur perçue d’un séjour en station de ski pour en créer une mesure et mettre au jour plusieurs stratégies de positionnement susceptibles de redynamiser l’activité des stations de sport d’hiver.

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L’ouvrage souhaite enfin stimuler les recherches futures sur ce sujet. En l’espace de vingt ans, l’accélération de la transformation numérique, l’impératif de transition écologique et la quête grandissante de sens de nombreux citoyens consommateurs ont remis en cause les modèles traditionnels de création de valeur, qui demeurent à la fois très actuels sur de nombreux marchés mais inopérants sur d’autres, dans la mesure où les règles du jeu ont changé.

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Les éboueurs de Paris en grève « reconductible et indéterminée » pour l’amélioration de leurs conditions de travail

Amoncellement de dépliants de la Mairie de Paris jetés par les éboueurs et les égoutiers grévistes au bas de l’immeuble de la direction de la propreté et de l'eau, avenue de France, dans le 13e arrondissement, mardi 17 novembre.

Ils ont envahi le toit de la direction de la propreté et de l’eau (DPE) de la Ville de Paris en fin de matinée, lançant de là-haut, sur l’avenue de France, une pluie de dépliants municipaux consacrés à la gestion des déchets : les éboueurs et les égoutiers de Paris sont entrés mardi 17 novembre en grève « reconductible et indéterminée » à l’appel du syndicat CGT-FTDNEEA (Filière traitement des déchets, nettoiement, eau, égouts, assainissement), après un préavis déposé le 5 novembre.

Ce mouvement affecte, selon la Ville, « le ramassage des poubelles à environ 50 % ». La collecte des déchets est publique dans dix des vingt arrondissements de la capitale.

Des dizaines d’autres grévistes, restés en bas, ont brûlé quelques poubelles en fin de matinée, occasionnant une épaisse fumée noire. Au centre de leurs griefs, la loi de transformation de la fonction publique. « On va perdre huit jours de congés et onze RTT, notre droit de grève sera soumis à déclaration préalable comme à la RATP, et le système d’attribution des primes nous paraît beaucoup plus arbitraire », ont dénoncé des éboueurs auprès du Monde, rappelant aussi que le point d’indice qui sert à calculer leur rémunération est « gelé, surgelé, congelé même ! ».

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Ces derniers sont également amers face au peu d’aménagements des conditions de travail mis en place pour ce second confinement, et surtout à propos de la disparition de la prime de 35 euros par jour à laquelle ils avaient eu droit. « Ce confinement-là n’a rien à voir. Ils sont loin les héros, maintenant on vaut plus rien », confiait un éboueur.

Des grévistes occupent le toit de la direction de la propreté et de l'eau de la Ville de Paris, pendant que d'autres, en bas, brûlent des poubelles, avenue de France, le 17 novembre 2020.

Dans sa longue liste de revendications détaillées lors d’une prise de parole, Régis Vieceli, secrétaire général de la CGT-FTDNEEA, a également réclamé la « remunicipalisation des missions confiées à des entreprises privées ». Lui et d’autres grévistes occupaient toujours le toit de la DPE mardi à 21 h 30 et ont annoncé au Monde leur intention d’y passer la nuit.

La sécurité des agents en jeu

« Vingt pour-cent des agents de la propreté et des égoutiers sont aujourd’hui grévistes », a annoncé Colombe Brossel, la maire adjointe chargée de la propreté de l’espace public. Les services de collecte des déchets « ont pu assurer 50 % des sorties dans les arrondissements » a-t-elle assuré. Dans les arrondissements où le ramassage n’a pas été effectué, la municipalité assure solliciter « des équipes pour rattraper du mieux que possible (…) ce qu’il reste ».

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Benjamin Raigneau, à la tête de la direction de la propreté et de l’eau de la Ville, a assuré « multiplier les espaces de dialogue » avec les organisations syndicales, afin d’aborder notamment « les éléments de prévention dans le contexte de la crise du Covid-19 ou des éléments plus structurants dans le service public de la propreté ».

M. Raigneau a rappelé que les discussions ne pourraient avoir lieu « dans un contexte où la sécurité de nos agents n’est pas garantie », regrettant l’introduction de manifestants avec « des éléments inflammables » sur le toit d’un bâtiment municipal. Le représentant de la CGT-FTDNEEA a précisé que ces bonbonnes de gaz n’avaient pour but que de leur permettre de se faire à dîner.

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Notre sélection d’articles sur le coronavirus

Le Monde

L’absentéisme baisse, mais les troubles psychosociaux augmentent

« Le nombre de salariés arrêtés pour maladie grave ou maladie chronique a été divisé par deux, passant de 20 % début 2020 à 11 % depuis le déconfinement. Une partie de ces salariés a sans doute continué à travailler par peur de se retrouver au chômage, ou parce que le télétravail les incite à poursuivre leur activité. »

Alors que la France connaît depuis plusieurs mois une situation sanitaire préoccupante due au coronavirus, le baromètre de l’absentéisme annuel de Malakoff Humanis publié lundi 16 novembre, dresse un constat surprenant : loin d’avoir explosé, le nombre de salariés qui se sont vu prescrire un arrêt de travail au cours des douze derniers mois a diminué (36 %, contre 44 % en 2019). Compilant différentes enquêtes menées par l’Ifop pour le compte de Malakoff Humanis, ce baromètre exclut les arrêts de travail dérogatoires pour garde d’enfant et pour les personnes à risque.

Contre toute attente, le nombre de salariés absents en raison du Covid-19, qu’ils aient été eux-mêmes malades ou se sont retrouvés « cas contact » se révèle finalement peu élevé. Si ces personnes représentaient un quart (26 %) des arrêts de travail en avril, au plus fort de la crise, ce taux chute à 6 % sur l’ensemble de l’année.

Selon l’étude, la baisse globale du nombre de salariés arrêtés s’explique d’abord par le recours massif au télétravail et au chômage partiel. Les personnes restant chez elles, les risques d’attraper une infection ou d’avoir un accident s’amenuisent.

En pleine pandémie, les patients potentiels ont également hésité à solliciter leur médecin. Dans un contexte de crise, la peur de l’avenir peut aussi inciter les salariés à continuer à travailler, même malades. « Il y a une anxiété liée au contexte sanitaire et économique, constate Anne-Sophie Gaudon, directrice de l’innovation chez Malakoff Humanis. Les salariés ont peur de perdre leur emploi ».

Hausse des motifs psychologiques

Ce climat anxiogène n’est pas sans conséquences sur la santé mentale. Le nombre de salariés arrêtés en raison de troubles psychologiques ne cesse de croître depuis le début de la crise, alerte le baromètre. Les arrêts maladie pour dépression, anxiété ou burn-out sont passés de 9 % début 2020 à 14 % pendant le confinement, puis à 18 % depuis le déconfinement. La dernière enquête sur laquelle s’appuie le baromètre a été menée du 24 août au 24 septembre par l’Ifop sur un échantillon de 2 008 salariés et 405 dirigeants ou DRH d’entreprises du secteur privé.

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« Les salariés en télétravail peuvent souffrir d’isolement et avoir du mal à concilier leur vie personnelle et professionnelle, ajoute Anne-Sophie Gaudon comme autre explication à ce phénomène. Certains, notamment ceux qui sont restés sur site, ont vu leur charge de travail augmenter. S’ajoute la peur du risque infectieux ».

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Le climat social se dégrade

Une espèce de « drôle de guerre », c’est en ces termes que le vice-président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) Benoît Serre, qualifie le climat au sein des entreprises avant le reconfinement. « Jusqu’en septembre, il ne se passait pas grand-chose. Le nombre de projets de plans sociaux n’était pas tellement supérieur à celui de 2019, et en septembre-octobre, on a vu exploser les intentions de recourir aux plans de sociaux ». Dans un contexte où les entreprises comme tout le corps social sont épuisés, 73 % des DRH préparent les conséquences sociales de la crise. « On attend le pic social aux alentours de mars-avril », annonce M. Serre.

Entre-temps, les salariés ont pris un coup au moral avec l’instauration du couvre-feu le 23 octobre, mais supportent tant bien que mal le confinement allégé généralisé le 29 octobre. « Personnellement, ça se passe plutôt bien, témoigne Simon Lecœur, responsable marketing d’ADP. Son entreprise a mis tout le monde en télétravail depuis mars. Pour nous qui n’avons pas eu de déconfinement, il n’y a pas de véritable changement. Les gens commencent à s’habituer au bout de huit mois. Mais l’état du moral dépend beaucoup de la situation personnelle ».

« Le reconfinement du 29 octobre a un air de déjà-vu, renchérit Hélène Gemälhing, la DRH de Nespresso France, qui a remis en télétravail les 450 salariés du siège et du centre de relation client. Mais il y a quelques personnes qui ont du mal à rester chez elles. Alors on les autorise à venir sur site une journée par semaine ».

Près d’un salarié sur deux (48 %) déclare que la première vague de la crise a amplifié leur niveau de stress, indique le baromètre de l’Observatoire Cegos « Climat social », publié mardi 17 novembre. L’heure est à « la résilience », selon cette enquête réalisée auprès de 1 520 personnes interrogées dans des entreprises privées et publiques de plus de 100 salariés (1 000 salariés, 300 managers, 220 DRH). « Dans les périodes compliquées, le stress est la contrepartie d’un fort investissement, mais il vient aussi du risque sanitaire et du confinement », explique Catherine Lainé, directrice projets, spécialiste des enjeux management chez Cegos.

Il affecte plus les femmes (53 %) que les hommes (41 %) et a des conséquences sur la santé. Selon les dernières données du mutualiste Malakoff-Humanis, 30 % des dirigeants s’attendent à en voir les conséquences sur l’absentéisme. Les arrêts maladie pour dépression, anxiété ou burn-out sont passés de 9 % début 2020 à 14 % pendant le confinement, puis à 18 % depuis le déconfinement, indique le baromètre sur l’absentéisme.

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Dans la grande distribution, les « héros » du printemps face au chômage partiel

Un supermarché Carrefour, à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 3 novembre 2020.

« Héros en avril, chômeurs à Noël ». Ce tract émis par la CGT de Carrefour illustre la polémique qui a gagné les groupes de la grande distribution, contraints de fermer leurs rayonnages de produits non essentiels à la suite de la fronde du petit commerce et des maires, mais qui recourt massivement au chômage partiel.

Plusieurs enseignes, comme Carrefour, Casino et Auchan, ont en effet annoncé se saisir de ce dispositif gouvernemental. Une première de cette ampleur pour le secteur, qui le justifie par la baisse d’activité. « Dans les hypermarchés, les gens qui venaient pour acheter des produits non alimentaires ou des jouets en cette période de l’année en profitaient aussi pour faire leurs courses. Là, on voit que la consommation alimentaire baisse », confie le patron d’un groupe de distribution, qui souhaite rester anonyme.

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« La première semaine de novembre, le nombre de clients dans les hypermarchés a baissé de 26 % en moyenne, et jusqu’à 40 % à 50 % dans certains magasins, détaille Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution. Et les achats dans les rayons traditionnels, comme la boucherie, la boulangerie ou la crémerie, ont baissé de 10 % ».

Début novembre, M. Creyssel avait averti le premier ministre, Jean Castex, que la fermeture des rayons non alimentaires des magasins « entraînerait la mise au chômage partiel de plusieurs dizaines de milliers de salariés, sans aucune justification réelle » et s’était vu répondre : « On en assume les conséquences. » Les groupes sont donc passés aux actes.

« Ils nous mettent devant le fait accompli »

Pour le Groupe Casino, les salariés de Monoprix et des hypermarchés Géant (environ 2 000 personnes au total) sont concernés, alors que, chez Carrefour, l’effort est collectif jusqu’à la fin du reconfinement : 78 000 salariés seront mis en chômage partiel sur un total de 95 000 personnes en France, note la société – 50 % des employés des rayons non essentiels trois jours par semaine, 10 % des collaborateurs des rayons alimentaires deux jours par mois, et 40 % des effectifs du siège deux jours par semaine. Enfin, Auchan n’a rien précisé officiellement. « Tout a été mis en place pour le faire, mais je ne sais pas qui, où, quand, comment », souligne Guy Laplatine, délégué CFDT du distributeur. Une réunion doit être organisée mercredi 18 novembre.

Ce mouvement touche moins les groupes d’indépendants, « davantage spécialisés dans les supermarchés avec des magasins à dominante alimentaire où le personnel est plus polyvalent », analyse-t-on chez Système U, qui n’y a pas eu recours. Les directions de Carrefour et Casino ont indiqué compléter les rémunérations de leurs collaborateurs, mais pas Auchan, où le message est pour le moment d’appliquer le minimum légal de 84 % du salaire.

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En difficulté, Air Canada suspendu à l’aide sous condition du gouvernement

Un avion d’Air Canada s’apprête à atterrir à l’aéroport international de Vancouver à Richmond, en Colombie-Britannique (ouest du Canada), le 24 janvier 2020.

Dans le rouge, forcément. En présentant, lundi 9 novembre, ses résultats financiers pour le troisième trimestre de 2020, Air Canada a fait état d’une baisse de 86 % de ses revenus par rapport à la même période de 2019, de pertes d’exploitation s’élevant à 785 millions de dollars canadiens (505 millions d’euros) et d’un trafic passagers toujours durement affecté par la pandémie de Covid-19 (– 88 %) en raison des restrictions sanitaires mises en place dans le pays, à savoir une quatorzaine obligatoire.

Air Canada a annoncé l’annulation de la commande de dix appareils 737-8 de Boeing et de douze appareils A220 d’Airbus, afin de parer « aux répercussions sans précédent de la pandémie (…) sur le secteur du transport aérien à l’échelle mondiale et sur Air Canada pour le trimestre, qui est d’ordinaire le plus productif et lucratif pour la société », a déclaré son président, Calin Rovinescu.

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Une annulation qui a eu des répercussions immédiates pour l’usine d’Airbus de Mirabel, dans la banlieue de Montréal. Le site a annoncé dans la foulée le licenciement de 200 employés supplémentaires, après s’être déjà séparé, en octobre, d’une centaine de salariés. Par ailleurs, pour amortir la chute brutale du trafic passagers et profiter de l’essor du commerce en ligne, la compagnie entend donner au transport de fret international une importance grandissante, en convertissant de manière permanente des Boeing 767 en avions-cargos.

Si Air Canada a bénéficié, comme de nombreuses entreprises du pays, de la subvention salariale d’urgence mise en place par le gouvernement (75 % du salaire pris en charge par l’Etat), elle a également fait partir près de 20 000 employés (licenciements, départs en retraite non remplacés, mises à pied, etc.), soit plus de 50 % de son personnel. En revanche, la première compagnie aérienne nationale n’a pas obtenu d’aide spécifique, comme cela a pu être le cas ailleurs.

Nécessaire continuité territoriale

Le 8 novembre, le ministre fédéral des transports, Marc Garneau, s’est dit prêt à envisager un tel plan d’aide. Mais il a aussitôt posé deux conditions : « Avant de dépenser un sou de l’argent des contribuables pour les compagnies aériennes, nous veillerons à ce que les Canadiens obtiennent leur remboursement », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « Nous veillerons à ce que les Canadiens et les collectivités régionales conservent les liaisons aériennes avec le reste du Canada. »

A ce jour, la compagnie continue en effet de refuser de rembourser 2,4 milliards de dollars canadiens à ses clients dont les vols ont été annulés au printemps en raison de la crise sanitaire, se contentant de crédits à faire valoir sur des voyages ultérieurs. Un refus qui l’expose au risque de devoir faire face à des recours collectifs en justice intentés aux Etats-Unis, avec 3 760 plaintes déjà déposées. Les autorités d’Ottawa n’avaient jusque-là que mollement condamné l’entreprise.

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Crise sanitaire : « Près de 20 000 personnes handicapées supplémentaires pourraient perdre leur emploi »

Lors de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, à Paris, le 14 novembre 2016.

A l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, qui se déroule du lundi 16 au dimanche 22 novembre, Didier Eyssartier, directeur général de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agfiph), revient sur la situation dramatique de l’emploi, à l’heure du Covid-19.

Les personnes en situation de handicap sont-elles plus touchées par la crise économique actuelle ?

Rappelons que près de 500 000 chômeurs sont reconnus handicapés, avec un taux de chômage qui dépasse les 18 %. Selon nos estimations, ce sont près de 20 000 personnes handicapées supplémentaires qui pourraient perdre leur emploi, ce qui casserait la dynamique d’amélioration de ces dernières années, qui s’est traduite par une baisse du chômage de 5 % en 2019. Depuis dix ans, le taux d’emploi des handicapés dans les entreprises est passé de 2,5 % à 3,5 %.

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Nous avons conduit avec l’Ifop trois vagues d’enquêtes, en mai, juin et septembre 2020. La légère embellie observée en juin s’est inversée en septembre, avec de fortes inquiétudes, notamment en termes de risques psychosociaux.

Quelles actions avez-vous engagées ?

Nous avons mis en place des mesures de soutien de l’emploi, notamment pour favoriser le télétravail, la mobilité hors transports en commun et la formation à distance. Nous avons également accru nos aides à la création d’entreprises et majoré le soutien aux contrats en alternance. Au total, nous pourrions dépenser 40 millions d’euros, soit près de 10 % de notre budget total.

Le plan de relance est-il adapté à cette population ?

Il prévoit une prime de 4 000 euros pour l’embauche d’une personne en situation de handicap, des mesures spécifiques sur l’alternance, très efficace pour cette population, et un soutien au secteur protégé, c’est-à-dire les entreprises adaptées – dont le personnel est composé à plus de 55 % de personnes handicapées – et les établissements et services d’aide par le travail.

S’il est probable que le système social français joue un rôle d’amortisseur, les effets de la crise seront sans doute importants et diffus dans le temps. Et l’on peut craindre pour les personnes en situation de handicap que leur taux de chômage, comme la durée de leur temps de chômage pour les chômeurs de longue durée, s’accroisse.

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Du côté des entreprises, le risque s’estime au niveau de la dynamique perçue ces dernières années. Du fait de la crise économique, elles risquent de ne pas faire de l’emploi des personnes handicapées une priorité de gestion des ressources humaines. C’est pourquoi il est essentiel pour nous de continuer à sensibiliser et à appuyer les entreprises pour faciliter les embauches ou sécuriser les parcours de personnes en situation de handicap par les différentes voies qui leur sont proposées : service public de l’emploi, Cap emploi, entreprises adaptées, emploi accompagné…

Le plan France Relance est-il inclusif ?

Nous serons attentifs à ce qu’il le soit, notamment au niveau de la formation. Car si ce plan de 100 milliards d’euros a bien un volet spécifique, doté de 100 millions sous forme de prime pour toute embauche de personne en situation de handicap jusque fin février 2021, et s’il s’agit de l’une des priorités du quinquennat, est-ce que l’ensemble des mesures de soutien aux personnes ou aux entreprises prévoit des mesures handicap/santé au travail, quel que soit l’âge de la personne ? Pas vraiment, et c’est pourtant ce qui serait susceptible de favoriser une vraie inclusion dans le monde du travail.

Rémunération variable : les commerciaux « dans l’angle mort » de la crise

En temps de crise, quelle protection pour les salariés rémunérés en fonction de leurs résultats ? La CFE-CGC Assurances s’inquiète de la situation des commerciaux, dont le revenu dépend en bonne partie de leurs performances sur le terrain. Le syndicat de l’encadrement a envoyé un courrier aux sociétés d’assurances début novembre, leur demandant de faire un geste afin de garantir leur rémunération. Alors que le reconfinement freine de nouveau l’activité, leurs performances sont forcément moins bonnes.

« Lors du premier confinement, la plupart des commerciaux avaient été mis au chômage partiel, ce qui avait permis de compenser les pertes de rémunération liées à l’activité », indique Joël Mottier, président de la fédération CFE-CGC Assurances. En effet, la base de calcul du chômage partiel inclut les commissions touchées par les salariés. « Mais, cette fois-ci, les commerciaux sont restés sur le terrain. » De fait, le service des statistiques du ministère du travail estime qu’au 8 novembre les salariés relevant d’une demande d’activité partielle étaient deux fois moins nombreux (5,3 millions) qu’en avril, lors du premier confinement.

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Pour les commerciaux restés en activité, difficile de faire leur chiffre habituel, alors que les Français demeurent confinés chez eux et que de nombreuses entreprises se trouvent en difficulté. Malgré cette conjoncture dégradée, leurs employeurs n’ont prévu aucune compensation financière pour pallier cette baisse d’activité, affirme Joël Mottier : « Pour le moment, nous n’avons pas eu de retour dans ce sens. » Et le syndicaliste d’ajouter : « Les commerciaux sont dans un angle mort. »

Remboursement des avances

Des salariés se voient même dans l’obligation de rembourser des avances qui leur avaient été faites pour compenser leurs pertes de revenus. Une source anonyme nous indique que cette situation s’est présentée chez BNP Paribas Real Estate, la branche immobilier du groupe. Lors du premier confinement, la société avait fait le choix de ne pas recourir au chômage partiel.

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Contactée, la société nous a apporté ces précisions : « Afin de traiter la situation particulière des collaborateurs dont la variable représente une part importante de la rémunération globale et dont l’activité s’est vue interrompue durant le premier confinement, nous avons mis en place un dispositif visant à leur permettre de bénéficier d’une avance de trésorerie. Ce dispositif leur offrait la possibilité de percevoir une avance sur les commissions perçues à partir de la reprise de l’activité. Il s’agit donc d’une avance sur salaire, dont le remboursement est lissé sur le reste de l’année. »

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Revalorisation du salaire des enseignants en 2021 : les syndicats saluent un « premier pas » mais demandent un effort durable

Jean Castex et Jean-Michel Blanquer participent à une conférence de presse le 29 octobre.

Le montant des revalorisations des enseignants pour l’année 2021 a été annoncé aux organisations syndicales, lundi 16 novembre. Après plusieurs mois de négociation, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a tranché : à partir de mai 2021, les professeurs toucheront 100 euros net en plus par mois à l’échelon 2 – soit la première année après le stage – quel que soit leur corps de rattachement.

Cette « prime d’attractivité » sera ensuite dégressive sur les quinze premières années de la carrière. De 100 euros pour les plus jeunes, elle descendra à 36 euros net par mois pour les professeurs à l’échelon 7. La mesure touchera 31 % des enseignants titulaires.

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Une « prime d’équipement informatique » de 150 euros sera également versée, en janvier 2021 puis chaque année à la même période. Celle-ci est dite « universelle » – elle concerne tous les enseignants et psychologues de l’éducation nationale. Elle sera versée de manière indifférenciée aux stagiaires, titulaires, contractuels, enseignants à temps complet ou à temps partiel. « Avec la prime d’équipement informatique, on a quelque chose de concret et qui concerne tout le monde », se félicite Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT.

« Démarche pluriannuelle »

Le ministère de l’éducation nationale prévoit aussi d’autres mesures grâce à l’enveloppe de 400 millions d’euros – 500 millions en année pleine – dévolue aux augmentations. Le taux de promotion à la hors classe, un grade de fin de carrière, passera ainsi de 17 % à 18 % ; 1 700 enseignants supplémentaires en bénéficieront chaque année. Une enveloppe de 21 millions d’euros de primes pour les directeurs d’école, accordée à titre exceptionnel en 2020, va également être pérennisée – selon des modalités de répartition qui restent à définir.

En choisissant d’accorder la même prime aux trois corps de l’enseignement – professeurs des écoles, certifiés, agrégés –, le ministre accède à une demande des organisations syndicales. D’autres scénarios prévoyaient des primes différenciées, les professeurs des écoles étant les moins bien rémunérés. « Nous étions favorables à ce scénario sans distinction entre les corps de l’enseignement, précise ainsi Stéphane Crochet, du SE-UNSA. Il existe des écarts de rémunération à rattraper entre les différents corps, mas la prime d’attractivité n’est pas le bon outil pour y parvenir. »

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